Discours d’inauguration du Village du Monde

le 17 septembre 2019

Fête de l’Humanité – 12 septembre 2019

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les représentants des Etats, des journaux et des organisations progressistes du monde entier

Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

Bienvenue à cette 84ème édition de la fête de la fête de l’Humanité dans cet espace dédié au dialogue et au débat entre les peuples du monde. 

Merci à vous d’honorer ce rendez-vous si précieux qui vise à consolider les liens qui nous unissent par delà les pays et les continents, par delà nos langues, nos coutumes et nos singularités. 

Des liens forgés au fil d’une formidable histoire qui n’a pas dit son dernier mot, celle de l’internationalisme bâti aux cours des deux derniers siècles entre les organisations ouvrières, progressistes, socialistes et communistes qui ont essaimé dans chaque recoin du globe.

Un internationalisme qui vise comme l’écrivait Jean Jaurès, l’illustre fondateur de notre journal,  à « réconcilier tous les peuples par l’universelle justice sociale ». « Alors vraiment, mais seulement alors, précisait-il, il y aura une humanité réfléchissant à son unité supérieure dans la diversité vivante des nations amies et libres. »

Alors que l’égoïsme des nations rivales s’affirme partout, nos journaux, l’Humanité chaque jour, l’Humanité Dimanche chaque semaine et notre site internet, font entendre une toute autre voix, celle de la solidarité, des luttes mondiales pour la paix, la démocratie, la justice sociale et environnementale.

Ces combats mis bout à bout forment la cohérence d’un monde de fraternité qu’il nous tarde de voir accoucher et pour lequel nous œuvrons inlassablement. 

Nos journaux vont vivre la voix des peuples du monde, loin des regards ethno-centrés ; font entendre la complexité des points de vue, à rebours des facilités répandues qui masquent souvent mal le sentiment de supériorité occidental. Ils refusent de suivre les injonctions diplomatiques pour faire vivre une voix indépendante, solidaire, combattive. 

Je tiens devant vous à remercier les journalistes des services internationaux de L’Humanité qui sont chacune, chacun, des ambassadeurs de nos titres, des journalistes aussi méticuleux dans leur travail qu’engagés à faire vivre la solidarité internationaliste.

Que vive est se développe des journaux comme les nôtres, que vive avec eux la fête que nous organisons chaque année, est un enjeu qui dépasse le cadre de nos lecteurs, amis et sympathisants. Je sais combien dans vos pays respectifs l’Humanité est lue, observée, attendue pour mener, avec sa spécificité de journal, les grands combats qui sont devant chacun d’entre nous. 

Permettez-moi tout d’abord d’avoir avec vous une pensée pour un ami, un camarade cher à nos cœurs, cher au cœur de millions d’africains qui nous a quittés il y a quelques semaines, Amath Dansoko. Le Mandela sénégalais comme on l’appelait là-bas, personnage central de la vie politique sénégalaise, dirigeant communiste et homme d’Etat, aura consacré son existence à la défense des intérêts de son peuple. Amath était un visiteur régulier de la fête de l’Humanité où il s’attachait à nouer des liens avec les militants communistes français et les organisations sœurs de nombreux pays. C’est avec émotion que nous célébrons aujourd’hui son souvenir en saluant l’ensemble de ses camarades du Parti de l’indépendance et du travail du Sénégal. 

Chers amis, 

Nous sommes, en quelque sorte, rattrapés par notre ambition internationaliste. Le capitalisme s’est depuis plusieurs décennies globalisé, fixant les enjeux de son dépassement à un niveau mondial.

Son emprise s’accélère à une vitesse inédite, et avec elle les désordres, les inégalités, les injustices.

Les entreprises transnationales d’une puissance de frappe supérieure à bien des Etats, dont les fameux ogres numériques à base nord américaine, répondent aujourd’hui d’un impérialisme économique violent et destructeur, adossé à des puissances étatiques dont la principale, les Etats-Unis, redouble d’ardeur, sous la présidence de M. Trump, dans sa volonté hégémonique. 

