La démocratie contre le piège identitaire

le 29 septembre 2016

Les primaires de la droite donnent lieu à des scènes médiatiques aussi stupéfiantes que dangereuses.

Elles cachent l’unité profonde des candidats autour d’un programme économique et social d’une violence rarement égalée. Un projet de purge sociale d’une brutalité extrême qui se décline par un rabotage sur la dépense publique qui oscille entre 80 et 100 milliards d’euros, par la fin des trente-cinq heures et un « travailler plus pour gagner moins », l’allongement de l’âge de départ en retraite, le sabotage de la sécurité sociale, des offensives antisyndicales, une chasse aux chômeurs et aux pauvres, tous affublés du délicat qualificatif « d’assistés ». Ce ne sont ici que quelques exemples du coup de massue que veut assener l’ensemble des candidats de droite.

Tous s’accordent pour faire la poche aux travailleurs et accélérer le transfert de richesses du travail vers le capital. Ne les séparent que le ton et le temps laissé pour briser encore plus les fondements de notre société.

Ils ne promettent en substance que du sang et des larmes à une population déjà au bord de l’asphyxie sociale, comptant plus de 5 millions de chômeurs, avec l’explosion de la précarité. Pas de quoi faire bondir de joie le citoyen ou l’électeur, quand bien même celui-ci serait sensible aux thèses classiques de la droite ! Lui aussi est peu enthousiaste à ce qui lui est présenté, tandis que dans l’autre camp, ce dernier quinquennat aura largement contribué à entamer les espoirs en des jours meilleurs.

Le consensus des élites sur une prétendue « politique économique unique », dictée par les institutions internationales et européennes, pousse certains à se différencier en empruntant les bourbeux chemins de traverse de l’identité dans le but de construire un récit national falsifié, propre à séduire une base électorale déboussolée, dégoutée et sensibilisée aux thèses de l’extrême-droite.

Ainsi M. Sarkozy peut-il déclarer que «dès que l’on devient Français, nos ancêtres sont Gaulois». S’il s’agit évidemment d’une grossière provocation visant à extraire de la République nos concitoyens d’origines africaines et maghrébines et qui prolonge l’hystérie identitariste de l’été, c’est surtout une opération politique d’envergure visant à restaurer un discours national homogène, un récit cherchant à fédérer une partie de nos concitoyens sur des bases idéologiques, empruntées à la longue tradition réactionnaire et d’extrême-droite.

C’est là un signe extrêmement inquiétant de l’évolution du débat politique. Face aux impasses libérales qui ont produit un divorce profond entre les citoyens et ceux qui prétendent les représenter, certains cherchent à recréer une fiction nationale coulée dans le ciment, figée et édifiante, blanche et nationaliste. Cette démarche s’associe à des saillies verbales, essentiellement contre nos concitoyens de confession musulmane, visant à faire polémique et à créer des divisions mortifères.

Ce populisme de droite parcourt désormais le monde comme une étape nouvelle de la contre-révolution reaganienne. Elle vise à conquérir pour longtemps une nouvelle hégémonie politique et idéologique en tentant d’enfermer les citoyens dans une pensée régressive bouchant pour longtemps toute perspective de progrès humain et écologique. En Europe, ce national-populisme grignote des positions dans de nombreux pays, jusqu’à menacer de devenir majoritaire quand il ne l’est pas déjà dans certains pays de l’est du continent. Ce discours travaille en profondeur les sociétés pour tenter de flatter un peuple sonné par la violence du capital mondialisé et financiarisé. Son objectif fondamental est de construire une base idéologique pour créer des conditions durables à l’acceptation de cette situation jusqu’à discréditer l’action politique ou d’accréditer l’idée de son impuissance alors qu’elle sert précisément la caste contre l’immense majorité des populations. Des points ont été marqués dans ce sens. Ceci souligne l’urgence de ressusciter et de refonder la démocratie et non de lui passer sur le corps dans une démarche de type gaulliste ou bonapartiste. Seule une dynamique populaire, unitaire, pourrait offrir une perspective nouvelle d’émancipation et régénérer nos démocraties agonisantes.

L’enjeu du récit collectif à construire n’est pas anodin. Un nouvel élan démocratique pourrait permettre d’en écrire un nouveau qui, nourri par les travaux des historiens, puiserait dans ce que notre pays a su construire de meilleur, un récit ouvert aux cultures qui composent désormais la République. Il engloberait les luttes anticoloniales, les mouvements de libération nationale, les luttes sociales et politiques pour l’égalité, contre les dominations, pour la survie de la planète, pour le désarmement et la paix. National et internationaliste, il définirait les contours de ce que certains appellent une République cosmopolite, de pair avec une construction européenne refondée. Il porterait en son cœur un projet solidaire de développement des capacités humaines, dans le respect de la planète, mêlant dans un projet commun toutes celles et tous ceux qui la constituent.

Cette République-là prolongerait, dans les conditions de notre temps, le projet républicain à vocation universelle que nous ont légué les révolutionnaires de 1789 et 1793. Une République fondée sur une ambition d’égalité sociale, antiraciste, universaliste, démocratique et écologique.

