Vol au-dessus du marigot capitaliste

le 14 octobre 2020

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 15 octobre – par Patrick Le Hyaric.

Tandis qu’on nous rebat les oreilles avec un prétendu plan de relance pour préserver l’emploi, que la priorité serait, paraît-il, à la transition écologique, qu’on fait mine de célébrer les « premiers de corvée », voici que bouillonne dans le marigot capitaliste une trouble opération qui va à l’encontre de ces objectifs pour valoriser et concentrer le capital : la tentative de Veolia de s’accaparer le groupe Suez avec la complicité active du pouvoir.

Des salariés prestataires de la fourniture de l’eau ou du recyclage, des éboueurs y perdraient nombreux leur travail. Les communes qui ont délégué la gestion de l’eau, de l’assainissement des déchets à l’un ou l’autre de ces groupes devraient payer plus cher les prestations face à un monopole privé. Et les consommateurs verraient flamber le prix de l’eau et sans doute le montant de leur taxe d’enlèvement des ordures ménagères.

Voilà comment s’engage le projet de « capitalisme vert ». La couleur importe peu aux actionnaires pourvu que l’ivresse du gain ne soit en rien entamée. Et le pouvoir qui n’a pu privatiser Aéroports de Paris voit ici l’opportunité de vendre les 23% de parts qu’il détient dans Engie, qui loge Suez. Ceci afin d’arroser abondamment les premiers de cordée, quand de récentes études révèlent que cette stratégie enrichit les plus riches au fur et à mesure que les plus pauvres s’appauvrissent, toujours plus nombreux.

Il n’est ici jamais question d’intérêt général humain et environnemental mais de Monopoly financier et industriel où se croisent collaborateurs de cabinets ministériels devenus pilotes de la concentration industrielle, banquiers, fonds rapaces gardiens de la valeur des actions à la hausse comme de taux d’intérêts organisant le vol de la valeur du travail.  Pendant l’essor du capitalisme industriel, les actionnaires des grandes entreprises étaient barons d’Empire et banquiers. Ils sont aujourd’hui fondés de pouvoir et financiers. Le capitalisme renoue avec les sales habitudes de son passé, renvoyant l’Etat au rôle de pourvoyeur de fonds et d’organisateur du marché au service du grand capital.

Heureusement, des fondements du droit social tiennent encore debout. La justice a suspendu le rachat par Veolia des parts de Suez appartenant à Engie, reprochant aux groupes de négocier dans le dos des organisations représentatives. Cette victoire syndicale qui rallongera la procédure doit permettre que s’ouvre un plus ample débat sur ce type de blitzkrieg capitaliste.

La question de la propriété de ces entreprises aussi tentaculaires qu’essentielles à la vie sociale, garantes de  l’accès à des biens communs vitaux et indispensables à une véritable métamorphose environnementale, ne doit plus rester taboue.  Le niveau de concentration de ce secteur et de celui du traitement des déchets, autant que leur importance stratégique, sociale et environnementale, appellent comme jamais un changement du régime de propriété et un renversement démocratique. Car si la concurrence y est réduite à peau de chagrin, pourquoi persévérer à rester sur un modèle actionnarial qui, en poussant à la concentration des activités, va par nécessité s’attaquer à l’emploi et aux compétences ?

L’histoire du démantèlement de services publics de distribution du gaz et de l’électricité aurait dû faire école. Les pouvoirs successifs soumis aux dogmes libéraux ont brisé un monopole public pour créer des entités qui n’ont pour seule obsession que de se racheter les unes les autres pour former de nouveaux monopoles … cette fois privés ! Et au passage, les actionnaires de s’engraisser au fur et à mesure que l’emploi est sacrifié et les capacités industrielles amputées.

S’agissant de services publics locaux, dont on a mesuré l’importance durant le confinement, les communes devraient pouvoir, avec les populations, rechercher des voies de remunicipalisation, pour un meilleur service et à un meilleur coût pour les usagers.

Décidemment, la propriété capitaliste multiplie les vices autant qu’elle détruit la vertu.

1 commentaire


glaizal 18 octobre 2020 à 15 h 14 min

Cet article est déterminant pour comprendre les enjeux pour les actionnaures privés et la destruction aggravée du service public de l »eau et des ordures ménagères .Les citoyens doivent prendre conscience de l’importance de ces services de meme que l’énergie et se mobiliser pour le maintien de véritables services publics dans ces domaines essentiels.à la vie.
Vos éditoriaux sont remarquables et indispensables,je les attends avec impatience toutes les semaines dans l’humanité dimanche pour comprendre l’évolution du monde .Merci pour cette contribution hebdomadaire en plus de votre travail de directeur..

Répondre à glaizal Annuler la réponse

Commentaire

Nom *

Les champs marqués * sont obligatoires

Email *

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Restez en contact

Inscrivez-vous à la newsletter