La laïcité usurpée !

le 1 septembre 2016

L’invocation de la laïcité à tout propos, dans certains cercles, semble servir à inoculer un poison pour asphyxier l’une des lois fondatrices de la République. Dite de « séparation des églises et de l’Etat », elle est une loi de liberté. La puissance publique est en effet tenue au respect de toutes les consciences et garantit la liberté d’exercice de chacune d’entre elles. C’est la raison pour laquelle la séparation doit être stricte entre la puissance publique et les cultes quels qu’ils soient. Cette neutralité est autant la condition de l’exercice des cultes dans le respect et la sérénité que celle de la liberté de ne pas croire

Le Conseil d’Etat, en suspendant les arrêtés anti-burkini pris par quelques municipalités mêlant troubles à l’ordre public et laïcité, dit le droit et donc oppose la liberté qu’il incarne et défend aux interdits municipaux. Il inflige du même coup un camouflet à ceux qui pensaient pouvoir semer une coupable confusion à des fins politiciennes. Le Premier ministre et l’ancien Président de la République n’en ont cure et entendent poursuivre leur odieux parallèle entre une « mode », dont chacun pense ce qu’il veut, et les attentats du mois de juillet. Ils en prennent la responsabilité alors que le dangereux feu de la polémique autour des arrêtés anti-burkini a créé infiniment plus de troubles à l’ordre public que le vêtement incriminé, souvent absent des lieux où on prétendait l’interdire. Ils n’hésitent pas à contester la décision d’une cour suprême de justice et à planter des couteaux dans le cœur de la République, alors que leurs responsabilités commanderaient qu’ils l’incarnent. Ils préfèrent convoquer la laïcité pour camoufler un enjeu de basse politique. Grand tort aurait celui qui minorerait ceci. Ce n’est qu’en brouillant, en triturant, en salissant le concept de laïcité, qu’on dépêche des policiers municipaux chargés de surveiller la manière dont les femmes sont habillées ou non sur la plage, faisant de la France la risée du monde !  En procédant ainsi, on ouvre la voie au rejet du principe de laïcité ! C’est d’ailleurs le but. Ce dévoiement participe d’une ambition qui vise à faire de cet instrument de paix civile, qu’est la loi de 1905, un moyen de division.

La droite, au diapason de l’extrême droite, souhaite désormais légiférer pour contrer les principes du droit républicain ! C’est extrêmement grave. Pour ce faire, il faudrait changer la Constitution. Autrement dit, faire mourir le principe lui-même.

Il serait naïf de ne pas voir dans cette funeste entreprise un projet politique profondément réactionnaire pour empêcher une solidarisation populaire, par-delà les différentes confessions, croyances et cultures, sur les enjeux fondamentaux pour redresser et transformer ce monde vacillant.

La laïcité a partie liée avec le progressisme. Et le combat progressiste a besoin du principe de laïcité ! Ce n’est pas un hasard si la loi de 1905 a vu le jour au moment de l’émergence et de la structuration du mouvement socialiste en France. Les raisons en sont multiples. D’abord la laïcité garantit la liberté de conscience. Si cette liberté n’est pas exclusive du mouvement socialiste, elle en est constitutive. Ensuite, la laïcité plonge ses racines dans l’histoire révolutionnaire. La déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen stipule que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. ». La Commune de Paris proclame pour la première fois la séparation nette des Eglises et de l’Etat avant que la République ne fasse sienne cette grande ambition, sous la poussée du mouvement ouvrier et libre-penseur.

Car ce qui était vrai dans l’esprit de Jaurès l’est encore aujourd’hui : la laïcité est une condition de l’émergence d’une conscience de classe. Le principe de laïcité permet de fédérer, au-delà de leurs convictions religieuses ou philosophiques, tous ceux qui partagent le même intérêt fondamental. En dénaturant la laïcité, en larguant les amarres avec ses fondements progressistes, les réactionnaires de tous poils cherchent à gommer l’opposition entre le travail et le capital, à dédouaner les responsables de la crise en semant la division, en rendant irréversibles les fractures sociétales et communautaires contre lesquelles se sont patiemment construites des barrières au cœur de la société française.

La responsabilité de la gauche et, très au-delà, celle de tous les républicains, est engagée.

Bien loin de la lettre comme de l’esprit de la loi de 1905, des fractions importantes de la droite, avec l’extrême droite et le concours de M. Valls, veulent, au nom du principe de laïcité, « nettoyer » l’espace public civil de tout signe religieux de nos concitoyens de confession musulmane, afin que chacun d’entre eux porte  l’odieux stigmate du terrorisme fanatique et soit soumis à l’opprobre de l’opinion publique. La même infamie a été appliquée aux juifs en des temps sombres et pas si lointain.  Annonciateur d’affrontements au goût de guerre civile, ce projet rejoint l’objectif fondamental de Daech. Les uns et les autres se dressent contre l’émergence d’une véritable alternative progressiste.

