OU VA CE MONDE ?

le 7 décembre 2010

«Le système est bâti sur le pouvoir des banques. Il peut être détruit par les banques». C’est ce qui a poussé Eric Cantona à lancer ce fameux appel aux français à aller retirer des banques leurs économies. Alors bien sûr, compte tenu des prélèvements automatiques, des conditions de retrait dans les agences, il est impossible à chacun de retirer tout son argent des banques. Bien sûr, ce serait dangereux pour tous. Bien sûr la révolution ne se fera pas aujourd’hui…

Mais Eric Cantona a par cet appel posé à l’opinion publique une question essentielle, et c’est là le véritable intérêt de toute cette histoire. Il a relancé un débat que nous avons souvent tenté de mettre sur la place publique, sur ces banques qui se sont amusées depuis de longues décennies à s’échanger des actifs pourris. Et maintenant le scandale : ces banques qui ont été refinancées par les États, par la Banque Centrale Européenne, recevant des centaines de milliards d’euros à des taux extrêmement bas, les reprêtent maintenant à des taux d’usure, comme en ce moment même pour l’Irlande, le Portugal est l’Espagne. Ces banques qui, remises sur pied par l’argent public, n’ont pas trainé à renouer avec leurs pires perversions, redistribuant avec allégresse bonus et dividendes. Ces banques qui se permettent aujourd’hui, après la catastrophe dont les peuples font les frais et dont elles sont seules coupables, de venir réclamer des plans d’austérité d’une violence inédite.

L’initiative d’Eric Cantona rappelle une chose essentielle : cet argent avec lequel les banquiers jouent, bien souvent contre les peuples, c’est en grande partie le nôtre. L’appel au «bankrun» lancé par l’ex-footballeur doit résonner à leurs oreilles et à celles de leurs complices dans le monde politique comme un avertissement. « Nous ne nous laisserons pas faire ! Nous ne laisserons pas les marchés retourner notre argent comme une arme contre les peuples et nous avons les moyens de vous en empêcher », semblent vouloir dire ceux qui iront aujourd’hui sortir des coffres leurs économies.

Le collectif Sauvons les riches a approfondi l’idée de Cantona, appelant à sortir ses économies des banques pour les replacer dans une banque mutualiste. Nous proposons d’aller encore plus loin : puisqu’il s’agit d’argent public, puisque les actions des banques peuvent peser si lourd sur la vie économique des pays et des travailleurs, puisque les banquiers sont incapables d’assurer la viabilité d’un système, aveuglés qu’ils sont par leurs fortunes, puisque les banques ne favorisent pas un crédit permettant l’investissement utile à l’emploi et au développement, y a-t-il autre chose à faire que de les rendre publiques ? Renvoyons ces serviteurs de l’argent aux poches pleines d’or et rendons au peuple, sous la responsabilité de ses élus, les moyens d’agir pour son développement. Et sortons enfin la BCE de l’absurdité dans laquelle elle est maintenue contre tout bon sens. Permettons aux Etats de lui emprunter directement à des taux raisonnables. Permettons à la BCE de créer de la monnaie.  Et brisons enfin ce pacte de stabilité et de croissance, rendu caduc par les faits, pour le remplacer par un pacte de développement humain, social et environnemental.

Sur un tout autre sujet maintenant, le Conseil Européen vient de retoquer la proposition du Parlement Européen de faire passer à 20 semaines le congé maternité.  Pour nous qui avons voté pour, c’est un immense scandale. D’abord parce que c’est la possibilité d’une avancée sociale (elles sont devenues très rares) qui tombe ainsi à l’eau. La justification que donne le Conseil à son choix est la même que celle utilisée durant les débats par les députés européens de droite : cela couterait trop cher, et d’avancer en exemple le chiffre de 1 milliard d’euros pour la France. Outre le fait que ce chiffre est surestimé et que l’on ne dit pas qu’il est à partager entre l’Etat et les entreprises, on peut juger du ridicule de l’argument si on considère à côté de celui-ci le chiffre de 4.589 milliards d’euros correspondant aux aides publiques au secteur financier depuis octobre 2008.

Mais cela pose aussi une autre question : comment accepter qu’une assemblée de technocrates ait le dernier mot sur un parlement composé d’élus des peuples européens ? Comment peut-on vouloir faire avancer le sentiment d’appartenance à la famille européenne si on méprise ainsi la voix de leurs représentants ? Quel est le pouvoir réel du Parlement européen ? Quel est dans ces conditions son intérêt ? Il faudra que ceux qui ont défendu et voté le traité de Lisbonne répondent un jour avec honnêteté à cette question. En attendant, nous avons choisi de pousser la démocratie en Europe en lançant une pétition pour réaffirmer que selon nous, l’avenir de l’Europe est l’affaire des peuples européens.

Je voudrais pour finir commenter d’un mot l’affaire Wikileaks. Nous apprenons aujourd’hui l’arrestation de son désormais célèbre porte-parole, Julian Assange. C’est évidemment par le plus grand des hasards, qu’on lui découvre tous les pêchés du monde. Mais allons plus loin, et n’hésitons pas à poser à ce propos la question des libertés.

L’Université de Columbia vient de menacer ses étudiants, les informant  que le simple fait de commenter les révélations de wikileaks, y compris dans des espaces privés comme facebook ou twitter les exposerait à de graves difficultés dans leur avenir professionnel. En France, le ministre Besson, qui semble être en charge de la destruction des libertés, a déclaré vouloir interdire à tout hébergeur français d’accueillir le site sur ses serveurs. Et on  apprend maintenant que les comptes de Monsieur Assange ont été fermés en Suisse, que toute transaction par carte visa lui est désormais interdite. Où est le respect de la liberté ? Où sont les juges qui ont pris cette décision ? Où va ce monde ?


