Révolution est leur cri

le 13 août 2020

« La révolution naît des entrailles de la tristesse » a écrit le poète syrien Nizar Qabbani. Toutes les images des citoyens de Beyrouth rapportées par les télévisions, tous les témoignages des Libanais reflètent cette sidération, cette tristesse, le désespoir parfois mais aussi la colère contre leur pouvoir responsable du cataclysme qui amplifie encore leurs souffrances. Du reste, en présentant la démission de son gouvernement, ce lundi 10 août, le premier ministre, M. Hassane Diab, s’est senti obligé de vertement critiquer le système politique et la corruption. Le Fonds monétaire international a refusé de renégocier avec lui  la dette du pays qui s’élève à 90 milliards de dollars, sans avoir l’assurance de la mise en œuvre de « contre-réformes » ou d’un « plan d’ajustement structurel » qui signifieraient encore plus de pillage des ressources du pays, plus d’austérité, plus de destruction de services public essentiels pour les offrir  aux appétits insatiables  du capitalisme international.

Une voie de sortie de crise pour les Libanais ne peut venir que du respect de leurs aspirations. Pas d’ingérences extérieures dont leur pays n’a que trop souffert. Ainsi, les sorties du président de la République française sont plutôt malvenues de la part d’autorités qui depuis des décennies couvrent le système politique libanais. Plus complices que sauveurs.

La démission du gouvernement libanais n’est pas suffisante pour le peuple en marche. C’est le système qu’il veut changer. Cela suppose que les Libanais, avec leurs organisations démocratiques, transforment leur colère en un projet de changement et de transformation sociale, politique et démocratique, de reconstruction de leur Etat dont ils puissent être les maitres de bout en bout. Leur mouvement populaire contre la crise économique, la corruption et pour la justice ne doit pas être dévoyé. C’est l’une des raisons pour lesquelles ils ont besoin de notre solidarité agissante. Le lourd bilan de cette explosion s’ajoute encore aux malheurs précédents : sans doute plus de 160 morts, 6000 blessés, peut-être plus de 300 000 sans-abris et une partie importante des immeubles de la capitale libanaise en ruines ou endommagés. Tout ceci est la conséquence et le révélateur du degré avancé du pourrissement des institutions étatiques.

En effet, la cargaison de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium chargée sur un navire battant pavillon moldave, le « Rhosus », appartenant à une société russe, était destinée au Mozambique. Le navire faisait escale dans le port de Beyrouth en novembre 2013 et, depuis, sa cargaison hautement dangereuse, y était stockée, sans précautions particulières. Alors que les autorités du port, celles des douanes, le gouvernement étaient au courant, aucune disposition n’a été prise pour sécuriser le port. Pire, ce cocktail explosif jouxtait  un stock de feux d’artifices ! Le mouvement populaire libanais a donc raison de faire le lien entre cette explosion et l’implosion de l’Etat. Tout est à repenser : le partage du pouvoir entre factions libanaises qui ne fonctionne plus, la crise bancaire et la perte de valeur de la monnaie, signes de l’effondrement de l’économie, l’appauvrissement des classes moyennes qui veulent quitter le pays. Depuis 1989, existe pourtant un accord pour la construction d’un Etat civil. Non seulement, rien n’a avancé en ce sens mais le personnel politique dominant profite du système jusqu’à participer au capital de certaines banques et à posséder des intérêts privés dans quelques grandes entreprises de service qui lui sont acquises. C’est cela qui est fermement remis en cause aujourd’hui. C’est le sens de la révolution à laquelle appellent les Libanais qui manifestent dans les rues et devant les ministères. Cette ébullition populaire ne doit pas être volée.

Une enquête internationale indépendante et transparente sous l’égide des Nations Unies doit permettre d’établir les causes de cette explosion.

L’aide internationale pour la reconstruction doit être bien plus élevée que ce qui ressort de la conférence des donateurs et se faire sans conditions, à l’exception  de la vérification qu’elle sert bien l’objectif de rebâtir la ville et les logements, tout en garantissant aux Libanais l’accès aux denrées de premières nécessités.

L’Humanité s’associe au Secours populaire français pour organiser des collectes de dons pour une aide d’urgence du quotidien des familles populaires.

Elle doit aussi se déployer dans les camps de réfugiés palestiniens et syriens sur le territoire libanais.

L’intervention des banques centrales internationales et du FMI doit se faire sans conditionnalités de privatisations ou d’austérité supplémentaires mais au contraire se fixer des objectifs visant avant tout le développement humain, notamment pour la santé, l’école, l’accès à l’énergie et à l’eau.

L’immense colère populaire qui parcourt le pays du cèdre est à la hauteur des souffrances et du crime commis. « Révolution » est leur cri. Notre solidarité doit se hisser à ce niveau.

12 août 2020

Patrick Le Hyaric

3 commentaires


alain harrison 29 août 2020 à 1 h 08 min

Bonjour.

