Refuser la « Macron braderie » !

le 18 décembre 2014

macron

 

Certains disent qu’il s’agit d’un projet de loi « fourre-tout ». En apparence peut être. Mais le texte dit « Pour la croissance et l’activité » ou « projet Macron » est d’une grande cohérence. Il s’inscrit totalement dans les injonctions de « contre réformes » structurelles réclamées par des instances internationales comme l’OCDE ou le FMI, le G20, par le Conseil européen qui pour permettre au capitalisme de se déployer dans sa propre crise, insistent pour abaisser sans cesse et partout les droits des travailleurs.

 

Il est un décalque parfait du « Pacte Euro plus » signé en 2011(1) par M. Sarkozy et Mme Merkel. Le cap général vise à détruite les règlements existants sur les « marchés »  de biens et de services, sur le travail et les systèmes de protection sociale et de retraite.

 

Il n’est pas anecdotique que ce soit le ministre de l’économie, ancien banquier qui tente de faire changer des législations qui relèvent d’autres ministres, comme ceux du travail, de la justice, du commerce ou de l’artisanat, des transports, du logement. Le projet gouvernemental vise à modifier des pans importants de notre droit du travail : travail du dimanche élargi à la possibilité de douze dimanches travaillés par an, travail de nuit modifié, facilitations des licenciements, allongement du temps de travail, juridictions prud’homales mises en cause, inspection du travail affaiblie, médecine du travail dénaturée. Il veut  aussi introduire les logiques marchandes dans des professions qui étaient jusque là protégées, non pas pour diminuer les tarifs mais pour les livrer à de grands consortiums capitalistes anglo-saxons.

 

On vient d’en avoir un exemple scandaleux contre les taxis en ouvrant la porte à une grande société de taxis, utilisant des chauffeurs en dehors de notre droit du travail. Notons qu’à chaque plan de la Troïka(2) dans un pays européen, il est exigé le démantèlement de professions comme les notaires, les avocats, les pharmaciens. Le transport privé en autocar nous est présenté comme une révolution alors qu’il s’agit d’organiser la concurrence avec le rail. Passons sur ce faux argument du prix qui va diminuer, dont on a pu mesurer la justesse avec l’exemple de l’ouverture à la concurrence du gaz et de l’électricité. Comment dire vouloir diminuer les accidents de la route et multiplier le nombre de cars roulant le week-end ? Comment vouloir agir contre la pollution et le réchauffement climatique et étouffer le rail ? On se souviendra longtemps qu’un gouvernement socialiste tente de rétablir pour les pauvres une troisième classe dans le mode de transport le moins sûr ! Et ce texte prévoit  aussi la vente de biens publics comme des aéroports régionaux pourtant rentables à des fonds étrangers, et ce qui reste de nos industries d’armement. Comme cela semble devenu la règle, les grands médias et les forces de l’argent s’efforcent de cacher la violence de la cohérence de ce projet qui constitue un saut supplémentaire, visant à étendre la sphère d’activité du capital pour y capter de nouvelles possibilités de profits.

 

