Le combat des paysans est d’intérêt commun !

le 29 juillet 2015

agriculture2

Par  Patrick Le Hyaric

On ne compte plus les plans dits « d’urgence » pour l’agriculture. D’abord soucieux de calmer de légitimes colères, ils ne font que cacher l’enjeu fondamental : celui de lancer un programme visant un développement durable, social et environnemental de l’agriculture, assorti d’un nouveau projet de rémunération du travail paysan. Programme qui, du côté des consommateurs, imposerait de sortir du blocage des rémunérations salariales et des hausses de prix comme ceux du gaz, de l’électricité ou des loyers. Telle est la question !  Derrière le funeste vocable répété à satiété de « la compétitivité » dans une féroce guerre économique mondiale, les forces du capital et leurs serviteurs considèrent qu’il ne faut pas augmenter la valeur de la partie alimentaire de la reproduction de la force de travail, pour ne pas devoir revaloriser les salaires des travailleurs manuels et intellectuels ainsi que les protections sociales. Et ceci doit être obtenu en permettant aux secteurs d’aval de la production de capter leur part de valeur. On estime que près de 15 points de cette valeur a été transférée du producteur vers les secteurs industriels et commerciaux d’aval de l’agriculture. Tel est le sens des décisions prises ces quarante dernières années à l’Organisation Mondiale du Commerce et au sein des institutions européennes.  Ainsi les mécanismes de régulation mis en place au début du marché commun, comme les prix garantis à la production, ont été démantelés et, décidée récemment, la fin des quotas laitiers va produire un cataclysme rural. La concentration capitaliste des secteurs de la collecte, de la transformation et de la distribution place les petits et moyens paysans dans un rapport de subordination qui élimine un à un les plus faibles. Pour survivre, ceux qui restent doivent produire toujours plus à des prix abaissés, après s’être hyper-endettés. Autrement dit, leur auto-exploitation est renforcée. Au nom de cette « compétitivité » et de « la concurrence libre », ils sont placés dans une guerre économique sans merci avec les agricultures d’ores et déjà plus industrialisées des pays du nord de l’Europe et désormais de l’Allemagne. Face à de tels rouleaux compresseurs, ils ne peuvent tenir. N’est-ce pas l’objectif recherché quand on songe que tout serait considérablement aggravé si, par malheur, le projet de traité transatlantique devait voir le jour ?  Dans ces conditions, les plans d’urgence ne sont que des soins palliatifs alors que la maladie est très profonde. L’Allemagne a transformé les fermes coopératives de l’ancienne RDA en usines à lait et à viande produisant à bas prix et à qualité moindre, le lait ou la viande n’étant que des sous-produits de la production d’énergie. Elle ajoute à ce qui se produit sur son sol des importations de ses arrière-cours de l’Est, à des prix défiant toute concurrence grâce à des abattoirs dans lesquels travaillent des salariés roumains, polonais, bulgares sous le statut européen de « travailleurs détachés » qui permet de ne pas payer de protections sociales dans le pays où ils exercent . Si on ajoute les dégâts provoqués par l’embargo sur la Russie, tout pousse à la chute des prix à la production et à la concentration industrialisée des exploitations en Europe, mécanisme auquel n’échappent pas les agriculteurs allemands eux-mêmes, aggravé par les politiques d’austérité nationales et singulièrement celle imposée en Grèce.  Les débouchés d’exportation qui existaient s’en trouvent considérablement réduits.

