Le PDG, le droit et l’intérêt général !

le 12 mai 2016

carlos ghosn renautl nissan2

Les montants indécents des rémunérations des patrons des grandes entreprises donnent la nausée aux cœurs les plus solidement accrochés tant ils contrastent avec la faiblesse des salaires de celles et ceux qui n’ont que leur travail ou leur retraite pour vivre. Les premiers prônent les sacrifices aux seconds confrontés à la précarité et au chômage dans une société qui se caractérise d’abord par le niveau de ces inégalités.

Après celui de PSA qui vient d’empocher 5.24 millions d’euros en 2015, soit le double de l’année précédente, et celui de Sanofi qui vient de se distinguer dans l’onéreuse outrance en saturant son portefeuille de 16.7 millions d’euros pour la seule année 2015, voici M. Ghosn devenu emblématique d’un système de plus en plus rejeté. Le double patron des entreprises Renault et Nissan vient en effet de se faire octroyer 1,2 millions d’euros de salaire fixe et 7,2 millions en comptant la part variable. A ceci s’ajoutent 8 millions d’euros au titre de PDG de Nissan. M. Ghosn touche donc 764 fois le smic quand les salaires de ses ouvriers sont bloqués au nom de la sacro-sainte « compétitivité ». Notons que cette rémunération patronale est quatre fois supérieure à celle de la moyenne de ses collègues européens dont, à notre connaissance, aucun d’entre eux ne couche sous les ponts. Et que dire du dirigeant de PME dont les crédits à rembourser et les pressions des donneurs d’ordre malmènent sans cesse la gestion. Ce n’est pas une dérive, mais un dérivé du système capitaliste financier. Le PDG n’est pas réellement rémunéré en fonction de ses performances qui de toute façon devraient être partagées avec le travail des ouvriers, des ingénieurs et des techniciens. Il ne l’est pas non plus en fonction de l’intérêt général humain et environnemental. Ce sont le cours de la Bourse et les dividendes versés aux actionnaires qui sont déterminants, critères d’autant plus favorables pour le PDG que la pression sur les salaires des personnels et sur l’emploi est forte. Le ministre des Finances a beau jeu de critiquer le pactole encaissé par Carlos Ghosn et de tancer dans les médias l’indécence de la situation, mais n’oublions pas que la moitié est composée d’actions dites gratuites dont la fiscalité a été considérablement allégée grâce à l’article 34 d’une loi baptisée pour la «croissance et l’activité», imposée sans débat au Parlement à l’aide du fameux article 49-3. Cette loi s’appelle «la loi Macron» !

Il ne s’agit donc pas d’un «dysfonctionnement en matière de gouvernance » comme se plait à le répéter le ministre des Finances, mais bel et bien d’un problème politique auquel sa majorité avait justement promis de s’attaquer en 2012 : celui du règne sans partage de la finance sur l’économie et la production. Les dispositions législatives prises depuis quatre ans ont, au contraire, contribué à son expansion dans des proportions inédites.

Ceci s’inscrit dans la lignée de choix qui en détournant le sens du mot réforme n’ont eu de cesse d’administrer des potions libérales censées doper la croissance et l’emploi et qui n’ont produit que l’inverse :  déréglementations des marchés financiers, modifications des normes comptables, possibilité offerte aux grandes entreprises de racheter leurs propres actions afin d’augmenter la valeur de celles déjà détenues par les actionnaires (1), création d’une monnaie unique placée hors contrôle politique et démocratique, destruction des frontières commerciales, exonérations continue des contributions des grandes entreprises au bien commun, coup de canif contre le droit du travail et maintenant attaque en règle contre le code du travail lui-même, avec le projet d’en fabriquer un différent pour chaque entreprise. Un droit à la carte, remplaçant la force de la loi générale au profit d’un ordre régi par des liens d’obligations et d’objectifs du salarié envers l’employeur. Le même lien d’allégeance et de soumission se construit dans les rapports entre les entreprises donneuses d’ordre vis-à-vis des PME sous-traitantes, des agriculteurs à l’industrie agro-alimentaire et aux grandes surfaces. Le rapport des institutions européennes aux Etats-nations est de même nature. Celui que prépare le traité transatlantique aussi !

Le capitalisme financier ne considère plus les êtres humains que comme une masse informe de producteurs ayant de moins en moins de droits. Pour faire fonctionner un tel système, les PDG gagnent 476 fois le smic quand tous les autres, à des degrés divers, sont considérés comme des moins que rien. « On vaut mieux que ça » répliquent les participants aux Nuits debout et à la mobilisation contre la loi de précarisation de l’emploi. L’économie sociale et solidaire montre que se cherchent et s’expérimentent de nouvelles formes de gestion, plus efficaces parce que plus sociales, plus justes et démocratiques.

