Refuser l’austérité infinie

le 21 avril 2021

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 22 avril 2021 – par Patrick Le Hyaric.

Le drame que traverse la France, endeuillée de désormais plus de 100 000 morts, n’est pas tombé sur les épaules du pays comme une goutte de pluie sur le nez du passant. Il est le fruit d’une politique méthodique de dépeçage de la santé publique, menée sous les auspices d’une austérité renforcée depuis la crise de 2008. Des dizaines de milliers d’emplois dans la santé publique et 69 000 lits ont ainsi été supprimés en quinze ans pour complaire aux règles budgétaires imposées. Des contraintes budgétaires fixées notamment par « l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie » qui s’acharne, pour le compte de l’État, à raboter les besoins en matière de santé, avec les conséquences désastreuses que l’on connaît.

Les enjeux de santé concernent tous les prochains scrutins. L’échelon régional est en effet celui qui coordonne les politiques de santé en fonction des moyens alloués par l’État. Pousser l’exigence d’un investissement public à hauteur des immenses besoins dans le secteur sanitaire nécessite donc d’autres choix budgétaires.

Or le gouvernement vient de formuler les siens dans un document envoyé à la Commission européenne appelé « Programme de stabilité de la France » jusqu’à l’année 2027. Cette date ne doit rien au hasard : elle correspond à l’année censée clore le prochain mandat présidentiel. Ces quelques lignes nous dévoilent donc un avant-gout du projet du candidat-président, largement partagé, du reste, par les candidats de droite et d’extrême droite.

Ce programme de stabilité fixe l’objectif de ramener, en six ans, la France sous la barre des fameux 3% de déficits instaurés par le Traité de Maastricht. Pourtant, il y a à peine un an, le président conspuait les critères maastrichtiens – « débats d’un autre siècle » – précisant que « nous avons besoin de plus d’expansionnisme, de plus d’investissements ». On apprend, désormais que des cercles d’économistes plancheraient sur une révision desdits critères dans la perspective de la présidence française de l’Union au premier semestre 2022, en pleine campagne présidentielle.

A quoi joue donc M. Macron en soufflant ainsi le chaud et le froid ? Tout cela sent la manœuvre électorale à plein nez car il est peu probable que le pouvoir se dédise auprès des autorités européennes. Il répète, du reste, par la voix du ministre de l’Économie, qu’il n’y aura aucun retour sur les baisses d’impôts concédées aux plus riches et aux entreprises, quand bien même ce rabotage de la fiscalité n’a produit aucun des effets escomptés en termes de croissance et d’emploi, aggravant de surcroit les inégalités. Ajoutons que ce programme de stabilité interdit toute relance par la dépense publique, et prévoit en conséquence sur les six prochaines années une croissance extrêmement faible qui creusera à son tour les déficits.

Pour la majorité actuelle, il ne reste qu’une solution : raboter à nouveau les crédits publics pour atteindre ses objectifs qui, au regard des déficits cumulés à cause de la pandémie, ne le seront qu’au prix d’une purge sociale sans précédent : retraites, santé, assurance chômage, sécurité sociale, démantèlement de l’État seront au menu d’un prochain quinquennat vorace si M. Macron venait à l’emporter. Pire, le gouvernement entend, dans sa missive, constitutionaliser « une norme » de dépense publique, de manière à rendre irréversibles les politiques d’austérité !

Alors que les Etats-Unis viennent de lancer un programme de relance colossal par l’investissement public, chez nous, les mandataires du capital font preuve d’un fondamentalisme ultralibéral qui risque de plonger le pays dans une nouvelle décennie d’horreur sociale. Les mobilisations contre la destruction de l’assurance chômage, les traces laissées par les mobilisations des Gilets jaunes et pour la défense des retraites, peuvent être les ferments d’une unité propre à déjouer ce scénario et contribuer à l’ouverture d’une perspective politique progressiste.


