Noire mondialisation !

le 23 mai 2013

© Taslima Akhter

Le Rana Plaza n’est pas le nom d’un hôtel de luxe d’une contrée exotique. C’est un enfer ! Situé à Dacca au Bangladesh, il est devenu le tombeau qui a enseveli des milliers de corps d’ouvriers, essentiellement des femmes, sous un déluge de poutres, de béton armé, de machines. Mille cent-vingt-sept y ont laissé la vie depuis l’écroulement de bâtiment de huit étages, le 24 avril dernier. Beaucoup de survivants, sortis des décombres sont grièvement blessés. Qui ici en Europe porte le deuil de ces ouvrières souvent très jeunes, mortes sur le champ de bataille de la guerre économique ?  Pourquoi ce silence des Etats ?

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La veille de cette apocalypse locale, les ouvriers avaient alerté sur les fissures du bâtiment qui menaçait déjà de s’écrouler. Ils ont été reconduits au travail sous la menace et la force. Il y a à peine cinq mois, une centaine de ces esclaves modernes avait déjà péri dans un atelier de confection textile identique, après que des dizaines d’autres incendies aient provoqué des centaines de morts ces deux dernières années. Voilà ce qu’est la mondialisation telle que le capitalisme la domine. Evidemment, les chaînes d’informations en continu et d’autres ne s’installent pas sur les lieux d’un tel forfait du système. Elles ne renseignent pas sur ses causes.

Le Bangladesh est devenu le deuxième exportateur mondial de vêtements. Avec cinq mille usines employant quatre millions de personnes, qui se dispensent de toute norme de sécurité. Les salaires avoisinent les trente euros par mois, pour dix à quatorze heures de travail par jour. Au milieu des gravats fumants, on a trouvé les étiquettes des marques les plus réputées en Europe et aux Etats-Unis, celles qui s’étalent sur les magazines en papier glacé ; celles qui font la mode et nous habillent : Mango, HZM, CZA, Benetton, Walmart, Zara et bien d’autres encore, comme Leclerc qui vient de l’admettre. Après avoir détruit l’industrie textile chez nous, là-bas des esclaves fabriquent nos vêtements à bas prix, au péril de leur vie pour qu’ici le même système oppresseur puisse abaisser nos salaires et nos pensions, tout en nous vendant, en réalisant des marges énormes, des vêtements proposés dans leurs magasins par des vendeurs précarisés, souvent payés en deçà de mille euros par mois.

Deux faces de la même médaille du système capitaliste qui ne profitent qu’aux mêmes actionnaires d’entreprises commercialisant ces mêmes habits sous plusieurs marques et aux grands distributeurs. Eux pavoisent avec leur indice CAC 40, leurs profits, leurs comptes dans les paradis fiscaux, qui grossissent au fur et à mesure des délocalisations, des surexploitations d’ouvrières et d’ouvriers et de la pression mondiale pour abaisser tous les salaires. Un gouvernement comme celui de la France, issu de la gauche, devrait aider à résister à cette inhumaine logique. Il n’en est rien ! Puisque, comme ailleurs, les salaires et les retraites sont toujours plus pressurisés, le système de retraite et de protection sociale toujours plus mis à mal, le chômage et la précarité galopent avec la destruction des atouts industriels, agricoles et des services. Partout, les peuples font face à la violence du capitalisme financiarisé et mondialisé. La France qui jouit d’un grand prestige international, forte des luttes de ses travailleurs et de ses créateurs, enseignée par l’action de la gauche qui a toujours été du côté de la solidarité internationaliste, devrait se placer à la tête d’un grand mouvement qui, dans le monde entier, conteste l’actuelle mise en concurrence planétaire du monde du travail. Et elle devrait le faire, en premier lieu, pour réorienter  et refonder la construction européenne. On ne peut continuer dans cette spirale infernale, où les firmes multinationales vont toujours chercher la main d’œuvre la moins bien payée pour obtenir des produits au coût le plus bas possible, tout en pressurant les salaires partout. En vérité, les vêtements fabriqués à bon marché ont un coût élevé. Certes, nous savons qu’en travaillant  dans ces conditions misérables, l’ouvrier du Bangladesh et d’ailleurs, sort de l’extrême pauvreté rurale. Notre propos n’est pas de l’y ramener, ni de le mettre au chômage, mais de créer un mouvement solidaire, ici et là-bas, pour qu’il sorte de l’esclavage et qu’ici le chômage et la mal vie reculent, cessent de ronger la vie quotidienne de millions de salariés et de chômeurs. C’est un nouveau développement humain solidaire du monde qu’il faut inventer, dans le débat et l’action unitaire. Il passe par la liberté de parole, le droit de se syndiquer, au Bangladesh et ailleurs. Il nous appelle à intervenir solidairement auprès des grandes marques et des grands groupes de la distribution sur les conditions de production des vêtements. Une action européenne pourrait consister à aider le bureau international du travail à recruter des inspecteurs internationaux du travail pour faire respecter des normes sociales et de sécurité et à encourager les confédérations syndicales internationales du travail à s’engager auprès de ces travailleurs.

