Le débat ne doit pas être dévié !

le 11 août 2016

AFP Photo / Sébastien Bozon

Qu’on le veuille ou non, une savante opération politique et médiatique a déplacé le débat sur les responsabilités liées aux attentats vers la religion. Tout aura été testé jusqu’à cette proposition du chef du gouvernement de faire financer les lieux de culte par les deniers publics. Décidément, si les progressistes et les démocrates relâchent un peu leur vigilance même le principe de laïcité pourrait être broyé sous les mâchoires de la machine à remonter le temps. Finalement, le pouvoir aura repris l’idée formulée par D. De Villepin, il y a une douzaine d’années, de la création d’une fondation des œuvres de l’Islam. Focaliser le débat sur le nom de celui qui serait pressenti pour la présider évite de parler du fond, notamment de ses missions. S’il s’agit une fois encore pour un pouvoir civil de créer une nouvelle « entité par en haut » cela ressemblerait une fois de plus à une immixtion dans les affaires des musulmans français. A juste titre, cela susciterait de la méfiance et de la réprobation. Ce type de rapport particulier entre l’Etat et l’Islam ressemble trop à l’héritage colonial. Cet enjeu doit être l’affaire des musulmans, dont certaines grandes voix appellent à une refondation en lien avec les évolutions des sociétés, des progrès scientifiques qui s’y développent, de la dignité et des droits humains. Ce n’est pas à l’Etat de dicter le contenu théologique de telle ou telle religion. Ajoutons, qu’à ne vouloir traiter les questions de cette façon on prend le risque, assumé sans retenue à droite et à l’extrême-droite, de désigner une religion à la vindicte publique, de diviser nos concitoyens, surtout ceux qui vivent déjà dans les lieux les plus frappés par les difficultés sociales, alors que nombre de jeunes qui commettent des attentats sur le sol européen, n’ont pas ou peu d’éducation religieuse. Ils se convertissent souvent à une lecture ancienne et approximative de l’islam au moment où ils se « radicalisent ». C’est comme si la religion était instrumentalisée à des fins de destruction. Rappelons encore que ce sont les musulmans eux-mêmes qui sont les premières victimes de ces abominables crimes de masse. Diriger les projecteurs sur cette seule question évite de faire un retour sur notre histoire de domination des pays du Proche et Moyen-Orient, de débattre d’une évaluation critique des interventions militaires en Afghanistan, en Irak, en Libye, puis en Syrie.

Les crises ne sont pas à dominante religieuse. Elles sont d’abord le résultat de logiques politiques et géostratégiques sans parler de guerres par groupes interposés entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, certes toujours expliquées aux populations à partir de la religion pour les rendre légitimes. Cette dernière ne sert que de paravent à la politique de force et de conquêtes, en permettant de jeter les populations les unes contre les autres.

En toute chose, il est indispensable de revenir à la politique et à la diplomatie.
C’est ce qui devrait conduire la France à saisir l’Organisation des Nations-Unies afin de placer la coalition militaire sous son autorité tout en l’accompagnant d’un intense travail de contacts diplomatiques, politiques, de pressions économiques lorsque c’est nécessaire, de l’arrêt de ventes d’armes aux puissances qui elles-mêmes arment en sous-main ceux que nous sommes censés combattre, d’assécher les réseaux de financement des entités terroristes et  de tenter d’apporter des soutiens aux forces démocratiques et progressistes.