9 commentaires


Moreau 21 avril 2021 à 11 h 54 min

A quoi joue cette gauche dans un si long intervalle ? Où sont des syndicats du vingt et unième siècle de Travailleurs et de Consommateurs sinon dans les oubliettes qui font les autocraties ? La Poésie seule renaît toujours de ses cendres tant que ce n’est pas la fin du monde ; la politique ne peut pas renaître sans elle quand intentions de votes extrêmes et d’abstentions attestent que l’opposition républicaine de gauche au sens littéral est absente depuis longtemps et tarde à réapparaître… Depuis le temps que la gauche française n’a quasiment plus rien fait pour la France !

alain harrison 21 avril 2021 à 23 h 47 min

Non seulement, mais le plan sécuritaire ad nauseam.

C’ dans l,air.
Sécurité : Macron lance sa campagne #cdanslair​ 19.04.2021
10 684 vues•20 avr. 2021

Laureline Dupont, directrice adjointe de la rédaction à L’Express, avec en titre:
Menace sur la présidentielle

Et bien on voit le scénario se dessiner pour les présidentielles. Et répéter d’ici là selon.

Si Macron n’est pas élu, c’est que des forces étrangères auront agi. Minimiser dans un cas et maximiser dans un autre cas. Que ce soit lE Pen ou JLM.

Est-ce que Macron laissera la place à un remplaçant plus machiavel ?
N’anticipons pas, mais vigilance.

Ce qui est important, c’est de montrer les obstacles et comment parvenir à l’alternative.
Cesser d’être dans l’abstraction et démontrer les solutions et les voies pour y arriver.
En parler. L’engagement.

La violence ça se prévient, mais sans une action résolu et systématique sur ses causes….
Trouver la clé de voûte: l’éducation à l’enfance, la pauvreté (l’économie).

Le nouveau paradigme économique.

Moreau 22 avril 2021 à 9 h 42 min

« les Etats-Unis viennent de lancer un programme de relance colossal par l’investissement public… »
Il y a beaucoup à dire sur les Etats Unis d’Amérique et sur la France et l’Union Européenne…
La meilleure façon de penser aux retraites, au pouvoir d’acheter de chaque personne qui correspond à des droits universels de la Personne, il faut penser aux activités humaines culturelles dans le sens du progrès réel et à toutes les activités humaines essentielles ou de réelle utilité ; il faut penser aux Travailleurs économiques et autant aux autres Travailleurs ; il faut penser à tous les Consommateurs. Tous les Travailleurs et tous les Consommateurs ne sont pas consultés, et s’ils essaient de s’inviter, ils ne rencontrent pas le bonne attention ou pas assez.
Le progressisme ! Le progressisme depuis plusieurs années n’est pas une panacée alors que la gauche, c’est devenu le régressisme dont personne n’entrevoit encore la fin à un an de la prochaine élection présidentielle. La politique de Biden quoique insuffisante car elle n’inclut pas les Consommateurs dans les Syndicats alors qu’il faut les inclure car ils ne peuvent quasiment plus trouver bonne attention et bonne suite, et je crois que cette insuffisance hélas est mondiale ; est d’autant plus importante que le progressisme en ce sens qu’il n’y a quasiment pas de progressisme suffisant depuis plusieurs sans que ce soit de la faute du président Macron dont la majorité ne peut pas rattraper tout ; toute seule ; la république authentique, c’est plus qu’une seule politique spécifique générale ou forcément trop d’austérité ne peut pas être résolu.

Les extrémismes de droite ne sont en rien complémentaires, mais sont s’ils ne sont pas dépassés par les politiques spécifiques générales complémentaires en les retravaillant, de nature à provoquer une chute des constructions de la nouvelle société française et européenne et du nouveau monde auxquelles travaille le président Macron qui aurait besoin de plus d’aide plutôt que d’une hégémonie totalitaire des uns et d’un régressisme déroutant des autres bien trop incapables et la gauche n’a pas été aussi incapables pendant le vingt et unième siècle, phénomènes dangereux et irresponsables.

En raison des urgences autres que celle impérieuse de la vaccination et des traitements et plus anciennes ; personne ne comprend les rhétoriques à gauche pro-progressisme. Le progressisme peut trouver un sens crédible quand les partis politiques sont à jour d’un travail vrai et réel pour toute la population ; mais ils sont devenus des partis d’opinions sans pensée de politique générale spécifique du vingt et unième siècle.

