Finance ou sécurité ferroviaire ?

le 17 janvier 2018

La scénarisation de la convocation du président de la SNCF par la ministre des Transports ne trompe personne. La ministre officiait il n’y a pas si longtemps au comité de direction de l’entreprise publique sous les ordres de G. Pepy. Elle connaît donc parfaitement la situation. Autant de battage autour d’une telle convocation en dit long sur les projets du pouvoir qui méprise ainsi au plus au point le statut même des cheminots.

Ce qui devait tout bouleverser, s’est terminé par la demande d’une nouvelle « étude », comme Clémenceau créait des commissions pour détourner l’attention. Si le gouvernement avait l’intention de s’attaquer aux difficultés qui minent notre entreprise ferroviaire, il aurait pu prendre connaissance des alertes que les organisations syndicales, en particulier la CGT, ont multipliées. Depuis des années les gouvernements imposent la diète avec des sous-investissements coupables, des suppressions d’emplois et de métiers, avec les savoir-faire qui les accompagnent.

30 000 postes de travail ont été ainsi sacrifiés sur l’autel d’une gestion comptable inspirée des normes du privé, sous pression de l’État et des institutions européennes. Priorité a été accordée aux ouvertures à la concurrence au lieu de rechercher des coopérations entre les réseaux de la grande Europe. Les filiales et les sous-filiales, souvent de droit privé, se sont multipliées, avec cette aberration qui voit la SNCF se faire concurrence à elle-même. Les lignes les plus rentables ont été choisies au détriment d’une péréquation entre celles-ci et des réseaux régionaux irriguant les territoires. La SNCF est ainsi devenue le premier transporteur routier privé, au mépris des lignes régionales, de la sécurité routière, et des urgences environnementales !

La dette du rail français était de 14, 9 milliards d’euros à la fin des années 198O, elle dépasse les 40 milliards d’euros. Pour « la mettre sous le tapis », l’unicité de la SNCF a été mise en cause afin de tenter d’entrer dans les clous des fameux 3% de déficit imposés par les traités européens. L’entreprise publique, ses salariés et ses usagers paient au quotidien ces choix de gribouille. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la dette

est appelée à suivre une courbe exponentielle dans les années qui viennent car les frais financiers annuels sont d’au moins deux milliards. Autrement dit, une partie de l’achat du billet de train ne va pas à la SNCF mais à la banque. Plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, ont pourtant allégé voire supprimé leur dette ferroviaire en utilisant la directive européenne qui y incitait (directive 91/440). La France l’a mis à l’ordre du jour du Parlement… mais n’est pas passé aux actes.

Et, voici que M. Macron sonne la charge avec un odieux chantage. Il compte proposer une reprise partielle de la dette par l’État en échange de la destruction du statut des cheminots et du système de retraite voire de la privatisation de l’entreprise. Comme souvent, le Président veut rendre les cheminots responsables de l’actuelle situation dont souffrent les voyageurs, afin de pousser plus avant son libéralisme économique et accélérer la privatisation du rail. C’est pour préparer le terrain que de bonnes âmes libérales et médiatiques dissertent pour savoir si les cheminots sont « compétents » ou pas. C’est le moyen abject de camoufler la faillite de choix stratégiques dans le cadre des libéralisations européennes et sous la dictée de la finance.

La colère légitime des usagers suit la courbe de la dégradation des infrastructures, des conditions de travail des agents et de la précarisation des salariés des filiales. C’est bien à une solidarité entre usagers et salariés du ferroviaire qu’il faudrait d’urgence s’atteler pour inventer un service public du rail moderne, écologique, dont les tarifs permettent à chacune et chacun de se déplacer librement et en toute sécurité.

Si les alertes des cheminots lors de leurs mobilisations avaient été prises en compte, nous n’en serions pas là. Cela vaut donc le coup de rechercher des solutions efficaces qui placent le rail au cœur de choix nouveaux de déplacements, avec l’inter-modalité fondée sur la complémentarité des moyens de transport, le développement de tous les territoires, et le projet environnemental qui ne peut se passer d’un développement considérable du fret ferroviaire. La reprise de la dette et les investissements massifs de la SNCF en sont parties intégrantes. La création d’un fond européen pour le développement social et écologique, alimenté par les énormes sommes que crée la banque centrale depuis plus d’un an, pourrait aider les entreprises ferroviaires à investir dans le matériel, les infrastructures, le travail et l’innovation. Un moratoire sur l’application des quatre directives européennes concernant les entreprises ferroviaires doit être décidé par notre pays pour évaluer le bilan des libéralisations et imaginer un nouveau projet de coopération européenne. Entre les frais financiers pour alimenter les banques et la sécurité ferroviaire, nous choisissons de promouvoir une SNCF publique, modernisée et adaptée aux conditions de notre temps. Que s’ouvre un débat public !

