Les Etats-Unis, si loin, si proches…

le 11 novembre 2020

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 12 novembre – par Patrick Le Hyaric.

La défaite, après tant de rebondissements, du satrape démagogique qui a occupé la Maison blanche ces quatre dernières années fut un immense soulagement. Immédiatement pondéré à la fois par la puissance du vote en sa faveur et le profil de son successeur démocrate, incarnation du pouvoir établi soutenu par les segments les plus voraces du capital dynamique et mondialisé.

L’absolue nécessité de mettre hors d’état de nuire M. Trump passait par le vote Biden. Et c’est sans état d’âme que les franges les plus à gauche du bloc démocrate, rangées derrière Bernie Sanders, se sont engagées dans la campagne. De ce bloc progressiste, conforté dans les urnes, viennent désormais tous les espoirs.

La fin des provocations racistes au sommet de l’Etat, le retour annoncé d’une conception multilatérale des relations internationales, la réintégration de l’UNESCO, de l‘Organisation mondiale de la santé ou de l’accord de Paris sur le climat sont autant de bonnes nouvelles, en attendant les actes. D’autres sont attendus des progressistes du monde entier, notamment la normalisation des relations avec Cuba, la Bolivie ou le Venezuela, la reprise des discussions avec l’Iran, la reconnaissance de la Palestine, conformément au dernier discours du vice-président d’Obama, la fin de la guerre froide avec la Chine, l’abandon du traité transatlantique (de commerce et d’investissement) et une modification de l’Organisation mondiale du commerce visant un commerce équitable.

Joe Biden aurait tort de vouloir jouer au président « normal » dont la seule qualité serait d’être l’antithèse de son prédécesseur. Nous savons d’expérience où mène pareille nonchalance… C’est au contraire en avançant résolument vers un nouveau système de santé efficace, et protecteur contre le Covid, et en renouant avec les classes populaires du pays qu’il pourra couper l‘herbe sous le pied du nationalisme et espérer recoudre un semblant d’unité.

Il a souvent été dit des Etats-Unis qu’ils préfiguraient la marche du monde occidental. L’observation s’est vérifiée à maintes reprises. Notre avenir serait-il donc scellé entre le capitalisme réactionnaire et le capitalisme à l’apparence débonnaire de la finance mondialisée ? Car les lignes de fracture qui traversent les Etats-Unis ne nous sont pas totalement étrangères. La résistance du trumpisme vient de loin, d’un parti républicain débordé par ses marges racistes et nationalistes dont le Tea Party fut l’expression. Un long travail idéologique et politique fut mené, appuyé sur une propagande numérique et médiatique d’envergure. Observons, en France, comment la démagogie populiste fraye semblable chemin, avec pour terreau les inégalités galopantes, la désindustrialisation et le mépris des citoyens.

Donald Trump a beau avoir enregistré ses meilleurs scores chez les plus riches, beaucoup d’ouvriers et de paysans ont voté pour lui. Joe Biden n’a été sauvé que par les banlieues populaires et ouvrières et la mobilisation de la jeunesse. Les clivages apparaissent d’abord générationnels. Ils sont ensuite spatiaux, avec un vote rural et intérieur à très forte coloration républicaine et un vote urbain et côtier foncièrement démocrate. A grands traits, le vote oppose les espaces intégrés à la mondialisation capitaliste et les espaces dépendant du capital national. Voilà qui rejoint peu ou prou l’analyse qui est faite chez nous d’une « France périphérique », celle des gilets jaunes, ou de l’opposition formulée par l’essayiste anglais David Goodhart entre les « Somewhere » (de quelque part), et les « Anywhere » (de n’importe où). Ces oppositions spatiales et culturelles tendent à opposer les classes populaires entre elles. Surtout quand des oppositions raciales viennent s’y ajouter. Le mouvement Black Lives Matter, fortement soutenu par les démocrates, n’aura pas empêché la progression du vote afro-américain en faveur de Trump. Voilà qui doit interroger. Ces oppositions qui épargnent le pouvoir du capital sont autant de pièges que devront déjouer les progressistes des Etats-Unis. Des pièges dont nous ne sommes pas, non plus, totalement à l’abri…

3 commentaires


Sochard-martot 16 novembre 2020 à 11 h 27 min

Nous ne devons pas laisser s’installer dans le monde un repli.
Il faut que les peuples réagissent et avancent pour améliorer les relations entre populations.
Savoir se respecter et soutenir les gens dans la détresse. Ras-le-bol des dictateurs.

alain harrison 19 novembre 2020 à 5 h 14 min

«« Ces oppositions qui épargnent le pouvoir du capital sont autant de pièges que devront déjouer les progressistes des Etats-Unis. Des pièges dont nous ne sommes pas, non plus, totalement à l’abri… »»

Trump vs Biden versus Le Pen et Macron.

