Soirée de mobilisation pour l’Humanité

le 23 février 2019

Soirée de mobilisation pour l’Humanité
Prise de parole de Patrick le Hyaric
Vendredi 22 février 2019, Montreuil

« Chers amis,

Merci !

Merci à chacune et chacun d’entre vous d’avoir répondu présent à cette grande soirée de mobilisation pour que vive l’Humanité.

Votre présence, les milliers de messages de sympathie et de soutien qui nous sont parvenus ces dernières semaines, les centaines d’abonnements réalisés, les versements massifs à la campagne de souscription, les nombreux dons qui nous sont parvenus : chacun de ces gestes contribue, à sa manière, à tisser un impressionnant cordon de solidarité autour de notre groupe de presse.

Ils s’ajoutent à une multitude d’événements organisés par des militants, les amis de l’Humanité, les associations de lecteurs, pour placer l’Humanité sous protection populaire et citoyenne.

Tous ces gestes nous donnent courage et énergie dans notre combat quotidien pour que vive L’Humanité et nous permettent d’affronter nos immédiates difficultés de trésorerie. Ils montrent également la résonance profonde, qui nous touche, nous émeut et parfois nous surprend, du combat pour que vive l’Humanité.

Nous sommes heureux qu’à travers cette soirée de mobilisation puissent se rencontrer des soutiens au parcours si divers et aux idées parfois opposées mais qui ont en commun le désir que vive et que se développe l’Humanité.

C’est toute la famille républicaine qui se lève car chacun pressent, même confusément, qu’en disparaissant L’Humanité serait comme l’une des dernières digues à céder avant le tsunami qui finirait par emporter le pluralisme et, avec lui, un pan de la démocratie. Grâce à vos présences et vos actions diverses, l’enjeu de la survie de l’Humanité, et à travers lui de la défense du pluralisme, se révèle d’intérêt général.

Chacun pressent la gravité de la situation.

L’angoisse, l’inquiétude, pèsent douloureusement sur les équipes de L’Humanité, parmi nos lectrices et lecteurs, celles et ceux qui diffusent nos journaux. Mais nous savons que le combat dans lequel nous sommes engagés nous dépasse et nous oblige à livrer bataille. Oui, nous sommes au combat.

Nous sommes au combat pour nous, certes, mais au combat surtout pour l’intérêt général. Au combat pour répondre à la demande pressante des citoyens de disposer d’informations diverses, d’angles de traitement qui tranchent avec l’uniformisation galopante.

Au combat pour toutes celles et tous ceux  qui refusent que le gouvernement des hommes se transforme en calculette qui n’inscrirait que des « plus » à ceux qui ont déjà beaucoup, et que des « moins » aux familles qui terminent le mois à l’euro près.

Trop de journaux ont disparu dans un quasi silence. Trop de journaux, encore ces derniers mois, n’ont pu vivre au-delà de quelques semaines. Ce phénomène se banalise dangereusement, jusque dans la profession.

Et que cache, en ce moment, ce drôle de pudeur qui consiste à camoufler les problèmes que rencontrent tous les groupes de presse, alors que leurs grands propriétaires comblent des déficits colossaux dans le silence feutré des conseils d’administration ?

Que cache ce drôle de silence quand les cessions de journaux se succèdent à un rythme effréné ; quand, la semaine dernière, l’un des plus grands magazines français a été vendu pour 1 misérable euro contre le paiement des 10 millions d’euros de dette de l’année 2018, ou quand d’importants journaux français sont vendus à l’encan à un oligarque tchèque de l’énergie.

Dans quel but, quel objectif ? Gagner de l’argent avec ces journaux ? Pas du tout ! Il se joue là tout autre chose : ce qui visé c’est l’achat de nos centrales thermiques et d’un groupe phare de l’énergie dont le parlement discute actuellement de la privatisation.

Ce dont il s’agit dépasse donc la presse elle-même et pose la question de la souveraineté économique et industrielle de la France au moment même où nos secteurs agricoles, viticoles, industriels sont attaqués de toutes parts.

Dans ces conditions l’Etat, le gouvernement, le Président de La République ont une importante responsabilité pour assurer le pluralisme de la presse mais surtout créer les conditions de l’indépendance des journaux ou groupes de presse.

Il y a urgence de lancer une conférence nationale pour le pluralisme et la modernisation de la presse. Il se dit toujours que cela a un coût. Nous n’en doutons pas ! Mais quel ordinateur savant pourra un jour nous calculer le prix exact de la démocratie ?