Le capitalisme est entré dans une nouvelle phase de son développement, qui génère de nouvelles contradictions. Il porte plus que jamais en lui la nuée qui menace de se transformer en orage. 

Financiarisé à l’extrême, profitant des paradis fiscaux qui pullulent pour voler les richesses produites par le travail, il ne veut plus répondre d’aucun des compromis que les peuples, avec et grâce à nos organisations respectives, étaient parvenus à lui imposer.

Dans sa folle dynamique, il saccage absolument tout, jusqu’à désormais menacer les conditions d’existence mêmes de notre commune humanité.

Les puissances rivales se réengagent dans une course frénétique aux armements, dont l’armement nucléaire, et les Etats-Unis poussent à l’escalade en sortant unilatéralement des traités qui encadraient depuis la guerre froide leur production.

Dans un même mouvement, la biodiversité s’effondre, le réchauffement climatique s’abat sur la planète, ses glaciers  se décomposent et provoquent une montée spectaculaire des eaux, les villes deviennent suffocantes, et les forêts s’exposent aux flammes destructrices. Ce sont désormais des cyclones d’une intensité toujours plus forte qui ravagent des pays entiers. Le dernier Dorian, a littéralement dévasté l’archipel des Bahamas avant de menacer la Caroline du Sud.  Et ce sont toujours les populations les plus fragiles qui subissent les terribles conséquences de ces phénomènes directement liés au réchauffement climatique. 2500 personnes sont à l’heure actuelle ont portées disparues aux Bahamas. Notre solidarité à leur égard est total et nous saluons les équipes de Secours Populaire français et des  autres associations humanitaire qui se ont immédiatement déployées sur place. 

En arrière plan s’étend la nébuleuse des extrême droites coalisées, accélérant la course aux armements comme le saccage de notre environnement, amplifiant partout la double exploitation de l’homme et de la nature.

Additionnées ces menaces n’en forment qu’une qui pèse sur la possibilité que se réalise un jour l’humanité. 

Face à l’urgence de la situation et l’extrême gravité des périls, il est vain de vouloir prioriser nos combats. J’ai la conviction qu’il faut, avec nos organisations respectives, les mener tous de front, lier le combat pour la paix à celui pour la dignité humaine, le combat pour la justice sociale au combat pour la justice environnementale.  

Karl Marx écrivait dans le Capital, je le cite, que « chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses ressources durables de fertilité ».

Oui, nous l’affirmons, la lutte pour la défense de notre environnement et contre le réchauffement climatique est indissociablement lutte pour libérer les individus de l’emprise du capital, pour libérer les travailleurs de leur asservissement.

Lutter efficacement contre le réchauffement climatique, c’est mettre cet enjeu au cœur de nos réflexions, de nos actions pour la justice sociale, c’est démontrer dans nos actes que justice sociale et environnementale sont indissociablement liées, s’est faire surgir la dimension de clase des injustices environnementales et des effets du réchauffement climatique. 

Observons comment la jeunesse du monde s’empare de la lutte contre le réchauffement climatique, multipliant les initiatives qui, peu à peu, l’une après l’autre, interrogent les modes de productions et d’échanges, jusqu’à mettre en procès le capitalisme lui même.

Ici même, hier, une grande marche réunissant de nombreux collectifs, de nombreux jeunes, a déferlé dans les allées de la fête pour appeler au respect des conclusions de l’accord de Paris et des recommandations du GIEC.

Non, il n’y aura pas de lutte sérieuse contre le réchauffement climatique sans solidarité internationaliste des peuples. 

Il n’y aura pas de lutte conséquente contre le réchauffement climatique sans transferts de technologies des pays riches vers les pays les plus pauvres, des anciennes puissances colonisatrices vers les anciens pays colonisés, pour qu’ils puissent assurer souverainement leur développement sans être contraints à recourir massivement à la combustion des énergies fossiles.

