Ni primaire ! Ni populaire !

le 20 janvier 2022

Face à l’ultralibéralisme autoritaire au pouvoir, à la montée des extrêmes droites et des droites extrêmes, le désir d’unité des électrices et des électeurs de gauche et de l’écologie, est compréhensible et respectable. Reste à savoir sur quoi les forces politiques qui se réclament de ces camps-là peuvent aujourd’hui s’unir.

L’histoire récente est de ce point de vue, riche d’enseignements. À la fin des années 50, le grand combat pour l’union autour d’un programme commun de gouvernement, lancé par le Parti communiste, avait abouti à un programme en 1972, puis à la victoire d’une majorité politique en 1981. C’était dans un tout autre contexte. Avec une droite gérant le pays sans discontinuer depuis 1947 et dans un tout autre cadre économique.

Depuis, notre pays a fait l’expérience de plusieurs gouvernements dirigés par les socialistes qui ont décidé, inflexion après inflexion, renoncement après renoncement, de s’adapter aux canons de la mondialisation capitaliste et des traités européens qu’ils ont approuvé.

Sur ces faits politiques, un véritable débat entre les forces de gauche, devant nos concitoyens et avec leur concours, n’a jamais réellement eu lieu. Or, il s’agit de questions essentielles pour leur présent, leur avenir, celui du pays et du monde.

Aucune réflexion n’a eu lieu sur le quinquennat de François Hollande qui après avoir désigné en paroles « la finance » comme son principal ennemi, a multiplié, une fois élu, les cadeaux sociaux et fiscaux au capital.

Ce travail de critique et de vérité aurait dû avoir lieu publiquement depuis cinq ans pour rechercher un socle commun de propositions transformatrices et les conditions de son aboutissement.

Une unité des forces de gauche et écologistes ne peut se réaliser que dans la clarté et sur des engagements précis et argumentés au service des citoyens. Sinon, une unité de façade ne fera que raviver l’infernal cycle « illusions-désillusions-déceptions » sur lequel prospèrent les extrêmes droites et la droite extrême, et dont le clan ultralibéral et autoritaire au pouvoir pourra profiter pour poursuivre son entreprise de démolition de la République sociale et laïque.

Surfant sur le vide de débat vrai et utile, quelques personnes ont décidé d’organiser à quelques semaines de l’élection présidentielle une soi-disant « primaire populaire ».

En réalité, derrière ces mots alléchants, il s’agit de faire croire à la recherche d’une union de la gauche pour départager des candidats se réclamant tous de tendances de la social-démocratie et du social libéralisme.

Dans le période, où les périls sont nombreux, cette opération pourrait être pire que le mal en faisant croire à l’émergence par « la base » (seulement 250 000 inscrits) d’une candidature unique en proposant un choix en celles et ceux qui ont accepté d’y concourir, celles et ceux qui n’ont jamais donné leur consentement, et en excluant d’autres candidatures. Il est d’ailleurs très révélateur que le candidat communiste Fabien Roussel ait été exclu d’emblée par les organisateurs de ce processus.

Il est tout aussi révélateur, et inquiétant, que la première sortie publique de Christiane Taubira, candidate potentielle, ait été organisée à Saint-Denis, où le parti socialiste n’a eu de cesse de faire tomber la municipalité communiste à son profit. D’ailleurs, le maire socialiste de cette ville déclare son soutien à la candidate du parti radical de gauche.

Cette prétendue « primaire » dite « populaire » choisit donc d’emblée d’écarter les projets de transformation sociale, démocratique, écologique porté par le candidat communiste. Il faut éviter là comme ailleurs de débattre de l’après capitalisme indispensable pour sauver les êtres humains et la nature. À l’heure où le monde est confronté à tant de défis, sanitaires, de réduction des inégalités, climatiques, géopolitiques, de paix, cette initiative veut empêcher la discussion autour du choix de société et de la nécessité d’engager le monde vers plus de de partages et de coopérations, pour se limiter aux idées de ceux qui voient dans la société de marché, qui fait tant de mal, un horizon indépassable.

