L’Algérie écrit son histoire

le 20 mars 2019

L’Algérie, cratère du volcan colonial, foyer des mouvements d’indépendance et des luttes anti-impérialistes, vibre à nouveau de son impétueuse dignité. Le large mouvement de protestation contre un cinquième mandat de M. Bouteflika a réveillé une société fourmillante, bouillante, éduquée, désireuse de reprendre en main son destin. Les opérations d’enfumage pour l’étouffer ne prennent pas : ni les congés forcés des universités et encore moins l’ajournement des élections, synonyme de prolongation du mandat présidentiel, n’ont éteint une contestation qui irrigue l’ensemble du pays, au-delà des particularismes culturels.

Une société dont 45% de la population a moins de 25 ans ne peut évidemment se satisfaire ni d’un président momifié dans l’incapacité manifeste d’exercer son mandat, ni d’une gérontocratie qui grenouille et cherche, en treillis ou en civil, à s’affirmer comme alternative. La jeunesse populaire, qui s’assemble notamment chaque semaine dans des stades de football, véritables foyers de contestation, et celle des universités s’épaulent l’une l’autre. Mais c’est bien dans la profondeur de la société que le mouvement trouve sa force propulsive. Leurs ainés, qu’ils aient vécu la décennie noire, témoins et acteurs de la lutte de libération nationale, ont massivement rejoint le mouvement. La journée du vendredi 8 mars a été l’occasion de repousser les éléments réactionnaires en affirmant la place prépondérante des femmes. Les cortèges sont marqués par la discipline des participants, leur organisation, de remarquables actes de civisme comme le nettoyage des rues après chaque manifestation.

Cette mobilisation exemplaire prend appui sur les mouvements sociaux qui ont émaillé la dernière décennie. Innombrables, ils ont été passés sous silence en France alors qu’ils étaient chacun le signe avant-coureur d’une ébullition sociale et démocratique. Le caractère massif de cette révolte populaire a immédiatement permis de tenir à la marge les éléments violents et déstabilisateurs, et son caractère pacifique, attentivement entretenu, de conjurer le spectre de la violence policière. Nombreuses furent les scènes de fraternisation entre policiers et manifestants, transcendés par le fort sentiment que se jouait là le destin de tout un peuple.

D’aucuns observaient jusqu’ici l’Algérie avec fatalité, chacune des grandes puissances mondiales ayant intérêt, au nom d’une illusoire stabilité, à geler la situation d’un pays fort d’une des plus puissantes armées régionales et riche de colossales ressources pétrolières et gazières. Le patronat algérien et certains cercles du pouvoir ont exploité cette donne géopolitique pour maintenir un réseau de privilèges et entretenir la corruption. La plaie toujours vive de la décennie noire a également pu inhiber la société algérienne, toujours traversée par une propagande islamique dispensée à dose homéopathique.

C’est au fond par orgueil que le pouvoir algérien et avec lui le FLN ont péché. La victoire ô combien méritée et justifiée des mouvements de libération nationale n’a signifié, dans aucun pays, « une fin de l’histoire ». Partout, quand ils ont conservé le pouvoir, s’est posée la question de leur capacité à donner à leur société une nouvelle respiration démocratique, voire sociale. La libération, fut-elle nationale et arrachée avec vaillance contre l’infamie coloniale, est un processus continu qui interdit toute stagnation pour prétendre à l’émancipation. Sinon, les clans, la rente, l’arbitraire et les prébendes condamnent au final tout un peuple à la glaciation.

Paradoxalement, c’est grâce à la rente pétrolière et à quelques velléités progressistes que la société algérienne a connu, sous le règne de Bouteflika, quelques avancées significatives, loin cependant de répondre aux aspirations sociales et démocratiques de la jeunesse. La confiscation de la souveraineté populaire, le chômage et la pauvreté, la corruption ont créé une formidable demande de changement. Le pouvoir algérien est au pied du mur. Va-t-il  l’entendre et céder à ce que ce mouvement exprime de meilleur ? Il n’en a pas vraiment le choix, sauf au prix du déshonneur. Nous devons de toutes nos forces nous efforcer à contribuer à la réussite du processus engagé.

6 commentaires


Ridard 21 mars 2019 à 6 h 25 min

Les travailleurs  » euses  » doivent être solidaire du mouvement populaire Algérien. Nous avons une histoire commune d’émancipation populaire .

alain harrison 23 mars 2019 à 0 h 35 min

Bonjour.

Pendant ce temps là, la gauche française se déchire sur tout sujet, l’art de se couper l’herbe sous le pied.

À partager:

http://www.pardem.org/le-parti/campagnes/europeennes-2019/934-europeennes-2019-premieres-reunions-publiques

Succinct, droit au but, il intéresserait les G.J., dont certains regroupements veulent se présenter aux élections UE ?

Comprendre les mécanismes de l’UE, c’est lui dire NON

Bruneau Michèle 23 mars 2019 à 14 h 55 min

J’étais en Algérie ces 2 dernières semaines. Bravo pour ces marches pacifiques. Souhaite la réussite à cette volonté de démocratie.

alain harrison 26 mars 2019 à 4 h 31 min

Mais un autre problème semble bien pointer à l’horizon, la Chine et sa route de la soie, comment cela sera-t-il vécu par les peuples sur le chemin?

Un vaste développement qui bouleversera la Terre.