Il est urgent et nécessaire de conjurer la menace en exigeant collectivement que les sommes colossales englouties par le surarmement soient utilisées pour assurer la transition énergétique et écologique. C’est nécessaire, c’est vital ! 

Chers amis, chers camarades,

Les traditions politiques et philosophiques qui nous unissent aujourd’hui comme chaque jour dans nos causes communes, font face à l’offensive mondiale des extrêmes-droites et des obscurantismes fanatiques.

Pas un continent n’est aujourd’hui épargné par  la contagion infectieuse des idées nationalistes, xénophobes et inégalitaires qui s‘enracinent dans le terreau des inégalités sociales et des mutilations démocratiques.  

Les puissances d’argent s’accommodent évidemment partout de cette tendance nouvelle, pariant parfois sur leur développement pour conserver leurs privilèges.  

La vieille Europe inquiète. Chaque année qui passe confirme la virulence du virus nationaliste, et chaque scrutin l’implantation des forces d’extrême-droite qui gouvernent désormais des puissances majeures du continent. Les résultats des dernières élections locales en Allemagne qui ont vu ressurgir les monstres du passé sonnent comme un dernier avertissement.

Malgré leurs contradictions, les forces d’extrême-droite discutent, s’entre-aident, construisent un projet politique appuyé par une frange toujours plus large des classes possédantes, appuyée par un redoutable appareil médiatique. 

Nous ne pouvons plus aujourd’hui laisser le venin néo fasciste s’emparer des classes populaires, de la jeunesse, paralyser ainsi l’ensemble de la société et condamner la perspective d’une unité populaire. 

C’est à la riposte que l’actualité nous oblige, chacune, chacun, individuellement et collectivement.

Une riposte contre tous les actes et propos racistes ou antisémites ; une riposte contre le nationalisme qui pervertit l’idée même de nation ; une riposte pour promouvoir l’égalité entre les êtres humains, entre les femmes et les hommes ; Une riposte pour fédérer le monde du travail et de la création, unir les forces sociales qui œuvrent au dépassement du capitalisme.  

Mais nous l’affirmons : le combat contre les extrêmes droites et obscurantismes ne pourra faire l’économie d’un combat résolu contre ses causes.  

Elles trouvent leur force propulsive dans le désarroi général que le capital en marche provoque en broyant les existences, en bloquant les perspectives politiques, en humiliant les peuples.

Cette offensive ne tombe pas du ciel. Elle s’appuie sur des structures et institutions que le capital s’est taillé sur mesure, au premier rang desquelles l’Union européenne telle qu’elle a été ficelée par les traités de Maastricht et de Lisbonne.

Mettant toute son énergie à imposer de violentes cures d’austérité dans tous les pays pour préserver les intérêts du capital, refusant la délibération démocratique des peuples qui la compose, instillant la concurrence entre nations et rejetant violemment toute forme de propriété sociale ou de service public, elle porte en elle la violence qui s’exprime dans toutes les sociétés européennes.

Cette construction européenne n’est au fond que l’expression des intérêts conjugués des classes possédantes de chacun des états qui composent l’Union, une machine à dépasser leurs contradictions pour garantir l’hégémonie des doctrines libérales les plus bornées. 

Il y a pourtant urgence à dépasser cette funeste construction oligarchique pour fonder une Union des peuples et des nations libres, souverains et associés, mettant en partage leurs savoirs, leurs potentiels industriels, leur capacité d’accueil des réfugiés. Une union promouvant avec les peuples du monde des accords commerciaux coopératifs et égalitaires, indexés non pas sur le taux de profit des multinationales mais sur l’emploi, le travail, les salaires, la défense de l’environnement, les droits sociaux, l’éducation et la formation. 

Oui la lutte contre les droites extrêmes et les obscurantismes est une urgente obligation.

