Qui y a-t-il derrière la carrure d’Obélix ?

le 26 décembre 2012

Quel fracas autour de l’installation en Belgique de cet acteur connu et reconnu, devenu homme d’affaires ! Le cimetière des invectives stériles s’est encore agrandi et a caché le grand fatras d’informations pourtant si importantes pour la vie quotidienne, telles que la hausse des carburants, du gaz et de l’électricité, des impôts locaux, de la TVA pour payer un cadeau de 20 milliards d’impôt aux sociétés, les fermetures de lignes secondaires de train et un nouveau projet de réduction des services publics. Tout ceci se fait en application des critères du traité européen d’austérité.

Bref, grâce à une nouvelle potion magique, Obélix, rebaptisé « Echappofisc » réduirait tous ces choix politiques décidés par un gouvernement -dont on est en droit d’attendre tout autre chose- au rang de questions de second ordre, alors qu’ils nous concernent au plus haut point. D’ailleurs, s’il y a moins de trains, d’hôpitaux, de postes, d’écoles, d’activités culturelles, de tribunaux, de gendarmeries, insuffisamment de maisons de retraite, n’est-ce pas dû au fait qu’il y a moins de recettes pour l’Etat, résultat des cadeaux faits ces dernières années aux plus fortunés et d’un chômage en hausse constante qui handicape l’activité et donc les ressources de la Nation et des organismes sociaux ? Et ceci n’a-t-il rien à voir à ce que donne chacune et chacun au bien collectif, selon ses capacités contributives ?

Voici un bon débat. M. Depardieu n’est pas à plaindre. S’il est vrai qu’il a payé 145 millions d’impôt comme il l’a écrit dans une lettre au Premier ministre, cela veut dire qu’il gagne à peu près 6000 euros par jour. Qu’il ne dise pas que c’est le matraquage fiscal de la gauche qui le gêne puisque cela fait plus de dix ans qu’il s’acquitte sans dire mot des impôts fixés par les budgets votés par la droite. Dans ces conditions, notre grand acteur ne s’est-il pas placé, peut-être malgré lui, au centre d’un débat politique ou plutôt politicien ? La droite s’est saisie de l’occasion pour défendre les plus fortunés et le Premier ministre a pu ainsi faire croire qu’il les attaquait au nom du chantier de la justice fiscale, alors que les impôts indirects et l’impôt sur le revenu des catégories modestes va augmenter, grâce au gel des barèmes, certes décidé sous M. Sarkozy mais maintenu par ses successeurs.

Il est vrai que le défunt bouclier fiscal avantageait M. Depardieu et Mme Bettencourt contre le paysan qui gagne à peine le SMIC, la femme retraitée qui n’a que 700 euros par mois ou le smicard, qui eux paient à jets continus, c’est-à-dire chaque fois qu’ils font leurs courses ou leur plein d’essence, les impôts les plus injustes qui soient, la TVA et la taxe sur les carburants. Les débats enflammés de ces derniers jours permettent de cacher ces enjeux fondamentaux.  Ceux de la justice fiscale et la nécessité d’une profonde réforme pour y parvenir.

Tenter de se soustraire, d’échapper à l’impôt comme le font les plus fortunés, c’est faire le choix du chacun pour soi contre la communauté des êtres humains, faisant société ensemble. Les portes de la jungle s’ouvrent avec un Etat affaibli parce que  privé d’écoles, de laboratoires de recherche, d’hôpitaux, de moyens de transports ou encore de  communes rurales en bonne santé au service de toutes et de tous. Le pays devient dès lors, comme la Grèce, une proie facile pour les rapaces de la finance et les institutions européennes.

Nul ne conteste le droit de s’enrichir, mais il y a des richesses accumulées qui n’ont été possibles que grâce à la collectivité. Parmi les films dans lesquels Gérard Depardieu a brillé, nombre d’entre eux n’ont pu être réalisés que grâce à un système d’aide à la production cinématographique, soutenu par la puissance publique, que beaucoup de pays nous envient. Ce système n’existe que parce que nos concitoyens paient l’impôt et la TVA et parmi eux, ceux qui chaque mois calculent à 10 euros près.