Les mesures annoncées par le gouvernement ne s’attaquent donc pas aux causes structurelles du désespoir paysan. Peut-être permettront-elles de faire taire les luttes sociales jusqu’à l’automne mais elles ne constituent en rien une réponse aux lourds problèmes auxquels sont confrontés les paysans et, au-delà, l’ensemble de la société. Pour qu’il en soit autrement, il faudrait aider à désendetter sérieusement les petits et moyens paysans sinon ils étoufferont. Cela oblige à avoir le courage de s’attaquer aux profits bancaires réalisés pour partie sur des taux d’intérêt appliqués dans un cadre qui n’existe plus aujourd’hui. Par exemple, les prêts ont été octroyés avec des prévisions de prix à la production bien supérieurs à ce qu’ils sont réellement. Les banques accèdent à de l’argent auprès de la Banque centrale au taux de 0,05% mais délivrent un prêt agricole à des taux se situant entre 2,5 et 4%. Il est de la responsabilité du pouvoir de mettre les banques et les compagnies d’assurances au pied du mur. Mais l’enjeu principal reste celui de la rémunération du travail par la fixation de prix de base à la production garantis pour un volume donné de cette dernière. Au-delà de ce volume, les prix doivent être dégressifs pour ne pas favoriser l’agriculture industrielle. Quant aux aides publiques, elles ne devraient servir qu’à compenser des handicaps naturels ou à encourager l’emploi, le développement territorial, l’amélioration de l’environnement et la qualité alimentaire. Autant de questions essentielles que la France doit porter au sein des instances européennes, en se réservant le droit d’amorcer leur mise en œuvre tant que les institutions européennes refuseront de modifier l’actuelle politique agricole commune.  Rappelons que notre pays contribue davantage au budget européen qu’il ne reçoit. Cela doit lui valoir le respect dès lors qu’il agit pour des objectifs de haute portée humaine tels que la qualité alimentaire, l’environnement, la santé et l’emploi.  De ce point de vue, a-t-on conscience de l’importance de l’entreprise qu’on est en train de liquider avec l’élimination de près de 50 000 éleveurs, avec les emplois induits ? Il faut en finir avec le cynisme qui consiste à se lamenter devant les caméras sur le sort de notre paysannerie tout en partageant les orientations de la PAC et en négociant un traité transatlantique et celui avec le Canada qui vont obliger l’Union européenne à importer l’équivalent de la production de viande du Massif Central.  En vérité, les gouvernements successifs sont co-responsables d’une situation devenue aujourd’hui insupportable pour les paysans et aux yeux de la majorité de nos concitoyens. Seul un rapport de force nouveau à créer ici et dans toute l’Europe pourra permettre de changer les choses. Difficile à réaliser ?  Certainement puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de construire un rassemblement conscient et puissant susceptible de transformer un modèle de production qui ruine les travailleurs–paysans, dévaste la ruralité et l’emploi, fracture les territoires, abaisse la qualité alimentaire. Pas de raccourci possible à la recherche d’une large mobilisation sociale et politique, en France et en Europe, pour enfin pouvoir s’attaquer avec des chances de succès à de grandes questions de notre époque qui, loin de ne concerner qu’une catégorie de la population, sont porteuses de l’intérêt le plus commun qui soit.

17 commentaires


Moreau 29 juillet 2015 à 13 h 49 min

La politique de l’offre anéantit des vies, c’est elle surtout qui fait l’austérité généralisée absolue, il faut une autre politique générale pour qu’il n’y ait plus l’anéantissement de nombreuses vies dans le pays, et passer de la fiscalité injuste à la fiscalité juste.Le plan B qui ne déstabilise pas la République de l’Union Européenne devrait être une politique générale communiste de gauche,il y a beaucoup de propositions faites dans la démocratie participative qui s’y prêtent. Et il faudrait que le Cap de gauche quand il est au pouvoir comme en Grèce réalise quelques unes de ses propositions, le piège fatal est de ne réaliser aucun changement, alors qu’il est toujours possible d’en faire plus ou moins.

alain harrison 2 août 2015 à 17 h 35 min

Bonjour Moreau.

«« le piège fatal est de ne réaliser aucun changement »»

On le voit en Grèce, Tsipras admet que malgré toutes ses tentatives d’arriver à un accord viable, l’UE a imposé quelque chose de plus dur qu’au départ de l’élection grecque.

Pour la Fête de l’Humanité, que la gauche arrive avec un plan global significatif et sur certains plans radical.
Une ébauche de stratégie qui donne les grandes lignes d’actions.
Qu’il en ressorte un vaste consensus.

Ceci étant, pas de concession.
Le plan, la stratégie et le consensus sont les balises point.

grea charles 1 août 2015 à 11 h 06 min

ne pas passer sous silence …le tort que procure les investissements français …à l’étranger…à l’économie nationale …et provoque parfois même ….la légion d’honneur..et le mérite national…

Le.Ché 1 août 2015 à 13 h 13 min

Sortir l’agriculture des griffes du capitalisme là est le vrai problème, c’est sûr que si nous continuons dans le système mis en place aujourd’hui aussi bien au USA qu’en Europe nous allons dans le mur à toute vitesse. c’est José Bové qui a raison en grande partie dans ce secteur, il faut revenir à des fermes d’environ 50 hectares et faire ce que l’on appelle du bio aujourd’hui et que nos ancêtres appelaient du développement durable.
Sortir l’agriculture du capitalisme c’est l’avenir de l’humanité, c’est réduire le nombre de cancers qui prolifère avec cette façon de produire, c’est un finir avec la ferme des mille vaches ainsi que celle des 1000 veaux etc….

alain harrison 2 août 2015 à 17 h 42 min

Bonjour grea charles.

