Eté de braises…

le 6 septembre 2019

Humanité Dimanche

L’été est toujours là qui s’étire sous d’ardents rayons de soleil. Il va nous accompagner durant les jours qui nous séparent de la fête de L’Humanité. Ce soleil de feu, « fabricant » de canicule, y sera comme depuis des mois l’un des sujets alimentant conversations et débats.

Pendant qu’une chaleur estivale inédite s’abattait, nos concitoyens auront vibré aux exploits de jeunes coureurs français du Tour de France, après avoir joyeusement soutenu l’équipe féminine de football. Julian Alaphilippe et Thibault Pineau leur ont rendu comme une fierté, comme en d’autres temps Jean Robic, Louison Bobet, Jacques Anquetil, Raymond Poulidor ou Bernard Hinault. Appelons ça le goût de l’audace et du dépassement. Sans oublier la célébration des exploits du jeune Colombien Egan Bernal, témoignant d’un fraternel sentiment internationaliste.

Loin, à l’opposé même, des propos belliqueux ressassés par Trump qui a profité de l’été pour accélérer la guerre économique au nom et au service du national capitalisme nord-Américain soutenu par une folle course aux armements menée partout, jusque dans l’espace.

Pendant ce temps, un ministre a été contraint à la démission après s’être pris les doigts dans les pinces d’un homard. Ses supérieurs, à commencer par le chef de l’Etat, ne tenaient pas à affronter un second été feuillet$onné par un scandale, à l’image de celui déclenché par un dénommé Alexandre Benalla.

C’est cependant une autre affaire autrement plus dramatique qui aura marqué et endeuillé notre été : celle qui a conduit le jeune Steve dans l’eau glacée de la Loire. Le débat sur le « maintien de l’ordre » en lieu et place de la sécurité publique est posé avec d’autant plus de force qu’il n’est désormais plus possible d’ignorer les violences policières, leur caractère trop souvent systématique et leur cortège de sévices. La conjugaison des déploiements policiers, des restrictions de liberté et de l’affaissement démocratique sert à protéger non pas les citoyens, comme tentent benoîtement de le faire croire nos dirigeants, mais les politiques antisociales.

Ce n’est pas du tout là un signe de force. La décapitation des droits sociaux et humains à l’arme lourde élargit le front de celles et de ceux qui contestent, non plus seulement les pouvoirs en place, mais le système. Le doute et les craintes grandissent jusque dans les milieux de la haute finance. N’est-il pas symptomatique que, du G7 à l’université du Medef, sans oublier les propos du Président de la République à l’assemblée de l’Organisation internationale du travail, les craintes face à la colère du peuple s’expriment au grand jour, tandis que la presse économique s’émeut de la probabilité d’une sévère récession ?

Evidemment, il s’agit toujours d’alerter les milieux d’affaires sur les risques qu’une nouvelle révolte populaire leur ferait encourir. Davantage, c’est la crainte qu’elle ne se transforme en force jetant les bases de l’invention d’un « post-capitalisme ». Les inégalités et les balafres faites aux êtres humains et aux territoires, le saccage et l’épuisement de la nature, s’invitent à toutes les tables des Conseils d’administration telles des sirènes hurlantes. Leur obsession est de trouver le moyen de rendre tout ceci acceptable et accepté par les victimes, sans remettre en cause leurs intérêts et leur domination. La nôtre est d’engager une bifurcation pour une politique de civilisation. Elle est d’engager un processus unitaire de mobilisation pour qu’enfin l’être humain et l’humanité, la mise en commun deviennent les critères de tout choix.

C’est le cœur de ce qui se discutera lors de la fête de L’Humanité, avec un enjeu qui dépasse désormais largement les forces militantes les plus engagées pour concerner la majorité des travailleurs, des jeunes comme des retraités. N’est-ce pas du reste ce qui s’est exprimé ces dernières semaines dans les luttes pour la justice, l’emploi, les services publics et les outils industriels, la démocratie ? Nous pensons aux gilets jaunes, aux salariés d’Arjowiggins, d’Ascoval, d’Alstom, de Conforama, aux travailleurs de Deliveroo, aux urgentistes, aux enseignants et bien d’autres encore. Sans oublier la signification des manifestations de paysans contre le traité de libre-échange avec Le Canada (Ceta) alors que se fomentait celui avec des pays d’Amérique Latine (Mercosur).

Ces traités sont devenus les marqueurs de ce système de la « concurrence libre » et… tout à fait faussée qui contribue à chambouler le climat, détruire la nature, nos usines, nos fermes et menacer la santé. Mais la réalité est là, évidente, angoissante : les rivières sont à sec, les champs grillés, fonte des glaciers, les feux de forêt ou les orages violents se succèdent alors que les nuits sont si chaudes, si étouffantes dans le béton de villes qui deviennent invivables.

