Ce mouvement naissant qui dit beaucoup !

le 7 avril 2016

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Par Patrick Le Hyaric

Le projet de loi affublé du mot « travail », mais qui entend en réalité le débarrasser des règles de droit, est-il le projet de trop qui fait déborder le vase de la régression sociale ?

Dans toutes les enquêtes, une large majorité de nos concitoyens se prononce contre lui. Les manifestations de la semaine dernière ont connu une forte participation, des millions de personnes se renseignent, cherchent à comprendre comme en témoignent, parmi tant d’autres exemples, les ventes de l’édition spéciale de l’Humanité décryptant les conséquences du texte de loi. Le mouvement en germe mêle l’activité syndicale de la CGT, de FO, de la FSU, de Solidaire, de l’UNEF mais aussi de syndicalistes d’autres organisations qui ne partagent pas les orientations de leurs directions, l’utilisation des réseaux sociaux et des plates formes d’informations sur la loi, des prises de parole dans l’entreprise, à l’usine comme au lycée ou à l’université. Phénomène nouveau en France, des places publiques sont occupées derrière le mot d’ordre « NUIT DEBOUT ». Travailleurs, privés d’emploi, précaires, lycéens et étudiants mais aussi retraités s’y croisent. Quelle force, quel souffle nouveau apporterait la rencontre de catégories sociales ou de groupes poussés au séparatisme social et aux revendications catégorielles, redécouvrant tout ce qu’ils ont en commun dans la vie qui leur est faite et dans les espoirs qu’ils partagent !

En vérité, une partie de la jeunesse qui se considérait jusque-là épargnée par les incertitudes du lendemain, se sent désormais menacée par l’insécurité de vie. En ce sens, les vieilles thèses giscardiennes actualisées par la fondation Terra-Nova sur une société dite de « classes moyennes », volent en éclats sous les effets prédateurs du capitalisme financier mondialisé. Quant à la société d’entrepreneurs, à peine sortie des cerveaux d’idéologues patentés, elle vient de prendre un sérieux coup de vieux ! Désormais personne n’est assuré contre cette insécurité, devenue la règle se substituant au droit. Ce mouvement naissant est aussi celui d’une recherche de convergences de différentes causes. Celle des « sans » ne supportant plus les injustices et les inégalités de toutes sortes : migrants rejetés, sans papiers, sans emploi, sans logement et sans travail stable, précaires ou déclassés par le système, auxquels il faudrait ajouter les paysans–travailleurs surexploités, les petits artisans, et aussi ces petites, voire moyennes entreprises, qui ne peuvent survivre à un système qui les spolie, les pille, les écrase et travaille à leur ingestion par le capitalisme monopolistique qui se déploie sous couvert des dogmes néolibéraux de «  la concurrence » ou de la « compétitivité ».

Que se rassemblent toutes celles et tous ceux qui refusent un monde de l’exclusion – si ce n’est de l’expulsion sociale – alors que chaque jour s’exhibent les orgies financières dont bénéficient les grands patrons, s’étalent les profits pharaoniques des multinationales et les dividendes en or des actionnaires, se dévoile la danse des magots de l’évasion fiscale et la fiesta oligarchique dans les paradis fiscaux. Et que le club des éditorialistes attitrés du média-business cesse de nous seriner que ce n’est pas grave parce que ce ne serait pas de « l’argent public » ! Précisément si ! C’est la valeur issue d’abord du travail des ouvriers, des techniciens, des cadres dans les entreprises qui est accaparée par une minorité au détriment de leurs rémunérations et du bien public. Chacun peut constater que le montant colossal de l’argent versé aux grandes entreprises roule pour satisfaire dirigeants et actionnaires. Une chose est sure, il n’aura servi ni à l’emploi ni à redresser le pays. Le succès populaire de films comme «Merci Patron » ou « La Loi du Marché » avec Vincent Lindon, donne une indication précieuse sur la possibilité de faire face au rouleau compresseur de ceux qui n’ont à la bouche que la régression, dans tous les domaines. Cette aspiration à relever la tête trouve un écho dans ce beau slogan scandé par les lycéens et étudiants : « Nos rêves contre vos privilèges ». Contre la propagande droitière qui a envahit les discours gouvernementaux et les grands journaux, l’idée grandit que le responsable du chômage ce n’est pas le code du travail mais les marchés financiers. Dans ces conditions, qu’une majorité de nos compatriotes réclame le retrait du projet de loi n’est pas un hasard. Le problème n’est plus seulement « le barème des indemnités prud’homale » ni même le « référendum » par entreprise mais une philosophie générale que voudrait imposer un pouvoir se réclamant encore de la gauche, mais qui cherche son inspiration dans les doléances et injonctions du MEDEF et des forces de droite. Cela fait tant d’années que les travailleurs sont floués par des choix politiques et économiques qui vont toujours dans le sens du moins disant, quelque soit la couleur du gouvernement ; des choix qui ont poussé le monde du travail et de la création dans l’âpreté du présent et l’incertitude de l’avenir. L’idée même de « négocier » est terriblement dévaluée dès lors que depuis longtemps les négociations ne portent plus sur des progrès démocratiques et sociaux mais sur le niveau d’acceptation des reculs. On s’étrangle d’ailleurs de la franchise du président du groupe socialiste a l’assemblée nationale M. Bruno Leroux avouant : «qu’il faut que le contrat à durée déterminée ne soit pas une prison pour les chefs d’entreprises ». Tout s’éclaire donc ! La loi dite « Travail » apparait bien comme l’apothéose régressive d’un quinquennat qui loin d’avoir fait de la « finance son ennemie » a renié son mandat en se mettant à son service.