«« La démission du gouvernement libanais n’est pas suffisante pour le peuple en marche. C’est le système qu’il veut changer. Cela suppose que les Libanais, avec leurs organisations démocratiques, transforment leur colère en un projet de changement et de transformation sociale, politique et démocratique, de reconstruction de leur Etat dont ils puissent être les maîtres de bout en bout. »»

Les GJ ont une proposition en ce sens, êtes-vous au courant ?

alain harrison 30 août 2020 à 4 h 47 min

Bonjour.

Comme vous voyez, la FI n’est pas plus crédible aux yeux des GJ (intègres) quand à un réel changement de société. La Fi demeure dans le concept, comme ici d’ailleurs, dans le concept de modifications de certains sujets concernant le système. Les écologistes prônent seulement un changement technologique que seule système libéral prône. Les gauches sont tellement dans les réaménagements qu’aucun ne peut s’allier à un changement réel. D’ailleurs la gauche nourrit elle-même la confusion. Les beaux discours sont le jouet de la gauche bourgeoise sans plus.

alain harrison 8 septembre 2020 à 6 h 58 min

La Biélorussie.

Un article qui fait le point. Comment se fait-il que les journalistes, et l’Humanité n’ont-ils pas fait leur travail. Manque de personnel,de journalistes intègres, le silence sur les réalisations et la modernisation, et la satisfaction du peuple Biélorusse en général.

Incroyable, le libéralisme veut détruire ce qui c’est construit durement et patiemment pendant des dizaines d’années. Encore un coup de cochon à l’Occidentale, et l’UE y met du sien. Et cela en coulisse pendant des années sans doute.

À lire absolument (l’Humanité devrait en prendre de la graine__ intégrité et honnêteté)

Guaido, « président du Bélarus »
Par Israel Shamir
Mondialisation.ca, 20 août 2020
Unz.com 14 août 2020

«« Le Bélarus nous montre en quoi consiste vraiment « l’ingérence étrangère dans les élections ». On n’en est plus à placer quelques publicités sur Facebook. On forme des centaines de jeunes hommes aux arts obscurs de la guerre urbaine : la recette pour bien utiliser les cocktails Molotov, le braquage de voitures, l’infiltration transfrontalière, la contrebande d’argent, le recrutement et le paiement de mercenaires, comment gérer un centre de crise 24 heures sur 24 depuis l’étranger, où et comment attaquer la police, comment préparer et mener une révolution de couleur scénarisée – voilà comment l’ingérence étrangère influence les élections au Bélarus.

Que veulent les manifestants au-delà de la suppression d’AGL ? Il s’avère qu’ils ont un programme : ils veulent faciliter l’embauche et le licenciement des travailleurs, mettre fin à la protection par les syndicats et à la législation sur le droit du travail, et mettre fin à la réglementation des prix. Ce sont les idées néolibérales habituelles, mais voici la plus importante : ils prévoient de privatiser et de vendre les actifs du pays. Seulement voilà, c’est là que leur front unifié s’effondre : l’opposition pro-occidentale veut vendre la Biélorussie à des investisseurs occidentaux, tandis que l’opposition pro-russe veut la vendre aux oligarques russes. Ces actifs sont appétissants et abondants, car 80 % de l’industrie et de l’agriculture restent dans le domaine public, plus que dans tout autre État européen.

La Biélorussie est le dernier vestige de l’Union soviétique, la dernière république socialiste soviétique.L’URSS était fondée sur la propriété de l’État sur les moyens de production, c’est-à-dire les usines, la recherche, l’industrie et l’agriculture. Dans la Fédération de Russie, ces biens nationaux ont été privatisés par Boris Eltsine et donnés à quelques oligarques. Ce n’est pas le cas en Biélorussie. Leur industrie est toujours un bien national ; leurs exploitations appartiennent toujours à des coopératives agricoles locales et non à des exploitations agricoles mondialistes. »»

Le Devoir de Philos
Pour Jean Jaurès, la révolution socialiste n’est concevable que dans le cadre de la légalité démocratique, c’est-à-dire par une conquête graduelle et légale par le prolétariat des institutions parlementaires et de la puissance de la production.

Répéter des demis vérités suffisamment et elles finiront par être vraies, et la confusion régnera.

Ceux qui rechignent sur les 4 sorties, sont responsables de la destruction du pays.

Ceux qui refusent de voir le temps de passer le flambeau et d’adhérer sont responsables de la déliquescence de la gauche.

C’est incroyable la malhonnêteté ou hypocrisie derrière les discours…….

Il est temps d’avoir du courage.

La classe moyenne a peur (et si nous faisions la liste de ses peurs) de perdre son pouvoir d’achat, d’être obliger de voyager à l’étranger (surtout dans le sud , ses mêmes pays qui fournissent, à moindre coût, le consumérisme), peur de l’inflation……. C’est pas pour rien que Macron fait ce qu’il fait, et que le même scénario électorale se reproduira.

La classe moyenne est la peste de l’histoire? L’ignorance par paresse intellectuelle, voilà la peste.

Au Québec, c’est pire.

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