Dans l’immédiat, le pouvoir devrait prendre ses responsabilités en plafonnant les salaires des patrons. Pourquoi ne pas concevoir une échelle allant de un à vingt ?

Réduire ces rémunérations indécentes obligerait à poser la question du pouvoir sur la finance, sur l’orientation des crédits publics vers les besoins humains. Au-delà, traiter enfin l’enjeu de l’intérêt général, celui du progrès social dans les conditions contemporaines, avec prise en compte de celui crucial de l’environnement et du climat, n’oblige- t-il pas à poser de manière renouvelée celle de la propriété des grands moyens de production et de financement ? Une appropriation sociale et réellement démocratique n’est-t-elle pas devenue un levier pour dépasser le système actuel de privatisation des richesses créées par le plus grand nombre et de progresser vers la justice ? Autant de pistes de recherches et d’action que le courage politique commanderait d’explorer au plus vite pour sortir d’un système de plus en plus inégalitaire.

(1) loi Strauss-Kahn du 2 juillet 1998

18 commentaires


Le.Ché 13 mai 2016 à 16 h 56 min

Il y a deux ou trois choses simples à faire, nationaliser les grands groupes du CAC 40, Renault en fait partie ça tombe bien et mettre en place la revendication de la CGT de rémunération des salaires de 1 à 5 le SMIC étant à 1.300 euros ce qui nous fait 6.500 euros, je fais un geste je double le salaire ce qui fait 4.500 x 2 = 9 000 euros et c’est bien payé.

Joad 13 mai 2016 à 19 h 57 min

Rien que d’élever le montant du smic à 1700 euros, une revendication forte de la Cgt !

BOUDET Pierre 14 mai 2016 à 18 h 28 min

Comme le souligne PLY ce sont les dividendes versés aux actionnaires qui déterminent les gains du pdg qui évoluent en fonction des cours de la bourse, et sont de + en + haut en fonction du nombre d’emplois supprimés et de la compression des salaires, il est évident que l’argent versé à cet individu ainsi qu’à ses homologues n’a aucune justification, si ces entreprises étaient nationalisées avec un conseil d’administration composé des travailleurs, des syndicats, élus locaux,associations citoyennes, avec un pouvoir de décision horizontal, un individu comme Ghosn n’aurait aucune justification, le niveau de compétence, de formation et d’instruction générale permet la gestion des entreprises au monde du travail, dans le sens de l’intérêt général

alain harrison 15 mai 2016 à 18 h 47 min

Il y a une chose à laquelle il faut réfléchir.

La structure de nos villes de plus en plus sans grands parcs, ici à Québec de grands pans de terrains ancestraux sont assaillis par les promoteurs.
Ce qui se prépare avec les nouvelles lois néo-capitalistes sauvages et surtout sur la trituration des acquis du monde du travail, c’est le nouvel esclavagisme, l’esclavagisme du XXIe siècle.
DODO, MANGER, BOULOT.
Liberté, Égalité, Fraternité (coopératisme et convivialité)

Nous mangerons sur nos lieux de travail, dans certains les gens y dorment, ce qui se répand dans certains secteurs de haute technologie.

L’instrumentalisation obligatoire de 4 ans à 18 ans, une gracieuseté du parti libéral du Québec PLQ`, le parti des affaires, qui n’a qu’un mot à la bouche : ÉCONOMIE, tout y est subordonné point.

Le tout PIB à la cotisation ?!?!
Il y a une expertise….

Happy 8 août 2016 à 12 h 08 min

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Kaley 8 août 2016 à 15 h 04 min

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77justicesansdélai33 19 novembre 2018 à 14 h 25 min

Les services français vont pouvoir s’inspirer de ce que tout Etat qui se respecte (comme le Japon)fait en principe:arrestation du délinquant,règlement de la contribution dûe et démission sans délai.En effet un responsable n’est pas irresponsable.En France de grands patrons voyous jouissent d’une impunité pour le moins suspecte car ils sont protégés par l’Etat.Les exemples abondent de Bernard Arnault à Bolloré.Ce ne sont que les noms les + connus.La France souffre de cette absence d’Etat de droit:les « petits » sont vite cloués au pilori tandis que les grands voyous ne sont pas inquiétés.C’est la raison pour laquelle,en France,les caisses de l’Etat sont « vides ».Il manque à l’Etat français au moins 50 milliards par an !!!

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