Des enseignements d’une démission

le 30 août 2018

La démission de Nicolas Hulot est un événement considérable qui élargit le débat public sur plusieurs enjeux politiques essentiels. Elle constitue une alerte retentissante au cœur d’un  gouvernement qui se croit les mains libres pour appliquer une politique ultralibérale, sourd aux revendications populaires et ignorant avec morgue les alertes des chercheurs et collectifs citoyens sur la dégradation accélérée du climat, de la biodiversité et de l’environnement.

D’abord, réfutons une mauvaise thèse. Cette démission ne traduit d’aucune manière une défaite de la politique. Elle souligne au contraire la nécessité de la réinventer face aux puissances industrielles et financières pour construire un nouveau rapport de force populaire. C’est donc bien plus de politique, plus d’engagement citoyen et une nouvelle dynamique pour les partis politiques, les syndicats et les associations qui s’avèrent nécessaires pour contrer l’offensive des milieux d’affaires qui s’activent dans l’ombre du pouvoir d’Etat. Elle interroge, à partir de l’expérience ministérielle, comme l’ont souvent fait d’anciens ministres communistes et quelques autres sur la question du pouvoir, les moyens de transformer les structures de la société et de L’Etat au service de l’intérêt général humain. Elle montre avec éclat qu’on ne peut servir à la fois l’argent-roi, le bien être humain et l’urgente mutation environnementale.

Les enjeux doivent être relevés dans toute leur profondeur. Les choix industriels et agricoles sous pression néolibérale et actionnariale se révèlent chaque jour incompatibles avec la sauvegarde de la planète comme avec les conditions de vie et de travail du plus grand nombre. Mesurons la force des mots de M. Hulot quand il explique qu’il est impensable de tracer une perspective écologique sans desserrer l’étau de l’austérité, sans la relier au développement des services publics, au progrès démocratique, sans appropriation sociale et citoyenne des grands enjeux économiques et industriels, sans une nouvelle répartition des richesses. Ce réquisitoire peut constituer un nouveau déclic de réflexion pour des millions de nos concitoyens qui déjà rejettent ce système. C’est d’ailleurs ceci qui explique la tentative de faire de la démission du ministre de la transition écologique et solidaire une affaire banale, dont, au mieux, seuls les lobbies seraient les responsables, alors qu’elle constitue un coup de pistolet dans le cœur du capitalisme.

Le pouvoir macroniste qui a fait de sa priorité l’accroissement du taux de profit au bénéfice d’une infime minorité, refuse de penser l’urgence écologique comme il refuse de s’attaquer aux inégalités qui structurent nos sociétés, tout en bridant l’expression citoyenne en changeant la Constitution. Ce sont les  faces d’une même pièce. Les puissances économiques qui soutiennent le pouvoir actuel repoussent toute forme de transition écologique, refusent d’extraire de la sphère marchande les biens communs que sont l’eau, la terre, jusqu’à l’air que nous respirons, de développer des transports publics non polluant, notamment ferroviaires, ou d’engager la révolution agricole. Ils refusent que s’en mêlent davantage de citoyens, consommateurs, usagers des services publics et des transports qui nourrissent des vues opposées à la course à l’abime financière, dévastatrice pour le climat, l’environnement et l’ensemble de la société.

Que des groupes d’intérêts ou acteurs économiques gravitent autour du pouvoir n’est pas en soi une nouveauté. La nouveauté réside dans la fusion parfaite des desseins du gouvernement, du président de la République et des forces patronales et financières. Le discours cajolant d’Edouard Philippe à l’université d’été du MEDEF et la valise de mesures violemment antisociales annoncées ces derniers jours le montrent plus que de besoin. Le mythe du « en même temps » s’effondre ainsi sur l’une des questions les plus cruciales de notre temps. Cette quasi-fusion les conduit ensemble à pousser aux traités actuels de libre-échange avec leur nouveau dispositif juridique visant à outrepasser les lois nationales, à tenir fermée la camisole du traité de Maastricht et son orthodoxie budgétaire au service des marchés financiers, à contourner les normes sociales et environnementales. Des questions déterminantes ont ainsi été posées par l’ancien ministre. Cette démission, loin de désarmer le combat écologique ou de rendre fatale l’inaction, doit donc être l’occasion de faire monter d’un cran la cohérence des combats sociaux, démocratiques et environnementaux dans la perspective d’un nouveau projet de civilisation. Elle implique un mouvement populaire déterminé, conscient des enjeux et mobilisé sur le long terme,  en capacité de porter un changement de paradigme social, écologique et démocratique. Cela ne rend dans la période que plus indispensable d’inviter largement à la réussite d’une grande fête de l’Humanité riche de débats et porteuses d’actions pour l’émancipation humaine.

