Monologue présidentiel et enfumage.

le 15 avril 2020

Près de trente longues minutes. Trente minutes d’un nouveau monologue. Fidèle à son exercice mystique du pouvoir, le président a tenté de faire pénitence : il est revenu sur ses fautes dans un curieux exercice de contrition. En somme, une autre scène d’un autre acte de la même pièce de théâtre. Le tissu un peu rêche du costume de général en chef fut, cette fois, troqué pour une panoplie de velours de soie : c’est qu’il s’agissait d’être cajolant ! Comme Louis IX, dit le Prudhomme, devant ses « sujets », M. Macron a battu sa coulpe. C’est l’effet de cette mobilisation populaire, d’une conscientisation plus grande de nos concitoyens qui ne supportent plus les mensonges et les contradictions du pouvoir ? C’est en effet peu dire qu’il y eut « des failles », des « insuffisances », des « ratés », « trop de lenteur » et « des faiblesses de notre logistique ». La cause ? le président n’en veut dire mot. C’est l’austérité et la destruction de notre souveraineté industrielle au bénéfice de cette « prétendue mondialisation heureuse ». Tant d’autocritiques devraient valoir changement radical de cap, virage. Mais le monologue est un art où il s’agit de faire voler les mots comme des confettis se diluant sous la pluie drue de l’emphase. Elles ne servent qu’à camoufler la constance du service aux puissances financières dont le porte-parole ci-devant président du Medef a donné de la voix ce week-end de Pâques. Elles ne servent, ces confettis, qu’à épaissir encore le brouillard en suspension qui entoure cette pandémie. En sait-on davantage sur les taux et les projections d’infections, le rôle des masques et des différents tests, les formes de la rentrée des classes et la reprise du travail, les projets pour éradiquer définitivement la bête, la construction commune d’une société qui permettrait d’y faire face ? Non rien de tout cela ! Rien ! Faute avouée aurait pu être à moitié pardonnée si l’enrobage de miel ou les effets de fumerolles ne cachaient pas la poursuite d’une politique immuable.

Les incessants appels à « l’union nationale » se traduisent toujours par un effort colossal demandé aux travailleurs, surexposés et bientôt surexploités grâce aux ordonnances de l’état d’urgence, malgré des risques qui n’ont toujours pas été levés et l’absence appelée à durer de masques et tests, et une mise à l’abri du capital pour lequel tous les efforts, eux, ont été consentis « sans compter ». Il est vrai qu’« union nationale» a souvent rimé avec «guerre sociale»… On a bien compris que les cotisations sociales de nombre d’entreprises passeront à la trappe et qu’il en coûtera en conséquence à la solidarité nationale. Mais rien, strictement rien une fois encore sur la mise à contribution du capital ! On attend toujours une politique fiscale nouvelle, le retour de l’ISF, l’abrogation de la Flat Tax pour financer la reprise d’une activité saine, écologique et sociale. Surtout, une discussion sur la réorientation des énormes subventions d’Etat prétendument aux entreprises en temps normal qui ne sont que le paravent d’un soutien massif aux actionnaires. Ou encore que s’engage un bras de fer en Europe afin que l’argent créé par la Banque centrale européenne finance directement les Etats et les services publics et ne soit pas utilisé pour financer une dette mais une nouvelle croissance sociale et écologique.

Pour justifier l’ouverture des écoles le 11 mai le président nous a fait part de sa grande découverte : les inégalités. Mais elles préexistaient à l’épidémie avec le manque d’enseignants, les fermetures de classes dans les cités populaires comme à la campagne. Comment penser qu’on puisse envoyer dans quelques semaines des millions d’enfants potentiellement contagieux à l’école primaire et secondaire ? Ainsi, le président n’hésite pas à expédier après les soignants, les enseignants en première ligne ! L’objectif n’est évidemment pas l’école. Il s’agit d’abord de permettre aux parents de reprendre le chemin de l’usine et du bureau afin de relancer ce que certains appellent la machine économique. Bizarrement, les ministres passent leur journée à temporiser les propos du président. L’Ecole n’est pas destinée à « faire garderie » dans l’attente que les parents reviennent du travail. Elle est un lieu d’apprentissage, lequel est prodigué par des personnels formés à cette fin. La vigilance s’impose sur cette réouverture étrangement précoce des établissements scolaires, sur les conditions de travail des enseignants, et sur la santé des enfants.

« Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » a lâché M. Macron. Cette phrase extraite de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen lui sera rappelée à bon droit. Elle doit lui être rappelée à chaque refus de revalorisation salariale dans les entreprises qui génèrent profits et dividendes ; à chaque mesure fiscale au bénéfice du capital et des actionnaires dont «l’utilité commune» est somme toute nulle, mais la distinction sociale bien établie ; à chaque propos méprisant à l’égard des travailleurs à l’utilité sociale déterminante, mais auxquels était jusqu’’ici refusée la moindre reconnaissance et auxquels étaient réservés les coups politiques les plus rudes de la majorité. L’invocation des « jours heureux » par M. Macron cache bien mal l’astuce de communication.  Les jours heureux n’étaient pas ceux d’hier, M. le Président, mais bien ceux à construire avec l’aide d’une République sociale, laïque et écologique.

