Une mise au pas… démocratique ?

le 5 juillet 2017

Tout ça pour ça ! De ce que l’on a pu saisir du fond du discours tenu par le Président de la République devant le Congrès, tout ce qui a été annoncé était attendu. A quoi bon se livrer à cet exercice, si ce n’est que pour confirmer au travers de propos stratosphériques la mise en sourdine radicale des contre-pouvoirs démocratiques ? La répétition annuelle de cette apologie de soi mâtinée d’une morale de précepteur est une très mauvaise nouvelle. Peut-être l’inspiration vient-elle des Etats-Unis, mais en jetant par-dessus bord les puissants contre-pouvoirs qui encadrent là-bas l’action du Président !

Au cours de cette trop longue logorrhée de généralités compressées, aucune mention n’a été faite du terreau qui a porté les débuts de ce nouveau cycle politique et qui sert maintenant à porter à incandescence tous les défauts de la cinquième République.

La crise de la politique permet de monter des marches supplémentaires dans l’escalier du présidentialisme et du pouvoir personnel. Par un concours de circonstances singulier le Président, n’ayant recueilli que le quart des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle et ne devant son élection qu’à la présence de l’extrême droite au second, n’a dépendu ni des partis, ni d’une majorité parlementaire composite qui permet, peu ou prou, la recherche de compromis dans la formation du gouvernement, de l’organisation du Parlement et des institutions. Le phénomène s’est accentué avec l’éviction des dirigeants du MODEM. La majorité et le gouvernement procèdent dès lors de lui et de lui seul. Cet homme seul et pour l’instant au fait de sa toute puissance, ne veut manifestement tirer aucune leçon des conditions de son élection.

La réforme constitutionnelle voulue par N. Sarkozy est ainsi utilisée pour répandre la sainte parole devant le Congrès, comme lors de « la séance du Roi en son parlement », d’usage sous l’Ancien régime. Il désigne lui-même le président du groupe parlementaire qui va le soutenir et s’empare des vice-présidences de l’Assemblée nationale. Le Président va désormais jusqu’à mandater une dizaine de ses conseillers à Matignon pour affirmer la subordination totale du premier ministre à sa personne.

Qu’il décide de ne pas se prêter à l’entretien télévisuel du 14 juillet n’est pas critiquable en soi, mais le justifier en affirmant, comme l’ont fait ses services, que « la pensée complexe du Président se prête mal au jeu des questions réponses des journalistes » relève d’un mépris raffiné. M. Macron se croit et se sent fort au point de balayer toute objection, toute opposition et… le pluralisme qui fait La France.

Une grande partie de la presse est si béate d’admiration qu’elle se permet de répandre ce surnom que s’est donné lui-même le Président : Jupiter ! Dans cette France qui bout de souffrances et d’attentes, d’aspirations non satisfaites et des fractures inégalitaires, user d’un pouvoir personnel renforcé pour répondre aux seules demandes des puissances d’argent et de l’industrie peut se retourner plus vite qu’on ne le pense ! L’homélie présidentielle ne donne aucun espoir de « mieux vivre » pour les millions de celles et ceux qui terminent le mois à dix euros près…

Sûrement faut-il retenir de ce discours, une fois enlevé le gras des poncifs, le tour de passe-passe sur « l’état d’urgence » qui rentrera camouflé dans la loi et l’annonce d’un violent coup de semonce institutionnel. Elle avait été faite pendant la campagne présidentielle. Elle est aujourd’hui confirmée : le vernis d’une proportionnelle « arrangée » cache la purge d’un tiers de ses membres du Parlement, qui restera cantonné à un rôle « d’évaluation et de contrôle », sorte de contrôleur de gestion sans pouvoir des décisions princières.

Pour justifier ce virage antiparlementaire, M. Macron n’a pas manqué d’entonner un long et larmoyant panégyrique de la haute administration, louée pour ses « compétences ». Nous assistons sans coup férir, sur le modèle de l’Union européenne, au triomphe de l’expertise contre la délibération populaire et démocratique, pour finir d’accorder les violons français au « la » de la mondialisation libérale.  Un parlementaire supprimé, c’est un « expert » de plus qui agira dans l’ombre des recommandations patronales et banquières !

Cette démocratie « exécutive », aux mains de ministères inféodés au pouvoir présidentiel, ouvre la voie à une « gouvernance » par réglementations et décrets. Et comme toujours dans ces moments bonapartistes, le référendum est invoqué pour mettre de l’huile dans les rouages d’un système qui risque de se gripper s’il continue à se prétendre « démocratique ». Au Premier ministre d’endosser ce rôle de super-technocrate au service du Président, comme l’a confirmé le discours de politique générale.

Macron a montré qu’il compte bien mener la guerre de position acharnée que réclame le capital au moment précis ou s’exacerbent ses contradictions, de telle sorte que des idées contraires aux intérêts du plus grand nombre puissent rayonner. La résistance doit s’organiser et elle ne le pourra que dans un large front unitaire du refus et de l’alternative. La Fête de L’Humanité en préparation est à la disposition de ce mouvement.

2 commentaires


Mme Costes colette 8 juillet 2017 à 9 h 16 min

Je suis entièrement d’accord avec vous.Je continuerai à lire l’Humanite et j’espère qu’elle dur

Durera encore longtemps!!

Colette Costes

alain harrison 13 juillet 2017 à 20 h 54 min

Bonjour.

Au sujet du site de l’Humanité, qu’est-ce qui se passe, J’ai fait le tour de quelques articles et n’y ai vue aucun commentaire ? De plus tous les commentaires que j’ai laissés, même il y a quelques jours, RIEN.
Que se passe -t-il ?

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