L’information, la valeur qu’y apporte le traitement journalistique, ne doivent pas être considérés comme une marchandise spoliable à merci par les grands groupes numériques nord-américains, comme les sont déjà la musique, la chanson, le cinéma. Voilà pourquoi il est indispensable qu’un mouvement large se lève pour que ces grands groupes restituent aux journaux et aux créateurs ce qu’ils leurs volent. C’est le sens de la directive européenne « droit d’auteurs » que nous allons voter au Parlement européen.

L’Humanité irrigue à sa mesure le débat public d’une information travaillée, à rebours des fausses informations qui pullulent dans la jungle d’internet et des simplismes outranciers qui stérilisent la pensée ; à rebours des provocations dont se repaissent les journaux d’extrême-droite qui trônent désormais glorieux sur les présentoirs des kiosques, renouvelant leurs formules sur de beaux papiers glacés, et qui se sentent « le vent dans le dos » pour mieux semer le venin de la discorde et préparer leur guerre civile.

Nos titres sont, en cela, au cœur d’une éthique républicaine, au sens de cette « chose publique » dont nous sommes tous dépositaires et qui aujourd’hui s’affaisse dangereusement. Face à nos difficultés, la République garante du pluralisme ne saurait nous tourner le dos qu’au prix d’un parjure lourd de conséquences.

Que seraient la France et la République sans l’Humanité ? Quel serait le débat démocratique amputé de l’Humanité, de son orientation éditoriale assumée en rupture avec le système de rapacité, d’inégalités et de violences qui prévaut aujourd’hui ?

Nous ne l’imaginons que trop aisément et refusons de croire qu’ici se situerait la cause de nos malheurs.

Ces dernières semaines, bon nombre des personnalités mobilisées pour que vive l’Humanité ont insisté sur son rôle déterminant dans les grandes luttes sociales, politiques, internationales, culturelles du siècle dernier.

De cette histoire riche et passionnée, nous sommes évidemment fiers et l’assumons jusqu’aux pages d’ombres.

Cette histoire qui charrie plus d’un siècle de luttes et d’espoirs dans le sillon du mouvement socialiste, ouvrier, communiste et internationaliste, est constitutive d’un courant de pensée et d’action qui a contribué à fortifier la République sociale en la poussant vers de nouvelles conquêtes, et qui cherche aujourd’hui à lier progrès social, projet écologique et démocratique.

Mais nous n’ignorons pas le piège qui consisterait à enfermer l’Humanité dans un ancien monde opposé à un hasardeux « nouveau monde » dont les contours n’ont vraiment rien d’engageant.

A l’heure ont la question sociale se rappelle avec fièvre à ceux qui tentèrent de l’enterrer, où la guerre gronde sur l’ensemble du globe,  où le péril écologique et climatique menace jusqu’aux possibilités d’existence d’une Humanité, nous confrontons la rudesse de l’actualité à une forte ambition éditoriale que nous pensons d’une grande nécessité, sauf à considérer épuisée, comme s’y prêtent de trop nombreuses personnes, la soif de liberté, d’égalité et de fraternité.

Nous produisons cette information dans les dures conditions de l’indépendance. Cette indépendance est notre honneur comme elle fut l’honneur du mouvement ouvrier. Mais elle a son revers tant il est vrai que l’argent nous manque pour financer et mener à bien nos projets qui, croyez-le, ne manquent pas.

Cette indépendance n’est, pour nous, ni un supplément d’âme ni une banale distinction. Elle contribue à définir un engagement, pris par Jean Jaurès, dans son éditorial fondateur afin, je le cite, que « l’indépendance du journal [soit] assurée [et qu’il ne soit pas] livré, par des difficultés financières, à des influences occultes. »

« Faire vivre un grand journal sans qu’il soit à la merci d’aucun groupe d’affaires est un problème difficile mais non pas insoluble », concluait-il, prémonitoire.

« Difficile » : les équipes de l’humanité en font l’expérience quotidienne, réalisant par la force de leurs ressources morales et intellectuelles chaque jour dans l’Humanité 24 pages et chaque semaine dans l’Humanité-Dimanche 82 pages d’informations complètes et généralistes, tout en alimentant une plate-forme numérique d’articles et de créations vidéos. Elles le font sans commune mesure avec les moyens dont disposent la plupart de nos confrères.

« Problème difficile mais non pas insoluble » précisait Jaurès. Nous continuons à penser ce problème « non pas insoluble », mais ne nous pourrons continuer de le penser seuls.