Pourtant une confrontation saine et approfondie sur la nature de la construction européenne, sur les effets néfastes des traités de libre-échange contre la justice sociale et la justice climatique, sur l’élaboration de nouveaux traités pour les peuples et non plus pour les puissances d’argent, sur la réorientation des immenses sommes d’argent vers les services publics, le travail, la recherche et la création, la formation de la jeunesse, sur la laïcité, sur une conception de la propriété publique et citoyenne comme levier de réorientation économique et sociale, serait salvatrice.

Ce sont ces débats qui sont aujourd’hui étouffés pour être enfermés dans le « cercle de la raison » capitaliste. Et la primaire y contribue.

Déporter le débat vers l’objet de cette primaire, participe de cet effacement voulu des forces de gauche transformatrices et démobilise les potentiels électeurs de chaque candidat, et fait en sorte qu’ils se résignent à l’idée que la gauche n’a plus aucune chance de l’emporter.

Les forces économiques et politiques dominantes recherchent l’abstention des catégories populaires car elle sert leur domination. Elles construisent ainsi une hégémonie culturelle d’une droite de plus en plus extrémiste.

Pourquoi tous les commentateurs qui s’inquiètent tant de la santé de la gauche, n’organisent-ils pas de débats publics entre ses candidats qu’ils ne l’ont fait à l’occasion de la primaire de la droite ? Au lieu de cela, ils préfèrent ne parler de la gauche qu’à partir du découragement engendré par cette fameuse primaire… Et décourage ainsi toute mobilisation alors que depuis des mois, les extrêmes droites ont micros ouverts pour déverser leur haine et leur projet de division, au service de la réélection, par défaut, de M. Macron.

D’ailleurs, l’un des initiateurs de cette primaire ne soutenait-il pas le Président de la République lors de la dernière campagne présidentielle, tout en nouant des relations avec l’organisation des organisations islamistes de France (affilié aux Frères musulmans) ?

Aujourd’hui, il est à la tête d’une opération dont il a avoué les véritables intentions. En parlant des candidats de gauche, il a lâché : « notre but est d’essayer de les empêcher d’avoir les 500 signatures ». Puis, cette même personne a appelé à harceler les candidats sur les réseaux sociaux afin de faire « baisser leur côte de popularité » pour les empêcher d’obtenir les prêts auprès des banques permettant de préfinancer leur campagne. Quel grand démocrate ! Depuis la déclaration de candidature de Christiane Taubira, nombreux sont celles et ceux qui ont compris que la « primaire populaire » était utilisée pour l’adouber. Il y a mieux à faire que de faire croire à une femme ou un homme providentiel… En même temps que se déroule le débat présidentiel, ouvrons en grand une discussion avec les citoyennes et les citoyens, les forces de gauche et écologistes pour faire naître un projet de législature commun capable de faire élire une nouvelle majorité progressiste à l’Assemblée nationale. Autre chose qu’une opération séduction qui n’est ni populaire ni une primaire.

Patrick Le Hyaric

Le 19/01/2022


9 commentaires


Moreau 20 janvier 2022 à 14 h 14 min

« À la fin des années 50, le grand combat pour l’union autour d’un programme commun de gouvernement, lancé par le Parti communiste, avait abouti à un programme en 1972, puis à la victoire d’une majorité politique en 1981. » ; ça, c’était très bien, en 1981 beaucoup de gens ont voté pour le programme en 110 propositions parce que c’était un très bon programme ; sans quoi il n’y aurait pas eu l’alternance historique de gauche. Tout le problème, c’est que depuis 1995, il y a le non renouvellement de ce nécessaire et indispensable alors qu’il y a largement de quoi en 2021-2022, renouveler pour un programme du vingt et unième siècle en 110 propositions de sociale démocratie authentique, de socialisme républicain universaliste, de communisme républicain universaliste.

Il y a grand besoin de politiques de la gauche, la vraie ; pour ameublir l’alternance inédite et historique de la République en marche et pour progresser.

