Stop au racisme

le 15 janvier 2010

 

Dans le sud de l’Italie, la petite ville de Rosarno, en fin de semaine dernière, a été le théâtre  d’un événement d’une extrême gravité. Rien à voir avec un banal « fait divers ». C’est plutôt de  « pogrom » dont il conviendrait de parler.

Imaginez une ville de Calabre qui accueille chaque année plus de 4000 ouvriers agricoles embauchés temporairement pour ramasser les clémentines et les mandarines. La plupart du temps, c’est la mafia qui va chercher cette main d’œuvre étrangère, rémunérée à peine vingt-cinq euros, pour une moyenne de quatorze heures de travail par jour.

Ces travailleurs sont employés illégalement, survivent dans d’indescriptibles campements taudis insalubres,

sans eau, ni électricité bien souvent. Traités comme des chiens, ces malheureux  subissent quolibets, agressions, vexations, provocations, dans un climat malsain de haine entretenu en haut lieu. Avec un Président du Conseil italien qui peut se permettre de qualifier le Président des Etats-Unis de « bronzé »!

Comme pour boucler la boucle, chacun sait à quel financement politique sert l’argent de la mafia.

Le vase  de ce racisme ordinaire a débordé, il y a huit jours, quand  deux de ces travailleurs ont été violemment agressés et blessés par une arme. En solidarité, leurs camarades de souffrance se sont révoltés et ont manifesté publiquement. Dés lors, une petite partie de la population, soutenue bruyamment par le ministre de la défense, s’est livrée à une véritable chasse à l’homme, une sorte de pogrom, qui a fait plusieurs blessés.

Voilà qui en dit long, de ce monde de brutes, sur le type de relations qu’on veut imposer aux êtres humains et  sur la nature de cette Europe. Et la France n’est pas épargnée par cette gangrène.

Voilà où mène l’organisation de la concurrence de tous contre tous, l’exploitation forcenée du travail, la pression généralisée sur le pouvoir d’achat salarié pour obtenir des mandarines ou des clémentines achetables sur nos étals.

Voilà l’hideux visage de cette Europe qui organise une immigration jetable, corvéable, exploitable. Dans le cadre de cette mise en concurrence de plus en plus sauvage, le grand patronat et les droites attisent les haines et les divisions pour les exploiter.

Le racisme progresse en même temps que le chômage, l’inégalité et la précarité. L’immigration de survie accompagne la crise sociale tandis que les menaces écologiques étalent leur violent et étouffant manteau noir sur les peuples du monde, particulièrement ceux du Sud. Mais aucune décision, ni au G20, ni à Copenhague, ni au sommet des institutions européenne n’est envisagée pour relancer une coopération, un co-développement favorables aux êtres humains, au respect de leurs droits fondamentaux et au devenir de la planète. La mise en concurrence, la meurtrière guerre économique au service des puissants et des rois de l’argent, prévalent en toute circonstance.

Peu à peu, une partie des individus sont considérés comme des sous-hommes, mis en concurrence avec d’autres travailleurs en Europe, qui voient eux aussi leur condition sociale se dégrader.

Ce qui est vrai de l’Italie l’est de la France, avec ces salariés qui contribuent à la richesse du pays mais auxquels ce pouvoir de l’ultra droite refuse de donner leurs papiers, leur signifiant ainsi qu’ils peuvent être créateurs de valeur ajoutée, pillés par les employeurs, mais en aucun cas considérés comme des citoyens, ni d’ici, ni d’ailleurs. On en arrive à refuser le renouvellement de leur carte d’identité à des Français de toujours qui ont la « malchance » de porter un nom à consonance espagnole, portugaise ou italienne ! Est-il possible d’accepter cet état d’esclave dans lequel on maintient ainsi une partie de notre humanité ? De tolérer que le poison du racisme et de la haine soit chaque jour institutionnellement distillé dans des paroles et des actes : contrôles au faciès démultipliés pour ceux dont la peau n’est pas blanche ; restriction à l’embauche pour ceux qui habitent dans des banlieues populaires, fichiers.… jusqu’à ce débat préfabriqué sur l’identité nationale qui déroule le tapis des haines, des racismes, souille les murs des préfectures de postillons d’intolérance et noircit les espaces de plusieurs sites internet. Quand un pouvoir se permet de détruire au bulldozer des lieux de refuges de personnes fuyant une guerre, la guerre d’Afghanistan, et de réexpédier de jeunes afghans dans le feu de cette guerre, non seulement il n’a plus de cœur, mais il ouvre, depuis le sommet de l’Etat, les vannes du rejet de l’autre.

J’avais le souvenir d’un homme, il y a très longtemps, qui s’occupait des « boat people ». Il est aujourd’hui ministre des affaires étrangères et il fait partie de cette affreuse clique qui organise les charters pour renvoyer des jeunes sous les bombes dans leur pays.

Et voilà que les droites veulent franchir un pas de plus dans la banalisation avec de pseudos débats entre le nouvel adepte du sarkozysme  Besson et Mme F. Haine Le Pen. Il est vrai que dans les couloirs du pouvoir on se vante d’avoir déjà mis en œuvre plus de la moitié du programme lepéniste. Affreux !

Après des votes dans plusieurs pays européens et le référendum suisse sur les minarets, on ne peut se contenter de déplorer la montée des nationalismes, de la xénophobie et du racisme.

Il faut alerter, sonner l’alarme, crier : halte au racisme montant !

Tous les démocrates, les humanistes et défenseurs des droits humains sont concernés. Un danger inquiétant s’insinue dans les pores de nos sociétés. Conjurons-le. Redonnons son sens au mot fraternité. Ne cédons pas d’un pouce sur les idéaux républicains ! Face à la déferlante de la crise, les travailleurs, la jeunesse de tous les pays doivent faire front, non pas l’un contre l’autre, mais, ensemble, pour inventer une organisation de la société supérieure au capitalisme.

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Blase Montbroussous 15 janvier 2010 à 16 h 30 min

Nous devons faire front et pourtant nous sommes paralysés. Comment agir, les choix que nous pouvons faire au quotidien sont insuffisants.

la 16 janvier 2010 à 14 h 08 min

Rois maudits

Déferlantes esclaves
Aux mains
Volontaires
Vos nuits de cartons
Réveillent
Le partage
Dans les rues
Vos Rois maudits
Secouent
Nos lits
De gouvernances.

De Anick Roschi
Rosarno le 07.01.10

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