D’un même mouvement, des projets de reconstruction devraient être mis en œuvre avec les forces sociales et politiques des pays du pourtour méditerranéen, afin de constituer un nouveau projet fondateur entre ces pays et l’Europe. Parallèlement, de profondes transformations sont nécessaires dans notre société et en Europe. Leurs contenus pourraient faire l’objet d’une grande conférence nationale sous l’égide du Président de la République. Composée du congrès du parlement, du comité économique social et environnemental, des représentants des syndicats, des associations et des religions, des partis politiques, des élus locaux, régionaux, des maires, elle pourrait être réunie aux alentours de la rentrée scolaire. Son ambition serait de rappeler avec solennité les principes fondamentaux de notre République et de se donner les moyens de les faire vivre réellement : le principe de laïcité, qui respecte toutes les croyances et ceux qui ne croient pas, l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de conscience comme droit imprescriptible du citoyen français. Le principe d’égalité de tous devant la loi, l’arrêt des pratiques discriminatoires de la police, de la justice, et des employeurs. Une telle conférence devrait mettre à son ordre du jour les moyens nouveaux à affecter à l’éducation et la formation, la culture, les sports, à la petite enfance, au logement et aux quartiers en difficulté, à la santé, aux associations. Elle lancerait un débat citoyen de plusieurs mois et devrait déboucher sur des actes qui forcément obligeraient à sortir des choix de restrictions des crédits publics. Bien au contraire, on s’apercevrait vite que pour s’en sortir, il faut dépenser plus pour les êtres humains, pour leur sécurité de vie conditions de la sécurité des biens et des personnes. Sans attendre, il serait utile de créer dans le maximum d’endroits des lieux ouverts de paroles, d’échanges, d’élaborations, d’actions, loin des conformismes ou des « guerres d’identité ».

La question d’ouvrir un processus de création d’un monde démocratique juste est à l’ordre du jour pour sortir de la situation lourde de dangers actuelle. Elle se pose à chacune, chacun d’entre nous. Elle sera au cœur des débats, des réflexions et des recherches dans la prochaine Fête de l’Humanité.

10 commentaires


Anonyme 12 août 2016 à 7 h 51 min

Enfin une proposition concrète et crédible qu’il faut absolument médiatisée, la faire circuler.

Lecoq armand 14 août 2016 à 9 h 27 min

Une analyse marxiste est indispensable pour s’y retrouver dans cette accélération du minage de notre société « civilisée » dans laquelle nous avons grandi (je suis né en 46 , et ai bénéficié de l’apport des bienfaits de la sécu et des services publics hérités de l’époque où l’influence du PCF a permis ces avancées de civilisation décisives, qui fondent aujourd’hui sous nos yeux!). Aujourd’hui ,les puissances capitalistes jouent toutes seules et s’unissent ou s’opposent au gré des intérêts financiers et de domination.
Dans ce texte, cette analyse est absente. Il faut quand même admettre que la disparition de forces de paix qu’imposait le « bloc socialiste » permet maintenant de faire jouer à l’OTAN le rôle barbare et destructeur que l’ONU n’est plus en capacité de modérer! L’attaque contre la Yougoslavie a suivi la disparition de l’URSS et a donné le signal d’un ère d’agressions tout azimut qui, par la frustation et l’absence de perspectives pour les peuples agressés ouvre en grand les vannes du recours aux intégrismes religieux les plus durs, source à laquelle les « paumés » , dans leur désarroi, viennent s’abreuver.
Il nous faut redoubler nos efforts pour faire naître cette volonté de paix universelle qui est de nos jours le défi, vital pour un avenir paisible et fraternel,auquel nous sommes confrontés. Le PCF, où je milite depuis mes 18 ans, s’honorerait de s’inscrire dans cette perspective.

Jean-Pierre 14 août 2016 à 10 h 25 min

Au fond c’était peut-être bien le but de la manoeuvre qui plaira certainement aux grands amis de M. Valls et Hollande, les émirs du Qatar et d’Arabie Saoudite : que la France, état laïque, finance une institution religieuse … qui manipule qui ? la France manipulerait cette institution ou ne serait-ce pas plutôt les dictatures du Golfe à qui l’on sert sur un plateau une institutionnalisation au dessus de la souveraineté seule légitime de nous, citoyens qui avons abattu notre propre monarchie – ceci après toutes les opérations en catimini, le soutien au front terroriste Al Nosra prôné par Fabius, les attaques contre la Syrie, qui font de la France et de DAESH des alliés objectifs …

