L’avenir de la gauche ne dépend pas … d’un seul homme

le 19 mai 2011

Ainsi la vie politique ne tiendrait qu’à un fil. Une précampagne présidentielle serait totalement bouleversée. L’un de ses présumés candidats, non déclaré à de futures primaires du principal parti de la gauche serait sous le coup d’accusations très graves pour des faits se déroulant au … 28ème étage d’une chambre d’hôtel dans… le quartier de Manhattan à New-York.

A l’heure où ces lignes sont imprimées, nous ne savons pas ce qui s’y est exactement passé, puisqu’une seule version, celle de la police et de l’accusation, nous a été très ostensiblement présentée, faisant fi du principe de présomption d’innocence pourtant revendiqué par le système américain. La présomption de sincérité doit tout autant prévaloir pour celle qui a porté plainte. Comme tout être sensible et responsable, nous sommes à la fois incrédules, abasourdis, choqués par les informations concernant M. Dominique Strauss-Kahn et leur mise en scène. Il est à la fois l’un des hommes les plus puissants du monde, comme directeur général du Fonds monétaire international, ancien ministre français et l’un des possibles candidats du Parti socialiste à la prochaine élection présidentielle. C’est parce qu’il est présenté comme susceptible d’être élu Président de la République que l’affaire prend cette ampleur.

Tout cela suscite d’ores et déjà quelques réflexions. La première tient à la combinaison du présidentialisme monarchique et  d’un complexe médiatique et sondagier. Elle place l’avenir d’un courant politique, voire l’avenir de la principale échéance électorale nationale, donc peut être le devenir du pays, entre les mains d’un seul homme, à un an de l’élection présidentielle. Voilà, sur le fond,  d’où vient cette incroyable fragilité qui nous laisse tous perplexes.

La seconde. Alors que la crise économique et sociale produit ses terribles effets, qu’elle s’accompagne de doutes,  de méfiance, parfois même de rejet vis-à-vis des responsables politiques, ces événements ne feront qu’élargir encore plus le fossé entre « la politique » et les citoyens. Quelle aubaine pour le développement des populismes et de l’extrémisme de droite ! Tous ceux qui au petit matin, dimanche dernier, ont complaisamment tendu leurs micros et caméras d’abord vers Mme Le Pen, ont pris là une bien lourde responsabilité.

La troisième réflexion ne nous conduit bien sûr pas à nier la gravité des accusations, l’importance de la personnalité en cause et aussi le sort de sa victime présumée, mieux protégée dans ses droits que le présumé innocent. Mais ceci nécessite-t-il la mise en haleine médiatique permanente de tous les citoyens sommés de ne plus penser qu’à cela. Pourquoi tant de caméras et de micros pour nous présenter une seule thèse. Pourquoi ces images dégradantes ? Pourquoi cette information à sens unique ? Que sont devenues les victimes du tremblement de terre au Japon, celles de la répression en Syrie, les Tunisiens sans papiers et ceux qui poursuivent des révolutions, les Palestiniens tués dimanche dernier par les balles israéliennes, les peuples européens, notamment grec, portugais, irlandais, soumis aux purges sociales ou encore les fermetures de classes ?

Au nom du  traitement de la situation d’un individu, certes important, faut-il négliger la multitude de celles et ceux aux prises avec les terribles difficultés de la vie, qui ne sont pas sans lien avec le rôle du  directeur général du FMI, des  gouvernements et des institutions européennes ?

Quatrièmement, nous ne souhaitons pas que notre pays prenne pour modèle un système de justice américain, comme le tente le pouvoir sarkozyste. Ceci mériterait d’être développé.

Enfin, et ce sera ma dernière observation, un homme va peut être manquer mais tout n’est pas dépeuplé ! L’avenir de la gauche ne dépend pas et ne peut dépendre de la situation ou de la volonté d’un seul homme. Elle peut et doit battre M. Sarkozy. La gauche est diverse. Elle n’est ni décapitée, ni orpheline. Par contre, elle s’est coupée de ses racines populaires. Des liens sont donc à retisser, des actions à mener, des réflexions, des débats  à conduire, des innovations à découvrir pour, d’un même mouvement, se rassembler afin de se débarrasser du sarkozysme et d’ouvrir les chemins inédits d’un nouveau progressisme.  Les confrontations doivent être d’autant plus vives, soutenues et argumentées que tout est fait pour placer l’extrême-droite aux thèses simplistes au cœur de la vie politique dans le but de sauver le capital. Ce qui implique, par exemple, de ne pas la conforter en organisant  la division de la société, en faisant croire que l’austérité, la précarité, les injustices viendraient de l’extérieur ou encore de l’autre parce que différent, alors qu’elles sont le résultat de politiques nationales et européennes au service des seuls marchés financiers. De ne pas non plus procéder à une stratification des classes sociales comme vient de le faire une fondation proche de M. Strauss-Kahn qui  aboutit à considérer la classe ouvrière au sens large, les couches les plus populaires comme non prioritaires dans le programme d’un candidat de gauche, alors que c’est exactement l’inverse qu’il faudra faire.

