Derrière l’affaire BNP Paribas

le 10 juillet 2014

BNP

La condamnation par la justice Nord Américaine de l’une des plus importantes banques française – BNP Paribas – mérite qu’on s’y attarde un peu plus.

 

Elle nous renseigne sur les volontés hégémoniques persistantes dans les classes dirigeantes nord-américaines. Elle fait suite à leurs multiples dispositifs protectionnistes, quand leurs sociétés multinationales multiplient les rachats d’entreprises européennes et à l’espionnage généralisé auquel se livrent leurs services secrets.

 

Mais elle nous renseigne aussi sur la manière dont les dirigeants et les institutions européennes et françaises courbent l’échine face à l’impérium.

 

Il ne s’agit pas ici de défendre la stratégie bancaire et financière de BNP Paribas qui dans l’actuel système capitaliste financier, favorise l’évasion fiscale ou alimente les paradis fiscaux. Il est question d’alerter sur une stratégie multiforme et très agressive des dirigeants des Etats-Unis – policière, militaire, financière, monétaire – au moment où se discute dans le plus grand secret deux traités internationaux qui concernent nos vies quotidiennes : le projet de traité transatlantique et le traité sur les services ( baptisé TISA) incluant notamment les services financiers.

 

Parallèlement, les Etats-Unis négocient un troisième traité dit traité transpacifique avec les pays asiatiques excluant la Chine.

 

Alors que les USA connaissent depuis des années la prétendue violation de leur embargo par BNP Paribas, ce n’est que maintenant qu’ils condamnent la banque à payer 6,5 milliards d’euros soit l’équivalent de ses bénéfices de l’année et lui interdisent  de commercer en dollar pour les échanges de gaz et de pétrole.

 

Elle est accusée d’avoir violé l’embargo qu’a décrété l’administration nord-américaine sur l’Iran, la Birmanie, Cuba, et le Soudan.

 

Notons que l’embargo contre Cuba a été plusieurs fois condamné par l’assemblée générale des Nations Unies.

 

D’autre banques européennes, comme Commerzbank, Deutsche bank, Unicrédit, Crédit Agricole, Standard Chartered, Société Générale pourraient tomber sous le coup de condamnations similaires.

 

Ainsi,  une banque française ou européenne, qui selon le droit français ou européen peut sans entrave participer à des échanges commerciaux avec n’importe quel pays, peut être désormais poursuivie et condamnée par l’administration et la justice nord-américaine au motif qu’elle contrevient aux règles édictées par la politique extérieure des Etats-Unis et qu’elle utilise la monnaie nord-américaine pour les échanges.

 

Alors que  les Etats-Unis font tout pour que le dollar soit la « monnaie mondiale » pour les transactions, contrairement au droit international, ils veulent faire appliquer leurs embargos par tous les pays. Peut-être considèrent-ils que les territoires où circule le dollar leur appartiennent ? Ils veulent que leur souveraineté monétaire s’étende à chaque parcelle et micro-parcelle de la planète. Autrement dit les classes dirigeantes nord-américaines souhaitent que leurs règles deviennent les lois internationales au détriment de celles de l’ONU et ôter toute souveraineté monétaire à quelque pays ou groupe de pays que ce soit.

 

Le principe de libre-circulation des capitaux, ce dogme intangible des acteurs du capitalisme ne vaudrait donc que pour ceux qui le professent. Quelle contradiction !

 

Ceci d’inscrit dans la nouvelle stratégie agressive des USA vis-à-vis de l’Union européenne après le déclenchement de la crise financière née chez eux à l’été 2008. Ils font tout, au cœur de cette crise qui n’en finit pas, pour conserver et renforcer la suprématie du dollar et pour reprendre en main le système financier international.

 

D’ailleurs le traité transatlantique aurait pour conséquence d’affaiblir tout projet de construction européenne, et pourrait conduire à l’extinction de la monnaie européenne*.

 

Le dollar est utilisé de plus en plus comme une monnaie commune mondiale. Les Etats Unis s’en servent comme un instrument de politique étrangère, une arme de guerre économique et un outil de remodelage géopolitique au service de leurs intérêts au moment même où ils se trouvent de plus en plus en difficulté face aux pays dit « émergeants » et à leurs multiples échecs guerriers.

 

Dans le cas de Cuba ou du Soudan, il est certain que ces pays auraient été asphyxiés si la BNP Paribas, n’avait pas été l’un des rouages des échanges, en lien souvent d’ailleurs avec des entreprises chinoises.

 

On est abasourdi par le silence du gouvernement français et des autorités européennes.