Elle l’est ici comme elle l’est en Amérique latine où l’impérialisme américain n’hésite plus à renouer, comme il ya cinquante ans, avec les pires forces factieuses pour continuer de plier les peuples du continent  à son emprise, en Colombie où le fragile accord de paix a été déchiré par le nouveau président Ivan Duqué et où les progressistes et militants syndicaux sont à nouveaux pourchassés et assassinés. Au Brésil bien sûr qui vit des heures sombres, où on brûle la forêt comme on jette libertés et droits sociaux au feu.

Cette fête de l’Humanité avec ses dizaines de milliers de participants s’affirme comme un puissant maillon de la chaine internationale de solidarité pour libérer notre camarade Lula. 

Avec vous, nous crions, nous crierons : Lula livre !

Oui, libérez Lula pour libérer le peuple brésilien du sinistre Bolsonaro, nostalgique du fascisme et vulgaire provocateur ; pour libérer l’Amazonie des griffes de l’agro-business et de la bourgeoisie compradore, pour donner aux paysans sans terre, aux habitants des favelas l’avenir auquel ils ont droit.

Nous sommes fiers et honorés d’offrir avec cette fête de l’Humanité une puissante caisse de résonnance à ce combat décisif en accueillant cet après midi notre amie Dilma Roussef, la présidente du Brésil renversée par un complot mafieux, par l’alliance d’une justice corrompue et des intérêts des grands groupes capitalistes sous férule nord américaine.

Non l’Amérique latine n’est pas à vendre et ses peuples résistent avec vaillance à la contre offensive impérialiste. Ils résistent au Venezuela que d’aucun jurait perdu, mais dont le peuple refuse de tourner la page de la révolution bolivarienne et de s’offrir à l’oligarchie locale. 

Ils résistent à Cuba, cette vaillante île dont nous célébrons cette année les 60 ans de la libération. 60 ans de combats internationalistes, 60 années de résistance du David des Caraïbes face au Goliath nord-américain. Cuba qui continue d’écrire son histoire à l’encre du socialisme, de l’impertinence, du courage,  et continue de faire vivre, dans tout le continent sud américain, la voix de la paix et du dialogue, de l’écologie comme du droit à l’éducation, à la santé, à la culture. Nous sommes honorés d’accueillir parmi nous celui qui fut son ministre de la culture, dans un pays qui en regorge, pendant plus d‘une décennie, notre ami Abel Prieto. Et avec lui, avec vous, nous exigeons la fin de l’infâme blocus qui pèse toujours sur Cuba alors que M. Trump en promet un nouveau, plus dur, plus violent qui viserait à étouffer littéralement le peuple cubain et sa souveraineté.

Oui l’offensive des extrême-droite est une plaie mondiale qui trouve des ramifications jusqu’au Proche-Orient où le gouvernement israélien s’enfonce chaque jour dans la compromission avec l’obscurantisme, le suprématisme et le racisme. 

La manière dont le silence fut entretenu durant tout l’été en France sur les nombreux raids meurtriers des forces israéliennes à Gaza et en Cisjordanie nous fait honte.

Ce silence est une carte blanche laissée à M. Netanyahu pour amplifier l’ignoble colonisation des terres palestiniennes l’expropriation des paysans et habitants, espérant mettre un terme définitif à une solution à deux Etats en voulant annexer désormais le tiers de la Cisjordanie en la purgeant de sa population.

Les quelques officines qui exercent un chantage à l’antisémitisme sans relâche sur nos journaux et sur notre fête en raison de leur soutien à la cause palestinienne, devraient se faire modeste et rougir de honte. 

C’est bien M. Netanyahou qui pactise avec les évangélistes millénaristes et nord américains qui rêvent d’une terre sans juifs, avec les gouvernements européens, dont celui de M. Orban en Hongrie, portés par un antisémitisme viscéral qu’ils continuent de prodiguer à haute dose dans leur société, avec les monarchies théocratiques et islamistes du Golfe. 

