Penser au-delà d’une visite présidentielle au Pr Raoult.

le 10 avril 2020

© Crédit photo : AFP

La visite présidentielle au professeur Raoult, directeur de l’institut hospitalo-universitaire Méditerranéen de Marseille, et promoteur du traitement du Covid19 par hydroxy chloroquine et azithromycine, au moment même où le pouvoir exécutif connait une défiance populaire majoritaire dans sa gestion du combat contre l’épidémie, a suscité nombre de commentaires politiques et soulève des interrogations.

Disons d’abord que l’empressement à trouver des réponses à cette douloureuse crise sanitaire est tout à fait justifiée et la consultation des médecins et scientifiques avant de prendre des décisions est logique. Encore qu’une nouvelle fois le présidentialisme soit à l’œuvre. Mais passons ! Dans une telle situation, il conviendrait de ne pas chercher à utiliser la science à des fins politiques. Le Conseil scientifique n’a-t-il été mis en place que pour fournir des éléments de langage à la communication du gouvernement ? Et ce dernier de disposer comme il l’entend des préconisations de ce mystérieux collège ? Les atermoiements et volte-face de ces dernières semaines le laissent à penser. Quant à cette visite du président au professeur Raoult, démissionnaire dudit comité, elle semble davantage répondre à une stratégie politique visant à maintenir la fiction de « l’union nationale décrétée” qu’à un nécessaire éclairage sur les vertus ou défauts des traitements à base de chloroquine.

Trouver l’équilibre entre l’exigence de la recherche, ses protocoles établis et les essais cliniques est aussi une nécessité démocratique. On le voit dans le monde entier : les chefs d’état, Trump ou Bolsonaro en première ligne, utilisent la recherche à des fins démagogiques, surfant sur des essais cliniques non éprouvés afin de laisser croire, d’une part, qu’ils détiennent la solution pour éradiquer le virus dans le but de masquer l’état désastreux de leur système de santé ou leurs mauvais choix, et pour soutenir, d’autre part, leurs laboratoires et leur industrie pharmaceutique. Ainsi les théories du complot fleurissent-elles sur le terreau de cette confiscation du savoir, qui est encore confiscation du pouvoir. Les sociétés, au niveau de formation élevé, trouvent aujourd’hui face à elles soient une communication gouvernementale tâtonnante, relayée par des médias complaisants et commandée par des intérêts politiques ou économiques de court terme, soit des réseaux sociaux, certes utiles, mais largement insuffisants pour éclairer les citoyens. Ils méritent une toute autre considération.

Faire descendre la science dans l’arène démocratique devient un enjeu déterminant. Il serait nécessaire qu’une instance de débats et de partages pédagogiques soit mise en place sur les enjeux de santé publique. Celle-ci ne peut être considérée comme une marchandise à essorer pour en tirer le jus d’or de faramineux profits sur la vie humaine. Il y a ici un grand défi pour une appropriation sociale et démocratique de ces enjeux, dont la construction d’un pôle public du médicament serait une première pierre. Pourquoi d’ailleurs ne pas allier plusieurs pays européen, leurs équipes de chercheurs et les laboratoires, pour prendre cette direction ? Cette douloureuse expérience porte en avant les nécessités des coopérations en lieu et place de la forcenée concurrence qui fait tant de dégâts. Les laboratoires pharmaceutiques sont aujourd’hui des éléments clefs de la « financiarisation » de l’économie. Ils ont réalisé en 20 ans, et à travers le monde, 1000 milliards d’euros de profit dont la quasi-totalité a été reversée à des actionnaires ! A l’opacité s’ajoute l’indécence, quand la recherche publique, et notamment la recherche fondamentale, subit le limage permanent de ses moyens. Pour réaliser leurs profits, les laboratoires du « Big-Pharma » n’hésitent pas à se vendre et acheter à prix d’or les données médicales des citoyens, après s’être accaparés, à coup de milliards, des brevets. En matière de « souveraineté » promise par M. Macron,  il y a là un cas d’école dont il faudrait urgemment se saisir. Cette privatisation et cette concentration entre quelques mains par la finance bloque l’essor d’une coopération internationale indispensable. Non seulement par devoir moral mais aussi par souci d’efficacité, tant il est vrai que les pandémies, qui par définition se jouent des frontières, risquent de se répéter en lien avec un autre enjeu qui lui aussi appelle coopération et mise en commun des avoirs et des savoirs : le défi climatique. L’intérêt général oblige à voir  bien plus loin qu’’une visite présidentielle à Marseille.