Moreau 20 janvier 2022 à 19 h 06 min

Voici quelques suggestions de l’année 2022, ce sera toujours mieux que ne rien suggérer, si ça peut aider.
1) Ce qui pourrait servir l’évitement des illusions, des illusions, des déceptions, qui trop nombreuses et trop importantes et trop interminables sont un fléau redoutable pour la politique et la vie des Citoyennes et des Citoyens :
– Faire plus qu’une épreuve pour chaque projet qui doit être universaliste ou ce n’est pas la peine,
– Avoir au moins l’avis politique du mouvement spécifique responsable du projet politique,
– Avoir un avis d’expertise diplômée,
– Avoir un avis créatif.

Et à partir de là chercher à savoir ce qu’en pensent les Citoyennes et les Citoyens, les intéresser à un projet quand le projet peut être intéressant en somme.

Choisir les candidatures quand le projet a de bons avis et intéresse les Citoyennes et les Citoyens.

2) Trop de partis et trop de projets pas forcément assez intéressants, tuent la Démocratie ; change la République en pétaudière ou/et en dictature, ce n’est ni souhaitable, ni enviable.

Avoir dans notre République authentique trois mouvements spécifiques autonomes et universalistes voir pouvant accueillir lors de dialogues ou participer à des dialogues, et constructifs en pensant aux autres populations comme en pensant à toutes et à tous : libéral pour tout le monde, socialisme pour tout le monde, communiste pour tout le monde ; selon qu’on s’inscrit dans le libéralisme ou le socialisme, ou le communisme, pour tout le monde ; en en chacun l’écologie universelle à jour.

3) Je crois que le projet politique, ça pourrait aller beaucoup plus vite au vingt et unième siècle, qu’à l’époque qui a donné le programme de l’Union de la Gauche en 110 propositions. Ce n’est pas en ce moment le désert quand même : il est su qu’il y a des idées, des convergences…

Makarof Georges 23 janvier 2022 à 12 h 04 min

nous sommes prisonniers d’une élection présidentielle qui ressemble à désigner un monarque depuis la 5ème république.

La stratégie, à mon avis, serait de passer d’abord ce cap pour pouvoir transformer cette idée de monarchie.
D’autre part, faire comprendre à ceux qui pensent qu’il vaut mieux s’abstenir,que par ce comportement, ils se résignent à accepter ce que les autres auront choisi:
ceux qui vont voter.

Si aucun candidat en présence ne leur convient, sont-ils obligés de choisir la perte de leur statut de citoyen? On peut toujours mettre un bulletin blanc!
Supposons alors une élection à forte participation, avec 60% de votes blancs.

En ce qui concerne la primaire, je me suis fait avoir avec Hollande, qui nous a fait la loi travail. Et j’avais cru voter à gauche !

En 1981 après les avancées du début, ça n ‘a pas empêché le gouvernement d’alors de supprimer l’échelle mobile des salaires qui d’après lui, était une spirale infernale pour la remplacer par les négociations annuelles obligatoires.

Que reste-t-il de tout cela aujourd’hui?

Moreau 23 janvier 2022 à 16 h 26 min

Il y a eu des élections ou l’abstention était très bien fondée notamment lors du premier tour.

Aorès une alternance inédite que cinq années, les grandes élections se présentent à mon humble avis, autrement.

Plutôt que l’abstention dans cette prochaine élection mieux vaut voter pour une gauche spécifique universaliste, socialiste et communiste ; il y a un réel besoin d’avoir une gauche républicaine qui si elle ne remporte pas l’élection sera l’opposition républicaine : retour à la république authentique.

Il faut donner des voix à des propositions de gauche en les donnant à la gauche spécifique universaliste, ainsi se construire la nouvelle république, république du vingt et unième siècle en dégageant j’espère « la droite profondément de droite » voire tatchérienne et merkélienne, d’un manège moulin à trois partis de droite de la droite…

Sans quoi tout semble dire que les abus peuvent continuer longtemps.

Moreau 23 janvier 2022 à 22 h 20 min

La république authentique, c’est des mouvements politiques authentiques spécifiques pour servir toutes les personnes de la population sans faire d’exclusion ; ce n’est surtout pas la racisme et les bourrages de crânes néfastes et dangereux ; la république authentique semble se refonder mais bien lentement alors que nous vivions avec la course aux armements et les risques de guerres, avec les risques de déchaînements climatiques, avec les risques de pandémies…

Le quinquennat est justement ne pas s’abstenir quand il est possible de faire mieux que s’abstenir, c’est une révolution par les urnes plus rapide qu’avec les septennats. Question de pertinence de bonne république et de bonne réactivité.