10 commentaires


Chollon Alain 30 août 2018 à 20 h 09 min

Je ne peux que vous soutenir dans votre démarche afin que la fête de l humanité puisse être le lieu d échanges et de convergences politiques tant sur l émancipation sociale que sur les priorités environnementales… Néanmoins
notre réflexion doit porter également sur le bénéfice politique de ce départ Qui peut en profiter ??? Et suis à deux doigts de penser que l extrême droite peut en bénéficier surtout avec les élections européennes de 2019 tant la gauche dans son ensemble est actuellement divisée et porte différents regards sur l Europe d aujourd’hui et de demain À mon avis les courants de gauche à Maastricht devraient se rencontrer …

Jacques BERNARDIN 31 août 2018 à 8 h 24 min

Enfin ! une analyse qui sort des sentiers battus sur les lobbies, analyse paralysante destinée à saper le moral et engendrer l’inaction.

Jean-Yves Guezenec 31 août 2018 à 10 h 18 min

Bonjour Patrick,
J’entends bien toutes les leçons que tu tires de la démission de Hulot, mais il y a un point que tu n’évoques pas du tout et qui me paraît essentiel dans l’analyse, c’est le nucléaire. Le Figaro est à mon avis lucide quand il écrit : « Le sujet brûlant de la politique énergétique a été un élément déterminant dans la décision de Nicolas Hulot de quitter le gouvernement.
Mardi matin sur France Inter, cela ne fait que quelques secondes qu’il s’est dépouillé de son costume de ministre, mais déjà Nicolas Hulot dénonce « le nucléaire, cette folie inutile, économiquement et techniquement, dans laquelle on s’entête ». Cela en dit long sur le poids qu’a eu le sujet brûlant de la politique énergétique dans sa décision de quitter le gouvernement. Ministre, Nicolas Hulot n’avait jamais tenu de propos publics aussi radicaux sur l’atome. Démissionnaire, il se lâche.
L’avenir du nucléaire français fait depuis des mois l’objet d’un bras de fer autrement plus féroce que celui des permis de chasse. Car le moment où l’exécutif va devoir se prononcer approche. Le gouvernement doit en effet publier le projet de texte de la prochaine PPE, ou programmation pluriannuelle de l’énergie, qui définira ses objectifs en termes de décroissance de la production nucléaire et de progression des renouvelables dans le mix électrique, pour la période 2018-2023 …. ».
Fraternellement.
Jean-Yves

Henri Guarinos 2 septembre 2018 à 0 h 23 min

La question du nucléaire est incluse et donc déterminée par l’alternative: mode de production dépendant de la propriété lucrative OU mode de production socialisé dépendant de la délibération collective. Par exemple, peut on dire qu’une « centrale nucléaire » dont les caractéristiques techniques et scientifiques, la sûreté, l’approvisionnement en uranium dans les eaux marines… ont été délibérés en vue de l’intérêt collectif est le même objet industriel que la « centrale nucléaire » conçue pour valoriser les capitaux qui y ont été placés (site choisi- ex Fukushima-, entretien par des personnels précaires, déchets non traités…)

Michel MICHEL 31 août 2018 à 10 h 48 min

Ou vais-je trouver le texte des explications de M. Hulot évoquées après la formule : « mesurons la force des mots… »etc ?
Il est bien rentré dans le gouvernement Macron en toute connaissance de cause ou alors il est stupide (ce que je ne crois pas) / la casse sociale était bien au programme Par ailleurs il ne faut pas manquer d’évoquer le gros couac de fond entre le P.C.F et monsieur HULOT : le nucléaire qu’il récuse alors que dans notre mixe énergétique le nucléaire, nouvelle génération, doit perdurer ne serait-ce que pour réduire massivement l’effet de serre (Il va de soit qu’il nous appartiens de mettre un terme aux gâchis de course au profit qu’il génère actuellement). Pour mois ce grand bourgeois n’apportera rien au mouvement populaire.