De ce débat pourraient, devraient pourtant jaillir deux axes de réformes fondamentales. D’abord pour progresser vers la justice fiscale qui voudrait que chacune et chacun contribue en fonction de ses possibilités, avec un système d’impôt sur le revenu progressif, comportant de nouvelles tranches, notamment entre les 45% et les 75% de prélèvements. Rappelons qu’en Belgique, l’impôt sur le revenu est plus élevé qu’en France. En même temps, l’impôt sur la fortune doit être renforcé. La fiscalité locale doit aussi être transformée pour tenir compte des revenus réels et les impôts indirects abaissés. Quant à  l’impôt sur le capital, il  doit être incitatif pour la création d’emplois et l’investissement productif, et dissuasif pour toutes les formes de spéculation financière. L’autre volet concerne la nécessité d’une harmonisation de la fiscalité européenne selon des principes de justice.

Ce sont les différences d’imposition au sein d’une même zone ayant la même monnaie qui favorisent cette concurrence fiscale entre Etats et entre richissimes citoyens. Les plus modestes, eux, n’ont pas les moyens de changer de pays. Dans un premier temps, comme aux Etats-Unis, chaque citoyen qui s’expatrie paierait  l’impôt dans son pays d’origine. Au lieu de choyer les banques, les oligarchies et les marchés financiers, l’Union européenne devrait placer au cœur de son action des logiques citoyennes et solidaires. Il n’y aura  pas d’Europe commune sans solidarité sociale et vie démocratique qui implique les populations du continent dans les décisions qui les concernent. L’harmonisation fiscale en est une. Qu’Obélix, à son corps défendant, ait contribué à en faire grandir l’exigence constituerait un juste retour des choses.

EnteteLaTerre

26/12/2012

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0 commentaires


Anonyme 26 décembre 2012 à 18 h 50 min

Ummm 6000€/jour… nets?
(parce que 145e6/(365.25*45) = 8822€/jour d’impôt)
Et ça veut dire une imposition à même pas 60% pour ce niveau de revenus..? Il y a effectivement un sérieux problème dans notre pays (et le reste du monde)… Il est plus que temps de recadrer toute cette bêtise et de mettre un horizon maximum aux revenus que l’ont peut espérer…
Et je parle en tant que gérant de PME gagnant bien sa vie…

volodia 27 décembre 2012 à 1 h 10 min

Avant Depardieu, ce sont des milliers de gens qui sont partis, surtout appartenant à la « grande famille..Alors qu’il va payer puisque vous le dite + d’impôt sur le revenu quand France : .pourquoi lui ?
Quant à M. Bettencourt pourquoi c’est-on acharné sur elle, l’une des fortune les plus imposée en France, elle n’a pas délocalisé ses 43ooo emplois en France, et bien payés comme j’ai pu le vérifier, et a jouer son rôle de mécène : elle la payé la moitié de l’hôpital neurologique etc. Alors que sa fille mariée avec le président du groupe Meyer dont les bureaux sont en Suisse: nestlé, danone,pharmacie etc…..voulait la dépouiller de ses parts dans la société l’Oréal, et très sûrement délocaliser. Je suis pour l’effondrement du capitalisme, mais nous ne sommes pas assez nombreux pour le faire tomber, alors la Bettencourt faut pas trop charger.
Il faudrait souligner que les travailleurs payés au SMG, laissent un tiers de leurs salaires en cotisations multiples à l’Etat : 400 euros ! Alors que lorsque l’on parle de nous, le peuple les pauvres, nous contribuons pour beaucoup, mais les articles parlent toujours des impôts payés par les riches, droite et gauche confondus. Et si on veut retrouver un clivage droite/gauche, sur Depardieu, alors on n’a plus grand chose à dire..

Boyer nadia 27 décembre 2012 à 19 h 58 min

Enfin une analyse intelligente de l’événement Depardieu! Une vision globale de la question incontournable des revenus et de l’impôt… On prend un peu de hauteur, contrairement aux invectives stériles sur l’éthique de l’acteur qui est en fait instrumentalisé par la droite.
Ah! si on avait envoyé plus de députés Front de Gauche à l’Assemblée…

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