Le mensonge de l’Europe protectrice

le 28 octobre 2010

 

Parmi les arguties utilisées contre le puissant mouvement social refusant l’abrogation du droit à la retraite à 60 ans, de grands médias tentent de culpabiliser nos concitoyens en multipliant les reportages venus de l’étranger, accréditant l’idée que les autres peuples ne comprendraient pas les français. Belle manipulation consistant à désigner les français comme d’irréductibles râleurs. Et que dire des images télévisées à l’étranger où on fait croire que la France c’est la guerre civile permanente. Le peuple ne se laissera ni berner, ni culpabiliser. Et il ne laissera détruire ni le droit de grève, ni l’existence des organisations syndicales qui prouvent leur grande utilité.  En vérité, les tenants de l’ordre actuel combinant super austérité et autoritarisme souhaitent partout la résignation. Ils ont peur que partout dans le monde, des Etats-Unis à l’Europe, des mouvements se développent contre des politiques qui font payer leur crise aux peuples tandis que la suraccumulation du capital dans quelques mains repart de plus belle.

Parmi les contre-vérités déclamées par le pouvoir, il y a celle qui consiste à dire qu’on casse la retraite à 60 ans parce que tous les autres pays européens l’ont fait. Question : s’ils retournaient à l’esclavage devrions-nous le faire aussi ? Passons ! Cet argument est totalement faux. La durée des cotisations est, le plus souvent, moins élevée ans la plupart des autres pays européens. Et la contre-réforme engagée chez nous est l’une des plus dures. Elle s’aligne sur le livre vert européen sur les retraites qui prévoit de démolir le système solidaire des retraites au profit du système par capitalisation. Un système qui permet aux grands manitous de l’assurance, de la banque,de mettre notre argent dans les paradis fiscaux et sur les marchés financiers, sans avoir l’assurance pour les souscripteurs d’avoir demain une retraite. Les retraités américains en savent quelque chose !

Et à l’opposé de la propagande véhiculée dans quelques sphères médiatiques, les salariés, les jeunes, les retraités d’autres pays considèrent que ce qui se passe en France est, comme à d’autres périodes de l’histoire, le meilleur de la résistance contre l’injustice et contre une austérité appliquée aux seules familles populaires. Evidemment, les tenants de l’ordre établi du capitalisme européen et mondial ne souhaitent pas cette jonction des travailleurs et des jeunes pour leur intérêt commun. Pourtant le mouvement français reçoit le soutien de la Confédération européenne des syndicats, de la DGB allemande, du LKP de Guadeloupe, de la Fédération syndicale européenne des services publics, des commissions ouvrières des Asturies, des syndicats du Sénégal, de Madagascar et de bien d’autres encore…

Nombreux sont celles et ceux qui font l’expérience des mensonges des défenseurs du modèle européen ultralibéral avec les traités de Maastricht et de Lisbonne. Ceux-ci n’ont cessé d’expliquer que ce type de construction européenne les protègerait. Toutes et tous font aujourd’hui le terrible constat d’une orientation européenne qui produit au Royaume-Uni 500 000 emplois publics en moins ; des baisses de salaires et des hausses de TVA au Portugal ; avec en plus des impôts supplémentaires en Grèce ; la démolition du droit du travail en Allemagne ; le recul de l’âge de la retraite partout en Europe.

L’Europe place les citoyens dans l’insécurité et la dépendance vis-à-vis des rapaces des marchés financiers. C’est un conglomérat de pays, dirigé par un Conseil européen et une Commission, massacrant tous les droits sociaux et humains pour servir la haute finance.  Face à cela, de l’Espagne à l’Italie, du Portugal à la Grèce, les peuples se lèvent peu à peu. Jusque là le niveau de l’action est plus soutenu, plus déterminé en France. La nouveauté réside dans les prémices d’une nouvelle conscience naissante, d’une part sur l’injustice et les inégalités et surtout sur leur inefficacité économique, sociale et écologique, et d’autre part sur le rapport capital-travail dans la société et l’Union européenne.

Cependant,il ne faut pas se cacher que dans la crise actuelle et face à une insuffisante visibilité de solutions alternatives montent des solutions et des groupes d’extrême-droite. Ceux-ci sont d’ailleurs entretenus au plus haut niveau des Etats, en Italie, en France, en Allemagne maintenant, où les chefs d’Etat eux-mêmes désignent les immigrés comme cause de la crise. Ils le font au moment même où, ensemble, ils décident que des autorités supranationales décideront de plus en plus de la nature des budgets des Etats, sous prétexte de réduire les déficits publics. Ils décident entre eux que des autorités non élues pourront appliquer des sanctions contre leur propre pays. Et voilà, oh miracle, que Sarkozy et Merkel demandent ensemble de modifier le traité de Lisbonne pour le rendre encore plus dur ! Curieux, n’est ce pas ? On nous avait expliqué que ce texte était « intouchable » ! En vérité les dirigeants européens sont en service commandé pour détruire les droits sociaux et humains de toutes et de tous, afin de satisfaire les appétits du capital.