Moreau 22 avril 2021 à 10 h 20 min

La séparation du travail et pour exclusion contraire aux principes de valeur des droits humains, de la consommation ; est une aberration politique et syndicale somme toute ; elle n’est pas imputable au président Macron en toute bonne lucidité, elle est plus mondiale ; des anomalies similaires étant constatables à l’Occident et à l’Orient.

Elle empêche le social intégral nécessaire et indispensable et correspondant à la bonne application des droits universels de la Personne.

D’où tant d’extrémismes et d’abstentions.

Moreau 22 avril 2021 à 10 h 27 min

Comment voulez-vous en venir à plus de services publics du vingtième siècle et à beaucoup moins d’oisivetés, l’oisiveté nuisant même si les activités idiotes nuisent aussi ; sans s’occuper du travail et de la consommation en même temps ; c’est déréaliser la vie, c’est erreur et faute…
Il faut travailler pour vivre mais il faut aussi consommer ce qui est nécessaire et indispensable pour travailler.

Moreau 22 avril 2021 à 11 h 49 min

Comment-voulez-vous que les biens et les services puissent correspondre aux besoins réels des personnes et à leur pouvoir d’achat au plus près, sans qu’il soit possible que Travailleurs sans discriminations et donc de toutes les activités culturelles autres que loisirs et distractions et de toutes les activités d’utilité réelle, et Consommateurs sans discriminations, puissent en débattre sérieusement ensemble. Il y a forcément absence d’adéquations nécessaires et indispensables de certaines productions, et manque de services; du vingt et unième siècle.
C’est trop facile de dire que des gens qui en font le moins possible dans la vie aiment vivre en faisant le moins de travail possible, alors que la politique et le syndicalisme, les extrémismes, sont dissuasifs.
Croyez-vous que diaboliser les Immigrés et les chasser sans raisons réelles sérieuses dans un tel contexte de démagogie politique et syndicale au regard du vingt et unième siècle, je parle du vingt et unième siècle ; résout de phénomène républicide ?

Moreau 22 avril 2021 à 11 h 58 min

L’épidémie et ses conséquences font déprimer, mais les grandes difficultés pour pouvoir acheter des biens ou/et des services, font aussi déprimer. C’est toute la gauche qui fait déprimer aussi.

chb 23 avril 2021 à 22 h 18 min

Austérité « irréversible » et infinie, horreur sociale, complot des puissants contre le peuple ?
Bon sang mais on va finir par en reparler de la lutte des classes !
Ce que fait la dernière page de l’HD, ouf, sauf que c’est sous la plume de sociologues tellement pontifiants qu’on n’y comprend rien.
Euphémisation, qu’ils disent. Que la syntagmatique est châtiée chez ces intellos nouveaux ! Espérons que les trois métallos dont ils ont recueilli les témoignages ne se la pètent pas si haut.

vultaggio 25 avril 2021 à 9 h 05 min

Vous nous écrivez à juste titre: « Or le gouvernement vient de formuler les siens dans un document envoyé à la Commission européenne appelé « Programme de stabilité de la France » jusqu’à l’année 2027. Cette date ne doit rien au hasard : elle correspond à l’année censée clore le prochain mandat présidentiel. Ces quelques lignes nous dévoilent donc un avant-gout du projet du candidat-président, largement partagé, du reste, par les candidats de droite et d’extrême droite. » Ce « largement partagé, du reste, par les candidats de droite et d’extrême droite » ne ferait-il pas craindre que la coalition politique de la droite à la droite de la « gauche » en passant par la « fringante » et docile REM, imposée en catimini en France depuis 2017 (l’alternance droite/ »gauche » n’étant plus assez efficace surtout avec la quinquennat de Hollande) , ne s’étende à l’extrême droite comme c’est le cas en Italie depuis la nomination du Goldman Sachs boy Draghi à la présidence du Conseil italien dont le gouvernement inclus des membres de la Lega qui comme par hasard, n’est plus anti union européenne ni contre l’Euro entre autres volte faces. Les changements d’idées opérés par le RN et sa cheffe ne vont-ils pas dans le même sens afin que les « premiers de cordée » de la finance français mondialisés puissent parachever la casse des acquis sociaux?

Laisser un commentaire

Commentaire

Nom *

Les champs marqués * sont obligatoires

Email *

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Restez en contact

Inscrivez-vous à la newsletter