 

Rien n’est dit, rien n’est fait pour que soient respectées l’indépendance nationale et la souveraineté  populaire. Cette affaire devrait conduire à faire grandir parmi les populations la nécessité d’une monnaie commune mondiale d’échange, pour une autre mondialisation et le besoin de transformer profondément les institutions financières internationales et celles du commerce mondial.

 

Elle devrait  servir à une réflexion nouvelle sur le rôle des banques au service d’un monde de progrès social et humain.

 

Ceci passe urgemment par des législations européennes et mondiales contre la corruption financière, la fraude et l’évasion fiscale, avec la fermeture de tous les paradis fiscaux.

 

Beaucoup mérite donc d’être fait pour informer sur les enjeux cruciaux que dissimule l’affaire BNP Paribas tout comme  sur la nature et les conséquences du traité transatlantique et celui sur les services. L’élargissement de l’action  pour la solidarisation citoyenne européenne et mondiale en faveur d’un autre monde, est à ce prix.

 

* Voir le livre Traité transatlantique : Dracula contre les peuples par Patrick Le Hyaric

13 commentaires


colombe 10 juillet 2014 à 11 h 34 min

Un programme comme celui du Conseil National de la Résistance,pour le « PS » d’aujourd’hui,se serait un programme d’extreme gauche,alors qu’il était social démocrate,et qu’il s’acharne a démanteler tout comme la droite par des contre réformes a répétitions.
C’est dire le grand bon en arrière que le « PS » a fait.

Van bervesseles 10 juillet 2014 à 11 h 42 min

Je ne partage pas tout à fait cette analyse : la Bnp n’est pas allée à CUba ou au SOudan pour secourir ces pays , mais bien pour faire un maximum de profit financier sur des produits bancaires adaptes aux risques lies à la situation politique des ces pays ! Par conséquent , le jugement us démontre aussi que – contrairement aux affirmations des dirigeants du monde , on peut condamner une banque à payer de lourdes amendes : c’est une contradiction importante du capitalisme mondialise qu’il me semblerait utile d’utiliser politiquement . Jcvb

Le.ché 11 juillet 2014 à 15 h 43 min

Les ÉTATS-UNIS ont raison de condamner la BNP, si on considère que se sont eux les maitres du monde et je pense qu’ils se prennent pour les maitres du monde, alors ils ont raison. Je propose de rejoindre l’association financière des BRICS.

Ivan 10 juillet 2014 à 12 h 07 min

En fait c’est la succursale BNP aux USA qui est visée là, si la BNP avait directement fait ses trasactions sans passer par sa succursale US, aurait-elle été condamnée ? Ça veut dire aussi qu’il faut maintenat faire les transactions en monnaies locales des uns et des autres. Le problème de l’embargo se pose de même pour Alstom qui fournit une centrale électrique à Cuba, et donc pour les pièces détachées, va y avoir problème.
Par ailleurs Patrick évoque, à juste titre « l’indépendance nationale et la souveraineté populaire » il serait quand même appréciable que le PCF s’en réclame un peu plus ouvertement, et d’une façon offensive, sinon, c’est la hyène qui s’en empare et dévoie ce concept.

JP 10 juillet 2014 à 12 h 10 min

Mais n’y a-t-il pas un tribunal pour juger aussi la cession d’Alsthom et la dilapidation de l’industrie stratégique nationale au profit d’une puissance étrangère ?

Cela étant dit , comme il est dit ci-dessus , cette mesure prouve qu’il est facile , si l’on en a la volonté , de taxer les profits et pour un état , de les accaparer .

La BNP na-t-elle quitter les USA suite à cette attaque ?

Et puis , les USA qui décident tantôt de pénétrer un pays sans lui demander son avis , tantôt d’y interdire l’accès aux autres pays pratiquent-ils le « libre »-échange , ou alors que signifie libre-échange ?

A noter : une amie partant enseigner un an aux USA a dû s’acquitter de 1300€ de visa et chaque passage , dans cette ambassade où règne une véritable psychose , coûte pas moins de 120€ !!
Rappelons-nous les récits hallucinés sur le KGB …

pellizzoni 10 juillet 2014 à 13 h 22 min

la France est manipulée par les etats unis et d’autres pays sans réaction efficace de la part de nos dirigeants, c’est pour cela que les citoyens en ont marre et n’ont plus confiance aux partis de droite et aux socialistes

RABOTOT Robert 10 juillet 2014 à 14 h 58 min

Je n’ai aucune envie de défendre la B N P et les banques en général mais cette attitude des américains s’arrogeant le droit de donner des ordres a une banque étrangère et pourquoi pas demain a des États est inadmissible et le gouvernement français aurait été bien inspiré de réagir…….mais on ne se fâche pas avec: « les amis »Le capitalisme et la finance ont de beaux jours devant eux si les peuples n’interviennent pas.