Michel de Mingo 31 août 2018 à 14 h 10 min

Je vous cite : « Les choix industriels et agricoles sous pression néolibérale et actionnariale se révèlent chaque jour incompatibles avec la sauvegarde de la planète comme avec les conditions de vie et de travail du plus grand nombre ». Je suis d’accord. La planète est en danger et les inégalités augmentent même si la grande pauvreté a reculé dans le monde ces dernières années.
Oui mais vous affirmez que : « le pouvoir macroniste qui a fait de sa priorité l’accroissement du taux de profit au bénéfice d’une infime minorité, refuse de penser l’urgence écologique comme il refuse de s’attaquer aux inégalités ».  Je ne suis pas d’accord. Nous jugerons son bilan écologique et social en 2022. C’est un pragmatique pas un ideologue. C’est d’ailleurs ce qui a convaincu Hulot de participer au gouvernement alors qu’il n’était pas assez solide pour supporter la réalité du combat qu’il faut mener quand il ne sagit plus seulement de s’indigner mais d’agir dans le monde tel que nous l’avons fait, par nos choix industriels et agricoles à gauche comme à droite. Qui fallait-il élire à sa place en 2007 pour que la France et les français changent en un an et que l’humanité enfin, illumine le monde ? Excusez moi mais j’ai du mal à comprendre. Soit on renverse la table soit on réforme.

Yves Vallier 31 août 2018 à 16 h 35 min

Entièrement d’accord avec votre tribune.
A titre personnel, comme vos idées en sont très proches sur beaucoup de sujets, j’aimerais tellement vous voir aux cotés de J.L.Mélenchon et de tous les partis de gauche, à l’exception peut-être du P.S. en tant que parti (qui n’en est pas et qui l’a bien prouvé lorsqu’il était au pouvoir puis à la dérive de certains de ses membres vers les contrées droitières du macronisme). Toutefois, certains de ses membres sont peut-être récupérables…
J’ai 72 ans, et j’aimerais bien voir, avant ma mort, un vrai gouvernement de gauche, comme celui que nous espérions avec le « Programme commun de la Gauche », avant d’être trahis en 1983 par ces mêmes « socialistes ». Quelle tristesse pour le peuple de gauche d’assister à ces luttes narcissiques entre individus (cela ne s’adresse pas à vous à titre personnel) alors que si toutes les forces de gauche étaient unies, c’est une marée humaine qui vous soutiendrait.
Bon, je vais faire un effort pour vivre encore quelques années, pour avoir une chance de le voir, mais attention, le temps passe.
D’avance merci.
Cordialement.

Fauvel jean-marc 31 août 2018 à 21 h 50 min

Toutes les politiques nationales ou et nationalistes , europeennes, americaines, chinoises s’inscrivent dans un monde mondialise ou la guerre commerciale est generalisee par le biais des marques.Cette guerre s’accompagne de guerre financiere et monaitaite pour ne pas avoir recours aux armes contre ces peuples reduits a l’etat de consommateurs….et si la contradiction avec l’ordre liberal est trop grand …on recourt a la force voir la guerre.
Ceci explique le dereglement general et surtout la complicite des medias et autres instruments ou allies ideologiques de ce systeme pro-bussiness dans lequel nous baignons.
Le flot continue d’information est un vaste complot contre les populations qui sont les premieres victimes apres la Nature de ces guerres.
Il faut un nouveau contrat general social pour le bien de la Nature et aussi des humains autre forme du vivant sociabilise.
Cela s’appelle l’Eco-communisme que nous appelons ardemment de nos voeux dans l’espoir que chacun s’y convertisse pour mettre fin a toutes ces guerres anthropocides.

Guarinos Henri 1 septembre 2018 à 23 h 40 min

Une fois de plus l’analyse est pertinente et situe bien le niveau atteint -et de mieux en mieux perçu au-delà des communistes- par les contradictions mortelles inhérentes au mode de production capitaliste. Hulot semble presque contraint, malgré son préjugé libéral, de reconnaître par bribes réticentes (« lobbies », « libéralisme »…)que les actionnaires, leur machine anthropophage du travail humain, leur idéologie de concurrence et de prédation ne peut être réformée et donc que la propriété lucrative doit être supprimée. Il est dommage que les communistes français de 2018 ne s’engouffrent pas dans la brèche ouverte par les communistes de 1946 qui commencèrent la réappropriation collective de la valeur ajoutée par toutes les activités humaines et humanisantes. Aucun des textes proposés au congrès ne prévoit d’augmenter les cotisations et de commencer à faire reculer la propriété lucrative; avec le salaire socialisé pour tous les jeunes à partir de 18 ans, avec la qualification comme quantum de valeur politique, avec la création de caisses de valeur socialisée pour l’investissement non lucratif et rationnellement délibéré… Dommage, en bref, que les communistes restent sur la défensive critique et keynésienne du capitalisme alors que les voies ouvertes avec A. Croizat et M. Thorez restitueraient un horizon à l’avenir de la planète.

Beuvin 16 septembre 2018 à 0 h 56 min

Émancipation ou prise de conscience?

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