Il convient donc le plus rapidement possible de remettre au centre du débat politique la situation et les attentes des classes populaires, du monde du travail et de la création. Rien ne nous apparait plus important que de les rassembler, de les fédérer pour ensemble construire la République sociale démocratique et écologique, dans une perspective progressiste et humaniste. Raison de plus pour s’attacher, sans relâche, à rechercher toutes les conditions de l’unité de toutes celles et ceux qui ont intérêt à la victoire d’une gauche alternative aux prochaines élections présidentielles et législatives afin de ne pas laisser la droite extrémisée et l’extrême-droite prendre les rênes de la France. Nous connaissons la difficulté de la tâche tant est grande la division des forces de progrès mais avons-nous le choix ?  La question sera largement en débat dans quelques jours à la Fête de l’Humanité. En toute liberté, chacune, chacun est invité à s’y exprimer avec son expérience, ses convictions et ses espoirs.

Que toutes celles et ceux qui ont à cœur de s’atteler à bâtir ce nouveau projet y participent avec leurs proches. Cela peut compter !

5 commentaires


Guillemin 2 septembre 2016 à 15 h 31 min

Mr le Hyaric
Votre plaidoyer est parfait pour un monde … parfait ! Sauf que la loi et la constitution à cette époque n’avaient pas a faire face à une idéologie politique qui, pour s’affirmer tue sans aucun état d’âme. Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler l’histoire de l’islam depuis l’avènement de l’hégire ! J’ose croire que vous la connaissez !

chb 2 septembre 2016 à 20 h 19 min

@ Guillemin : vous êtes bien pris dans la propagande et le système du bouc émissaire !
J’ose espérer que vous vous souviendrez des diverses guerres de religion entre bons chrétiens, des croisades, de la colonisation (spoliation, n’est-ce pas) accompagnée par les missionnaires du Vatican, des pages sanguinaires racistes etc. contenues dans les autres livres sacrés. Ainsi pourrez-vous peut-être cesser de stigmatiser l’islam, qui n’a pas malheureusement l’apanage de la violence.
En ce qui concerne le terrorisme « jihadiste » qui nous frappe à répétition ces derniers mois, veuillez ne pas en tenir pour responsables tous les arabes en bloc. Ceux-ci en sont d’abord victimes, par centaines de milliers (un paquet de fois Bataclan + Nice, donc). La connivence coupable de notre gouvernement avec les dictateurs riches et wahhabites n’est pas pour rien dans le chaos que subissent les syriens (chrétiens compris), sous la coupe de ceux dont Fabius disait « al Nosra fait du bon boulot ». Sans oublier les afghans, irakiens, iraniens, libyens, yéménites qui tous auraient quelques raisons de se venger de la France et de l’OTAN terroriste.
Enfin, lisez l’article de P LeHyaric plutôt que de bondir comme une puce (programmée) et d’étaler votre racisme de commande. On vous a obligé à regarder un burkini à la télé, ou quoi ?

Joad 2 septembre 2016 à 20 h 27 min

De quelle époque parlez vous ? Je vous conseille de regarder les sites d’histoire, la loi de 1905 a été très difficile à mettre en oeuvre lors de la IIIème république.

Guillemin 2 septembre 2016 à 15 h 43 min

Mr le Hyaric !
Votre plaidoyer est parfait pour un monde .. parfait ! A l’époque de la loi et de la constitution , la France n’avait pas a faire face à une idéologie politique qui, pour affirmer sa prédominance tue sans aucun état d’âme les mécréants, comme vous , comme moi . Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler l »histoire de l’islam depuis l’avènement de l’hégire. ..

Batya 3 septembre 2016 à 12 h 46 min

Bonjour
Désolée de vous dire que je ne partage pas votre point de vue
sur le burkini.Celui-ci est l’emblème d’une avancée de l’islamisme politique asservissant pour les femmes notamment et très dangereux.
C’est d’ailleurs ce qu’expliquent des personnes d’origine arabo musulmane comme Fatiha Daoudi , Djemila Benhabib, Mohamed Sifaoui, Latifa Benmansour…Ce sont des progressistes eux.Latifa Ben mansour, psychanaliste algérienne a notamment écrit :les mensonges des intégristes et l’ultra réactionnaire Tariq Ramadan lui a intenté un procès. Mais il semble que la gauche et l’extrême gauche
préfèrent Ramadan à toutes ces personnes que je viens de citer et qui connaissent parfaitemenr la stratégie des islamistes.Vous pratiquez le déni en traitant d’emblée ceux qui ne pensent pas comme vous de diffuser des rumeurs « nauséabondes » ou d’être « dégoûtants ».C’est dommage
En ce qui me concerne , je n’accepte pas ces provocations des islamistes après les attentats ,au pays d’olympe de Gouges, Louise Michel, Simone de Beauvoir.Et personne n’assimile islamistes à musulmans à commencer par ces derniers.
cordialement

une ancienne communiste

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