Grand débat ou diversion ?

le 10 janvier 2019

Le gouvernement aura beaucoup espéré de la trêve de fin d’année pour que s’essouffle la contestation sociale. La propagande autour des mesures en trompe l’œil concédées par le Président, la lumière médiatique braquée autour des seules violences pour mieux évacuer les revendications sociales et démocratiques, l’usage disproportionné de la force publique, les arrestations préventives et condamnations abusives, les ordres donnés aux préfets pour débarrasser les ronds-points des invisibles qui y ont pris place n’ont pourtant pas suffit à étouffer la puissante colère.

Elle prend d’ores et déjà de nouveaux atours, avec ou sans ce gilet jaune. Les salariés de l’Education nationale commencent à s’organiser et à réclamer l’augmentation de salaires qui leur a été refusée après avoir été fébrilement accordée aux forces de l’ordre. D’autres catégories sociales et professionnelles discutent à bâtons rompus de leurs conditions de travail, des inégalités et injustices de l’actuel système. La digue du défaitisme a commencé à rompre.

Le Président prétend au « dialogue » tout en qualifiant les centaines milliers de citoyens en mouvement de « foules haineuses ». Il a bien fait comprendre, lors de ses vœux, que le ton compassé de son allocution contrainte à la télévision au pic de mouvement n’était que diversion. C’est bien son programme de mise en coupe réglée de la République sociale qu’il compte appliquer autoritairement, sans détour ni amendement. Le décret condamnant les chômeurs à des règles d’indemnisation et de retour à l’emploi scélérates, imposé sans débat au cœur des fêtes, est un avant goût symptomatique de cette manière de procéder.

Le grand débat national n’apparait dès lors que comme une nouvelle séquence du mauvais film « cause toujours… » s’apparentant à une tentative de reprise en main politique. Le Président a lui-même décidé d’en fixer l’ordre du jour. De la même manière que M. Juncker affirmait qu’il n’y a pas démocratie en dehors des traités européens, M. Macron prévient qu’il n’y aura pas de débats en dehors de son programme ultralibéral. Cette mise en parenthèse de la souveraineté populaire, entre deux scrutins présidentiels qui ne rendent qu’imparfaitement compte des rapports de force politiques, abime le contrat social et démocratique. En refusant la profonde respiration démocratique dont le pays a besoin, le Président, son gouvernement et sa majorité, décrédibilisent dangereusement nos institutions, au grand bonheur des factieux et autres antiparlementaristes qui grenouillent à l’extrême droite tout en préservant le monde des affaires.

Le macronisme espère profiter de la crise pour souffler sur les braises de l’antiparlementarisme et conforter une pratique du pouvoir autoritaire et centralisée, feignant de ne pas voir que c’est le présidentialisme qui est en crise avec son mépris des corps intermédiaires, des élus locaux et des parlementaires, des associations, des syndicats ou des partis politiques ; feignant de ne pas voir que c’est la figure du Président qui est fortement contestée sur tous les ronds-points. Celle du député ne l’est que dans la mesure où il n’est qu’un godillot. Ainsi à contrario de ce qu’exprime le mouvement, le gouvernement espère profiter de certaines ambiguïtés pour avancer son projet crucial de réforme des institutions et de suppression du tiers de parlementaires, visant à affaiblir plus encore les représentants du peuple et à laisser la place aux conseillers et technocrates qui « traversent la rue » régulièrement dans les deux sens : des cabinets ministériels, à la technostructure et au monde des affaires.

Ici se dessine le pas de deux du pouvoir avec l’extrême droite, agitée comme épouvantail mais utilisée pour saborder le débat sur les institutions. L’actuel mouvement n’a rien à espérer de ces manœuvres mais doit continuer à porter des exigences sociales et démocratiques, avec les organisations qui les font vivre, pour un nouvel âge de notre démocratie. Nous nous mettons à la disposition de ce mouvement populaire avec « les cahiers de la colère et de l’espoir » que chacun et chacun peut remplir pour se faire entendre. (1)

(1) Pour accéder aux cahiers : https://www.humanite.fr/cahiers

7 commentaires


Mispreuve 13 janvier 2019 à 17 h 55 min

Solidarité avec toutes les luttes sociales anticapitalistes et contre les pouvoirs réactionnaires associés au système.