7 commentaires


Aline Béziat 30 septembre 2016 à 9 h 58 min

Effectivement un nouveau processus démocratique impliquant le peuple, impliquant la dimension populaire, oblige à scruter ce qui ne va pas dans la Démocratie actuelle, mais aussi de voir que c’est la bourgeoise depuis 1789 qui a su la façonner pour garder ses privilèges et le maximum des Pouvoirs entre ses mains. C’est si vrai que depuis plus de 40 ans la Démocratie sociale n’a pas pu produire des avancées significatives pour le bien-être et le mieux-être de chacun. Il est temps de construire un autre monde mais sur des bases démocratiques inédites. La Démocratie interne du PCF est basée sur la Désignation par reconnaissance, certes elle a besoin d’innovations pour que la responsabilité et la reconnaissance de chaque adhérent soient prises en compte et à part entière. Mais pour l’heure nous sommes très très loin de la propagation de la Démocratie communiste, dans toutes les institutions, les entreprises etc. etc. Nous sommes dans une démocratie de la compétitivité électoraliste qui masque de fait la Démocratie de la Désignation par reconnaissance qui elle pourrait faire tache d’huile pour construire du commun et en commun si elle était mise en pleine lumière. C’est là et avec elle que se nichent les ressorts de l’unité du peuple, et du « tous ensemble ». Les associations fonctionnent sur le mode de la Désignation par reconnaissance, elles sont un immense support aux mouvements sociaux, et environnementaux, sans elles nous serions dans une misère noire.
Les historiens ne nous donneront pas les processus et les concepts innovants nécessaires à la transformation de la société. C’est au peuple d’écrire cette histoire-là. En fait il nous faut créer une Démocratie du peuple, par le peuple et pour le peuple. Cette Démocratie ne peut s’appeler que Démocratie communiste puisqu’elle construit en commun du commun et qu’elle est opposée à la Démocratie libérale. C’est bien en mettant en avant, l’utilisation de cette démocratie communiste, que nous pourrons tout construire autrement. Mais c’est en construisant dorénavant, dès à présent et en permanence avec tous ceux qui se sentent concernés par et pour la transformation sociale, économique et politique de l’ensemble de la société pour que cela puisse se faire, et pour que le mouvement populaire puisse lui aussi s’y impliquer à part entière. C’est en construisant du commun dès à présent que l’on fera reculer le défaitisme, la sinistrose, et la désespérance qui s’amalgame sur le constat que rien d’innovant ne peut se produire. Sans l’implication d’un peuple qui doit se politiser de plus en plus et en permanence, la Démocratie Libérale faite de compétitivités stériles, bâillonnera toujours le Peuple, celui des 99 % qui subit les diktats du capitalisme. Sans outils démocratiques adaptés aux besoins du peuple rien ne peut se construire pour la satisfaction de ses besoins. Cette démocratie libérale n’est qu’une démocratie du spectacle ou les électeurs n’ont à mettre qu’un bulletin dans l’urne, elle empêche toujours le peuple d’utiliser les outils de sa propre Démocratie pour tout construire autrement et ensemble. Si les communistes avec tous ceux qui ne sont pas anti-communiste construisent ensemble leur politique mais en utilisant les principes et les concepts de leur démocratie, ils pourront permettre ainsi au plus grand nombre de s’y impliquer, mais aussi à d’autres toujours de plus en plus nombreux d’en faire autant et dans toutes les échéances électorales à venir.

Pascal janots 30 septembre 2016 à 17 h 54 min

Etant un des insoumis, je partage à 95% les idées de votre billet.
Sauf la dernière phrase de l’avant avant dernier paragraphe.
Son ambiguïté feinte est malsaine.
Si vous estimez que Mélenchon dans sa prise de débat sur l’identité veut passer sur le corps de la démocratie à la manière de Bonaparte ou de De Gaulle, il faut le dire ouvertement et expliquer en quoi ce qu’il a dit à Boulogne pose problème.
Débattons stratégie et programme SVP. Ceux qui rejettent les droites et les sociaux libéraux y gagneront.
Bien entendons cette phrase ne pouvait concerner que Sarkozy. Le nommer encore une fois n’était alors pas inutile.

chb 1 octobre 2016 à 10 h 35 min

« Tous s’accordent pour faire la poche aux travailleurs et accélérer le transfert de richesses du travail vers le capital »
Ce « Tous », Patrick, devrait inclure bien sûr les faux-cialistes, Macron-Valls-etc., dont il est temps de se désolidariser nettement.
Ah oui, on peut mépriser les primaires de la droite, à l’évidence une mascarade, mise en scène entre quasi maffieux. Mais se contenter de cette critique tristement convenue sans bâtir un projet alternatif solide (avec incarnation thaumaturge pour l’Elysée ou pas), c’est du vent.
Car le transfert de richesses vers le capital, la répression et la  »justice » de classe, la  »démocratie » 49-3, la casse des droits sociaux, le soutien à l’apartheid contre les palestiniens, la complicité avec les guerres impérialistes de l’OTAN jusqu’à frôler l’atomisation du monde, l’oppression des migrants, tout cela fonctionne d’autant mieux que cela a lieu sous la bannière usurpée de la gauche.
Aucune construction démocratique n’est alors envisageable sans un éclaircissement préalable : non seulement le PCF est malade de son alignement plus ou moins ronchon sur tous les choix du PS depuis 83, mais en plus son effondrement et son presque silence sur tous les thèmes importants sape la crédibilité de toute opposition de gauche en France (et ailleurs).
Bon courage, les résistants !