Faut-il encore et toujours rappeler que le pluralisme est consacré par notre Constitution en son article 4 ?

En information comme en toute chose, laisser le libre jeu du marché organiser l’expression des idées et des opinions, revient à laisser aux forces d’argent un pouvoir exorbitant. Un pouvoir que la société leur déni d’ailleurs chaque jour un peu plus, se détournant avec virulence des grands médias d’information, et portant sur l’ensemble de notre profession un regard extrêmement sévère et parfois injuste.

Chers amis,

A l’heure où les idées humanistes subissent les assauts de forces réactionnaires coordonnées, où l’écosystème humain est menacé, la guerre économique déclenchée ; alors que l’irrationnel, les obscurantismes, les complotismes, gagnent du terrain de manière spectaculaire, nous sommes chaque jour et chaque semaine, une force de résistance, de proposition, de construction humaniste et progressiste dont la disparition serait pour toutes et tous, nous en sommes persuadés, un signe avant-coureur de désastres futurs.

Nous observons attentivement combien l’extrême droite se délecte du sort qui nous est réservé, espérant hâter notre disparition pour laisser place nette à sa propagande morbide, comme on agiterait un trophée.

Oui, la disparition de l’Humanité porterait un lourd préjudice à la cause démocratique et humaniste.

Le combat pour que vive l’Humanité prend aujourd’hui, grâce à vous, une dimension nouvelle. Cette soirée est une étape décisive d’une campagne de longue haleine qui nous dépasse puisqu’elle touche aux conditions même de l’existence dans notre pays d’un débat pluraliste.

Ce combat continue avec notre campagne de souscription et de don, cruciale pour faire face aux échéances qui nous sont déformais imposées. On me demande parfois « combien d’argent faudrait-il ? ». Nous venons, en moins de deux mois, de collecter un million et demi d’euros. Il en faudrait au moins trois ou quatre de plus pour affronter plus sereinement l’avenir.

Maintenant que les lecteurs et les amis de l’Humanité sont si engagés, il est urgent que l’Etat s’engage à son tour plus avant pour augmenter l’aide aux quotidiens à faible ressources publicitaires, dans un contexte où les conglomérats nord-américains du numérique vampirisent sans vergogne l’essentiel de la manne publicitaire. Une partie du monde économique a également été interpellé par notre situation. Lui aussi est concerné par le pluralisme et peut s’engager.

Nous voulons consolider encore les structures de L’Humanité avec le lancement d’ici la fin juin d’un «  Club des amis-actionnaires de L’Humanité », qui permettrait à des citoyens d’être partie prenante de la vie du journal tout en bénéficiant d’une défiscalisation.

Nous avons également besoin de faire connaitre plus et mieux L’Humanité et L’Humanité-Dimanche, de le lire et de faire lire autour de nous, de mettre L’Humanité entre le maximum de mains ou sur plus d’écrans numériques, de réaliser des campagnes d’abonnement dont les différentes offres sont à votre disposition dans cette salle. Faites-en en aussi votre affaire ! Soyez, à la mesure de vos capacités, les ambassadeurs de nos titres !

Nous sommes, nous aussi, équipes de l’Humanité, face à notre avenir. Cela appelle certainement de notre part de l’audace, une capacité d’invention nouvelle pour mettre encore, plus et mieux l’Humanité au service de toutes celles et ceux qui veulent « transformer le monde et changer la vie. »

Nous proposons que, dans le maximum d’endroits, s’organisent des rencontres, des débats, des banquets républicains, des fêtes avec les sociétés des lecteurs, la société des amis et les diffuseurs. Un point d’étape de cette mobilisation générale sera organisé sous la forme d’un grand banquet populaire à la mi-juin. Nous vous teindrons bien sûr informés, chacune et chacun, de la date et du lieu retenus.

Chers amis,

Le titre de notre journal est un legs immense qui, par son ampleur, fixe l’horizon d’une Humanité « qui n’existe point encore ou existe à peine » comme le disait Jaurès. Il porte en lui l’universel et le combat toujours recommencé pour la fraternité humaine, contre tout ce qui écrase les individus, afin que « le libre développement de chacun [soit] la condition du libre développement de tous ».

Ce legs, nous voulons le faire fructifier pour les décennies à venir, le mettre à disposition de tous les humanistes, de tous les progressistes, de toutes les consciences libres, des militants associatifs, politiques et syndicaux, pour tracer ensemble de nouveaux chemins d’humanité.

Vive l’Humanité ! »

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