chb 14 janvier 2019 à 0 h 26 min

Sur les kurdes, mentionnés dans la lettre à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat de trois militantes à Paris.
S’aperçoit-on que ceux-ci ont été instrumentalisés, et ont surtout servi (encore une fois) à la puissance militaire néo coloniale US+ pour s’ingérer dans les affaires de pays moyen-orientaux ? Ils ont payé pour ne devenir que les mercenaires provisoires d’un jeu qui les dépasse, les écrase !
De bonnes âmes avaient cru devoir soutenir l’irrédentisme de certains kurdes convertis à une magnifique démocratie laïque pour l’occasion, contre le régime syrien. Celui-ci, évidemment estampillé dictature infâme sectaire et sanguinaire à l’image des régimes irakien, iranien, libyen etc., devait dans les plans de l’OTAN céder la place à une mosaïque de mini états qui auraient été concédés à des communautés épurées, les sunnites par-ci, les palestiniens par-là, les turcs au nord, les kurdes aussi.
Mais pour secouer plus sûrement le pays, les « Amis de la Syrie » ont livré une grande part du pays à des rebello-terroristes qui ont largement détruit les infrastructures, pillé le pétrole et les entreprises, imposé leur charia maffieuse et assassine (dix fois pire que le régime).
Les kurdes, là-dedans, ont tenté de composer avec ceux qui promettaient de leur donner le plus d’armes et d’indépendance, et ont dû se battre non pas contre la république syrienne en mauvaise posture mais contre Daesh, contre les Turcs, contre l’indifférence des F-UK-US protecteurs d’al Nusra…
Voilà que Trump les laisse tomber, comme Obama avant lui, et qu’ils sont rudement confrontés à Erdogan. Les gauchistes européens, avides de combat apparemment anti-impérialiste, se sont donc eux aussi fait flouer par une opération de comm’, de guerre psychologique… laquelle a abondamment évoqué de soi-disant massacres chimiques par Bachar al Assad, commodes prétextes pour tenir en respect l’Iran, le Hezb’, les russes tout en dépeçant la Syrie.
Qui est le dindon de la farce, et quelle sera l’issue politique là-bas, que l’on espère plus pacifique qu’en l’actuelle Lybie, plus prospère qu’en Afghanistan et Irak dont la démocratisation par l’empire est notoirement pire que les précédents régimes ?

colombe 14 janvier 2019 à 7 h 55 min

Pour le « grand débat » j’ai bien peur que les médias invitent des soit disant experts qui vont orienter les citoyens vers ce que veulent Mr Macron et l’extrème droite .
Plus on a de chaines de télé de radio et de revues ,moins on est informé .Les médias font du brouhaha , brouillent les cartes .

colombe 14 janvier 2019 à 13 h 36 min

Le Président de la République veut un « grand débat  » sur son terrain , alors qu’il faut un débat sur les revendications des citoyens . Attention au piège sur la diminution du nombre d’élus .C’est fait pour concentrer les pouvoirs et le risque d’un régime plus autoritaire au service des multinationales et des financiers.

Denis Dufour 14 janvier 2019 à 16 h 14 min

J’ai publié le texte mais j’ai retiré les phrases qui parlent de l’extrême droite. Car il y a des moments où il faut cibler son ennemi principal!

Beaucoup de nos camarades ont voté Rassemblement National (Ex FN) aux dernières élections et le Parti Communiste a à prendre sa part de responsabilité. Ce n’est pas en s’effaçant d’une éventuelle candidature à la Présidence de la République, au profit des Socialistes véreux, qu’on pouvaient garder la confiance des Camarades. Je pense aussi à la Trahison de Robert Hue, derrière lequel près de 9 % des électeurs s’était rassemblés en 1995, année où nous étions, comme les Gilets Jaunes, dans le combat pour empêcher Juppé d’appliquer ce que Macron fait depuis 2017.

alain harrison 16 janvier 2019 à 6 h 19 min

Bonjour.

Macron tente la tactique de la division, voile à quoi va servir, entre autre, le soi disant débat.

Bien des TRAVAILLEURS se servent du gilet jaune pour leur revendication, leur intérêt, alors que ce nouveau symbole doit servir à l’INTÉRÊT général des peuples, et non des intérêts de syndicats.

Les gilets jaunes le disent, aucun représentant et aucune participation à ce fumeux débat macron. Alors les opportunistes ne peuvent se cacher derrière le gilet jaune. J’espère que cette supercherie ne passera pas.

Mais voyons ce qui se passe ailleurs.
Brésil et son président.

Brésil – Les peuples autochtones réagissent aux attaques du nouveau gouvernement
Par Elaine Tavares
Mondialisation.ca, 15 janvier 2019
Rebelion 12 janvier 201966
«« Cette semaine, à la suite d’une déclaration du président selon laquelle les autochtones qui vivent dans les terres indigènes sont comme des animaux dans des zoos, une lettre ouverte des peuples Aruak Baniwa et Apurinã expose très clairement leur position sur cette proposition de faire d’eux des citoyens :
« Nous ne vivons pas dans des zoos, Monsieur le Président, nous sommes dans nos terres, nos maisons, comme le Seigneur lui-même et comme toute société humaine dans leurs maisons, villes, quartiers. Nous sommes des personnes, des êtres humains, nous avons le sang comme vous, nous sommes nés, nous avons grandi, nous procréons et puis nous mourons dans notre terre sacrée, comme tout être humain vivant sur cette terre. Nos terres, déjà reconnues sur les plans technique et scientifique, sont des garanties de protection de l’environnement, préservées et gérées par les peuples indigènes, favorisant des pluies constantes dont bénéficient les plantations et les agro-industries de la région sud et sud-est et nous le savons« .
Ils n’acceptent pas non plus l’idée d’intégration proposée par le président :
« Nous avons été décimés, surveillés et victimes …..»»

