Superprofits : mot canon ?

le 2 août 2022

Dans le ciel de l’été vient de retentir dans tout l’espace public un mot jusqu’ici tabou devenu un mot « canon » : superprofit. Il est sorti des murs des sections du Parti communiste, des cercles de ATTAC, de la confédération CGT, pour se répandre, de journaux télévisés en discussions devant un petit noir de bon matin au bistro, jusqu’au Parlement à la tribune duquel les députés de la coalition Nupes l’ont fait siffler aux oreilles des ministres et des profiteurs de guerre qui émargent dans les conseils d’administration des grands groupes côtés en bourse. Décidément, on ne peut plus cacher que pendant que les augmentations de prix vident les frigos des familles populaires, dès le 15 de chaque mois, ces profits extrêmes contribuent à remplir les comptes en banques des milliardaires et des fonds financiers. Les travailleurs ne voient rien venir sur leur feuille de paie, mais les groupes financiers, énergétiques, de transports, des autoroutes, de l’automobile, du luxe ou de la grande distribution sont aux anges. Leurs profits sont devenus des « superprofits ». Pour s’en réjouir, nos confrères du groupe « Les Échos », daté du 1er août, nous informent bruyamment : « Les marchés financiers en Europe et aux États-Unis ont signé leur meilleure performance depuis novembre 2020 ». Le Figaro du même jour ne le dément évidemment pas : « Le CAC 40 gagne 9% en juillet » clame- t-il. Celles et ceux qui, pour diverses raisons, n’y décèleraient aucun lien de cause à effet commettraient à leurs dépens une lourde erreur. Par exemple, le groupe ENGIE, premier fournisseur de gaz, réalise un résultat net de 5 milliards d’€ au premier semestre 2022, soit près du double de ses résultats obtenus au cours de la même période l’an passé. Et, le prix du gaz flambe. Après cela, ce même groupe vient, la main sur le cœur, annoncer qu’il va octroyer une petite ristourne aux consommateurs qui lui coutera… 88 millions d’€. Une farce ! Ce n’est même pas le prix d’une campagne de communication de ce groupe. Et, le groupe Total qui a réalisé 17 milliards de profits trouve le moyen par un tour de presdigitation en trio avec le ministre de l’Économie et la majorité de droite du Sénat de promettre une ristourne sur son carburant qui lui coutera … 500 000 €. Celle-ci n’interviendrait qu’en septembre, après que les automobilistes soient passés, en juillet et août, aux pompes pour leurs plus longs trajets de l’année. Chapeau l’artiste ! Ce géant, qui n’a pas payé d’impôt ni en 2019, ni en 2022, préfère être payé d’avance, ce qui ne l’empêchera pas de continuer à augmenter le prix de son carburant de quelques nouveaux centimes. Le consommateur paiera donc lui-même et bien plus sa ristourne, ajoutée aux diverses taxes qu’il paie sans souvent le savoir. Pourtant, pour les libéraux de tout poil, parler de « taxe » sur les superprofits relève d’une volonté collectiviste ! Ainsi, lors du débat parlementaire au Sénat, M. B Le Maire a justifié son refus de « taxation temporaire » en prônant « la stabilité fiscale ». Bizarre non ? Car non seulement le groupe Total n’a pas payé le moindre centime d’impôt en 2020, mais il a bénéficié d’une ristourne de 126 millions €. Ajoutons que les augmentations des prix des carburants produisent de facto des augmentations de la part de la fiscalité sur ceux-ci. C’est une « stabilité fiscale » à deux vitesses, mais toujours aux dépens des mêmes !