Maxa 14 août 2016 à 14 h 23 min

Tout à fait juste.
Et c’est pourquoi je ne veux en aucun cas entendre parler de la moindre coopération, y compris ou surtout électorale, avec l’équipe au pouvoir (pour peu de temps, j’espère).
Je m’abonnerai à « L’Humanité » quand ce point sera définitivement clarifié.

chb 14 août 2016 à 15 h 35 min

Quelle mauvaise blague que de recourir à F Hollande (parjure, assassin au M-O et en Afrique, valet de l’OTAN, fossoyeur du social plutôt qu’ennemi de la finance, chantre d’un état policier, etc.) pour animer une « grande conférence » sur la refondation de cet instrument de domination des peuples qu’est l’Union Européenne.
Marx est systématiquement oublié, comme le déplore Lecoq Armand ci-dessus, et ça fait quelques années qu’on se désole de l’alignement du PCF sur la fausse gauche, mais là c’est le comble.
Au-delà de l’abonnement à votre certes historiquement vénérable publication, je ne voterai pour un candidat communiste que s’il coupe ce cordon mortifère avec le solférinisme – bientôt fasciste. Souvenons-nous qu’après 1936, il y a eu 39, 40, 41…

Le.Ché 15 août 2016 à 9 h 36 min

Une chose est claire Hollande n’a jamais été de Gauche ou la Gauche ne veut plus rien dire, il est clair que je ne r-voterait plus jamais Hollande, cet homme là n’a jamais été pour le peuple.

chb 31 août 2016 à 18 h 40 min

Paul C. Roberts, ancien journaliste et homme politique sous Reagan, a une analyse assez pertinente de ce que devient la gauche après la disparition de l’URSS.
Il constate que la gauche US tout en sachant que le gvt ment sur la situation économique, sur les guerres, sur les attentats etc, le laisse faire.
Et cela vaut pour la nôtre aussi.
Il écrit :
« J’offre à la gauche, ou au simulacre qui en reste, un espoir différent : faire confiance au pouvoir de la vérité. Ne défendez pas l’oppresseur, attaquez-le, et tandis que vous l’attaquez, votre puissance augmentera. Les gens ne sont pas idiots à jamais. Il vient un moment où leur situation personnelle contredit l’histoire qu’on leur sert. Mais s’il n’y a pas de direction, la conscience ne peut pas se transformer en révolte.
 » L’Occident a besoin d’un puissant mouvement de gauche ayant la force de contester les mensonges qui mènent le monde à une guerre d’extinction de la vie. Je préférerais une gauche réformiste à une gauche révolutionnaire, mais cela ne veut pas dire qu’une gauche révolutionnaire n’est pas préférable à ce qui existe aujourd’hui, qui est du néoconservatisme révolutionnaire sans l’opposition d’une force qui fasse contrepoids. »
Hollande a menti sur son ennemi la finance et sur la nécessité de casser le Droit duTravail, il a menti sur l’état d’urgence, il a menti sur l’origine des attaques chimiques en Syrie et sur ses alliés les « rebelles », il a menti aussi sur les attentats en France (le gvt voulait supprimer les vidéos sur le massacre de Nice !!?).
Et non seulement on risque de le garder à l’Elysée, mais la « gauche » va s’en contenter ?

alain harrison 16 août 2016 à 7 h 00 min

Bonjour.

Sur APTN, on nous gargarise avec les start up, l’agent individu entrepreneur et la fumeuse économie de partage que trimbale UBERX.
Sans parler de l’entreprise progressiste, et de la main mise sur le concept « coopérative ».

Le libéralisme va nous faire de belles promesses bidons, tout comme Trudeau l’image qui n’a pas tarder à revenir sur ses promesses. Tien une commission sur des élections proportionnelles. Proportionnelle (!) avec l’élection du premier ministre au suffrage universelle, lui conférant le pouvoir monarchique démocratique comme en France ?!

