Quand on veut tuer son chien…

le 29 octobre 2019

Quelle déferlante ! L’activation du « droit de retrait » par les cheminots après un nouvel accident dans les Ardennes a donné lieu à une incroyable campagne des milieux gouvernementaux et de droite contre les travailleurs du rail et leur entreprise publique. Fort opportunément, la Cour des comptes publie quelques jours plus tard un rapport mettant en cause l’activité, l’utilité, la fonction, les coûts des TER (Transport express régional). S’érigeant en spécialiste de la question ferroviaire, elle avait déjà produit un rapport à charge contre le TGV le 23 octobre 2014 pour déjà conclure qu’il fallait « lever les restrictions à la concurrence des modes de transport longue distance » et aller à « la réduction significative des dessertes sur ligne classique ainsi que des arrêts intermédiaires sur lignes existantes ». La régionalisation des TER a eu lieu en 2002 sous l’égide du ministre Jean-Claude Gayssot comme une innovation démocratique, afin de permettre la gestion du transport ferroviaire régional au plus près des besoins des habitants. Il se trouve que, dans la plupart des régions, ce sont des vice-présidents communistes qui ont eu à mettre en œuvre cette transformation avec un certain succès, dans une coopération souvent conflictuelle avec l’État et la SNCF. Le nombre d’usagers des TER, qui sont aujourd’hui un million quotidiennement avec 7000 trains et 1300 autocars, n’a cessé d’augmenter. Cette décentralisation a permis de rénover nombre de gares et de maintenir et moderniser de petites lignes. La quasi-totalité du parc des trains hors région parisienne a été renouvelée. L’implication des régions a conduit à contenir les prix des voyages alors qu’elles ont dû prendre en charge les rémunérations des cheminots, les contributions aux caisses de retraite et les coûts des péages à Réseau Ferré.

La Cour des comptes l’ignore superbement. Son rôle de procureur a priori la conduit à mélanger allègrement tous ces facteurs pour condamner les TER. Les enjeux d’aménagement du territoire que permet le train lui sont totalement étrangers, comme ceux de la sécurité routière. Que veux cette cour des petits comptables de la République ? Transférer les voyageurs sur la route ? A-t-elle calculé un jour ce que coûtent les fractures territoriales, l’entretien des routes et des ponts, l’asphyxie des communes jusqu’aux anciens chefs lieu d’arrondissement, les accidents de la route, les factures à venir des pollutions multiples et des problèmes de santé induits ?

Il y a beaucoup de critiques à émettre à l’encontre de la SNCF : dégradations du service public, fermetures de lignes secondaires, abandon des trains de banlieue, refus du développement du fret, politique tarifaire opaque, prix des billets sur grandes distances trop élevés, sous-investissement. Ces traits négatifs, dont souffrent usagers et cheminots, combattus de longue date par les organisations syndicales, sont à resituer dans le contexte général de l’austérité, de la pression des institutions européennes pour ouvrir l’entreprise à la concurrence, et de la ponction inadmissible des banques et des marchés financiers  grâce aux taux d’intérêt prohibitifs prélevés sur une dette que l’Etat s’est refusé à assumer. Véritable boulet pour l’entreprise, elle est une rente pour ces banques que paient les salariés et les usagers.

La Cour des comptes développe une vision comptable et unilatérale du service public. Son réquisitoire contre ce dernier n’a qu’un objectif : justifier l’ouverture à la concurrence et la privatisation.

Ceci se fait évidemment en collusion totale avec le pouvoir  qui s’appuie sur cette caution de « prétendues sages » pour justifier d’attaquer un à un tous les socles républicains et peut-être l’effondrement des institutions. Les rencontres de Tours, que L’Humanité organise le 21 novembre prochain sur le transport ferroviaire, seront un lieu de l’expertise citoyenne et populaire, en lien avec la vie.

3 commentaires


Moreau 29 octobre 2019 à 21 h 46 min

Je n’ai pas la connaissance des réalités des services publics ferroviaires partout, mais ma conviction demeure que les bonnes sciences écologiques et sociales exige une écologie universelle, un social universaliste ; et donc le progrès et non la régression injustifiée ou/et injustifiable au regard de la création ; des services publics ferroviaires.
Les seules économies que j’ai pensées réalisables peuvent être de réduire le nombre de trains tout en maintenant les lignes et surtout en province réaliser une gare de voyageur au bord de telle ou telle ligne de chemin de fer, à proximité bien sûr d’une ville moyenne ; dès lors la fréquentation pour peu de faire connaître le progrès à la population, devrait augmenter sensiblement. Réaliser une gare de voyageur, ce n’est pas une solution coûteuse !
Cela fait partie de la réalisation de la vision permettant de réduire l’utilisation de la voiture, sans supprimer la voiture aux automobilistes, et c’est possible ça aussi, il y a des bonnes solutions ! Toutes les conditions sont réunies pour réussir en ce sens.

Moreau 29 octobre 2019 à 21 h 52 min

Il y a des retards de mise en oeuvre de bonnes solutions très favorables à un service public de transports ferroviaires de qualité, bien fréquenté, précieux. C’est à la gauche de faire campagne pour le progrès français et européen écologique et social et répondant à l’urgence économique et sociale ; et pour faire connaître l’opposition à la régression de ce sacré patrimoine des Françaises et des Français !

Moreau 29 octobre 2019 à 22 h 07 min

Il faut avoir un petit peu de bon sens, ici dans le Lot et Garonne la communauté des commune fuméloise est un désert médical comme il y en a quelques autres autour de Villeneuve sur Lot, Il suffirait d’ouvrir une gare long de la ligne de chemin de fer à Villeneuve sur Lot, des personnes pourraient se déplacer sans prendre la voiture, et un très grand avantage pour les personnes qui pourraient aller consulter ou se rendre à l’hôpital à Villeneuve sur Lot en prenant le train, ce qui est un immense avantage sur la voiture, car une personne si elle est un cas d’urgence ne doit pas conduire elle-même et peut n’avoir aucune personne comme chauffeur. Quand on n’a pas fort de santé on ne va pas pour se faire soigner à 25 ou 30 kilomètres en voiture, seul, en train, c’est réalisable.
Le petit peu de bon sens, ce n’est pas le fort des compables.

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