Cela se rajoute aux efforts des US pour assurer son indépendance énergétique, qui bouleverse des régions entières (gaz de schiste). En même temps bouleverser les économies de plusieurs pays émergents, comme le Vénézuéla.

L’Algérie souffre elle aussi de l’économie rentière du pétrole. Le déséquilibre Nord Sud est assuré pour de nombreuses années, Tout ce siècle ?

Assurons-nous de bien saisir les priorités et les solutions pertinentes.

Mais, sur quelle base, fondement, qui assurerait la réussite du défi que va subir les prochaines générations, si nous agissons trop tard ?

Sans la source du problème, aucun consensus n’est possible.

Quel est le sens des Révolutions ?

Quelle réponse, Jean Jaurès, apporterait-il ?

alain harrison 26 mars 2019 à 4 h 48 min

Les Algériens s’organisent dans l’informel, ce n’est pas de l’ANARCHISME à mon avis, mais plutôt une mouvance qui fraie son chemin à travers les peuples, un bouillonnement qui atteindra même la Chine, par effet dominos. Les Trump et Bolsonaro ne pourront tenir longtemps, un ou deux mandats. Maintenant, tous ou pratiquement tous pouvons voir le déroulement du système et qui est derrière, non pas des dieux de l’Olympe, mais des hommes qui cherchent à préserver et à augmenter leur privilège. Et cela au dépend de la Vie même.

Le consensus est le passage obligé.

Mais, si nous ne voulons pas retomber dans les vieux travers du passé, il faut s’attaquer au maillon faible: l’économie qui n’est devenue qu’une simple écriture comptable.
Mais faut commencer par le voir. Et la BANQUE ne cesse de nous le montrer.

L’Algérie, là on parle bien du soulèvement représentatif du Peuple, donc serait le premier pas, le premier véritable pas vers l’état démocratique ?
Ce qui redonnerait un regain au mouvement bolivarien.

Est-ce que la gauche française en saisira l’occasion ?

alain harrison 30 mars 2019 à 7 h 54 min

Quelle leçon tiré de trois événements mondiaux ?

La guerre multi contre le Vénézuéla
Le mouvement algérien
Le Brexit

Les Gilets Jaunes s’inscrivent dans la remise en question du système millénaire, qui a changé de nom et qui connaît une sophistication sans précédent: le système clonique néo-con-libéral-capitaliste sauvage.

Un, annulé ce gouvernement macron fantoche, il faudra des manifestations immenses et périodiques jusqu’au bout.
Deux, en plus de la Constituante Citoyenne, suspension des activités partisanes du gouvernement (une tutelle), et remplacement de la gouvernance par une ANC (voir Vénézuéla). En même temps, un audit de la dette citoyenne, l’expertise est là, il suffit de la mettre en route. En même temps ne pas faire l’erreur du Brexit. D’abord quitter l’UE, puis amorcer les réformes de l’UE avec une date buttoir (pas trop longue) pour la réalisation des exigences de changements vers une véritable Europe Sociale. Cela de façon progressive, mais systématique selon des priorités (partir du centre vers le périphériques) à effet bénéfique collatérale sur l’ensemble et facilitant la suite des changements vers la périphérie.
Qu’est-ce à dire ?
Pour changer l’UE, il faut remplacer chaque ITEM non démocratique par des ITEM démocratique.
Un exemple (mais il est crucial, et l’histoire le démontre parfaitement, un coup sorti de la croyance que l’économie qui nous est présentée est la seule possibilité):
l’ÉCONOMIE ACTUELLE.
Comment passer de l’économie actuelle au nouveau paradigme économique ?
D’abord comprendre la macro du système: un ensemble d’engrenage soutenant une théorie forgée par un groupe d’individus.
La théorie est basée sur des concepts mathématiques relevant de recherches scientifiques fondamentales comme les statistiques qui ont une grande utilité pour aborder la physique quantique par exemple.
Ce que je veux dire c’est que les mathématiques ont évolué grâce aux scientifiques pour comprendre les mécanismes fondamentaux de la nature. Comment dire ?
Il y a un phénomène exotique (non visible pour nos sens), des expériences sont amorcées en même temps que le langage mathématique approprié pour comprendre le phénomène: hypothèse, expérimentation puis théorie.
Tout ceci débouche sur une théorie basé sur des mathématiques prédictives entre autre.
Ceci est très précis, il faut suivre attentivement.
Il y a un phénomène exotique (non perceptible pour les sens), puis la science (activité d’observation et élaboration de la théorie basé sur le langage mathématique, sans lequel
aucune compréhension des dits phénomènes n’est possible en terme de langage usuel.
Que fait l’économie, elle s’accapare de certain pan du langage mathématique pour créer sa structure économique particulière. Mais ce langage est de l’ordre de la recherche sur des phénomènes qui n’ont rien à voir avec l’économie.
L’exemple le plus frappant est la robotisation des échanges financiers spéculatifs.
Question.
L’économie science ou fumisterie ?
Toute la question est de démontrer laquelle des réponses est vraie.
Les statistiques ont été un élément essentiel pour comprendre les phénomènes aléatoires quantiques décrit au début par le mouvement brownien (qui a sans doute encore son utilité à un certain niveau).
Une tentative de mettre en débat le système économie versus un nouveau paradigme économique.
Mais il y a une certitude (l’histoire nous l’indique) l’économie est la maillon faible de tout véritable changement: celui du passage de l’exploitation et ses dérives (dommages collatéraux ?) à la véritable coopération et le respect entre les hommes  » de bonnes volontés « .

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