Ne pas affaiblir le combat contre l’antisémitisme

le 27 février 2019

Emmanuel Macron au dîner du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) le 20 février 2019 à Paris.

Jusqu’au plus haut niveau du pouvoir, on tord les mots au chalumeau pour mieux mener la guerre idéologique. Ce n’est évidemment pas nous qui allons contester la recrudescence de paroles et d’actes antisémites et racistes. Et, nous ne sommes pas prêts de baisser la garde dans ce combat, aux côtés de tous les démocrates et républicains.

Nous sommes en cela fidèles au fondateur de « L’Humanité » lorsqu’il défendit avec force le capitaine Dreyfus, jusqu’à son effort de conviction dans son propre parti. Fidèles aux communistes qui ont été reconnus comme des « justes », protégeant et sauvant des familles juive durant la seconde guerre mondiale jusque dans les camps nazis, nous considérons l’antisémitisme et tous les racismes non pas comme des opinions mais comme des délits relevant des tribunaux. L’arsenal législatif est puissant pour chasser toutes les dérives, notamment grâce à la loi portée par Jean-Claude Gayssot.

L’Etat d’Israël, dont nous ne contestons, comme du reste aucune formation politique en France, ni l’existence et le droit à exister, n’avait pas encore vu le jour lorsque les policiers français ont en juillet 1941 arrêté 13000 juifs dont des milliers d’enfants mineurs, pour les déporter vers les camps d’extermination.

Tous les juifs ne partagèrent pas, non plus, le projet de Théodore Herzl fondateur de ce que l’on appela le sionisme, théorisant la nécessité d’un foyer national Juif. Ceci ne fit pas d’eux des « anti » sionistes. Il s’agissait en l’occurrence et il s’agit toujours d’une opinion politique partagée par de nombreux juifs à travers le monde et jusqu’en Israël (1).

S’il est vrai que des théoriciens d’extrême-droite utilisent depuis quelque temps le mot « antisionisme » pour camoufler leur antisémitisme, on ne peut, comme s’y emploie l’actuelle majorité, affronter ce stratagème par une réponse quasi-symétrique reprenant l’argumentaire du gouvernement d’union de droite extrême et d’extrême-droite de Tel-Aviv.

Celui-ci qualifie désormais d’antisémite toute personne qui conteste sa politique d’occupation et de vol des terres de la Palestine. Les propos tenus par le président de la République lors du diner annuel du CRIF, selon lesquels « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme », sont en contradiction avec nos principes républicains. Ce n’est ici que la copie conforme de la définition inventée par le très réactionnaire et raciste gouvernement israélien, désormais soutenue par les institutions européennes dont une majorité du Parlement européen.

Ce brouillage organisé n’a que pour objectif, non pas de protéger les juifs, mais de blanchir les exactions d’un gouvernement d’extrême droite qui bafoue chaque jour un peu plus le droit international,  colonise et étrangle un peuple, lui vole ses terres, son eau, emprisonne ses enfants. Ce même gouvernement qui, en Europe, a pour alliés d’authentiques antisémites avec les gouvernements d’extrême-droite du groupe dit de Višegrad dont la Pologne ou la Hongrie de M. Orban qui n’hésite pas à convoquer le vieux et rance fond antisémite du nationalisme hongrois dans sa guerre contre M. Georges Soros.

S’aligner sur l’ultra-droite israélienne revient à désarmer les militants du droit international qui édicte que les Palestiniens ont droit eux aussi à une patrie et à un État. An nom même du combat sans faille que nous menons contre l’antisémitisme, nous mettons en garde contre les dérives actuelles, menant tout droit à un totalitarisme dès lors qu’il deviendrait répréhensible de critiquer la radicalisation droitière du pouvoir en Israël dans un alignement sur ses thèses et celle du pouvoir trumpiste. On ne peut à la fois discourir sur la « souveraineté européenne » et s’aligner sur le pire ! Le combat contre l’antisémitisme en serait affaibli. La République en serait ébréchée.

– –

  • (1) Dans une lettre ouverte qu’il adressait en juillet 2017 à Emmanuel Macron, l’historien israélien Shlomo Sand expliquait pourquoi il ne pouvait pas « être sioniste ». « Je suis un citoyen désireux que l’Etat dans lequel il vit soit une République israélienne, et non pas un Etat communautaire juif. »

4 commentaires


DOMART Jean-Marc 2 mars 2019 à 0 h 17 min

Anti-sioniste ne signifie pas antisémite. Pourquoi alors ceux de l’Affiche Rouge qui sont morts pour la France en février 1944 ne sont-ils pas allés en Palestine, alors que les sionistes d’alors allaient recruter en Pologne antisémite des années 30 pour la Palestine? Etaient-ils antisémites, eux aussi? pourquoi aussi le CRIF monopolise les médias au profit de l’Etat Israélien, et l’UJFP n’a-t-elle jamais la parole pour apporter un peu de vérité? Ca fait croire aux non-Juifs que tous les Juifs sont pour la politique israélienne, créant ainsi l’antisémitisme. Netanyahu a besoin de l’antisémitisme pour peupler les appartement inoccupés dans les colonies israéliennes de Palestine.

ventura 2 mars 2019 à 16 h 58 min

parfaitement en accord avec votre analyse, il y a un point de sémantique qui me dérange en ce moment. On parle à longueur de temps d' »ultra droite » ou ultra gauche, alors que les termes extrême droite et extrême gauche existent. ça contribue à brouiller les pistes, c’est dangereux.

alain harrison 3 mars 2019 à 21 h 40 min

Bonjour.

Il faut retourner aux accords lors de l’établissement du retour des Juifs en Palestine. Ça s’appelait bien Palestine ?
Vive l’Angleterre, le grand maître du Colonialisme d’avant guerres.
Mais, il y a un nouveau front rétrograde (qui nie systématiquement les Connaissances que nous avons sur notre véritable origine__l’Évolution Naturelle__ laquelle nous entendons très peu parler par le mainstream, qui est aussi une source d’éducation de masse ?)
Les médiats devrons faire partie des débats des trois éléments de la Grande Constituante Citoyenne, par les citoyens pour tous les travailleurs.
Regardez cette vidéo:
Dimanche 24 février 2019
L’intelligence artificielle nous sauvera-t-elle?
https://ici.radio-canada.ca/tele/Second-regard/site/segments/entrevue/106593/eric-salobir-google-silliconevalley

La démagogie n’a pas de limite.
Vous savez ce qu’on dit: parlez en bien parlez en mal, mais parlez-en.

Le consumérisme se nourrit de mythes: avec coca cola il y a de la joie. Mais on oublie les carries.
Répétons un mensonge suffisamment et il deviendra vérité.

Qu’attendons-nous de répéter les vérités ?

derquenne 4 mars 2019 à 12 h 58 min

Il est temps en effet de remettre les pendules macroniennes à l’heure des fondements de notre République qu’il abime sans vergogne , et de continuer sans relâche défendre le peuple palestinien victime de crimes contre l’humanité perpétrés par racistes israéliens .

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