Enfin, ce monologue à échéance régulière renforce l’irresponsabilité présidentielle propre à cette Cinquième République déliquescente. Ce partage des tâches entre un président à qui incomberait, tel un seigneur, de prodiguer ses bons soins et sa bonne parole dans un flou entretenu, et un gouvernement qui atténue – voire contredit – la docte parole devient lassant. Les Français ne sont pas des enfants qu’il faudrait rassurer d’un ton mielleux, mais des citoyens qui souhaitent être informés en toute transparence, et prêts à agir dès lorsqu’’il s’agit de défendre l’intérêt général et non celui de ceux qui nous furent désignés comme des « premiers de cordée ».

9 commentaires


BUSCA 15 avril 2020 à 10 h 45 min

Que dire autre chose que bravo à ton article Patrick et que vive l’huma .

Copin 15 avril 2020 à 16 h 00 min

Je ne l ai pas entendu dire qu’il avait fait des erreurs il a dit nous avons fait des erreurs comme si nous étions tous responsables de son amateurisme et je suis sûr qu’il va y avoir des têtes qui vont tomber après le choc mais je suis persuadé que cela ne sera pas la sienne il a également parlé des premières et deuxième ligne qui seraient récompensées mais voilà aujourd’hui que dis l,excellent sinistre des économies darmanin pinpin « que la nos gazeur d hier aurait au max de 1000 € que pour les profs ben faut voir La SANTÉ ont n en parle rien n est tranché (la je trouve cela grave pour le final)
Que dit il concernant par exemple « les éboueurs  » SIC » les mairies et départements en auront la charge et donneront ou pas ce sera à eux de prendre la décision « pour les autres « caissières chauffeurs en transports poids lourds et tous les autres « RIEN pas un mot allez j arrête la sinon si je devais intervenir sur la total de ses propos de lundi il me faudrait 15 jours et la je ne pourrai pas finir pour cause de deconfinement

GILLON 16 avril 2020 à 8 h 13 min

Superbe réquisitoire, merci Patrick

Toutes mes félicitations pour ce chemin parcouru depuis le Lycée agricole de Pontivy

Lebrethon Françoise 16 avril 2020 à 12 h 49 min

merci pour cette analyse qui, malheureusement ne sera pas relayée par les médias, même publics. Aussi , nous, nous allons la partager sur tous les supports à notre disposition. Salutations fraternelles.

MOSCONI Noel 19 avril 2020 à 16 h 41 min

Lore de son discours, le president est apparu tres bronze. Revait il de vacance?
Seul Pierre SERNA a Remarque ce teint. Ce type est un usurpateur, capable de tout.
Il dis tout ce que les gens veullent entendre.

alain harrison 19 avril 2020 à 23 h 16 min

Bonjour.

«« la construction commune d’une société qui permettrait d’y faire face ? Non rien de tout cela ! Rien ! Faute avouée aurait pu être à moitié pardonnée si »»
Comment pardonner ce boni-menteur ? Ce manipulateur « pathologique » bien conscient de sa tâche de démolition des acquis du CNR.

Celui qui devrait passer à la moulinette invective du mainstream, c’est bien lui et sa clique au pouvoir.

À ce sujet:

Comment construire un reportage de démolition
par Serge Charbonneau
dimanche 12 avril 2020

Extrait:

Voici un bel exemple de reportage pour enseigner aux jeunes journalistes comment démolir un individu qui avance des vues qui « doivent être combattues » (selon la probable demande de votre employeur).

Leçon 1

Dès le départ, utiliser le vocabulaire qui ébranle la solidité de sa réputation.

Le mot clef à employer est : « controversé » !

Un mot efficace qui s’imprègne immédiatement dans l’esprit.

Il faut donc dire : « Le CONTROVERSÉ professeur Didier Raoult reçoit Emmanuel… »

Taper: Comment construire un reportage de démolition
par Serge Charbonneau

Ce texte est une bonne référence comme principe d’analyse, et d’actualité. Le reportage,la nouvelle ou le clin d’oeil journalistique de démolition fait parti de l’arsenal de guerre non conventionnel adopté de plus en plus par la diaspora occidentale. De l’Irak* (mensonge) au Venezuela-Cuba (sans doute en chevauchement) en passant par la Lybie……, la menace de destruction physique de ceux-ci est devenu probable.

Mais peut-être que le coro 19 s’en chargera ?

Pour comprendre certains aboutissements comme l’haulocoste, lire:
Crime contre l’Humanité, l’ultime retour des barbares.

Il y ceux qui participent activement à ce que les guerres se perpétuent.

Mais pourquoi les Juifs sont-ils si haïs à travers l’Histoire ?
Que c’est-il passé à l’époque des 12 tribus d’Israël, en autant qu’il soit possible de séparer le mythe de la réalité ? Des guerres de tribus ?