breteau jean claude 10 juillet 2014 à 15 h 30 min

Des élu-e-s de notre pays font parti d’organismes de pression organisés par et pour l’impérialisme US ,comme pour ne citer qu’eux ,E Guigou (ps)et J F Copé (ump) .Ils trahissent sans vergogne notre pays et sont à la manœuvre pour favoriser les visées guerrières » des trusts nord américains ,ils soutiennent le traité transatlantique mortifére pour la France comme l’Europe .Nous le savons c’est tout ce qui fait de notre république qui est attaqué ,les normes sociales et environnementales comme nos services publics qui seront privatisés .Ces traitres sont -ils » inatégnables » ,alors que leur attitude devrait étre dénoncée et condamnée ,mis au ban des accusés et déchus du droit d ‘etre représentants du peuple .Qu’attendons nous pour dénoncer ces renégats ,donnons -nous comme objectif d’assainir la vie public ,nous n’avons pas besoin de ces personnages ,qui paradent pourtant dans les média ,ou ils ont évidemment micros ouverts ,pour représenter l’étranger

Canelle 10 juillet 2014 à 15 h 53 min

Au fait, l’analyse détaillée sur la BNP d’Olivier Berruyer du site « les-crises.fr » est salué par Mr Paul Jorion sur son propre blog.
Mais il me semble que mon commentaire de 14 h 29 restera en « attente de modération », comme d’habitude. Il ne faut surtout pas mettre de grains de sables dans les rouages d’un parti politique, et ce quelqu’en soit la couleur !
Ne me reste qu’à faire suivre toutes ces précieuses informations à tous mes contacts pour leur faire découvrir quelques réalités….. !

DOMART Jean-Marc 10 juillet 2014 à 20 h 00 min

Le problème est bien de la volonté hégémonique des Etats-Unis, car comment expliquer que la justice US condamne une banque pour des raisons essentiellement politiques. Et ces braves économistes qui veulent nous faire croire que l’économique domine le politique. Pas quand c’est les USA! Et si nous allions mettre en procès, par exemple la Chase Manhattan Bank ou l’Union Banking corporation du grand-papa de G.W. Bush pour leur collaboration avec le 3ème Reich? Ou Ford et IBM? L’économie détermine certes la politique, mais la politique US domine l’économie d’autres pays et par là leur politique. Curieusement, personne des médias n’a parlé des billets AMGOT dans les poches des soldats US débarquant en 1944. Quant aux socialistes, c’est synonyme d’atlantistes, on se souvient de la guerre de Corée et leur soumission aux intérêts US depuis l’après 2ème guerre mondiale (accords Blum-Byrnes, création de CGT-FO en 1948 avec Irving Brown…), certains d’entre eux ayant d’ailleurs à faire oublier leur attitude des années précédentes (10 juillet 1940, notamment) grâce à l’anti-communisme…

Thomas Yves 11 juillet 2014 à 12 h 15 min

Cela va rappeler des souvenirs à Albert Frère . Proche de la BNP, L’ami du Fouquet’s ex actionnaire de Quick. Cela va lui rappeler la banque Drexel Burnham Lambert … Mickael Milken … Les save and Loan.

t.y

Canelle 11 juillet 2014 à 16 h 31 min

Mon commentaire de 14 h 29 est toujours en attente de modération et je sais qu’il le restera ! Comme je l’ai dit plus bas, j’ai fait suivre l’intégralité de cette actualité, avec ce billet bien évidemment, mais aussi une capture d’écran de mon commentaire qui remettait juste les pendules à l’heure. Tout comme l’a fait le Président du Collectif Urgence Darfour, Mr Jacky Mamou
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1220956-affaire-bnp-et-si-la-banque-n-etait-pas-la-victime-que-l-on-pretend.html

Etant donné que ce site sélectionne ses commentaires, et ne laisse donc pas la liberté de parole, ne souffrant d’aucune contradiction, je me vois dans l’obligation de me désabonner ! Mon mari et moi avons soutenu votre journal lors de votre appel, nous avons acheté votre livre, maintenant, je dis STOP et je passe dans le camp adverse !
Toute personne qui quitte un parti va toujours dans un autre camp, chose que vous avez oublié !

Anonyme 14 juillet 2014 à 2 h 19 min

Il est loin le temps ou un certain général ,président de notre pays
Envoyait chier les Américains pour préserver notre indépendance ,et nos libertés sur la scène international
Réveillons nous avant que nous soyons devenu un vassal des
Us .Nos dirigeants tout bord confondu ,son à genoux devant
L’Impérialisme Américain ,CITOYENS défendons la mère patrie
DD

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