Plus une gauche ancrée sur les attentes les plus quotidiennes du monde du travail et de la création, s’attachera à améliorer le sort des plus pauvres, à décapiter le chômage et la précarité, à mettre en œuvre une fiscalité anti-prédateurs, profiteurs et spéculateurs, à initier un nouveau crédit public, à changer la Banque centrale européenne et à créer des pôles publics bancaires, à répartir autrement les richesses pour améliorer les salaires, à agir pour changer l’Union européenne, plus elle servira du même coup  toute la société et l’intérêt général. C’est à y contribuer que doit se mobiliser un Front de Gauche ouvert, unitaire et populaire.

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0 commentaires


ps.duclos.cuers@orange.fr 19 mai 2011 à 8 h 47 min

OK pour un Front de Gauche élargi et populaire, mais avec un respect total des réflexion des milliers de camarades communistes qui représentent sa principale composante et à l’égard desquels la drirection de notre parti n’attache pas trop d’importance en ce moment….je fais référence au dernier CN et à la décalration de Pierre Laurent…Il n’y a pas d’homme providentiel comme tu l’indique si bien et Mélenchon à mon avis n’en est pas un…Je suis très déçu par son attitude depuis quelques mois et par la pression qu’il fait subir au principal partenaire du Front de Gauche…Aujourd’hui le chouchou des médias tombent au plus profond des sondages et mour ma part il ne nous représente pas bien du tout, préférant se mettre en avant en employant sans cesse le  » Je  » plutôt que le  » Nous « . Pour avoir rencontré André Chassaigne récemment, je mense que sa démarche est plus ancré au terrain et plus pragmatique que celle de Mélenchon….J’hésiterai à faire campagne pour un tel personnage qui ne se sert pas du Front de Gauche comme un outil de rassemblement populaire, mais comme un outil de promotion personnelles. Je ne développerai pas plus.

halary 19 mai 2011 à 10 h 16 min

Les réseaux sociaux internet ne pourraient-ils favoriser la circulation des idées du Front de Gauche et constituer « le chemin inédit d’un nouveau progressisme » ?

houhou 19 mai 2011 à 11 h 23 min

j’ai lu avec intérêt l’article. Il est vrai qu’on accorde une place trop importante à ce qui n’est qu’un fait divers même sil implique un personnage qui a su aussi cultiver une réputation à double tranchant. D’un côté , un économiste hors pair et d’un autre un individu à la libido très expressive. La notoriété se paye un moment assez cher; Pour ce qui est de l’aspect choquant des images d’un DSK menotté, ça choque en France mais ailleurs et la France, n’est pas le centre du monde; Ce qui est étonnant, c’est que ce sont les chaînes qui donnent l’impression d’être les plus proches de DSK qui diffusent en boucle les infos sur DSK. Il n’y a qu’à voir les chaînes BFM ou I Télé, c’est de l’overdose. On peut reprocher ce qu’on veut à la justice américaine mais en france, il aurait été impossible à une employée d’un sofitel de faire comparaître un DSK devant les tribunaux et même si c’était le cas, il aurait été vite blanchi. Les Français n’ont pas confiance en leur justice.

Actu22 20 mai 2011 à 16 h 14 min

Le pouvoir en place Nicolas Sarkosy en tête ne fait que rapprocher la France du « système  » américain. que cela soit du coté economique, guerrier, ou envers la justice aussi. Mais n’est-ce pas la seule justice au monde qui puisse permettre aux puissants de se sortir de ses griffes. En premier lieu elle condamne, ouis à coup de millions les plus riches s’en sortent toujours blanchis, même Mickael Jackson et aujourd’hui DSK, l’icone de la gauche.
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