Ces jours derniers, c’est L’ONU qui a montré que les modifications climatiques vont provoquer un déplacement de populations des pays du Sud d’une part équivalente à cinq fois la population française. Ce n’est donc pas en rejetant à la mer le réfugié d’aujourd’hui et de demain qu’on construit un monde commun.

Total respect à celles et ceux qui organisent des brigades pour chasser les détritus et particulièrement le plastique qui termine dans le ventre des poissons comme au maire de Langouet qui a eu le courage de défier de piètres autorités publiques qui osent les pourchasser pour avoir protégé la population et les enfants des épandages d’herbicides. La meilleure réponse consisterait sans doute en un mouvement des maires produisant des arrêtés similaires sur tout le territoire. De la même manière, combattre les méga-feux de forêt au Brésil et ailleurs devrait conduire à mener ici, avec constance et détermination, un combat pour obtenir un plan-protéine européen nous permettant d’être indépendants des importations de soja et de manioc. C’est parce que ce débouché est ouvert que les grands propriétaires terriens s’accaparent des terres pour ces cultures d’exportation favorisées, encouragées donc, par les traités de « libre-échange ». Là-bas, c’est toujours plus de paysans sans terres et ici toujours plus de funestes « fermes-industrielles » alimentées par ces importations aux coté de déserts ruraux et de fractures territoriales.

C’est d’une autre cohérence dont a besoin le monde, l’humanité souffrante et menacée. Cela se joue dans de nombreux combats pour le bien commun et la maîtrise publique, sociale, démocratique. Le pouvoir y met du charbon avec la privatisation d’Aéroports de Paris, d’Engie ou de La Française des jeux, comme avec le projet de contre-réforme des retraites.

Ainsi, la campagne unitaire pour obtenir un référendum sur la propriété d’Aéroport de Paris permet de rouvrir le débat sur la propriété des moyens de production et d’échanges comme sur les biens communs. L’action unie pour l’amélioration du système des retraites solidaires par répartition face au scélérat projet gouvernemental visant à individualiser des droits amaigris, qui répondrait aux appétits des assurances privées, est un enjeu de civilisation et anticapitaliste de haute importance. De même, l’offensive du grand patronat, des droites et du pouvoir, pour réduire les « dépenses publiques » doit être combattue avec acharnement à la veille de la préparation du budget de la nation. Derrière ces mots, c’est l’hôpital du coin qui est menacé, la poste, le commissariat ou la perception fermée, l’école amputée, la file d’attente qui s’allonge le samedi matin à la poste quand elle n’est pas fermée, la voie ferrée ou le pont non entretenu, devenus dangereux, la commune asphyxiée.

Au soir de cet été de braises, les débats doivent être favorisés. La fête de l’Humanité peut leur donner une nouvelle ampleur. Argumentés, ouverts, ils peuvent contribuer à des mobilisations, à de nouvelles réflexions pour aider les classes populaires à sortir de l’abstention, mais aussi à s’organiser afin d’orienter le désir de changements vers le progressisme et non sur la pente de la régression. La vulgarité, la violence antisociale, antihumaniste, anti-écologique et belliciste des Trump, Johnson, Erdogan, Salvini, Bolsonaro, Netanyahou, doivent faire réfléchir. Leur capacité à tromper ceux qui souffrent le plus aussi.

Quel plus bel endroit pour débattre et s’organiser, pour sortir de l’été de braises et défricher de nouveaux chemins d’humanité, que la fête de L’Humanité. Il reste quelques jours pour en élargir encore la participation.

2 commentaires


Moreau 6 septembre 2019 à 23 h 05 min

Il est très clair que si l’ensemble de la classe politique républicaine avait travaillé comme elle aurait dû travailler, il y aurait plus d’arbres et plus de fraîcheur et plus d’oxygène dans les villes. Moins de gigantisme et moins de bâtiments inutiles et plus de vert, c’était simple comme bonjour. Le contraire de l’individualisme désastreux, c’est l’universalisme ! Sans l’écologie universelle, point de salut !

alain harrison 10 septembre 2019 à 3 h 14 min

Bonjour.

«« à de nouvelles réflexions pour aider les classes populaires à sortir de l’abstention, mais aussi à s’organiser afin d’orienter le désir de changements vers le progressisme »»

sortir de l’abstention ???
Au contraire, plus d’abstention, l’état de droit et sa soi disant représentativité a fait faillite, l’abstention en est le miroir..
Le temps est venu de passer à la Constituante Citoyenne.

Le progressisme ???
La continuité modifié (quel artifice)

Ça va mal en Europe, quel est le diagnostique ?

La diaspora libérale, de Macron à Trump, en passant par Bolsonaro et la déclaration de Juncker: il n’y a pas de choix démocratique contre les traités européens.

Cette sentence dit bien ce qu’elle dit.
L’UE*, on y laisse sa peau (Grèce) ou on la casse (la Constituante)

* les 4 sorties sont liées

Je me servirai de cette dernière adresse à l’avenir.

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