* mensonge reconnu par la communauté internationale devenu complice du plus systématique Crime contre l’Humanité, bientôt la seconde guerre 39-45 et ses exactions seront dépassées, en réalité, mais le complexe militaro-industriel-bancaire veillera à ce que l’haulocoste soit re-systématisé sur les ondes ?

Aujourd’hui, nous pouvons voir comment les peuples sont pris en otage par les cliques extrémistes, elles ont des habits différents, c’est tout.

L’Humanité a besoin d’une grande thérapie. Mais comment l’initié ?
Pensons à ceci : société saine société aliénée.

alain harrison 20 avril 2020 à 3 h 35 min

Avec plus 7 milliards personnes et tous les réseaux de transports, en cette période de confinement, la Terre ressemble de plus en plus à un espace de confinement, c’est ce qui accélérera les moyens pour la quitter ?
Et dire que des esprits belliqueux sont au pouvoir, grâce aux sectes enfermés dans leur croyance qui recours sans hésitation à des moyens coercitifs. Et la pandémie, sera une nouvelle justification partout dans le monde. Du baton aux amandes et prisons. De l’Inde au Québec.
Non décidément, nous devons prendre conscience que nous vivons avec l’esprit du vieux monde, partiellement remodelé depuis l’Époque des Lumières. Il y a bien eu d’autres moments significatifs, mais celui des lumières nous fait passer du monde des mythes au monde de la science. Mais constatons que le monde des mythes est porté par un ensemble d’instances incompatibles en soi (religion traditionnelle et science fiction reportage: les ET).
Nous sommes, en plein, dans l’époque la plus confuse de l’histoire imagé par le roman 1984, le retour du Moyen-Âge et autres titres.
Avec l’accumulation des problèmes, le risque de tomber dans l’aliénation d’ordre civilisationnel est possible. La passivité des classes moyennes en est un facteur. La tentation totalitaire est évidente, même en France. Peut-on parler de totalitarisme au Venezuela, Cuba ? La Chine et la Russie ? Les US sont à deux partis immuables ? Le Canada a vue plusieurs partis passé dans le paysage, mais le binôme domine.
En dernière analyse c’est le système économique qui détermine les orientations politiques.

Et c’est ce système qui est le problème structurel.

Mais la diaspora de la gauche peut-elle en arriver à l’admettre ?

Bien sûr, même si cela était, nous ne serions pas en terrain commun.

Les choses étant tel, la gauche est dams l’Incapacité d’amorcer quoique ce soit. Il n’y aurait enfin de compte qu’un mouvement. Le peuple organisé pour préparer la Constituante Citoyenne.
Le moment de la préparation est le début de l’éducation citoyenne, sur quel base ?

Pour ma part, trois lectures devraient servir de base et préparer les esprits à relever le défi complexe de la Constituante vue l’ampleur de la tâche.

Crime contre l’Humanité, l’ultime retour des barbares, pour bien saisir la dimension de la géo-politique et des aberrations culturelles, de civilisations, qui relèvent de l’esprit du vieux monde, et c’est pas le cellulaire qui change quoique ce soit, dans les faits.

Tous manipulés tous manipulateurs, qui touche à notre condition d’humain en cette époque confuse. Il est question aussi de rationnel et d’irrationnel.

Enfin, l’appel, tout le PIB pour la cotisation, à regarder de près. Quel est son potentiel, tout n’a pas été mené au bout. Un retour sur l’époque d’après guerre et le programme du CNR, mais avec le recul depuis. L’imagination et le rationnel sont notre gros bon sens pour les années à venir.
Seul la vue d’ensemble nous donne accès aux tenants et aboutissants, aux causes et aux acteurs responsables, et la cohérence du questionnement aux solutions. (Korzybski)

Se préparer mentalement, c’est aussi préparer la Constituante Citoyenne. Mais il faut réfléchir aux contenus vue l’ampleur de la tâche.
Et bien cerner les barrières à abattre. Et la meilleur façon, ce sont les solutions à mettre en place.
Des groupes informels pour les trouver et en voir les bénéfices collatéraux pour l’ensemble.

breteau jean claude 20 avril 2020 à 8 h 47 min

les effets de tumerolles ne cachaient pas la poursuite d’ une politique immuable et CRIMINELLE .,que tentent ,minables de détourner Macon et Trump en lançant des fausses nouvelles sur la Chine.Pathétique .Quand à Phillipe ,c’est je ne sai.s rien ,mais je dirais tout Les communistes sont eux définitivement confinés ,sans protestation à la hauteur du silence imposé .Macron pourtant méne la guerre aux moins que rien ;les seuls à payer et en danger sans contrepartie ,humilies ,en les traitant de héros ,alors que la reconnaissance doit étre une forte augmentation des salaires .A quand une manif bruyante aux fenétres .Tout ces forfaits devront se payer cash et fort sans attendre ,pour ne pas étre pris de court avec les vacances risquant d’anesthésier les victimes

Boissard Fabrice 22 avril 2020 à 8 h 32 min

Merci pour votre lettre hebdomadaire et la qualité des ses articles et analyses.

Ces précieuses informations permettent d’alimenter le débat et de faire circuler des idées de progrès.

Bien cordialement

F Boissard

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