Moreau 24 janvier 2022 à 17 h 36 min

Si le manège à trois de l’ultradroite continue à priver la gauche républicaine authentique universaliste de la place d’opposition républicaine allant de soi quand il y a un président libéral universaliste ; ce sera un échec de la révolution dans les urnes bien intelligente qui pourrait avoir de graves conséquences. Je crois que le moment semble venu pour que les Abstentionnistes pensent à un vote intelligent qui serait refondateur de la République avec une droite et une gauche et sans manège à trois d’ultradroite car ce n’est pas la république ; en même temps, qu’approbateur des bonnes propositions par les gauches spécifiques car il y en a quelques unes quand même.

chb 30 janvier 2022 à 19 h 45 min

Critiquer le mandat Hollande, ça devrait pouvoir se faire, maintenant que le PS rejoint le PCF dans les profondeurs de l’impopularité.
Mais il faut aussi revenir sur Mitterrand, dont le virage de 83 a boosté la haute finance mais pas remis en cause une loyauté du PC devenue insupportable.
@ Moreau : construire un programme de gauche, je crois que c’est ce qu’ont fait les « insoumis » LFI, et ça leur a pris du temps. On verra s’ils passent le seuil de crédibilité, que les autres miettes de gauche ou « de gauche » n’ont pas atteint. Ils sont encore un peu timorés, à mon avis, sur la nocivité du système capitaliste guerrier. Ainsi, ils se sont contentés de s’abstenir dans le vote sur les accusations de génocide (portées sans preuve sinon via la CIA) contre la Chine. Et ils ne lèvent pas une tempête quand Macron évoque un renfort anti-russe en Roumanie, alors que les fake news officialisées s’enchaînent contre Moscou…

alain harrison 3 février 2022 à 21 h 27 min

«« Sur ces faits politiques, un véritable débat entre les forces de gauche, devant nos concitoyens et avec leur concours, n’a jamais réellement eu lieu. Or, il s’agit de questions essentielles pour leur présent, leur avenir, celui du pays et du monde. »»

««« n’a jamais réellement eu lieu »»»

Pire, aucune stratégie de passage du privé traditionnel à l’organisation économique coopérative (même Cuba n’y est parvenu), L’Argentine a connu une vague qui c’est perdu sur la plage capitaliste, le système bancaire oblige.

Être à la dernière mode (années 60) au clientélisme ( sur-consommation) et la déclinaison en start-up (alias l’individu-entrepreneur), comme quoi, le libéralisme ne cesse d’innover, la magie des mots. (l’émiettement d’un peuple)

Le Chili l’illustre bien.

Chili : Propositions pour la nouvelle Constitution
19 Janvier 2022, 20:12pm | Publié par Bolivar Infos
par Federica García

««« Alors, c’est presque une mode de proposer des règles pour la Constitution. Les réseaux sont saturés de messages disant : « Salut, je propose une règle constitutionnelle pour garantir que… aide-moi avec ta signature. »

Il ya déjà près de 65 000 propositions mais le plus dramatique, ce n’est pas la fragmentation et la compétition pour proposer la meilleure idée mais les thèmes qui sont proposés et qui ont déjà obtenu les signatures requises en un temps record.

On trouve parmi elles la défense d’un parc en particulier (que j’aime ou où je vis), le droit d’être fan d’une équipe sportive (oui, tel quel!) ou que le Constitution garantisse l’accès au cannabis. Et le pire, c’est que cette anarchie tellement narcissique se développe contre les thèmes qui sont vitaux pour le Chili comme la détermination de la propriété de l’eau, aujourd’hui privatisée sous toutes ses formes. »»»

Nous sommes au coeur de la condition humaine.

alain harrison 27 février 2022 à 1 h 37 min

Annie la croix-riz: les origines de la construction Européenne,

Que la gauche n’a fait de ses travaux ???

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