Tout progressiste, tout socialiste et même nombre de républicains devraient encore méditer cette proclamation de Lionel Jospin lorsqu’il était Premier ministre : « Je suis pour une économie de marché. Je ne suis pas pour une société de marché ». Or, avec le projet Macron, nous y entrons. Il organise l’envahissement des logiques marchandes dans toute la vie sociale, la vie familiale, les temps de repos, l’éducation, les renforce dans les transports, dans le travail, la santé. Aucun espace temps ne serait soustrait à la consommation, valeur reine d’une société mercantile et de l’obsolescence programmée avec une mise à disposition de tout un chacun au marché roi. Pas même le temps du dimanche ne serait épargné. Pas même celui que l’on consacre à soi-même, aux siens, où l’on prend de la distance avec ce qui rythme le quotidien. Ce temps hors travail, parfois consacré aux autres, au bien commun, ce temps bien mérité après une semaine d’activités professionnelles et de transports souvent harassants. Consacrer ses dimanches à pousser son chariot dans les allées d’un supermarché en ayant son gamin à l’intérieur, ne constituera jamais un projet de société viable et harmonieux. Comment peut-on faire croire que c’est en intégrant le dimanche dans la semaine de travail que l’on va créer des quantités d’emplois, alors que par ailleurs on réduit le pouvoir d’achat des ménages et que près de huit millions de nos concitoyens voudraient bien travailler en semaine ? Ouvrir les magasins le dimanche en continuant de fermer usines et bureaux la semaine, tel est le choix d’une société du chacun pour soi, une société de plus en plus invivable. Elle a ses théoriciens, avec  Jacques Attali qui présidait la commission mise en place par Sarkozy, et comme sociétaire Macron lui-même. C’est le grand mélange à l’œuvre entre droite et fractions socialistes sur le thème de la politique unique. A la fin, seul le capital gagne. Le projet de M. Attali, présenté comme le grand penseur des temps nouveaux sur la nouvelle conception de l’existence est d’une simplicité confondante : il suffirait « d’être soi même », de « créer soi même son emploi » pour trouver dans cette marchandisation généralisée le « bonheur ». L’auteur d’un ouvrage remarqué sur Marx qui en vient à proposer que chacun devienne son propre exploiteur. On croit rêver ! Le Medef jubile ! Cela se comprend. Dans un monde où l’argent circule sans entrave à la vitesse de la lumière pour spéculer là où il pense en retirer profits instantanées, comme l’abeille butine de fleur en fleur pour en retirer le nectar, la logique de la loi Macron est de faire admettre que plus rien ne doit échapper à la loi du marché capitaliste et à sa recherche de plus-value, extorquée du travail et de la consommation. Ni l’organisation du temps de la semaine, ni les infrastructures d’un pays. Pour y parvenir, la prétendue loi naturelle du « marché capitaliste » prime sur la souveraineté des individus, leur organisation collective fondée sur l’idéal d’émancipation, condition de l’exercice de la citoyenneté. Elle prime aussi sur la souveraineté nationale, bradée sur l’autel décrépi des instances européennes et sur celui encore plus grand des intérêts privés, y compris étrangers, comme on le voit avec la vente d’une partie d’Alsthom aux américains de Général Electric ou de l’aéroport de Toulouse aux capitaux canadiens et chinois. Jusqu’aux industries d’armement proposées à la salle des ventes des rapaces de la finance internationale.

 

En cela les fondements de la République sont gravement fissurés, cette République sociale et solidaire dont la force était de garantir la souveraineté de la Nation et celles des individus, de protéger les citoyens contre le fait accompli de la loi du plus puissant, de la concurrence de plus en plus faussée. La loi Macron porte une certaine idée de la société et des êtres humains. Ce ne peut être la nôtre. Son sens et ses conséquences doivent être étudiées, décryptées, débattues dans des ateliers citoyens, dans les usines, les magasins, les bureaux, les quartiers.

 

Au nom de la République et d’une certaine idée du progrès humain, unissons-nous pour la rejeter.

 

(1) Ceci a fait l’objet du livre « Le pacte des rapaces » (2011)

 

(2) Troïka – alliance commission européenne, FMI, Banque centrale européenne pour imposer les plans d’austérité.

11 commentaires


ROME Serge 18 décembre 2014 à 17 h 47 min

Je trouve très intéressant ce texte sur la loi Macron, il donne des explication que personne d’autre que nous ne donne en particulier les télévision publiques.
En effet
j’ai eu l’occasion de voir C dans l’air sur la 5 les invités étaient Yves Thréard du Figaro, Christophe Barbier de l’Express et deux économistes favorable à la loi Macron. En fait il y avait donc pas de débat sur le contenu de la loi ou sur quelques détail mais rien sur le fond , je trouve cela qu’en même grave que les chaine publiques sur des sujets aussi important pour les citoyens empêchent dans les fait un débat contradictoire et quelle se fassent les vecteur de la démarche de la politique économique et sociale portée par la loi Macron.
Personnellement je ne suis pas surpris.
Pour revenir au texte de P Le Hyaric, je pense que nous devrions le faire connaitre très largement

OLEARAIN Luis 18 décembre 2014 à 18 h 12 min

Dimanche dernier, je me suis promené dans les rues d’Annecy (tous les magasins ouverts + le marché de Noël, place Courier. La cohue dans les rues. Et j’ai observé que les gens n’achetaient rien! J’ai compté les sacs de courses aux mains des gens, résultat 5 ou 6 pour 1000.Donc, l’ouverture du dimanche ne développera pas de croissance. En effet, comment dépenser le dimanche ce qu’on a pas la semaine.Outre, la remise en cause du repos hebdomadaire, faire du dimanche un jour ordinaire, vise à remettre en cause les conquis (majoration de salaire, prime…etc). Soit abaisser le prix de la force de travail pour le bonheur du capital!!

colombe 19 décembre 2014 à 4 h 29 min

Il y a bien que dans le foot professionnel que les patrons ne se plaignent pas du « coup du travail »,au contraire ils pestent de ne pas pouvoir acheter les joueurs les plus chers.
C’est le monde a l’envers.