Le mouvement actuel n’est donc pas un combat pour des codicilles à une loi, ni pour une nouvelle cosmétique politique de gauche, mais il peut devenir un rassemblement à vocation majoritaire du peuple pour que revive un nouveau progressisme à la française. Certes, il n’en est pas là mais n’est-ce pas ce qui, à tâtons, se cherche en son sein ? La très bonne nouvelle du renoncement du pouvoir à changer la Constitution pour y inscrire la déchéance de nationalité et l’état d’urgence, l’encourage à persévérer. La droite et l’extrême-droite enragent. Tant mieux ! Rien de tel pour revigorer les débats pour une gauche d’alternative à un an des élections présidentielles et législatives.

5 commentaires


chb 8 avril 2016 à 7 h 21 min

Serait-ce le révélateur (enfin) du reniement $ocialiSSte ? Comprendra-t-on (enfin) qu’un partenariat avec le P »S » n’est pas de gauche ?
Le PC n’avait pas repris sa liberté après les mauvais arrangements de 1981, ni après 1983, ni depuis. Il s’est fait croquer, tant ses fiefs électoraux que ses troupes de militants et sa force politique : ce n’est pas seulement dû à la chute de Moscou, mais bien aussi à un compromis malheureux.
Pendant que l’émiettement de « l’extrême gauche » ne lui autorise aucun avenir, les Nuits Debout mettent un point d’honneur à s’afficher sans affiche ni obédience : c’est révélateur à mon avis d’un manque de PC.
Alors, allons-y : à gauche en vrai, et tant pis pour les accords locaux assurant quelques fauteuils (de moins en moins de fauteuils).

Michel Berdagué 9 avril 2016 à 5 h 16 min

Le Mouvement qui couvait depuis des années s’ exprime Debout sur les Places publiques ET dans les Manifestations contre cette loi STO du MEDEF/UIMM avec des apparatchiks du grand patronat et des banques privées qui n’ en peuvent plus de spéculer et de « légaliser  » style « optimisations fiscales  » : les évasions fiscales à coups de 10 puissances 9 dans les devises fortes .
Nous étions tous et toutes nombreux à la Manifestation de mardi , une simple mise en jambe sous le soleil du Printemps tant attendu .
Le Mouvement est profond, il s’ exprimait depuis des lustres par l’ abstention massive , que nous devions qualifier de très politique et notamment aux dernières partielles législatives avec 65 % d’ abstentions alors que tout le champ politique était représenté !
D’ analyser que toutes les fautes incombent au Parti communiste me semble aller vite en besogne et contraire à toute objectivité . Qu’il faille éclaircir la stratégie avec une ligne politique claire , précise , réaliste , communiste avec un Projet/Programme dit , assumé , voté c’ est la moindre des choses pour les Communistes .
Il y a à ce jour la fin des dépôts pour les orientations . 5 projets ! 1 de plus que la dernière fois …
Unir et rassembler les communistes , est la priorité absolue . Le travail et la sécurité emploi/formations , le salaire à vie à partir de 18 ans provoquant zéro chômage , adultes de la citoyenneté à partir de 18 ans recevant un salaire suivant les qualifications obtenues , brisera tous ces stages , non payés ou une cacahouète mettant ces jeunes adultes d’ après l’ adolescence dans une autonomie financière des plus structurantes pour construire sa vie et ses projets où les formations qualifiantes seront prises en compte . Cf : réseau- salariat Bernard Friot .
Cela fait très longtemps que le grand patronat les financiers savent que dans ce système le plein -emploi est impossible à moins de diminuer fortement le temps de travail . Bien avant les 35 h nous avions calculé au sein de la CGT qu’ il fallait et ce n’ était qu’ une fourchette environ une vingtaine d’ heures par semaine . Depuis plus proche de 15 à 20 h si déjà toutes les applications technologiques étaient réelles et mises en actions sans compter tout ce qui issu de la recherche/découverte va subvenir à chaque instant .
C’ est pour cela que dans les projets/programmes ne tenant pas compte de cet état de fait nous courrons toujours derrière le patronat organisé et ayant une une grande longueur d’ avance . Certains parlent de 32 …28 et le grand patronat , actionnaires privés se gavant de toutes les dividendes en hausse exponentielle se marrent et nous tiennent la dragée haute …de mépris .
Jusqu’ à un Macron créant  » en marche  » et nous ne pouvons que lui répondre avec joie et bonheur : https://www.youtube.com/watch?v=6JjuzpSG9Vs .
Manifestations ce jour dans toute l’ Hexagone .

Colombe 9 avril 2016 à 6 h 44 min

Avec les petits boulots de 20 h par semaine ,le patronat,ne nous indique t il pas jusqu’ou on peut descendre en temps de travail par semaine? 20h payées 35h et un smig a 1700 euros par mois.

Michel Berdagué 10 avril 2016 à 5 h 28 min

Oui et en net . Avec le salaire à vie …Bernard Friot propose avec les qualifications de 1 à 4 soit le max dans ce cas de base 1 : 6800 euros /mois et toujours net , ce qui serait déjà pas mal et de la justice , mais c’ est au monde du travail de décider , au peuple , au prolétariat et la Classe Ouvrière du rapport de 1 à 4 .

Le.Ché 9 avril 2016 à 19 h 11 min

Une chance enfin d’en finir avec le capitalisme et le chômage, pour cela appliquons le manifeste des partis communistes de Karl Marx, socialisons les grands groupes capitalistes du CAC 40 et les banques, sortons de cette Europe capitaliste copiée sur le mark allemand, sortons de l’euro et de l’OTAN. Autrement dit construisons du neuf pour le peuple et mettons la semaine de travail à 32h et le SMIC à 2000 euros brut.

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