5 commentaires


chb 11 avril 2020 à 11 h 34 min

« Pourquoi d’ailleurs ne pas allier plusieurs pays européen,  »
Parce qu’une alliance au niveau européen, n’en déplaise aux avocats cent fois floués de l’Europe sociale, est systématiquement dévoyée par ses instances et ses routines capitalistes.

Pourquoi d’ailleurs ne pas allier tous les pays du monde, sous l’égide naturelle de l’OMS ? Parce que celle-ci est aussi pourrie de l’intérieur par des intérêts éloignés du commun.
L’internationalisme ouvre pourtant une perspective de coopération internationale indispensable. Cuba n’est pas aussi mercantile, qui depuis longtemps guerroie pacifiquement contre la maladie aux quatre coins du monde, avec ses équipes généreusement et très discrètement envoyées jusqu’en France… d’Outremer. La Chine a offert à tous le génome du fléau, elle fournit au monde entier les accessoires qui sont partout nécessaires, et elle a acquis une expérience essentielle.
Mais ces contrées sont dans l’autre camp (comme dit le préfet), parmi les cibles de ces sanctions aussi illégitimes que la répression des gilets jaunes récemment mutée en fascito-sanitaire !
Macron l’avait avoué : c’est la guerre.
La guerre si nécessaire au Capital pour survivre, la guerre des mots et la guerre des images. Or, à Pantin, ou à Marseille, il s’affirme ostensiblement au-dessus des consignes qu’il impose au peuple : contre quoi guerroie-t-il donc ?

Pascal Lederer 13 avril 2020 à 15 h 59 min

Mille fois d’accord! Le texte dont le lien figure cidessous date du 2 avril; il a été envoyé pour publication éventuelle à l’Huma le 3:
https://blogs.mediapart.fr/pascallederer/blog/030420/un-pole-public-du-medicament-maintenant

alain harrison 15 avril 2020 à 3 h 26 min

Bonjour.

J’ai retenu ce passage de
IL Y A URGENCE ! LE BILLET DU DR CHRISTOPHE PRUDHOMME. CHANGEMENT ?
Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93.

le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, la question est simple : « Est-ce qu’on a le droit, est-ce qu’on a bien fait de massacrer l’hôpital pour gagner un peu de sous, pour faire un peu d’économies ? Je pense que les économies de ces trente dernières années vont nous coûter extrêmement cher dans les trente prochaines années. »
https://www.humanite.fr/il-y-urgence-le-billet-du-dr-christophe-prudhomme-changement-687683

En effet avec la Dette amplifiée. Déjà que la dette actuelle est impossible à rembourser.
Voila donc ce que nous allons léguer aux futurs générations, en continuant à ne pas prendre les décisions, pourtant criante d’évidence, sur l’UE, mais en continuant dans le mythe du changement: l’amélioration de l’UE ou humanisé le capitalisme et la division sournoise dans la gauche.
Jamais vous n’avez mis de l’avant (ce qui est éclairant sur vos véritables positions, selon moi):

Pour Jean Jaurès, la révolution socialiste n’est concevable que dans le cadre de la légalité démocratique, c’est-à-dire par une conquête graduelle et légale par le prolétariat des institutions parlementaires et de la puissance de la production.

Jamais ?