Michel Berdagué 19 décembre 2014 à 7 h 38 min

Sûr que c’ est la République elle-même qui est en danger et depuis longtemps . Or la République a été réactivée en 1945 avec des garanties et conquêtes pour le Peuple et tout le monde du travail : cf le Programme du C.N.R. et le Préambule de 1946 . Et depuis le capital en pleine mutation en impérialisme financier qui ne peut qu’ être prédateur puisqu’ il est aux mains d’ une poignée qu’ avec raison tu les situes en rapaces qu’ ils sont en effet . Et au temps de la charité – il faut voir pour croire toutes les sollicitations à donner aux oeuvres comme les bourgeois/capitalistes de la bien-pensance mais ces rapaces craignant je ne sais quelle crainte créent des fondations en veux-tu en voilà à grands renforts de pub pour se dire gentils ,le coeur sur la main grand seigneur d’ antan tout en cassant et saignant par tous les moyens tous les services publics de la nation républicaine et de l’ état qui à leurs yeux leur appartient car acheté . Sûr que depuis 2005 la République est malmenée , attaquée et dite dépassée face au Marché grand M de presque droit divin comme avant notre Révolution 1789/93 pour la royauté sans parler de la Commune et pourtant si présente dans la mémoire collective des Luttes . Il est grand temps de s’ unir dans l’ Hexagone , personne ne peut et doit s’ abstenir . Déjà retrouvons la citoyenneté pour ne pas être que consommateur en sommation/injonction de n’  » être  » con-so .

pellizzoni 19 décembre 2014 à 17 h 53 min

le travail le dimanche est à mon sens une aberration, en période de crise comme il est dit qui va acheter ce jour là, cela veut dire que les achats effectués le dimanche, ne seront pas au rendez vous dans la semaine, petit à petit tous les acquis sociaux qui ont été obtenus par les anciens, vont disparaître aux profits des plus grands, merci messieurs les socialistes

Thomas yves 19 décembre 2014 à 18 h 48 min

Le travail le dimanche et parfois très tard dans la nuit sans contreparties . cela existe déjà dans la restauration rapide.

DOMART Jean-Marc 19 décembre 2014 à 20 h 05 min

Macron, comme Valls, F. Pellerin, Copé, Lagarde et bien d’autres auparavant, appliquent les consignes du Groupe Bilderberg, ce cercle fondé en 1954 par des financiers non-allemands du nazisme, où ils coordonnent annuellement en bonne compagnie, dans des hôtels de luxe bien protégés de toute démocratie, leurs politiques contre les peuples. Le problème, c’est qu’en France, c’est toujours tabou d’en parler…

sybil 19 décembre 2014 à 21 h 02 min

Marx dans ses adresses à la première internationale,résumait bien la situation actuelle,l’histoire se répète sous les épèces incroyable d’une farce grotesque comme MONARCHIE ET EMPIRE,personne n’y croit,personne n’est capable d’infléchir
le cours des actes,jusqu’à la guerre civile en france,et tout se répète,ils instituent une espèce d’empire se comportant comme des monarques,détruisent les forces utiles de la Nation,pactisent en secret avec les forces les plus obscures du fric,mais sans être populaire,on les supporte,sans mots dire,alors quil faut s’en débarasser au plus vite!Le peuple amorphe ou détruit est inerte et nous sommes seuls,la contre révolution peut durer encore,encore,à moins qu’un évènement imprévu dans leur calculs ne réveille le peuple…

breteau jean claude 22 décembre 2014 à 15 h 58 min

La loi Macron vient de loin,elle poursuit la politique de Sarkozy et son » penseur » Attali .Tout le génie de ces gavés ,c’est l’attaque contre la CGT,syndicat emmerdeur et incompréhensif des malheurs des patrons .Ils s’octroie donc le droit de choisir son dirigeant (pourquoi ne pas faire un transfert de la CFDT,ce serait plus simple ,car le « voyou » semble vouloir faire de la résistance,non mais !)i

breteau jean claude 22 décembre 2014 à 16 h 26 min

Suite:Ils ont marqué le premier point ,la riposte se fait attendre,alors qu’il y a urgence .C’est avec tristesse et amertume,que je constate l’absence d’une vive réaction face à la gravité de la situation,laissant les collabo du capital agirent à leur guise contre le monde du travail.(Sauf l’huma bien trop timide )La réponse n’est pas à la hauteur ,nous risquons de le payer cher.L’ennemi de classe de Juncker à Berger ,en passant par le clan fasciste semblent jouir d’une liberté totale ,alors que des millions de salariés ,précaires ,chomeurs sont sous le joug du libéralisme sans foi ni loi ,pillant comme jamais les richesses du pays.Comment ne pas avoir apprécié l’attaque contre LE PAON pour ce qu’elle est,créer une faille dans la défense contre la guerre Macron-Gattaz contre le peuple .Réveillons nous

alain harrison 26 décembre 2014 à 4 h 34 min

Bonjour.