Le mouvement citoyenne travailleur doit voir claire, terminé les trapes à cons.
Et la gauche doit se mettre à l’écoute du peuple qui s’organise, terminé les vérités idéologiques. Le communisme a fait faillite point, avis au nostalgiques qui n’ont pas encore compris.
Ce sont des faits que le peuple attend, pas des promesses idéologiques avec un parcours politique alambiqué. Le communisme soviétique a fait faillite, tout comme le communisme chinois. L’un est devenu un système de familles oligarchiques né des débris militaro-politiques, une vraie mafia. Le peuple russe n’aura d’autres choix de la faire la vraie révolution.
Scénario similaire en Chine. Le peuple chinois n’aura d’autres choix que de faire la vraie révolution.
Le Chili d’Allende l’avait amorcé. Les US et les multinationales (mine Noranda….une canadienne celle-là) n’ont pas tarder à y mettre fin.
Le Peuple Venezuelien a dans sa constitution un instrument pour renverser le parti de droite et cela parfaitement dans la ligne du droit international qui reconnaît les constitutions des pays.

La France doit faire les 4 sorties, elle est liée à sa tradition, La France est liée historiquement à sa révolution. Elle est liée à la réparation de son colonialisme.
Et l’Allemagne est liée à la réparation de son colonialisme et les torts qu’elle à causer par deux fois en Europe, et en Afrique et au Moyen-Orient.
L’Angleterre a tellement causé de torts jusqu’en extrême-orient, et aujourd’hui elle continue avec son système de transaction financier à causer du tort à travers le monde, sauf que c’est son alter égo qui l’a remplacer dans ses abominations: les US, et maintenant son caniche: le Canada, le havre de paix des minières: la Noranda en a fait parti.

L’occident à cause de son mépris à renfrogner l’URSS et la CHINE qui ont perdu pied et son maintenant sous la coupe du capitalisme.

C’est l’organisation citoyenne travailleur montante qui est le moteur de l’auto-réveil.
Pas de concession, pas de pardon. Ils ont dépassé la ligne rouge, les exploiteurs (quelque soit le gabarit) et leur lobby continue son petit jeu. Ils vont faire des concessions pour nous désengager….ATTENTION

Un citoyen qui en a plein cul de leur jeu d’hypocrite et des dialectiques sans solutions.

Jaurès a dit……..Bien faut le faire. Et les 4 sorties seront le coup de massue.
Il n’est plus question d’attendre les conditions, c’est nous qui allons LES CONDITIONS dans toutes les actions que nous allons menés. Mais sachons faire les bonnes actions, celles qui sont rassembleuses: nette et claire.
Pouvons nous passer à autre chose qu’à des idées ambigües.
Et vous les communistes marxistes, trotskystes …. s.v.p. sortez de l’ archaïsme des slogans et des conflits dialectiques puériles. Nous ne sommes plus en 1917.
Maintenant il faut voir globalement et avoir des solutions cohérentes que tous peuvent voir.

La gauche doit s’entendre sur l’action et non sur des idées.

La répartition des médiats doit être l’un des enjeux électoraux……..

Lissa 21 août 2016 à 11 h 05 min

With the bases loaded you struck us out with that anrsew!

BOUDET Pierre 27 août 2016 à 11 h 15 min

Nous voyons bien que la volonté de la droite et de son extrême fasciste ainsi malheureusement que de la fausse gauche est de faire campagne sur ces problèmes religieux en proposant de fausses solutions, le devoir d’un état laïque est de n’intervenir en aucune façon dans la réglementation des religions qui doivent TOUTE demeurer dans la sphère privée.
Cette thématique choisie a pour but de diviser l’opinion publique et de fixer l’attention des citoyens sur un problème particulier afin de ne pas aborder ceux qui devraient normalement être développés pendant la campagne électorale, qui sont la source de toutes les dérives de la société :
Les discriminations, les ghettos, le pouvoir d’achat, le chômage, le logement, l’éducation, les transports, Etc …. tout ce qui fait que les citoyens quelle que soient l’origine, la religion, se sentent reconnus et respectés, que l’avenir de leurs enfants est pris en compte par la république, donnant son plein sens à sa devise : LIBERTE EGALITE FRATERNITE

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