Colombe 5 octobre 2016 à 11 h 40 min

Si ma mémoire est bonne ,Mélenchon a bien appelé a voter OUI au traité de Maastrich ?
Il est en partie responsable de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui.
Quand le PCF appelait a voter NON ,il mangeait du coco ,les traitant de ringards , étant contre l’Europe etc.. et aujourd’hui il donne des lecons . Gonflé

chb 18 octobre 2016 à 7 h 16 min

Colombe, je ne pensais pas à Mélenchon, mais effectivement il faut le mentionner : pourquoi donc ce beau parleur volontairement « solitaire » incarne-t-il médiatiquement un projet de gauche ? N’y aurait-il pas absence (et cacophonie) au PC (désincarné, inaudible) ? N’est-il pas resté anti-communiste, lui qui a phagocyté les forces militantes dans une vaine croisade contre le F’haine ?
Toujours est-il qu’il est seul à gauche à dénoncer clairement les guerres impérialistes, là où le NPA va dans le sens de la CIA. Et que sa présence au bon moment risque de le laisser représenter seul le peuple de gauche, tout en acceptant peut-être de prochains pièges du type Maastricht.

Eva MOUROT 3 octobre 2016 à 16 h 39 min

Cher Patrick,
Je partage complètement ce que tu viens de développer. Je suis d’accord en tant que communiste (j’ai ma carte depuis 1962, grande année pour moi). Cela fait donc 54 ans. Mais, je suis d’accord également en tant que « insoumise », car je pense que le programme de Jean-Luc Mélenchon correspond très bien à ce que tu viens de développer ; les différences, même si elles sont importantes, mais peu nombreuses, pourraient se départager par référendum. Je sais, ce n’est pas simple.
En ce qui concerne le Front de Gauche, je suis désolée mais même si le PCF l’utilise beaucoup (à des fins, pour moi, électorales), il n’existe plus puisque des 3 partis qui le composaient, il n’en reste plus qu’un et encore ! Donc, c’est bien dommage car, après les élections municipales qui ont vu de nombreux communistes quitter l’orientation de notre section (Reims) qui appelait à voter de nouveau socialiste (A.Hazan), pour créer une autre liste « Place au peuple », nous avons créé une Association : « Association citoyenne du Front de Gauche 51 » que ni la section, ni la Fédération du PCF Marne n’ont voulu reconnaître (sauf brièvement au moment des Régionales (encore, toujours, par intérêt électoral)..Après le résultat des Municipales, nous avions d’ailleurs fait d’autres propositions en tant que communistes (on était 19), qui ont été refusées.Du coup, notre association (déclarée en Préfecture) est en « stand by », si je peux m’exprimer ainsi. Nous avons des statuts qui rejoignent « l’Humain d’abord ». Enfin bref, c’est dommage toute cette situation.
J’espère que tu auras ce petit mot et n’hésite pas à répondre à mes remarques si tu l’estimes nécessaire.
Fraternellement.
Eva Mourot
Fraternellement.

alain harrison 9 octobre 2016 à 6 h 52 min

Bonjour.

La nationalite est lie au pays et sa culture forge a travers le temps, ce qui a exige d enorme sacrifice dans le passe. Touit ceci fait parti du proges a travers l histoire et la connaissance que nos ancetres avaient. Nous ne pouvons condamner legerement.
Mais aujourd hui, avec la vision d ensemble historique et des nouvelles connaissances acquises il y a peu, le liberalisme et sa philosophie du profit a court terme, presse par sa gloutonnerie, c est une aute affaire, condamnable celle-la.

Comment dire pour faire comprendre.
Dans le passe, nous etions comme des enfants irresponsables, ignorance des epoques oblige. Les premiers hommes etaient de purent ignorant du monde. On peut donc dire qu ils n avaient aucune responsabilite MORALE.

Mais en ce debut de siecle, nous sommes parfaitement conscient de nos mobiles ( nous en avons une connaissance claire), de leurs effets sur le monde. Ce qui veut dire que nous sommes non seulement responsable moralement de nos mobiles (de faire la guerre, de maintenir la pauvrete alors que nous avons les solutions a porter de mains..) mais aussi des responsabilite devant l HUMANITE et l EVOLUTION qui sonr d ordre de crime contre l humanite. Et le consumerisme tout azimut en fait partie.

L instrumentalisation, par le liberalisme, de la nationalite en l amalgament, avec les abus de langage, au populisme et d autes argutis , est en soi de la pure demagogie criminelle.

C est a nous citoyennes travailleurs de faire naitre notre propre pouvoir, en dehors des chemins rebattus et recuperes.

Mais comment…..

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