Nous l’affirmons ici, l’ami des juifs comme des arabes, des israéliens comme des palestiniens c’est la paix, la seule paix adossée au droit international. 

Une inaccessible paix tant que continueront à croupir dans les geôles israéliennes les milliers de prisonniers politiques palestiniens, tant que notre ami Marwan Barghouti restera embastillé.

Nous avons l’honneur d’accueillir parmi nous M. Walid Assaf, Président de la commission de résistance contre la colonisation et le mur de séparation. Soyez assurés, M. le Ministre de notre totale et irréductible engagement aux cotés de votre peuple. 

Chers amis, 

Au cœur des actuelles contradictions s’affirment de nouvelles voix, de nouveau choix. Ces contradictions sont autant d’interstices dans lesquelles s’écrivent l’histoire, se cimentent les luttes. 

Les puissances capitalistes occidentales redoublent d’agressivité à mesure qu’est contestée leur hégémonie. Les peuples du monde aspirent partout à décider souverainement de leur destin, à un monde multipolaire dont l’Assemblée générale des Nations Unies forme l’embryon.

Ce sont ces peuples et ces nations qui ont approuvé il y a deux ans le Traité visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète, signé par 133 états. Ils tracent ainsi un chemin d’humanité alors que les braises du conflit entre l’Inde et les Pakistan, deux puissances nucléaires, reprennent feu, alors que l’Iran est poussé par l’incurie diplomatique des pays occidentaux à renouer avec l’enrichissement d’uranium au-delà des limites fixées et adoptées à Vienne il ya quatre ans. 

Dans ce monde nouveau est observé, jalousé, contesté l’incroyable développement de la Chine qui a produit des efforts surhumains pour permettre à plus d’un milliard d’êtres humains de sortir en quelques années de la grande pauvreté.

Oui la Chine est indispensable à l’existence d’un monde multipolaire, à un équilibre des forces gage de paix et de stabilité mondiale. Elle trace sa route en relevant de nombreux et colossaux défis, dont celui de la transition écologique d’un modèle de développement unique. 

Si des débats, des désaccords parfois, peuvent voir le jour, ils ne sauraient gommer l’estime pour un peuple qui a su vaillamment tourner la page de plusieurs siècles d’humiliation par les puissances occidentales. Nous sommes très attentifs au projet de route de la soie et vigilants à ce qu’il soit l’indispensable projet de coopération, respectueux de l’environnement et des peuples souverains dont le monde a besoin et que nous appelons de nos vœux.

Chers amis, chers camarades, 

Dans les désordres du monde, les plus fragiles, les plus vulnérables, les plus exploités font l’objet de toutes les humiliations et vexations. Ce sont ces exilés qui parcourent le globe, poussés par la seule et invincible volonté de vivre et qui, pour une infime minorité d’entre eux, demandent refuge à des pays européens qui tournent le dos aux principes moraux et politiques les plus élémentaires.

L’ONU prévoit le déplacement de 280 millions d’êtres humains liés à la montée des eaux d’ici quelques années si rien n’est fait pour conjurer le réchauffement climatique. A ceux là s’ajoutent les millions de déplacés par les guerres de proie atroces qui ravagent les pays africains comme le Proche et Moyen-Orient

Les démagogues de France et de toute l’Europe jouent sur les manipulations et les peurs au sujet des migrants.

Le cas du continent africain est éclairant à ce sujet. Les causes principales qui poussent des familles ou des jeunes sur les routes de l’exil sont connues : conflits, dictatures, chômage et absence de perspective. 

Mais savez-vous qu’il n’y a pas plus de migrations en Afrique que dans le reste du monde ? La migration touche moins de 3 % de la population du continent. Et l’immense majorité, plus de 90 % des migrants africains reste en Afrique ! Voilà la réalité située bien loin des idées reçues !

L’Afrique est un continent qui est confronté à des défis immenses bien sûr, mais qui bouge, qui lutte avec de formidables atouts, à commencer par sa jeunesse. 

