Une chimère politique s’effondre

le 10 octobre 2018

La démission de M. Collomb est un profond symptôme de la crise dans laquelle s’enfonce le macronisme. Remarquons d’emblée que le président jupitérien est ridiculisé par des ministres d’État qui, sans déposer de préavis, annoncent l’un sa démission en direct à la radio, l’autre au Figaro.

Le mode d’exercice monarchique du pouvoir, bafouant le Parlement, les organisations syndicales, les collectivités locales, jusqu’au gouvernement lui-même et sa majorité pour accélérer la contre-révolution à l’œuvre, se heurte à la demande d’écoute et de participation citoyenne.

Plus fondamentalement, le président de la République concentrant les pouvoirs en un petit cercle au sommet de l’Etat ignore les conditions de son élection dues à des circonstances exceptionnelles. Celles-ci ne lui ont pas donné carte blanche pour défaire le droit social, satisfaire les plus fortunés et les puissances d’argent, faire passer l’état d’urgence dans le droit commun. Bref il n’y a pas de majorité populaire pour accepter que la France et son peuple soient de force sacrifiés sur l’autel de la mondialisation capitaliste. M. Giscard d’Estaing comme M. Delors s’étaient déjà heurtés à cet obstacle de taille. La croyance instillée selon laquelle on peut, dans le pays de la Révolution Française, allier dans la confusion des politiques de gauche et de droite ne sert que de paravent camouflant une fuite en avant dans la mise en œuvre de choix réactionnaires. Ce sont les fondements mêmes de la création de la nébuleuse « En Marche » qui se révèlent faux et font du macronisme une chimère.

Il n’y a pas en France de lien ou de convergence objective des électrices et électeurs vers une force libérale et autoritaire, poussant plus loin l’intégration européenne au service des marchés, enserrant le travail dans une concurrence mortifère au sein de la mondialisation financière et technologique. M. Collomb, qui en était l’un des précurseurs, l’a appris depuis seize mois à un poste d’observation privilégié où il dispose de toutes les informations sur les sentiments de nos concitoyens jusqu’au village le plus reculé. Le fait que déjà M. Colomb déclare se présenter aux municipales à Lyon sans l’étiquette « en Marche » est extrêmement révélateur. Que n’a-t-on fait suffisamment attention également  à ses propos lors de la passation des pouvoirs, notamment à propos de la situation dans les « banlieues » après que le Président ait jeté le plan Borloo à la poubelle.

Une telle situation devrait ouvrir des espaces nouveaux pour des forces progressistes anticapitalistes s’attachant sans attendre à un travail de refondation politique visant à unir l’immense majorité de celles et de ceux qui ont intérêt à un changement de société et donc de pouvoir. C’est une immense responsabilité pour l’avenir. En effet, en ne rendant pas compte des rapports de force réels qui travaillent la société, la cinquième République crée une situation d’instabilité, non seulement pour l’action publique, soumise par alternance à des pouvoirs présidentiels exorbitants et faiblement représentatifs, mais aussi en couvant des forces obscures qui se nourrissent des désaveux répétés. M. Macron s’accommode très bien de cette progression de l’extrême droite car elle lui permet de se positionner comme le seul recours. Ce jeu est extrêmement dangereux. Soit au nom du combat contre l’extrême droite il livre le pays aux forces de l’argent. Soit il crée des conditions comme en Italie, en Autriche de l’accession des forces brunes au pouvoir. Il appartient aux citoyens eux-mêmes de mettre les forces progressistes au pied du mur pour qu’enfin elles prennent la mesure du danger et travaillent à une alternative sociale, écologique, démocratique.

5 commentaires


Sylvie Rabatel 12 octobre 2018 à 15 h 14 min

L’inversion de la signification du mot progressiste m’horripile. Macron n’est pas progressiste, il est ultra libéral conservateur. Sa politique n’amène pas le progrès, mais une régression vers le capitalisme du 19e siècle.

Colombe 13 octobre 2018 à 6 h 09 min

Exact , on revient aux méthodes du 19eme siècle ou c’était le laisser faire pour le capital .
Le ministre Guizot disait a la grande bourgeoisie : » enrichissez vous . Macron ,ministre de Hollande dit aux jeunes :  » devenez milliardaires  » C’est le renard libre dans le poulailler libre .C’est la fuite en avant jusqu’a la catastrophe .

Lafaye Jacques 13 octobre 2018 à 14 h 13 min

Qu’ils s’en aillent tous!!

Colombe 14 octobre 2018 à 4 h 24 min

Le dégagisme en Italie a donné le mouvement 5 étoiles qui est allié au gouvernement avec l’extrème droite .Les italiens ne sont pas mieux avancés .Attention aux grands mots .

bouscas 15 octobre 2018 à 11 h 53 min

C’est une analyse d’une situation helas bien réelle. Il faudrait que le pays prenne en compte sa force et arrête d’écouter le monologue des médias, chroniqueurs, beau parleurs soudoyes par la finance. À attendre le ruissellement on va se retrouver noyés. Oui à un rassemblement de toute les forces de gauche…… La vraie gauche.

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