6 commentaires


Moreau 18 janvier 2018 à 9 h 53 min

La SNCF publique est infiniment préférable à je ne sais quelle privatisation de la SNCF mais il fallait aussi une SNCF répondant aux besoins de la population dans tout le pays, et par exemple dans un département comme le Lot et Garonne, des lignes de tramway entre petites villes et moyennes partout où c’était possible. Le Lot et Garonne est un département avec des retards des transports en commun dramatique et encore, des petits bus ont fait leur apparition au cours de la deuxième décennie du vingt et unième siècle, mais le manque de tramway est grave et d’autant plus grave que le nouveau contrôle technique automobile est liberticide autant qu’arbitraire ; celles et ceux qui cherchent un bon emploi sont limité par les politiques des vingt cinq dernières années qui ne sont pas des politiques à vrai dire. La répression pour la répression, ce n’est pas une politique au sens littéral.
Mais pour cette politique idéale de transports en commun, il fallait des partis de gauche authentique républicaine, il ne fallait pas la contestation gauchiste pour la contestation gauchiste avec ses dérives souverainistes, séparatistes, autonomistes.
Cette gauche républicaine authentique, gauche de gouvernement par excellence, pouvait gagner alors que les droites extrêmes étaient rejetées ainsi que la gauche sociale démocrate capitaliste de plus en plus et trop communautariste à l’intérieur du pays et faisant une société des riches et des nantis, et tant pis pour tous les autres.
Génération.s arrive mais avec du retard et le mouvement équivalent avec sa spécificité communiste qui aurait pu s’appeler Les Droits de l’Homme au nom du commun et de l’Humain d’abord se fait toujours attendre, l’ensemble des communistes n’aimant que le communisme authentique républicain n’étant pas du tout assez réactif.
La politique de l’offre du vingt et unième siècle, est le capitalisme à outrance, il fallait et il faudrait une politique équilibrée, ce n’est pas le libéralisme qui est catastrophique c’est le tout libéralisme. Equilibrée comment ? Et bien en veillant à une production destinée au plus grand nombre de biens standards : l’ordinateur pour tous, l’automobile pour tous, et d’autres biens, tous ces biens devant être de qualité durable irréprochable et les plus économiques en dépenses de maintenance et de réparation ; et une politique de services publics dont les débats démocratiques ont été confisqués pour l’essentiel.
Ceux qui contestent de A à Z aux Alternants leurs réussites en politique extérieure de la France, et en politique de relance de la construction de l’Union Européenne depuis que monsieur Macron est président de la république ; affaiblissent une opposition très large car elle celle notamment d’Abstentionnistes de gauche authentique républicaine. Cela peut devenir le pire, et si le pire survient il va commencer à survenir en 2019 avec une forte augmentation de l’abstention et des forts résultats des extrémistes.
Les gens qui souffrent et vivent malheureux en France, souffrent et vivent malheureux, à cause des égarements politiques financés en plus par l’État car les partis condamnés en 2017 lors des grandes élections sont financés par l’État alors qu’ils ont provoqué l’abstention électorale ; à cause de l’absence de la bonne politique à l’intérieur de la France et donc de l’opposition authentique républicaine socialiste et communiste au sens littéral.
Les Electeurs lucides ne suivront jamais une gauche de contestation systématique totalement arbitraire, et cesseront ou continueront à s’abstenir en ce qui concerne le libéralisme totalitaire se dispensant d’une politique pour tous à l’intérieur du pays et imposant cette société des riches trop riches et des nantis trop nantis.

Moreau 18 janvier 2018 à 10 h 24 min

Des partis se sont nommés ou renommés : La République (…), les Républicains ; et il n’y aurait rien à redire dans la mesure où ils prouveraient leur authenticité mais les preuves sont encore insuffisantes ; et nous qui écrivons dans tout ce que nous écrivons, le communisme authentique républicain, nous pourrions nous appeler Les Droits de l’Homme tant ils sont par définition le commun et l’Humain d’abord.
Si cela avait été fait avant les grandes élections de 2017, République en Marche et Droits de l’Homme auraient été au coude-à-coude voire dans les deux premiers, et l’abstention très inférieure.