0 commentaires


Colvert-Spartakoid 7 décembre 2010 à 22 h 14 min

Bravo au PC et au mouvement de la gauche d’être à l’écoute trés attentive des citoyens, en particulier d’internet, ou de nombreux posteurs ont réagi partout rapidement , spontanémentet sainement pour lutter contre cette main mise des banques sur les peuples.
Des idées germent et s’expriment pour envisager des pistes de luttes nouvelles et peut-être efficaces si nous arrivons à rallier de plus en plus des peuples français et européens, en particulier, notamment en essayant de de faire naître de véritables banques solidaires avec des structures et un esprit mutualistes, coopératifs d’entraide comme celà se concrétise , se multiplie en informatique( Avec les logiciels libres et les clubs linux un peu partout dans le monde.)
Mais aussi et surtout en cas de trés forte crise et effondrement des systèmes bancaires libéraux(Pour alors contraindre les politiques à des renationalisations au profit des populations laborieuses).

Patrick Albert 8 décembre 2010 à 0 h 46 min

Encore la preuve que le parlement européen ne sert à rien et que l’Union Européenne est celle des technocrates au service du capitalisme.

courtel 8 décembre 2010 à 10 h 04 min

150% d’accord sur la nature et les conséquences de l’appel d’Eric Canto qui avant d’être un ex footballeur est un citoyen rebelle et maintenant un acteur de valeur.

Maryvonne Leray 8 décembre 2010 à 13 h 15 min

Merci Patrick de nous prouver que le PC a encore quelque raison d’exister .

Ce monde va mal, pouvait-il aller autrement avec un système qui n’a pour but que le profit de quelques uns.

Qui a dit que Marx était dépassé ? sinon par l’ampleur du désastre .

BOUDET Pierre 8 décembre 2010 à 17 h 22 min

J’étais persuadé dès le début que l’initiative d’Eric Cantona ferait un flop, même si elle partait d’une intention louable, je crois que la majorité des Français se sont dit si nous retirons tout nos dépôts, que va t il se passer, le pays risque de se retrouver insolvable, ce raisonnement est sans doute erroné mais c’est cette crainte, je pense, qui a freiné l’initiative.

Les principales mesures permettant de mettre fin à l’insatiable gloutonnerie des banques et des marché financiers, qui s’ils ne sont pas mis à la raison vont plonger le monde entier dans un recul civilisationnel jamais connu dans l’histoire humaine, sont en 1:

Abroger le traîté de Maastricht et la constitution Européenne telle qu’elle a été réintroduite antidémocratiquement dans le traîté de Lisbonne
ainsi que ce dernier.

2: Redonner aux états et gouvernements la maitrise de la B C E en chassant du CA actuel les représentants du CAC 40, et les actionnaires privés,qui sont les donneurs d’ordre de cette institution.

3 Confier à cette BCE sous contrôle des états, avec une participation à la gestion des citoyens , une mission de service publique d’aide directe aux états, à bas taux d’intérêts, finançant des investissements dans la recherche, l’éducation , la santé, les transports publics ferroviaires de marchandises et de voyageurs, la recherche et le développement de nouvelles sources énergétiques non polluantes, la construction de logements sociaux de qualité en nombre suffisant pour mettre fin à la spéculation immobillière, tous ces financements sans passer par les marchés financiers,

La proposition de création de banques mutualistes, est sans doute souhaitable, des propositions qui s’y apparentent sont faites par la majorité des économistes du PCF, Catherinne MILLS, Paul BOCCARA, Yves DIMICOLI, Denis DURAND, Pierre IVORRA, entre autres ;ces banques ne devraient se consacrer qu’à des activités économiques utiles socialement, sans présence au sein de leur CA d’aucun actionnaire capitaliste .

Bien sur cela reste au niveau de ce qui est souhaitable et nécessaire et pour y parvenir une autre nécessité est à mettre en place, la mobilisation la plus large sur nos idées en faisant progresser nos propositions de voter Front de gauche élargi, sachant qu’il est impossible de gagner la droite et la majorité du PS à ces mesures, il suffit pour s’en convaincre d’écouter les discours de TOUS les responsables socialistes sur la maitrise des {DERIVES} du CAPITALISME, vaste illusion s’il en est, ils réfutent la réappropriation citoyenne des monopoles industriels et financiers, générateurs de plus value, pourtant véritable solution à la maitrise future de l’économie au service des peuples

Colvert 8 décembre 2010 à 22 h 52 min

PS :profitons de cette actualité et tirons en une leçon:
Un moment opportun s’approche : les démolisseurs U.M.P. préparent la privatisation de notre service public La Banque Postale en avril , commençons donc à sensibliser et mobiliser ses trés nombreux  » usagers et clients » ( mais aussi la vraie gauche et les Syndicats: nous possédons actuellement un fort moyen de pression pour décourager les filous-voyous de leur casse : par étapes à partir de février augmenter nos retraits et faire peur aux avides repreneurs et les empêcher de nous accaparer et de nous « tondre puis dévorer ».
Aprés cette étape importante ,envisageons d’agir fermement pour la renationalisation du secteur bancaire français pour la revitalisation de tout notre secteur économique du travail et des petites entreprises

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