Hommage aux victimes du métro Charonne

le 8 février 2019

Vendredi 8 février 2019. 57ème anniversaire.
Patrick le Hyaric

Chers amis,
Chers camarades,

C’est avec le souvenir vivant de leur combat, de leurs visages et de leurs noms que nous nous inclinons devant la mémoire des neuf militants, de nos neuf camarades membres de la CGT et du Parti communiste, tombés ici même sous les coups de la police française placée sous les ordre du tortionnaire Papon, pour s’être dressés contre l’abjection coloniale et l’action factieuse il y désormais 57 ans.

Permettez-moi d’associer à cet hommage Josette Audin, cette lumineuse figure qui vient de nous quitter avec, nous n’en doutons pas, le sentiment du devoir accompli, après avoir dédié sa vie au combat, désormais victorieux, pour que vérité soit dite sur l’assassinat de son mari, le mathématicien, militant communiste et anticolonialiste Maurice Audin ; pour que lumière soit faite sur la pratique de la torture, généralisée par l’armée française en Algérie.

Nous n’oublions pas les quelques 250 blessés, nassés ce jour d’hiver 1962 par une police débridée dont les éléments radicaux eurent carte blanche pour exercer sur les manifestants une violence sans frein, légitimée par un pouvoir complice.
Nous n’oublions pas ces milliers de militants anticolonialistes qui bravèrent la répression policière et la menace fasciste, pour la paix en Algérie, la liberté, la dignité et l’indépendance de la nation et du peuple algériens, et contre la résurgence d’une extrême droite belliqueuse. Nous nous souvenons de ces nombreux algériens assassinés à Paris par la police française engagée dans une odieuse chasse à l’homme, dans un assourdissant silence.

Notre rassemblement annuel est un continuel passage de flambeau pour que jamais ne sombrent dans l’oubli celles et ceux qui eurent l’audace de se lever contre la barbarie coloniale, celles et ceux qui furent le visage radieux et courageux d’une France dont les gouvernements s’étaient à nouveau compromis avec la cruauté humaine, ignorant les leçons de la libération et de l’anéantissement de l’horreur nazie.

Ce que certains appelaient alors cyniquement « les événements d’Algérie », formaient en réalité une guerre atroce, masquée par le voile de la propagande et l’illusion impérialiste. Les gouvernements français se déshonoraient dans l’humiliation du peuple algérien et de peuples entiers qui brisaient, dans un irrépressible mouvement, les chaines de la servitude.

La sinistre Organisation de l’Armée Secrète qui, depuis le putsch des généraux félons et fascisants, multipliait les exactions en Algérie contre la population algérienne, les militants anticolonialistes et communistes, prolongeait depuis quelques mois sa sale besogne dans la métropole, organisant des actions violentes et mortelles, le plasticage des domiciles de militants, notamment ceux de la CGT et du Parti communiste, et d’intellectuels, mitraillant les locaux des partis politiques dont le siège du Parti communiste français, s’abaissant à la violence terroriste contre toutes les voix qui se levaient pour la paix et l’indépendance de l’Algérie.

La riposte se fit dans l’unité, notamment syndicale, bâtie avec ardeur pour contrer le péril nationaliste qui trouvait dans l’armée et la police de puissants relais. Le mouvement ouvrier et syndical fut, une fois encore, l’honneur de la France.
La presse communiste dont l’Humanité fut, elle, l’honneur de la presse.
Censurée par colonnes, saisie à 27 reprises, ayant fait l’objet de 150 poursuites judicaires accompagnées d’amendes phénoménales pour l’unique raison qu’elle dévoilait aux yeux de l’opinion les exactions commises en Algérie et en métropole, l’Humanité éclaira dans des conditions extrêmes les pages sombres de la guerre.
Nous nous souvenons des articles de notre camarade Madeleine Riffaud, elle même suppliciée par l’occupant nazi et ses supplétifs de la police française, informant des tortures pratiquées dans les commissariats parisiens contre les militants du Front de Libération Nationale, et relayant dans les colonnes de l’Humanité les témoignages d’algériens soumis à la question. Les pages blanches de la censure furent les pages rouges de la révolte pour que vive la République fidèle à ses principes de liberté, d’égalité et de fraternité.