Moreau 18 janvier 2018 à 23 h 18 min

Le libéralisme est nécessaire et bon dans plusieurs domaines mais il n’est pas la meilleure réponse à tout. J’ai toujours pensé qu’un service public du rail était nécessaire et indispensable, et que le nôtre en France était mal développé avec un peu trop de navettes à l’heure dans la région parisienne et l’absence de tramway en province quoique la région parisienne s’est adapté au dernier moment pour le faire au tramway.
Pouvez-vous m’expliquer pourquoi il y a une voie ferrée, un train, qui relie Fumel voire Monsempron Libos à Agen, et qu’il n’y a pas un tramway qui relie Fumel à Villeneuve sur Lot et un tramway qui relie Agen à Villeneuve sur Lot ; alors que le rail passe ! Zéro + zéro = zéro.

Et il était possible au regard de la vision du développement du Lot et Garonne d’avoir le tramway entre Villeneuve sur Lot et Marmande. Au lieu de ça, la fracture ferroviaire. Et pourquoi : pour des radars, des radars, et des radars ! Mais les gens ne circulent pas en radars ! Quels gaspillages et quel gâchis !

Il fallait bien sur au regard de la meilleure destinée en république d’Aquitaine faisant partie de la république française et européenne et heureuse d’en faire partie ; des tramways, des tramways, et des tramways ; mais sans sombrer dans des excès comme en région parisienne. Entre le désert et la fourmilière, il y a le juste milieu.

L’acharnement sur les automobilistes n’était point nécessaire et indispensable, c’est de la barbarie ça ; il suffisait de construire la France comme elle devait être construire au regard de la vision. Il ne fallait donc pas de présidents et de gouvernements pour les riches, mais des présidents et des gouvernement républicains au sens littéral. Et Bruxelles devaient veiller qu’ils réalisent partout la vision, qu’ils ne trient pas ! A trier dans la vision, ils réalisent la république universaliste entre les pays mais pas dans les pays de l’Union Européenne, ce qui fait qu’ils nous font le communautarisme nationale voire la société des trop riches et des trop nantis avides de lobbys ! C’est du grand n’importe quoi qui mène l’Union Européenne à la catastrophe à partir de 2019, la France et les pays de l’Union Européenne sont bien partis pour le moment pour détruire leur dernière chance et faire tout effondrer en basculant dans le pire.
Les gens sont pessimistes, inquiets, stressés, angoissés, et il y a de quoi l’être. Répression, autoritarisme, amendes, interdictions, confiscations, et rien de bien.

Moreau 19 janvier 2018 à 10 h 57 min

Tout ne peut pas dépendre du libéralisme, mais il faut arrêter de vouloir tout interdire au libéralisme, le mieux étant de le reconnaître libre dès lors qu’il respecte les libertés des autres. Le tout libéralisme est une faute politique, l’antilibéralisme total est une faute politique.

Ceci dit pour des penseurs socialistes ou/et communistes, républicains authentiques universalistes, il y a la place notamment dans les 27 pays de l’Union Européenne en raison de l’histoire de France qui offre la reconnaissance d’une certaine évolution positive, d’avoir un service public des transports en commun et de marchandises (réunissant le ferroviaire et le routier à l’heure où l’Angleterre et la France parlent de se relier entre elles par un pont de 35 kms en plus de la ligne de chemin de ferre existante) ; et d’avoir un service public du transport particulier standard, tout en laissant continuer les lobbys du transport particulier privé pour preuve de respect le la liberté d’autrui.

L’automobile en France ne peut pas être rien qu’un lobby alors qu’elle a été inventé pour être un des moyens de locomotion universel voire plus universel que le deux roues qui ne permet pas d’être abrité ainsi que de transporter facilement ses affaires.

La gauche ne peut revenir de façon valable dans l’histoire qu’en renonçant à la course au monopole politique qui a conduit la France à une abstention de presque 60 %, et au rejet de tous les partis politiques à justes raisons, excellentes raisons. La gauche se divisant elle n’est plus la république car la république est indivisible, l’Union de la Gauche est impossible, tout est reniement de l’histoire, plus rien n’est possible sinon le basculement dans le pire mettant en péril bien des survies et précipitant une fin du monde.

Le communautarisme politique, nouveau fléau que personne n’imaginait, c’est la loi du plus fort, alors que la république authentique universaliste, c’est les droits de l’Homme. Le communautarisme politique peut détruire beaucoup de vies humaines alors qu’il a déjà fait tant d’injustices, de maux, d’inégalités, de malheurs.