«« le tort que procure les investissements français »»

Oui, il y a là tout un problème…..

D’ailleurs le Canada (con….servateur) n’échappe pas à ce problème.

«« Les recommandations du Comité font état d’inquiétudes généralisées relatives aux droits de tous les Canadiens, qui sont au cœur de l’échec du Canada, depuis plusieurs années, à respecter de manière convenable ses obligations internationales. Elles font référence aux droits des peuples autochtones, aux droits des femmes, à la sécurité nationale et aux lois antiterroristes, aux droits des réfugiés et des migrants, ainsi qu’à la liberté d’expression et au droit de réunion pacifique. »»
http://amnistie.ca/sinformer/communiques/local/2015/canada/amnistie-internationale-enjoint-tous-paliers-gouvernement?

Le canada, le plus meilleur…….?!?!?

Philippe Collas 1 août 2015 à 18 h 16 min

Jadis, la mise en place des quotas laitiers a été aussi un cataclysme, avec la fin de nombreux troupeaux. On e na été réduit à importer du lait d’Espagne ou de Pologne. On voit bien ce que donne l’Union Européenne et sa politique économique dans tous les domaines.

alain harrison 2 août 2015 à 5 h 07 min

Bonjour.

La gauche a du ménage à faire si elle veut gagner la confiance des fermiers et des travaileurs. Elle doit aussi convaincre la classe moyene…..

Elle a fait des « erreurs » qui ont favorisé la finance.
Et bien n’arriver pas les mains vides , ou une chose d’une main et une autre dans l’autre, à la Fête de l’humanité.
Ah oui, il y a des affairistes dans le haut, soyez conséquent pour la Fête…..
Que les gens impliqués à la base soient actifs sur cette question.
Moi les chanteurs de charme…..

alain harrison 2 août 2015 à 5 h 31 min

Il y a une chose « anodine » , mais impotante, les mots.
Les mots peuvent fermer des portes ou les ouvrir.

Alors quand vous brandissez Marx, contextuez le adéquatement dans votre discours, et surtout cessez de l’isoler.
Actualisez le avec Jaurès, qui lui est bien de la France.

Une question, Robespierre était-il le méchant ou celui qui a été instrumentalisé et par qui.

Il faut mettre de l’ordre dans les mots et dans l’histoire.

Krishnamurti prenait conscience qu’il devait aussi remettre le sens à bien des mots pour que l’exploration éveille.

alain harrison 2 août 2015 à 5 h 38 min

La crise actuelle est multidimensionnelle, ceux-là qui veulent la réduire, sont des réductivistes, et ça c’est pire que les réactionnaires.
Remarquez comme sont réductivistes les affairistes.
Ils on beau jeu, une grande partie de la population l’ont épousé. Par paresse intellectuelle, par ignorance, par une éducation de classe d’intérêt…..Et puis ils contrôlent l’économie par la financiarisation: la bourse, les agences de notation,………le consumérisme: c’est ça le rêve états-uniens.

Si ça vous parle.

Lumimax 2 août 2015 à 7 h 53 min

Les agriculteurs sont des adultes doués de raisonnement. Ils peuvent résister au chant des sirènes de la pétrochimie, du rendement à outrance, de la grande distrib. et du surendettement.Vous les « Verts » avez vocation de les éduquer dans ce sens. A vouloir trop réguler, la régulation tue les règles.

Moreau 2 août 2015 à 9 h 12 min

La crise actuelle est une crise générale dans laquelle beaucoup de gens se débattent contre l’une des crises qui fait cette crise très grave, désespérante, dangereuse pour les uns et fatales pour d’autres ; les affairistes ne la réduisent pas mais l’empire au fur et à mesure que le temps passe ; il faudrait réduire la crise générale et en sortir, mais cela exige un premier progrès : le progrès culturel avec toute la culture, et cela exige l’insertion de toute la classe créative et pas seulement de se préoccuper des personnes insérées quels que soient leurs problèmes. Il ne peut pas y avoir d’amélioration avec la politique de l’offre et sans le progrès associatif culturel et utile et sportif (le sport associatif doit remplacer le sport amateur et le plus possible le sport professionnel) ; c’est par de tels changements que nous entrerons dans une oeuvre de changement majeur de la France, de l’Europe, du Monde ; sans laquelle tout va très mal pour beaucoup d’êtres humains et tout ne peut aller que de plus en plus mal.

alain harrison 7 août 2015 à 0 h 51 min

Bonjour M. Moreau

Au sujet du sport associatif, pouvez élavorer un peu, et s’il y a plusieurs associations.