Les institutions européennes portent une lourde responsabilité dans cette situation puisqu’elles ont laissé détruire nos industries textiles, tout en ouvrant les portes aux importations, exemptées de droit de douane. Aujourd’hui, notre continent absorbe près de 60% de la production de vêtements du Bangladesh. Une Europe solidaire devrait créer des visas sociaux et environnementaux à ses frontières,  taxant ces importations. Les sommes ainsi collectées seraient reversées à un fonds pour le progrès social, géré par les organisations de travailleurs du Bangladesh. Bref, l’amorce d’un autre type de mondialisation.

Le grand débat sur « l’autre monde à inventer » doit reprendre de la vigueur, sinon des flaques de sang continueront d’éclabousser nos vêtements.

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2 commentaires


mariepierrequessada 24 mai 2013 à 12 h 30 min

Tout cela me débecte!!!!!! Je sais pourtant que malgré toutes nos contestations, rien ne changera et qu’au contraire, tout ce que vous déplorez, Monsieur Le Hiaryc (ainsi que moi et une poignée d’autres personnes possédant une conscience morale) n’ira qu’en s’accentuant et en s’accelerant. Le nouvel ordre mondial touchant malheureusement à son but…
Une organisation mise en place pour gérer les fonds apportés par une organisation serait une solution (à ce problème car il en existe encore toute une flopée plus appauvrissant les uns que les autres) mais je sais par avance que les fonds récoltés seraient gérés par une organisation d’état et donc détournés légalement (de la même manière que tous les fonds sensés financer la catastrophe d’Haïti adressés par la solidarite citoyenne au profit de la croix rouge. On peut employer le terme « au profit de la croix rouge » dans la mesure où les fonds ne sont jamais arrivés à destination, une fois encore! Une raison obscure ayant été évoqué…)
Ne vous y trompez pas, Monsieur Le Hiaryc, je trouve le fait que vous vous investissiez à toutes ces causes, très louable et tellement généreux. ..! Malheureusement, en ce qui me concerne, l’espoir de voir le monde se transformer dans l’autre sens, l’espoir de voir tous ces hommes politiques pourris jusqu’à l’os recevoir une revelation leur dictant leurs mauvaises conduites et les incitant à l’altruisme, n’est plus d’actualité. L’espoir de voir les choses changer m’a quitté depuis que je me suis rendue compte que nous étions allés beaucoup trop loin dans la perversion du monde.
Les chemtrails, cet épandage toxique journalier me laisse fort perplexe quant à notre avenir. Qui paye aussi cher pour nous exterminer au final…? Cela associé à tout ce que j’apprends, chaque jour, me laisse à penser qu’un complot machiavélique est mis en route depuis fort longtemps, afin de continuer d’enrichir un petit pourcentage d’entre nous (dont ni vous ni moi ne faisant partie) et esclavagiser le reste de la population mondiale.
Voilà la mondialisation!!!

flo 28 mai 2013 à 22 h 38 min

Seule solution : un monde sans argent et sans frontières. Problème : comment faire pour y arriver ?

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