Un Juste condamné pour « délit de solidarité »

le 14 octobre 2021

Christian Minelli/NurPhoto/AFP

Le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU tout comme le pape François avaient salué et soutenu l’action de ce maire d’une petite ville de moins de 2000 habitants du sud de l’Italie, dans la région de Calabre. Le magazine américain Fortune, avait été jusqu’à le classer parmi les cinquante personnes les plus influentes au monde en 2016. Il avait été élu en 2010, 3ème meilleur maire au monde.

Voici que la justice italienne, sous les applaudissements de l’extrême droite, vient de condamner, cet élu, Domenico Lucano, à l’assourdissante peine de treize ans de prison et à 500 000 euros d’amende. Son crime ? Avoir accueilli et fait installer dans son village des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants, fuyant guerres, persécutions et misère.

Ce faisant, il ne faisait que son devoir, codifié dans de multiples conventions internationales. Il donnait un sens concret aux beaux mots d’humanisme et de solidarité. En même temps il redonnait vie à la collectivité : les maisons abandonnées depuis des années retrouvaient tout d’un coup la vie grâce à lui. Des familles se formaient, la vie sociale renaissait dans une mêlée de cultures du monde. L’école rouvrait. Des activités artisanales et commerçantes donnaient vie à la cité. Une coopérative créée par les réfugiés avec le soutien de la commune traitait les déchets ménagers. Bref, Domenico protégeait, offrait sécurité et espoir.

La presse internationale s’enthousiasmait  de cette expérience originale. Des maires partout en Europe voulaient s’en inspirer.

Mais c’était sans compter sur la hargne du ministre d’extrême droite, Matteo Salvini, qui en 2018 le fit arrêter et placer en résidence surveillée.

Le chef d’accusation fut tout trouvé : Domenico Lucano aurait organisé des mariages de convenance pour aider les femmes déboutées du droit d’asile à rester en Italie. Puis des juges acharnés condamnèrent l’attribution du marché de la gestion des déchets à des coopératives liées aux personnes migrantes.

Peu importe que ce maire ait sauvé des vies. Peu importe qu’il se soit appuyé sur la Convention de Genève qui proclame depuis 1951 un droit imprescriptible : celui d’être accueilli dès lors que l’on craint pour des hommes et des femmes des persécutions « du fait de la race, de la religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un certain groupe social ou de leurs opinions politiques ».

Ainsi, au cœur d’une Europe qui proclame à chaque lever de soleil son amour de la liberté et de la solidarité, un élu du peuple défendant les droits humains et faisant du même coup revivre sa petite ville, subit un procès en hospitalité.

Car l’hospitalité pour Domenico, est un héritage. La Calabre est une terre d’accueil dont on retrouve les traces durant la période Grecque.

Et la mère de Doménico hébergeait déjà des pèlerins roms à l’occasion du festival de septembre à Riace. A la fin des années 1990, la famille s’occupe de 300 migrants Kurdes fuyant le pire et suit leur installation, tout en commençant à redonner vie à la commune.

Seulement le « modèle » de Riace n’a pas sa place dans cette Europe qui se terre, qui érige désormais des murs et fait de notre mer commune, la méditerranée, un cimetière.

Les représentants de cette Europe, si préoccupés par ce qui se passe en Amérique latine ou en Chine, n’ont pas un mot de soutien pour un maire qui ouvre sa porte et reçoit en humanité. Un maire qui refuse de renvoyer à la mort des femmes et des hommes qui cherchent refuge ! Un maire qui fait que cette Europe cesse d’être un froid tiroir-caisse, une police aux frontières et la guerre de tous contre tous.

Au lieu de la criminalisation, l’action de Domenico Lucano appelle un autre monde dans lequel les droits humains seraient supérieurs à celui de la liberté des capitaux à spéculer et à se réfugier dans des paradis fiscaux quand des millions d’êtres humains connaissent l’enfer. Un monde fondé sur la coopération, et non plus la compétition, le co-développement au sens du développement commun, social ; solidaire, démocratique, et environnemental, dans la sécurité et la paix.

Ce procès de Riace est celui de la condamnation d’un Juste. Celui de l’hospitalité dans un pays membre fondateur de l’Union européenne, miné par les violentes tourmentes politiques, que gouvernent, ensemble, l’ancien président de la Banque centrale européenne et une partie de l’extrême droite.

Fermer les yeux sur cette infamie, serait nous condamner à la vivre ailleurs ! Les démocrates, les progressistes, les humanistes ont le devoir de faire sauter la chape de plomb qui s’abat sur la situation de Domenico Lucano et d’utiliser tous les moyens pour que le gouvernement français et les institutions européennes fassent appliquer les conventions internationales et blanchissent Domenico.

C’est l’honneur de l’Europe qui est engagé. Qu’elle ait le courage de faire sienne cette interpellation de Sophocle « Qui a le droit avec soi peut aller le front haut ».

Patrick Le Hyaric 


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