«« La loi Macron porte une certaine idée de la société et des êtres humains. Ce ne peut être la nôtre. Son sens et ses conséquences doivent être étudiées, décryptées, débattues dans des ateliers citoyens, dans les usines, les magasins, les bureaux, les quartiers.»»

«« Son sens et ses conséquences doivent être étudiées, décryptées »»

Nous sommes toujours dans la réaction, sur le terrain de l' »ennemi », nous sommes perdant. Pendant que nous épuisons nos énergie à essayez de comprendre les tactiques, nous oublions les stratégies. Alors même que les stratégies, nous les connaissons.

Ne perdons pas nos énergies à chasser les tigres de papier. Portons notre regard et nos actions vers nos solutions, nos stratégies et nos tactiques. Soyons sur notre terrain et laissons l’ennemie s’y casser les dents.
C’est exactement un aspect de la stratégie de la pensée unique: que nous nous cassions les dents à continuer d’essayer de comprendre leur piège, c’est le piège, et tant que nous ne nous en rendrons pas compte nous resterons piégés.

Pour sortir du piège, c’est simple trouvons nos solutions et nos alternatives, érigeons les en agenda politique avec nos stratégies et tactiques de mise en place.
Mais d’abord ayons des solutions et des alternatives. Puis articulons-les adéquatement de telle sorte que tous peuvent en voir clairement le potentiel et les avantages. Que chacun puisse en saisir les tenants et aboutissants.
Les deux fondamentaux: mode de revenu et mode de travail.
Revenu de base couplé aux coopératives…..
Leur avantage concret.
Le capitalisme réussit, il nous a conditionné au consumérisme et ça fonctionne très bien, l’espoire d’en avoir plus. N’est-ce pas là un état de fait pour la pluspart ? Mais une chose certaine, la majorité est dans le consumérisme, le rêve américain.
Soyons honnête intellectuellement. Ne pas reconnaître ce fait ne ferait que faire sortir notre faux orgueil ou orgueil mal placé. Être critique, c’est l’être aussi par rapport à nous-mêmes, en dehors de toute idéologie et dialectique étriquée.

De même pour le travail de Marx, il s’agit de le rendre compréhensible simplement sans tournure abracaquadabrante.

Il ne s’agit pas de devenir des forcenés de la révolution, nous pouvons constater de ce qu’il en est advenu.

Maintenant, aux US, la court a statué que dans les élections aucune limite pour l’argent. La dictature financière trouve sa voie légale. Le DICTATURE légalisée point.

La troll-ka a mis la main sur la justice par le fait même.

Il n’y a jamais eu de démocratie aux US.

Est-ce que «« la court a statué que dans les élections aucune limite pour l’argent. »» contrevient à un ou plusieurs aspects de la Constitution États-Unienne ???

Alors, voyez l’intérêt vital, pour les peuples, qu’est la Constitution.

Les Peuples doivent se pencher sur leur Constitution, ce qu’elle dit, l’étudiée, la décrypté,e la comprendre, en discuter et en débattre, en vue de la réécrire pour qu’elle soit compréhensible et cohérente dans la désignation et la distribution des latitudes de chaque composante de la société.

Composante, il faut entendre les différents systèmes, institutions, infrastructures et sytèmes sociaux-économiques (compagnies, usines, services…..) le judiciare, le militaire et les forces de l’ordre, les bras armés.

Donc devenir pro-actif, donc être sur son propre terrain. En quittant le terrain de l’autre ainsi, l’autre n’aura d’autres choix que de venir se casser les dents.

Le capitalisme vit en nous suçant nos énergies, et en réagissant nous ne faisons qu’aggraver l’hémorragie . Le capitalisme ne peut être sans nous, c’est sa condition. il,peut toujours prétendre le contraire. Ce n’est qu’un jeu de dupe, mais il faut le voir clairement si nous voulons cesser de se faire avoir et de continuer son petit en nous catonnant dans la réaction.

Cessons de nous faire conditionner et retournons la situation. La réponse est dans la question.

Bon sang, vous ne le voyez pas.

Le choix est simple: réagir ou agir.

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