Et cette sentence implique, c’est ce qui dérange, la sortie de l’UE et ci. Elle va à l’encontre de tout ce que signifie l’UE, n’est-ce pas.

alain harrison 15 avril 2020 à 4 h 40 min

Quand au pôle publique du médicament et de remettre en place un véritable système de santé publique, et cela
chb
11 avril 2020 à 11 h 34 min
« Pourquoi d’ailleurs ne pas allier plusieurs pays européen, »

Pour cela, il faudrait que ces pays aient une vue convergente sur un quelconque système de service publique de santé, au minimum. Ce qui n’est pas le cas. Et d’ailleurs, ils subiraient les foudres de l’UE-BCE, coupures versus le non respect des directives. En tout cas, cela sèmerait une nouvelle bisbille dans la boîte de carton UE. Ce qui ne serait pas une mauvaise chose, un autre éclairage sur la soit disant Union des états-nations, des peuples au sein de l’UE.

Sans parler des gouvernements fascistes qui tenteraient une forme de récupération, comme l’Italie qui ont demandé l’aide de pays qu’ils ont eux-mêmes démonisés, et qui continueront après la pandémie, trouvant des explications alambiquées.

Non décidément, seulement quand les peuples des pays porteront une véritable attention sur l’idée de la Constituante Citoyenne et que les instances de gauche comprendront que leur rôle est d’aider leur peuple à s’organiser en organisations citoyennes pour la Constituante Citoyenne comme maître d’oeuvre.

D’ailleurs, les populations en explorant le contenu de leur Constitution, et en se réunissant en comités de discussion prendraient conscience que la démocratie leur est confisquée.

Un exemple:

tiré de

Pour réagir et répondre à l’appel du professeur Grimaldi, il faut commencer par sortir de l’UE et de l’euro !

Le professeur Grimaldi lance un appel à ce que les services publics soient inscrits dans la Constitution. Certes.
On objectera que de fait ils y sont déjà, la constitution de la Ve Republique incluant le préambule de la constitution de 1946 qui prescrit déjà :

” Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. “

Oui il faut donc réagir et faire appliquer ce point, sans plus se taire et faire silence sur cette revendication.

Initiative Communiste.

Et d’abord, cesser de diviser la gauche pour tout et rien, mais suivre la voie de la complémentarité, de la solidarité et de bien comprendre que le consensus est la plaque tournante (des variantes idéologiques): la sortie par le haut ? Ça vous dit quelque chose ?

Les rendez-vous de la FI, des GJ, discrédité puis récupération, puis affaibli. La compétitivité libérale sournoise a contaminé la gauche, qui a d’ailleurs ses agents conscients ou inconscients, et qui plombent tout alignement de la gauche. Le Méta conditionnement et le principe manipulation-conditionnement.
Et tout ça empêche tout consensus de la gauche sur les évidences. L’UE, elle change ou on la quitte. Et pourtant la démonstration a été fait `maintes reprises, dont la cerise sur le gâteau: la Grèce et le sort du peuple. Mais sommes-nous abrutis à ce point. (société saine société aliénée)

Pour la santé mentale des peuples, Korzybski devraient être enseigné ?

Ici, il s’agit du système de santé, mais extensible à d’autres secteurs en toute logique.

alain harrison 20 avril 2020 à 4 h 30 min

La visite de Macron chez Raoul ?

Comment construire un reportage de démolition
par Serge Charbonneau
dimanche 12 avril 2020

Leçon 5

Éviter les détails.

Nul besoin de dire ce que le controversé professeur a pu montrer et démontrer au vaillant et très avisé président.

Dire que la visite a été longue suffit.

« Une longue visite de plus de trois heures. »

Et hop !

C’est suffisant.

Les démonstrations du controversé Raoul ne sont d’aucun intérêt pour l’objectif de notre reportage.

Taper: Comment construire un reportage de démolition
par Serge Charbonneau

À lire
Le chapitre 1 du livre de Jean-Marie Abgrall, tous manipulés tous manipulateurs.

Laisser un commentaire

Commentaire

Nom *

Les champs marqués * sont obligatoires

Email *

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Restez en contact

Inscrivez-vous à la newsletter