Et tout ça pourquoi ? Parce que les socialistes et les communistes républicains universalistes seraient incapables tant ils passent pour les jugements de monsieur Trump pour des Irréfléchis, des Irresponsables ! Il fallait, il faudrait, un mouvement communiste du vingt et unième siècle, qui pourrait très bien s’appeler Les Droits de l’Homme ; pour conquérir et doter l’Union Européenne des grands services publics du vingt et unième siècle ; sans lesquels les SDF n’auront même pas à eux une voiture standard, voiture du peuple, pour s’abriter un peu.
Je réitère que quelques voitures ont été des voitures du peuple comme la 2cv citroën qui a rendu d’immenses service en milieu rural même si elle n’était pas rapide, sa conception était très au point, il suffisait de faire passer son bicylindre au sans plomb 95, ou/et, je ne sais pas si c’est réalisable, au GPL !
Le service public du transport particulier ne s’occuperait que de la voiture standard, de façon à garantir sa et ses fourniture(s), son entretien et sa maintenance qui se passerait de contrôles techniques ou les espacerait davantage, il faut pour la liberté arriver à passer un moyen de locomotion à quatre roues du contrôle technique au suivi avec garantie et seul un service public peut réaliser cela. Et ne pas chercher à s’occuper des autos du transport particulier privatisé.

Il faut faire du commun sans s’occuper des lobbys, ne pas faire les deux, ne pas chercher à interdire les lobbys.

Que les communistes républicains universalistes proposent ce que je suggère, gagnent les élections, réalisent des lignes de tramway et le service public de la voiture standard, et l’abstention diminuera beaucoup, beaucoup de gens ont besoin de ça surtout à partir de 2018.

Bien faire, et laisser braire, tel est l’adage populaire.

BLAMPEY 21 janvier 2018 à 17 h 21 min

Tout à fait d’accord, avec ma famille nous prenons souvent le train, nous sommes content du professionnalisme des cheminots, dernièrement nous avons fait un aller retour Albertville Paris, Mais un sanglier à traversé la voie et endommagé le TGV obligeant la SNCF a loger les voyageurs à l’Hotel, si les grillages étaient correctement entretenu il n’y aurais pas eu ce problème, sans compter toute la maintenance qui est faite après chaque panne!

BOUDET Pierre 24 janvier 2018 à 17 h 51 min

L’analyse de P L Y est totalement pertinente, ce gouvernement ainsi que les précédents ont sous la dictée des lobbys du transport privé de marchandises et des autocaristes mis en oeuvre la destruction des moyens humains et matériels de la SNCF, afin de discréditer ce service publique dans l’opinion des citoyens, des usagers, pour les conduire à accepter la solution de privatisation qui serait le moyen de structurer un réseau de transport digne de ce nom :

Hors toutes les expériences antérieures de privatisation se sont soldées par un désastre, pour le personnel, les usagers, l’entretien et le renouvellement des infrastructures, l’exemple le plus pertinent est le Royaume Uni, où après quelques années de démantèlement du service par le privé, le gouvernement a été contraint de prendre des mesures draconiennes en reprenant la maîtrise décisionnelle, afin de mettre fin à la gabegie qui privilégiait la rentabilité des actionnaires.

Une véritable politique de maîtrise publique du rail en donnant à la SNCF, les moyens humains, technologiques et d’infrastructures est le SEUL capable de répondre aux exigences de lutte contre la pollution, le transport routier génère 30 % de gazes à effet de serre, contre 0,4 % pour le rail, réduire l’accidentologie et la destruction des infrastructures routières, un train peut transporter des milliers de tonnes de marchandises avec une unité de traction contre un camion transportant 38 tonnes maxi, les deux siècles précédents ayant vu le triomphe du ferroviaire avec toutes les zones industrielles reliées au rail et disposant de quais d’embarquement et de débarquement, cette technique serait d’autant plus facile à mettre en place aujourd’hui avec les moyens modernes dont nous disposons, mais nécessiterait aussi une réhabilitation totale de l’urbanisme industriel et commercial.

Enfin en ce qui concerne les lignes secondaires, ayant un âge certain, je me souviens des trains départementaux qui jusqu’aux années 50 reliaient toutes les villes de chaque département et étaient connectées entre elles au niveau interdépartemental, ces lignes ont été laissées à l’abandon et rendues obsolètes la encore sous l’influence des lobbys de l’automobile, des autocaristes et des transporteurs privés de marchandises, avec toutes les conséquences néfastes voire criminelles de ces transferts, pour prendre un exemple concret, le TIV train d’Ille et Vilaine, où je réside, reliait Rennes à Fougères, Vitré, St Malo, Redon, Dol, de Bretagne. Etc….ces trains étaient connectés avec Pontorson, Avranches dans la Manche, Dinan dans les Côtes d’Armor, Chateaubriand en Loire Atlantique, C’est cette politique de maillage ferroviaire qu’il faut réhabiliter pour le bien de tous les citoyens de ce pays.

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