Et quel lien faites vous entre le progrès associatif culturel et utile et sportif (le sport associatif). Quel rôle ?

Je tâtonne…..

alain harrison 2 août 2015 à 18 h 05 min

Bonjour.

Quand je dis que les affairistes font du réductivisme, je veux dire qu’ils réduisent à la pensée unique, qu’une proportion importante de la population, parmis les jeunes générations aussi, selon la classe, a épousé la pensée unique qui empêche de « voir toute alternative* » d’une part, et d’autre part, la collaboration des médiats (stars) et les divisions dans la population qui font que le fn (masqué)prend de la place. Sans oublier les erreurs (?) de parcours de la gauche subdivisée (?). Qu’il y est des variantes dans la gauche, c’est sain, dans la mesure où celles-ci s’entendent sur les priorités vitales. Il y aura toujours des divergences sur les détailles….

* le conditionnement.
Je vous le dit lisez le chapitre 1 du livre de Jean-marie Abgrall, tous manipulés tous manipulateurs.

La crise est généralisé, est multidimensionnelle__ ce dernier terme est plus pertinant. Il indique que la crise est économique, social, culturelle, de croyances, d’identité, politique discalifiée (?), écologique,…..

Il faut nommer les choses sur différents angles pour une meilleure compréhension des liens entre les dimensions qui risquent de faire une synergie, mais catastrophique, celle-là.

Il faut éclairer les choses.
Le questionnement nous y aide.

Jaylin 18 mai 2017 à 1 h 20 min

I’m pretty much in favour of the top two into the CL and a third spot from the Cup, if that’s allebawlo. Note how selfless I am – I’m fully aware that would risk LFC missing out on the CL.I’m all about the good of the game you see 🙂

jacques charrazac 3 août 2015 à 16 h 06 min

Du fait de la recherche de toujours plus de profit le capitalisme écrase les travailleurs de toutes professions.Oui il faut sortir l’agriculture des griffes du capitalisme Européen et Mondial, comme il faut sortir notre peuple du capitalisme. Pour cela soyons clair il est urgent de sortir de L’Europe,de Euros, de L’OTAN.Le PCF doit reprendre ses fondamentaux et,avec les Communistes d’abord être porteur d’un projet politique de changement de société pour la France, que nous porterons en débat avec notre peuple cela s,appelle Rassemblement. Rien voir avec la politique du front national.

alain harrison 6 août 2015 à 2 h 47 min

Bonjour Jacques Charrazac.

«« fondamentaux et,avec les Communistes d’abord être porteur d’un projet politique de changement de société »»

Que les citoyens-travaileurs de la gauche arrivent avec le plus de suggestions à la FÊTE.

Il y a une multitudes d’initiatives qui peuvent être partagées. ex: l’expérimentation de monnaie parallèle…..

Mais s’il n’y a pas un terrain fondamental commun sur lequel agencé les initiatives et les suggestions, et les faire refléter dans un agenda politique cohérent, il ne peut s’établir de stratégie à laquelle le citoyen-travailleur participe et ait le sentiment d’en être le maître d’oeuvre. Qu’il fait sienne.

jacques charrazac 6 août 2015 à 15 h 27 min

Bonjour Alain Hrrison. OK avec l’idée que la fête de l’huma fête des communistes trouve propositions ,actions convergentes qui permettent de bâtir un projet un programme pour le cour et long terme.Pour moi le PCF a une histoire et des valeurs de classes. Donc ,il doit être un élément fondateur au rassemblement de l’ensemble de notre peuple sur des bases révolutionnaires. Dans l’espoir d’un projet et d’un programme qui permette de changer de société ouvrant la au socialisme et au communisme il doit rester libre de ces mouvements, savoir dire Oui mais aussi dire NON,en se retournant toujours vers les Adhérents et le peuple. C’est de mont point de vue le rôle de Parti Révolutionnaire.

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