Autre forme de mystification : Pour réaliser 41 milliards de profits au 1er trimestre, le groupe Sellantis a augmenté substantiellement le prix des voitures pour compenser les pertes de volumes vendus. Les industriels de l’agroalimentaire et la grande distribution ont trouvé une autre délétère astuce, ils diminuent la quantité de produit dans le même emballage tout en augmentant régulièrement les prix de vente. Au royaume du capitalisme, le profit est roi. De ce côté-là, ils ne sont pas tenus à la fameuse « sobriété » présidentielle. Ces superprofits sont bien issus de la compression des salaires et de l’augmentation des prix due à la spéculation. Ces augmentations ont commencé bien avant la guerre en Ukraine. Les groupes industriels et les « fonds spéculatifs » qui bien souvent sont des filiales des banques, des assurances ou d’autres institutions financières, mènent le bal en achetant par anticipation d’énormes quantités à bas prix, puis les revendent lorsque la raréfaction qu’ils ont produit fait flamber les prix de l’énergie ou des céréales. La coalition de gauche et les sénateurs communistes ont proposé une taxation de ces profits à hauteur de 25% à 30%. Ce ne serait que justice, car ces profits sont réalisés à partir de rentes de situation après avoir bien souvent bénéficié de considérables aides publiques, sans contrôle, durant la pandémie. Un véritable assistanat d’État ! D’ailleurs, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie ont décidé d’une telle taxation. Dès lors que ces groupes et fonds financiers profitent d’une telle situation sans se sentir solidaires de la collectivité publique, des travailleurs et des citoyens, il faudra bien penser plus sérieusement à un nécessaire contrôle public, social et écologique de leurs activités en créant des conditions nouvelles pour que les travailleurs, les usagers ou consommateurs, les élus disposent de pouvoirs réels d’intervention sur leur gestion et leurs orientations pour le bien commun. Contre les exigences de rémunération toujours plus grandes des actionnaires, il convient d’opposer les critères de progrès social, dont les salaires, l’égalité salariale femmes-hommes, la protection sociale, et le progrès écologique. Ce qui implique un considérable développement de services publics humanisés et démocratisés. C’est le moyen de réduire cette surexploitation des travailleurs, et de diminuer de manière substantielle les couts qui servent à la rentabilisation et à l’accumulation du capital (frais financiers, dividendes, rachat d’actions) et donc de baisser les prix. Dès lors que les profiteurs de guerre et de crise dans des secteurs aussi essentiels que la finance, l’énergie, les transports refusent de servir le bien commun, la question de leur appropriation sociale et publique doit être posée. Le pouvoir serait bien inspiré d’écouter le retentissement nouveau de ce mot devenu canon qui se répand : superprofit. Il porte en lui les germes d’un nouveau mouvement populaire pour la justice et l’égalité.

Patrick Le Hyaric

2 Aout 2022


5 commentaires


Moreau 3 août 2022 à 7 h 29 min

LA VALEUR TRAVAIL LE TRAVAIL QUOTIDIEN L’ÉVALUATION

Monsieur Patrick Le Hyaric s’est exprimé récemment dans un de ses articles sur la valeur travail mais il n’a pas écrit assez sur l’essentiel : la valeur travail est différente selon que l’activité est du secteur privé, ou du secteur publique, ou du secteur associatif ; le secteur privé, c’est généralement le travail individuel ; le secteur publique ou le secteur associatif, c’est généralement le travail en équipe. La compétence politique s’agissant de la valeur travail est en France, principal pays fondateur de l’Union Européenne, d’une redoutable et redoutée insuffisance, altérant ou faisant perdre à beaucoup de personne leur psychopoésie de vie professionnelle : la domination et la destruction de l’Homme par l’Homme qui continue son cours envers et contre tout. C’est qu’ils se sont crus très doués, ces Politiciens parlant seuls de la valeur travail ! L’uniformisation déculturante et excluante, toute contraire à l’insertion comme à l’intégration ; change notre pays en Absurdie, d’une absurdité telle qu’elle fait peur, cette peur est terrorisante pour des personnes quand elles en sont pleinement lucides ; altère la psychopoésie voire la santé psychopoétique du monde du travail tout comme elle altère la culture réelle, des personnes actives de toutes les catégories socio-professionnelles ; surtout depuis le début du vingt et unième siècle sans idéaliser pour autant l’évolution des années 70, 80, 90. La politique avec ses adversités et ses uniformités dues à de nombreux truquages comme à de nombreux substituts constituant le moins pire et le pire, précipitent chaque population à sa perte, et pas seulement de l’Union Européenne.

IL EST BON DE RÉTABLIR L’ÉVIDENCE DE LA NÉCESSITÉ DE LA REDISTRIBUTION DES RICHESSES, MAIS CETTE ÉVIDENCE EST INDISSOCIABLE DE CELLE QU’IL FAUT LE RÉTABLISSEMENT DE LA VALEUR TRAVAIL.

Moreau 3 août 2022 à 7 h 34 min

Il faut plus de suivi de la santé psychopoétique des personnes de toutes les catégorises actives, les catégories socio-professionnelles, dans le monde du travail en France et partout dans l’Union Européenne. L’extrême droite est aux petits plats pour les animaux, elle ne l’est pas pour les Hommes.

makarof 7 août 2022 à 10 h 46 min

la ristourne sur les carburants va coûter cher paraît-il .Mais, je me pose la question à qui on va prendre l’argent pour la payer et qui recevra cet argent?

Dominique.sammarcrlli@ orange.ft 8 août 2022 à 21 h 32 min

La nationalisation de C’EST groupes me paraît être la réponse adéquate . Mais elle doit pour ce faire, être réalisée en concertation. avec les organisations syndicales. Une. Véritable nationalisation est l’appropriation pour tous et pour l’intérêt de. CHACUN

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