C’est toujours, la peste ou le choléra.

Exploitation, guerre et pandémie.

Mais nous sommes piégés. Il faut nommer un chat un chat. Il est vrai que le déni prend différentes formes: l’espoir……. ne pas voir les solutions……. et succomber sous la paralysie.

alain harrison 29 novembre 2020 à 0 h 12 min

Je me souviens,est vital.

20 octobre 2020
49
Vous n’avez rien compris !

Bruno GUIGUE
Aucun gouvernement occidental n’a livré des armes aux terroristes en Syrie, le New York Times n’a jamais révélé l’opération Timber Sycamore, Fabius n’a jamais dit que le Front Al-Nosra faisait du « bon boulot », Lafarge n’a jamais collaboré avec Daech, Hilary Clinton n’a jamais écrit qu’elle voulait renverser Assad pour la sécurité d’Israël, l’OTAN n’a jamais créé le Kosovo avec des trafiquants d’organes, l’OTAN ne s’est jamais alliée aux islamistes pour éliminer Kadhafi, il n’y avait pas de djihadistes en Tchétchénie et ils n’ont commis aucun attentat, la France n’a accueilli aucun réfugié islamiste tchétchène, Al-Qaida est apparue par génération spontanée et cette organisation n’a jamais coopéré avec la CIA, Washington n’a jamais aidé les djihadistes en Afghanistan avant l’intervention soviétique, Brzesinski n’a jamais prôné la déstabilisation de la Russie par sa « ceinture verte », il n’a jamais dit aux combattants islamistes qu’ils étaient des « Freedom Fighters », la presse anglo-étasunienne n’a jamais fait l’éloge de Ben Laden, les Talibans n’ont jamais été reçus à Washington, Al-Baghdadi n’a jamais fondé Daech dans une prison des États-Unis, la « coalition » n’a jamais laissé Daech reprendre Palmyre, le Congrès mondial ouïghour n’est pas financé par Washington, il n’y a jamais eu de terroristes au Xinjiang, et les Ouïghours d’Idlib sont des touristes.
Le Grand Soir

C’est le Continuum implacable….

Crime contre l’Humanité, l’ultime retour des barbares.

Un article que tous devraient consulter, pour comprendre la marche actuelle des conflits, des divisions.

Mais, il faut expliquer que nous avons des outils puissants pour contrer le Système. Cesser ces incessants compromis que la gauche faussé entretient. C’est aux citoyens d’ouvrir les yeux.

Marx a dénoncé le Système, comment il fonctionne et prévu où nous en sommes.

Jaurès nous montre la solution:
Pour Jean Jaurès, la révolution socialiste n’est concevable que dans le cadre de la légalité démocratique, c’est-à-dire par une conquête graduelle et légale par le prolétariat des institutions parlementaires et de la puissance de la production.

Il semble que cette sentence n’a pas été comprise:

Répétez un mensonge suffisamment et il deviendra vérité.
Comment expliquer ?
La mémoire est notre référence. Et de quoi est rempli notre mémoire ?

Mais si nous répétons des vérités suffisamment, peut-être que les gens se réveilleront ?
La population Française se rappellera-t’elle des dernières élections et la suite des décisions politiques de Macron ?

Malheureusement, la classe moyenne est subjuguée par les gadgets technos et ses promesses, et en plus des peurs économiques (son pouvoir d’achat) finement entretenu (le jeu économique en Yo Yo), la peur pandémie (peur réelle de mourir) ouvre la porte aux nouveaux pouvoirs de la Big farma et des GAFA comme joueur décisif du choix de nos vies (quand et où, combien….).Mais en définitive, c’est le pouvoir de la richesse individuelle qui aura le haut du pavé et les politiques conséquentes des jeux sont faits.

N’avons-nous pas des outils, et quel cadre serait adéquat ?

Il semble que le Pérou (un énième mouvement) montre la Voie:

Pérou : Pourquoi les protestations continuent
19 Novembre 2020, 18:28pm | Publié par Bolivar Infos

En plus de la justice pour les jeunes morts pendant les protestations, beaucoup de gens exigent une réforme de la police, des modifications de l’immunité parlementaire et une réforme de la Constitution politique du Pérou.
…………
« Nous, nous allons marcher non pour Vizcarra, non pour Merino, mais pour une Constitution. Changer cette Constitution faite par la dictature grâce à un processus constituant, en écoutant les voix des plus exclus et rompre avec cette politique traditionnelle, rétrograde et usurpatrice, » a déclaré Huaranga à Radio Exitosa.

Le Peuple prend conscience de la vérité du système (tromperie).

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