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Debout pour un pacte laïc et républicain

le 19 décembre 2009

Editorial de l’Humanité dimanche

Il est de la responsabilité de tous les démocrates, par-delà leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses de dresser de solides digues face au fleuve sarkozyen qui charrie désormais les pires idées nauséabondes. Qui ne voit qu’elles peuvent nous mener au pire.

Chaque jour désormais, un ruisseau de concepts glacés alimente cette mer de haine, de racisme, de nationalisme, de xénophobie dans une confusion organisée, à rebours des plus belles valeurs du progressisme intellectuel et social à la française.

A la veille des élections régionales où le pouvoir sait qu’il sera à nouveau mis en accusation parce qu’il ne répond pas aux urgences sociales, démocratiques, écologiques mais à la soif de profits de quelques uns, il théorise cet inepte concept « d’identité nationale ». Il le fait armé du bras et des paroles d’un certain Eric Besson, dont l’identité a muté du socialisme au pire sarko-national-identitaire.

Avec un aplomb indescriptible, des réunions électorales sont organisées, sous la présidence des Préfets et des sous-préfets, sur ce seul thème. D’un côté, le peuple doit se soumettre aux forces du grand large de la mondialisation capitaliste qui détruisent ses emplois, laminent ses salaires et ses retraites, autant de maux inscrits en lettres d’or dans le traité de Lisbonne, imposé de force. De l’autre, on fait mine, avec l’ « identité nationale », de protéger le peuple de la prétendue menace de chimériques envahisseurs.

Mais sur ce plateau de l’identité, il n’y a que des fruits avariés.

Un jour, c’est cet ajout curieux à l’état civil baptisé « mariage gris », un autre le Président de la République prend une pâle plume pour écrire sur « les minarets » après un sondage travaillé sur mesure, publié par … « Le Figaro ».

Les brides ainsi lâchées sur les chevaux légers de cette ultra droite, un député de droite se permet de demander à une écrivaine, prix Goncourt, de se comporter comme à l’armée, un autre, maire UMP, peut déclarer qu’il y a des millions d’étrangers de trop, qu’on paye à ne rien faire, après qu’un ministre de haut rang ait pu éclater de rire après avoir dit, à peu près ceci : un arabe ça va, c’est quand il y’en a beaucoup qu’il y a des problèmes. D’autres réclament qu’il n’y ait plus que le seul drapeau français lors des mariages. Un autre ministre, chargé des relations avec le Parlement, peut déclarer : « les gens qui viennent chez nous, doivent accepter notre mode de vie ». Espérons que lors de son prochain voyage en Ecosse, on lui demande de mettre un kilt ! A ceci s’ajoutent les multiples contrôles au faciès, les centres de rétention, la directive européenne de la honte pour la reconduite forcée aux frontières, y compris de jeunes afghans rejetés dans les puissantes griffes des talibans ou à portée de fusils de sanguinaires guerriers.

Tel est désormais le nouvel almanach du gouvernement débordant de haine, à l’opposé de ce qui fait la beauté et la force des valeurs de la France. De dérives en dérives, depuis quelques jours, c’est le « musulman » qui est montré à la vindicte populaire. Le mal, celui stigmatisé hier par Georges Bush, viendrait d’une seule religion : l’islam, confondu allègrement avec l’intégrisme. La France est définie, chez ces messieurs, plutôt par ses racines religieuses que par les lois de la République laïque, conformément au discours du chanoine de Latran, ci-devant Président de la République française, qui n’avait pas hésité à vanter la supériorité de curé sur celle de l’instituteur. A notre connaissance, Clovis n’a pas triomphé de la Révolution française, ni de mai 1936, mai 1968 et mai 1981. Voilà peut être pourquoi le pouvoir tente de réduire l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de la philosophie.

De loin en loin, le glissement dans une « zone grise » est constant. Ajoutons l’indigne sort fait aux dizaines de milliers de travailleurs dits « sans papiers » qui font pourtant les profits de grandes sociétés du bâtiment, des  travaux publics, de la restauration ou du ramassage des ordures ménagères, dès les matins blêmes. Le travail d’un immigré produit de la plus-value, accaparée par le capital. Il participe à la vie collective en payant ses impôts, respecte les lois du pays. Il est donc citoyen. Des papiers doivent lui être donnés. Le droit de vote octroyé. La gauche aurait dû le faire quand elle était en responsabilité, comme elle avait eu le courage d’abolir la peine de mort et de faire voter, avec Mme Veil, la loi sur le droit à l’avortement.

Les tenants du pouvoir justifient ces odeurs de la putréfaction qu’ils organisent par la nécessité de combattre l’extrême droite. On ne combat pas le racisme, la xénophobie, la haine, le nationalisme en les valorisant. D’ailleurs, l’extrême droite fascisante en réclame encore plus et progresse sur ce terreau nauséabond, qu’accélère encore la crise sociale, avec son cortège de déclassements économiques et de nihilisme culturel, qui accompagnent les coups portés à la République.

Le défi est extrêmement politique. Politique, pas au sens politicien, mais au sens de l’organisation commune de la société et du monde. La définition d’une identité figée en opposition à d’autres n’est pas un horizon. C’est plutôt une impasse !

L’idéal, c’est la République, sociale et laïque, l’humanisme laïc et l’universalité des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. L’ambition créatrice, c’est de renouer avec un  progressisme à la française de notre temps, contre ces inégalités et ces injustices qui sont le dur quotidien de tant de nos concitoyens. C’est de revivifier et de régénérer la démocratie et la citoyenneté. De beaux combats à mener ! Ils se heurtent au mur de la politique sarkozyste qui démantèle les droits sociaux et démocratiques.

Une majorité peut se lever pour un  nouveau pacte progressiste, unitaire, laïc, social, solidaire, écologique, pacifique, où la coopération et le partage remplacent la concurrence et l’accaparement par une minorité. Qu’elle se fasse entendre !

0 commentaires


Maximilien Reynès-Dupleix 19 décembre 2009 à 18 h 53 min

A la suite de la diffusion relais de ton édito (http://moissacaucoeur.elunet.fr/index.php/post/19/12/2009/Editorial-de-lHumanite-dimanche%3A-Debout-pour-un-pacte-laic-et-republicain-par-P-Le-Hyaric), voici une remarque pour le moins judicieuse qui m’est parvenue:

« D’accord…mais avec LAIQUE !! « Laïc » est un terme du vocabulaire religieux = qui ne fait pas partie des ordres , ou qui n’est pas curé, évêque… »

J-Louis Lampel 23 décembre 2009 à 17 h 26 min

Bravo M. Le Hyaric, je vous rejions totalement. J-L. Lampel, membre du Parti/cellule du 12 ème

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