Au Canada, des autochtones (amérindiens) veulent acheter le pipeline

Des groupes autochtones pourraient mettre la main sur le pipeline Trans Mountain
Publié aujourd’hui à 4 h 11
Mis à jour à 7 h 54

Des groupes autochtones souhaitant devenir les prochains propriétaires du pipeline Trans Mountain évaluent en ce moment différents modèles de participation financière en vue de faire l’acquisition de l’oléoduc et de son projet d’agrandissement, a appris Radio-Canada.
Un texte de Geneviève Normand et de Kyle Bakx
Au terme d’une rencontre privée « de haut niveau » avec l’administration fédérale, qui s’est déroulée à Calgary en décembre dernier, le Conseil des ressources indiennes du Canada (CRIC) – un organisme qui défend les intérêts des Premières Nations qui détiennent des ressources pétrolières et gazières sur leur territoire – a indiqué qu’une proposition d’entente sur le rachat de Trans Mountain était sur le point d’être présentée.

Puisque de toute façon, le pétrole va couler à flot pour au moins 20 ans, les amérindiens font bien de devenir propriétaire.

Ne nous faisons pas d’illusion là-dessus et ne jouons pas aux offensés.

les pays qui ont cette ressource pour leur économie devrait justement et depuis longtemps profiter de cette manna, mais le monde financier en a décidé autrement, laissant croupir le développement de ces pays, pour s’enrichir outrancièrement. Et nous connaissons tous les malheurs de ces contrés riches en ressources et mal développées par les multinationales cautionnées par la mondialisation de droit, la nouvel modèle colonialisme à valeur ajoutée.

Les gilets jaunes savent très bien que le grand débat est une chasse trappe.
La gauche sait très bien que ce grand débat sert à saper la Constituante du Peuple.

alain harrison 16 janvier 2019 à 23 h 20 min

La Moyen-Orient, L’Afrique et l’Amérique Latine souffrent, et le monde occidental en est responsable. Les siecles passés avaient l’excuse de la continuité sans remises et question, c’était la mentalité des époques antérieures. Mais, aujourd’hui, avec les avancés humanisantes des derniers siecles (toute l’évolution de la pensée), nous n’avons plus d’excuses. Et ceux qui ont choisi le profit sont responsables des dommages collatéraux de leur systeme. De même, ceux qui se cachent derriere le j’obéis aux ordres sont coupables de leurs actes d’obéissance aveugle.

Qu’en est-il da la paix en Colombie ?

Colombie : la paix incomplète
16 Janvier 2019, 18:24pm | Publié par Bolivar Infos

«« Mais ce n’est qu’une partie des conséquences de la non tenue par le gouvernement du président Iván Duque, des engagements pris en vertu des accords de paix qui étaient censés apporter la réconciliation et la justice après plus de 50 ans d’affrontements.

Ivan Màrquez a cité, entre autres graves problèmes, la modification faite au texte et à l’esprit des accords après leur signature, comme cela a été le cas de la Juridiction Spéciale de Paix, un système de justice créé pour punir les délits graves et pour garantir qu’ils ne se répètent pas.

De façon irrégulière, car l’on ne peut pas changer un texte qui a fait l’objet de négociations et signé par les deux parties, l’on a laissé la juridiction spéciale seulement pour l’armée et la guérilla et l’on a laissé dehors d’autres acteurs impliqués dans les affrontements comme cela est le cas de chefs d’entreprise, de propriétaires terriens, de bandes armées et de politiques.

Ce type de changements, signale Iván márquez, met en danger la vérité qui est le seul remède pouvant panser les plaies qu’a laissées la guerre.

Il n’y a pas non plus de certitude juridique pour les anciens combattants de la guérilla, surtout après l’arrestation de Jesús Santrich, l’un des négociateurs des FARC et les menaces de le déporter vers les États-Unis.

Il y a aussi quelque 400 militants de la guérilla qui étaient en prison lors de la signature du pacte et qui auraient dû être libérés mais qui sont toujours en prison sans aucune perspective de solution de leurs cas.

Iván Márquez a qualifié d’erreur l’abandon des armes sans avoir garanti avant la pleine réinsertion dans la vie civile de tous les membres de la guérilla. »»

Les gilets jaunes sont claires sur la récupération, mais les affairistes en série n’en n’ont cure.

De même, il est claire que l’UE, on la change ou on la quitte. Depuis le temps…..

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