Nous nous souvenons de l’éditorial de René Andrieu du 9 février 1962 accusant l’indulgence du pouvoir gaulliste envers « les gangsters de l’OAS » et de se prêter avec eux à une « division du travail » pour faire taire « les démocrates », alors que le ministère de l’intérieur publiait un honteux communiqué reprochant aux victimes dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire de « faire le jeu des ennemis de la République ».

L’Humanité, au cœur du mouvement syndical et politique, paya cher le tribut de son audace : Suzanne Martorell, 36 ans, qui était employée à l’Humanité et Edouard Lemarchand qui en était l’un des vendeurs permanents succombèrent ici sous les coups de la police. Et les journalistes qui couvraient l’événement en revinrent avec d’importantes séquelles.

Se souvenir de Charonne, c’est également se souvenir du sursaut démocratique du 13 février qui vit la région parisienne paralysée par un puissant mouvement de grève et les citoyens, militants politiques et syndicaux, défiler en masse de la République au père Lachaise, venir honorer la mémoire des morts, comme un solide cordon populaire et démocratique face à la violence d’Etat.

Chers amis,

Cet épisode tragique de notre histoire nous rappelle que le droit de manifestation, garanti par la Constitution, est irréductiblement lié à la défense des libertés démocratiques. Ces libertés aujourd’hui si malmenées par les gouvernements qui se réclament du consensus libéral, imposant à un rythme frénétique des ribambelles de lois qui visent à cadenasser l’expression populaire, comme en témoigne la dernière d’entre elles, votée cette semaine par un parlement godillot pour restreindre le droit de manifestation.

Le drame de Charonne nous rappelle que le mouvement ouvrier et communiste a su se saisir des libertés démocratiques, au prix du sang et des morts, pour imposer la paix, la justice, pour faire entendre la voix de la solidarité internationaliste, pour faire progresser la République et la démocratie, et défendre les libertés qui leur sont liées. Nous sommes, dans notre diversité et nos responsabilités respectives, partie prenante et dépositaires de ces si chères libertés, conquises pour que s’exprime la parole et la volonté populaire.

De cette station de métro Charonne, devenue lieu de mémoire où se condense l’histoire de ces décennies de luttes et de brimades essuyées par le mouvement ouvrier, nous appelons, en l’honneur des camarades assassinés, à préserver la liberté de manifester, à garantir l’intégrité physique des celles et ceux qui luttent, et à prémunir le peuple des exactions policières et du bâillon que les tenants d’un pouvoir au service exclusif des forces d’argent, tentent sournoisement de lui appliquer.
Je vous remercie de votre attention.

3 commentaires


Jean Pierre Stouvenel 8 février 2019 à 19 h 12 min

Michel Bernard. J’ai une pensée particulière pour toi.
Je pense toujours en ce mois de février à l’appel que tu m’avais fait après avoir été agresse par les fachos lors du 20e anniversaire.

Moyon jany 9 février 2019 à 1 h 55 min

Je n’etais Pas à Charonne, car j’etais rue de Bretagne, la manifestation étant interdite, nous essayions de rallier la place de la république par les différentes rues qui y amènent, mais en avançant de porche en porche…les malheureux de Charonne étaient principalement des communistes et des syndicalistes.j’ai gardé en mémoire toute ma vie , et je m,en souviens à chaque manif importante, le 13 février l,enterrement, je n’a sais combien de personnes ont défilé ce jour là dans le silence justqu’au Père Lachaise, c’etait Le silence qui était impressionnant avec les cordons de sécurité qui de donnaient la main de chaque côté du cortege, les immenses photos qui ouvrait le cortège qui a défilé toute la journee

alain harrison 14 février 2019 à 5 h 51 min

Regardez ceci.

https://www.youtube.com/watch?v=JEOj91N7tn8

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