C’est elle qui bouscule les scénarios établis, comme en Algérie ou au Soudan. Qui aurait pu croire il y a quelques mois encore que Bouteflika seraient démis par leurs peuples ? Que le peuple algérien se fédérerait au-delà de ses particularismes, de ses divisions entretenues, pour ébranler un système de pouvoir jugé confiscatoire ? Oui nous saluons de cette fête de l’Humanité le peuple algérien et toutes les forces démocratiques qui concourent à écrire les nouvelles pages d’un peuple vaillant, libre, déterminé à faire vivre la justice sociale et l’égalité. 

Nous saluons le peuple soudanais parvenu à s’extirper des griffes de son dictateur sanguinaire et soutenons de toutes nos forces son aspiration à la liberté. Cette si fragile aspiration au moment où le pouvoir militaire cherche avec l’appui des monarchies du Golfe à rejouer la partie.  

Ces deux événements majeurs sont le signe d’une profonde aspiration à gagner des espaces de liberté, de démocratie et de droits en Afrique, des jeunesses africaine à prendre la main sur leur destin. Les dictateurs peuvent s’en inquiéter et les progressistes se solidariser pour chasser les autocrates au Togo, au Cameroun, en Côte d’ivoire au Tchad, au Congo ou à Djibouti… 

A ce propos, permettez-moi de  faire un salut fraternel à notre ami et camarade Mohamed Kadamy, ici présent, leader du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie à Djibouti, réfugié politique en France depuis deux décennies. Il a été mis en examen ici même le 13 février dernier, à la demande des autorités Djiboutiennes. Pour d’obscures raisons, les autorités françaises seraient tentées de livrer un opposant, protégé par le statut de réfugié politique. Ce serait un insupportable coup porté aux droits humains et au statut de réfugié. Notre solidarité doit s’amplifier avec Mohamed Kadamy pour le protéger face à un régime dictatorial. 

Chers amis,

L’Afrique est au carrefour de l’impérialisme mondial et victime du libre-échange imposé à marche forcée. Les fameux Accords de Partenariats Economiques mis en place par l’Union européenne vont fragiliser toujours plus les économies locales, laissant libre court à la loi du plus fort.

Il faut faire face à ce chaos libéral qui déstructure les sociétés africaines, et qui impose un modèle économique cruel, de pillage du sol et du sous-sol, de prédation des ressources et d’exploitation des hommes. Il favorise la pauvreté, les inégalités et amplifie les maux que nous connaissons ici, et qui en Afrique s’en trouvent démultipliés, avec la destruction des écosystèmes, de la biodiversité, et des niveaux de pollutions jamais atteints. Dorénavant, sur le continent africain on meurt davantage des conséquences de la pollution de l’air que de la faim.

Le chaos libéral vient nourrir un terreau favorable aux conflits et aux déstabilisations. Il est le terrain de jeu des multiples entrepreneurs de la violence qui essaiment, de la Centrafrique à la République Démocratique du Congo, de la Libye au Golfe de Guinée.

Le Sahel en est le symptôme le plus évident. Après la guerre destructrice contre la Libye, l’intervention militaire française comme seule réponse au Mali et dans la sous-région tourne à l’échec. Certes, la présence militaire vise une domination politique et donc économique. Mais à quel prix ! Le Mali se fragilise de plus en plus, le Burkina est dans la tourmente. 

Il apparaît évident que l’opération Barkhane ne peut être la solution. Des voix diverses et de plus en plus nombreuses s’élèvent pour demander de créer les conditions du départ de la présence militaire française. Les solutions sont ailleurs, singulièrement dans la réponse aux immenses défis sociaux, économiques, environnementaux.

Oui, les pays de la bande sahélienne ont besoin de sécurité. Il faut pour cela sécuriser la vie, mettre en place une protection sociale solidaire et un système de retraites adaptés aux réalités africaines, un nouveau modèle agricole, lutter contre l’évasion fiscale, développer des services publics, développer des industries qui bénéficient du transfert de technologies pour pouvoir répondre aux immenses besoins des populations.

