Si Renault veut de l’aide, qu’elle traite ses salariés avec humanité !

le 17 octobre 2011

En 2009, Renault  licenciait 4 445 salariés, alors que le 9 février de la même année l’entreprise s’était engagée à ne pratiquer aucun licenciement ni aucune fermeture de site en contrepartie des 3 milliards d’euros qu’elle venait de se faire prêter par l’État.

Quand un plan social de cette ampleur est lancé, l’Union européenne débloque d’habitude des fonds, baptisés Fonds Européens d’ajustement à la mondialisation, afin de financer les indemnités, le reclassement et les formations des salariés. On peut toujours discuter de ce système. Je lui préférerais un mécanisme de prévention des licenciements, voire d’interdictions de ceux-ci dès lors que l’entreprise bénéficie d’aides publiques et réalise des profits. Mais en général, je vote les dossiers du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation en pensant d’abord aux salariés.

Mais mardi dernier, le 11 octobre, pour la toute première fois depuis la création du Fonds en 2006, la gauche au Parlement européen a refusé de valider cette aide.

Parmi les salariés concernés par le plan social du constructeur automobile, joliment nommé « Plan Renault Volontariat », nombreux étaient ceux qui avaient « bénéficié » d’un départ anticipé à la retraite. Seulement voilà : le plan proposé ne prenait pas en compte la contre-réforme des retraites de Fillon l’année suivante.  Et de nombreux anciens salariés qui pensaient pouvoir enfin jouir d’une retraite à taux plein durent déchanter, l’âge ayant depuis reculé et la durée de cotisation augmentée. Rien que pour le site de Sandouville, leur nombre se compte en centaines.

Juste avant qu’elle ait à se prononcer sur l’aide du Fonds Européen d’Ajustement à la Mondialisation, la commission Emploi au Parlement Européen, dont je suis membre, avait reçu les salariés concernés et leurs représentants, pour nous expliquer ces problèmes qui ont fait tomber dans la précarité des centaines d’anciens salariés de Renault.

Fort de ces éclaircissements, avec le groupe de la Gauche Unitaire Européenne /  Gauche Verte Nordique, des Verts et le groupe Socialiste, nous avions fait voter un amendement par la Commission Emploi, exigeant que le versement 7  millions d’euros sur les 24,5 prévus soit gelé tant que la firme Renault et l’État ne créent pas les conditions pour l’accès au paiement de la retraite pour tous les salariés concernés. Parce qu’il est inadmissible que l’Union européenne aide une entreprise qui ne satisfait pas à ses obligations sociales.

Le chemin d’une décision de ce genre conduit le texte de notre commission emploi à la Commission Budget. En route, l’amendement que nous avions voté à la commission emploi  fut cette fois stoppé par le service juridique du Parlement, un service technique, service ni composé, ni sous la responsabilité d’aucun élu.  Ce service n’ayant donc aucun mandat électif essayait d’imposer le plein versement de l’aide à Renault, sans condition.

Face à ce coup de force, et considérant qu’aucun salarié ou ex salarié de Renault n’en pâtirait, leurs indemnités ayant toutes déjà été versées, la gauche a décidé de ne pas accorder cette aide à l’entreprise Renault, tant qu’aucune solution n’aura été trouvée pour les préretraités spoliés.

Si Renault veut toucher l’aide du Fonds Européen d’Ajustement à le Mondialisation, il faudra qu’elle traite les travailleurs avec humanité. Le gouvernement français doit aussi prendre position. Il devra le faire lors d’une prochaine réunion entre représentants de la Commission européenne, du Parlement européen et du Conseil européen. Qu’ils soient d’ores et déjà prévenus qu’ils en discuteront sous nos regards et ceux des salariés lésés de Renault.

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0 commentaires


Canelle 18 octobre 2011 à 1 h 17 min

Tiens donc, c’est l’Union Européenne qui finance les indemnités, le reclassement et les formations des salariés, les marchands ont décidément la vie belle….pourquoi se gêner, tout le monde va payer à notre place.

Les prévisions de dépenses n’existent donc plus dans les entreprises ? C’est pourtant ce dont je m’occupais et cela fonctionnait très bien.

Que ne ferait-on pas sans l’Union Européenne : « licenciez seulement, on est là, on couvre vos arrières….! »

Je pense de plus en plus à quitter la France et l’Europe, l’Empire ne me fait pas peur, je le hais !

shadows 19 octobre 2011 à 12 h 15 min

Voilà le genre d’aberration auquel arrive notre système. Le parlement européen et ses commissions, composés de politiques non élus, est une erreur formidable, et n’a aucune légitimité face aux citoyens de l’UE. Le cas que vous évoquez est kafkaïen et ressemble aux pires moments de la bureaucratie auxquels on peut être confronté dans sa vie à un moment où à un autre. Et qu’en est-il des actuellement de ces anciens salariés de Renault tombés dans la précarité grâce à Renault, l’état français et Bruxelles ? Ce serait bien de nous tenir au courant. En dernier, je constate que Renault « ne passe jamais par la case prison mais touche les jackpots dans tous les cas », un vrai jeu de monopoly cette UE.

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