A l’image de la manifestation européenne de Bruxelles, il y a quelques jours, c’est à la solidarisation des peuples européens contre l’oligarchie financière, contre les critères de la Banque centrale européenne, imposant l’austérité et le chômage, qu’il devient nécessaire de travailler. Cette unité des peuples européens pour jeter les bases d’une Europe sociale, solidaire, écologique est plus que jamais d’actualité. En même temps, dans chaque pays et dans l’Union européenne doit être recherché le chemin de cette « autre Europe possible et nécessaire » et cet après capitalisme indispensable au retour du progrès social, humain, démocratique.

Une grande initiative populaire européenne sur le refus des sacrifices et un nouveau partage des richesses portée par le maximum de forces progressistes et écologistes serait utile aux peuples eux-mêmes.

0 commentaires


Patrick Albert 28 octobre 2010 à 9 h 42 min

C’est bien pour cette raison qu’il faut sortir de cette Europe pour construire une Europe sur la base d’une assemblée constituante souveraine.

Adriana van Winsen 28 octobre 2010 à 9 h 50 min

Je peux vous confirmer que c’est ce que les Hollandais pensent des Français, car ils ne montrent que les images des casseurs , qui ne représentent qu’une infime minorité. Ils n’expliquent pas que Sarkozy agit en fait en dictateur, ça ils ne le savent pas et donc ne comprendront pas.
J’ explique le vraies raisons de la colère à mes concitoyens, mais ce n’est pas facile de leur faire comprendre car ils n’ont pas l’habitude de s’exprimer dans la rue pour la raison suivante : les syndicats doivent demander l’ autorisation de grève au tribunal.

Maguy 28 octobre 2010 à 11 h 45 min

« A l’image de la manifestation européenne de Bruxelles, il y a quelques jours, c’est à la solidarisation des peuples européens contre l’oligarchie financière, contre les critères de la Banque centrale européenne, imposant l’austérité et le chômage, qu’il devient nécessaire de travailler. Cette unité des peuples européens pour jeter les bases d’une Europe sociale, solidaire, écologique est plus que jamais d’actualité. En même temps, dans chaque pays et dans l’Union européenne doit être recherché le chemin de cette « autre Europe possible et nécessaire » et cet après capitalisme indispensable au retour du progrès social, humain, démocratique. »

Complètement d’accord et je le dis depuis longtemps. Puisque les directives viennent de l’Union Européenne, la résistance dans l’unité des peuples européens est aujourd’hui indispensable si l’on veut faire aboutir les revendications et la protestation des peuples de chaque pays contre leur propre gouvernement complice de l’Europe ultra libérale, qu’il soit de droite ou social démocrate d’ailleurs.
Car je ne vois pas comment, à supposer que le peuple français arrive à éviter la casse de ses conquêtes sociales, un seul pays isolé dans une Europe capitaliste qui s’est donné les moyens d’imposer la dictature des rapaces des marchés financiers, pourrait conserver longtemps son édifice social, envié par tous et si chèrement conquis.

Annie 28 octobre 2010 à 12 h 39 min

merci Adriana d’expliquer sans vous lasser

nous, Français, armés de notre longue tradition nous pouvons faire plier la finance (qui leur « donne » leur fric sinon notre travail ?)

LE BRETON 28 octobre 2010 à 22 h 27 min

Ne faudrait-il pas rendre compte de l’adoption du rapport de Pervenche Berès le 20 octobre 2010 par le Parlement européen et les préconisations dangereuses qu’il contient pour notre système de retraite et expliciter le vote du groupe GUE.NGL

Maurice Frankel 30 octobre 2010 à 10 h 59 min

L’Union européenne n’est pas l’Europe. L’Europe est un continent dont tous les états, à l’exception provisoire de la Biélorussie, sont présents au sein du Conseil de l’Europe. L’Union européenne n’est composée que des 27 états qui se sont soumis au dogme de la concurrence libre et non faussée. Son seul objectif est de détruire la souveraineté des citoyens et de les transformer en simples consommateurs. Elle est l’outil institutionnel destiné à transférer le pouvoir des états aux transnationales au même titre que l’OMC, le FMI, l’Alena… Ces transnationales ont besoin d’une paupérisation des populations occidentales pour étendre plus facilement leurs marchés à la terre entière. Maintien du taux de profit oblige. Les traités actuels organisent le dumping social, la destruction du tissu social que constituaient les petites et moyennes entreprises, la soumission des marchés publics à la concurrence, la marchandisation des services publics, la concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques-uns. L’euro est une fausse monnaie unique qui n’a pas la même valeur réelle dans tous les pays où elle est utilisée, ce qui facilite le dumping social.