Pour que les pays et les peuples africains aient les moyens concrets d’atteindre ces objectifs il s’agit, ici comme là-bas, de mettre en œuvre des logiques de coopérations radicalement différentes à celles qui prévalent aujourd’hui.

Chers amis, chers camarades

Je crois, à travers ces quelques mots, avoir tracé avec vous de nouveaux chemins d’humanité. Les enjeux soulevés sont nombreux, colossaux, inquiétants. Mais dans ses contradictions, le moment fait naître de nouveaux terrains de batailles et ouvre de nouveaux possibles. Ils s’ouvrent aux Etats-Unis avec de nouvelles forces démocratiques, ils s’ouvrent au Maghreb,  en Afrique.

Ils s‘ouvrent par le dialogue qui s‘instaure au sein de l’assemblée générale des Nations-Unies, cette conquête décisive qui doit être protégée malgré ses failles et insuffisances. 

C’est à l’indépassable unité populaire dans nos pays respectifs qu’il nous faut œuvrer face à la prédation oligarchique, aux prébendes actionnariales, aux désastres environnementaux.

C’est par le combat universel pour la liberté et la justice sociale, pour l’égalité que se fraieront les nouveaux chemins d’humanité.

C’est par la solidarisation patiente des travailleurs du monde entier que s’évanouiront les divisons instillées par le grand patronat et les forces d’argent.

Nous formulons le vœu que cette fête de l’Humanité puisse permettre de raffermir vos liens, nos liens pour qu’ensemble, nous pussions œuvrer à l’émergence du monde de justice, de paix, de fraternité qu’attendent de si nombreux peuples de notre commune humanité.

Je vous remercie de votre attention. 

2 commentaires


alain harrison 17 septembre 2019 à 22 h 58 min

Bonjour.

«« Cette construction européenne n’est au fond que l’expression des intérêts conjugués des classes possédantes de chacun des états qui composent l’Union, une machine à dépasser leurs contradictions pour garantir l’hégémonie des doctrines libérales les plus bornées.

Il y a pourtant urgence à dépasser cette funeste construction oligarchique pour fonder une Union des peuples et des nations libres, souverains et associés, mettant en partage leurs savoirs, leurs potentiels industriels, leur capacité d’accueil des réfugiés. Une union promouvant avec les peuples du monde des accords commerciaux coopératifs et égalitaires, indexés non pas sur le taux de profit des multinationales mais sur l’emploi, le travail, les salaires, la défense de l’environnement, les droits sociaux, l’éducation et la formation.

Oui la lutte contre les droites extrêmes et les obscurantismes est une urgente obligation. »»

Une urgente obligation.
À n’en pas douter.

Comment faire ce revirement ? Concrètement.

M. Mélenchon a-t-il été invité ofifciellement ?

Moreau 18 septembre 2019 à 0 h 02 min

De nombreuses phrases valant un inventaire sérieux et quasiment un programme sérieux, une excellente citation de Jean Jaurès : « réconcilier tous les peuples par l’universelle justice sociale » ; mais il que le communisme apporte la définition du millésime 2019 de l’universelle justice sociale qui ne peut répondre aux besoins et aux attentes de moyens que si elle comprend :
1) Des marchandises sociales pour tous à la fois sobres et adéquates et de qualité,
2) Le social provenant de la vie économique et de la redistribution,
3) Le social provenant de services publics déployés autant que possible jusqu’à proximité des Habitants,
4) Le social provenant de l’associatif libre culturel, utile, et sportif.

C’est le progrès tant espéré, tant attendu, de lire dès les premières phrases : « réconcilier tous les peuples par l’universelle justice sociale (de 2019). C’est un véritable inventaire et programme partageable et partagé, sérieux. Le communisme républicain universaliste enfin !

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