Comment concilier le personnel et le collectif, comment concilier la liberté et le respect du bien commun sont les questions d’aujourd’hui. Ce n’est certainement pas en courant vers la concentration, le gigantisme ; ce n’est certainement pas en faisant de l’européisme un dogme qui a conduit les socialistes (?) et les écologistes à passer à droite en aidant Sarkozy à ratifier le traité de Lisbonne dont les français avaient rejeté le contenu lors du referendum de 2005.

Il est illusoire de laisser croire aux citoyens qu’il est possible d’instituer une autre Union européenne. Je ne veux pas d’une « autre Union européenne », d’un impôt européen. Les peuples doivent pouvoir coopérer en conservant leur souveraineté, en restant libres du choix de leurs institutions et de leur système économique, dans le respect de leur culture, de leur langue, sans être soumis à des organismes supranationaux contraignants, conformément à la déclaration universelle des droits des peuples du 4 juillet 1976. Les différences n’ont jamais empêché les échanges ; elles les enrichissent au contraire. L’abandon de la souveraineté et de la nation par la gauche crée une confusion entre souveraineté et nationalisme qui fait le jeu de l’extrême droite, alors que ces deux concepts sont contradictoires.

Être internationaliste n’a jamais voulu dire vouloir l’uniformisation, appliquer les mêmes règles à tout le monde, transformer la planète en vaste termitière au sein de laquelle plus personne ne sait qui commande et à quoi sert ce qu’il fait , mais solidarité avec tous les peuples, et principalement avec les travailleurs (ouvriers, paysans, artisans, petits commerçants…) victimes du capitalisme, dans le respect de leur histoire, de leur culture, de leur langue, de leurs coutumes, de leur volonté, en un mot de leur souveraineté. (La Déclaration universelle des droits des peuples – 4 juillet 1976 / À lire sur http://www.peuplesouverain.eu/)

Dans l’histoire, tous les exemples de concentration plus ou moins forcée ont échoué, souvent tragiquement ; empire romain, empire ottoman, colonisation, union soviétique voulant maintenir l’empire tsariste, les Balkans, la Belgique… Ou même, on s’installe en éliminant les populations locales comme lors de la conquête des Amériques, qui d’ailleurs n’en finit pas. La religion, la race… ne sont que des instruments pour entraîner les peuples dans cette démarche.

Ce n’est pas en créant des organismes supranationaux pour se hisser au niveau des transnationales et de la finance que l’on rendra le pouvoir au citoyen, mais au contraire en vidant les transnationales de leur contenu en rendant le pouvoir économique aux citoyens au travers des états, des collectivités territoriales, des associations… par les services publics, les coopératives… par une relocalisation de l’économie. Il faut redonner tout son pouvoir à la Commune. C’est ensuite à ces communes de se regrouper pour gérer ce qui est préférable de l’être à des niveaux plus importants.

À chaque commune son maraîcher, son école, sa maison des services publics son épicerie, sa boulangerie, ses artisans… Pour avoir une mesure commune entre environnement rural et ville, on pourrait entendre par commune une entité de 1.500 à 2.000 habitants et faire le bilan de tout ce qui entre et sort de cette entité : marchandises, mouvement des personnes, bilan énergétique, environnemental, social…

Il est urgent pour les peuples d’Europe de se libérer de la mainmise de l’Union européenne. La lutte contre le capitalisme passe par la lutte contre l’Union européenne. Nous devons nous en libérer. Agissons dans le cadre du Conseil de l’Europe pour l’établissement de chartes, de traités, sur les droits des travailleurs, leurs conditions de travail et de rémunération, sur la protection des biens et services publics, de l’environnement, sur le contrôle des citoyens sur le foncier, sur leurs entreprises, sur le droit à la libre circulation des hommes, sur le droit du sol, sur le droit des peuples à s’organiser en état-nation…

Cela ne veut pas dire que les nations sont immuables. Elles se groupent, se découpent, au gré des rapports de force et de ce que ressentent les peuples.

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