Un cran de plus dans l’offensive réactionnaire

le 2 mai 2021

Extrait de la Lettre du 02 mai 2021.

A la recherche d’une hégémonie culturelle pour accéder au pouvoir, l’extrême droite est entrée dans une guerre de position, cherchant à sceller, par une bataille idéologique de tous les instants, l’alliance entre une partie du bloc populaire, que l’élection et la politique de M. Macron a renforcé et homogénéisé, et la bourgeoisie la plus réactionnaire, garante des intérêts capitalistes. C’est, on le sait, la stratégie qui fut celle du fascisme. Celui-ci ne ressemblerait sûrement pas au précédent, tant l’emprise du capital internationalisé est forte et cornaque les initiatives politiques. Mais il ne sera pas pour autant plus doux.

Dans les guerres de positions, mieux vaut choisir et préparer son terrain. C’est ce à quoi s’emploie l’extrême droite qui profite d’une bienveillance médiatique ahurissante pour avancer ses pions.

La tribune d’une poignée de généraux de seconde section qui n’ont reçu leur grade que par la grâce de leur mise en retraite – restant ainsi sous l’autorité de l’institution militaire – en témoigne.

Publiée le jour du 60ème anniversaire de la tentative du putsch d’Alger, le but d’une telle tribune publiée dans un magazine de la droite extrême, puis consciencieusement mise en scène par voie de presse dès lors qu’elle avait le soutien de la cheffe de l’extrême droite, est de participer au climat général déjà bien déporté au-delà des frontières de la droite que nous avions connu depuis la Libération. Puis, il n’a d’ailleurs pas fallu attendre longtemps pour qu’un institut sonde l’opinion publique sur le contenu d’un texte qu’une infime minorité aura lu. Et les plateaux télévisés d’embrayer en invitant la fine fleur de la réaction disserter sur les « hordes des banlieues ».

Autrement dit, des éditorialistes stipendiés nous répètent que cette tribune n’est qu’un fait marginal, pour aussitôt la propulser au cœur de l’actualité. Le paysage est planté.

C’est ici, à mon sens, que se situe le cœur du sujet, dont l’importance tient moins au contenu et aux rédacteurs de cette tribune – vieilles badernes en retraite sans grand poids sur l’institution militaire – qu’au climat qu’elle a vocation à créer dans le pays.

Disant cela, je ne minore en rien le danger que représente l’appel à l’armée d’active, véritable forfaiture qui témoigne de la hargne factieuse des signataires qui ont semblé vouloir mettre leurs pas dans ceux de l’OAS. Je ne minore pas non plus l’importance du vote d’extrême droite chez les militaires. Mais comment pourrait-il en être autrement quand celle-ci recueille plus d’un quart des suffrages dans l’ensemble de la population ? La réaction ferme du chef d’état-major de l’Armée française, le général Lecointre, est à saluer. Les annonces de « sanctions, de radiations et mises en retraite d’office » témoignent, malgré les tentatives de déstabilisations internes, des assises républicaines solides de l’institution militaire et de sa soumission au pouvoir civil.

Le but de la manœuvre n’est donc pas de fomenter un coup d’État militaire improbable dans la situation actuelle, mais plutôt de préparer les esprits à une recomposition politique sur la base des valeurs de l’ordre et de l’autorité autoritaire, qui ferait la part belle aux mouvances d’extrême droite et dont s’accommoderait parfaitement le capital transnational dans ses développements actuels.

On trouve déjà en son sein des forces puissantes qui font ouvertement ce choix. C’est le cas de M. Bolloré. Une entreprise à laquelle participent, notamment, les frères de Villiers, héritiers et partisans de la monarchie et des Chouans dont les ouvrages se vendent comme des petits pains, et qui s’affirment, dans la pure tradition réactionnaire, comme « les derniers recours », ou homme providentiel pour l’un, face à la « décadence », surfant sur les sempiternelles idées réactionnaires de déclin et de perte d’identité nationale pour l’autre. Il est d’ailleurs significatif que le même magazine qui a publié le chiffon blanc des militaires soit aussi celui qui, dans un numéro précédent, publiait un long entretien avec Philippe de Villiers appelant à « l’insurrection » réactionnaire.

Une partie significative des forces capitalistes suscite ou observe ce basculement avec appétit pour les uns, opportunisme pour les autres. L’extrême droite recentre d’ailleurs chaque jour un peu plus son discours économique et social pour complaire aux exigences patronales et à la droite classique.

Que la cheffe de l’extrême droite ait salué si vite l’initiative des militaires, les appelant de surcroît à la rejoindre, conforte l’hypothèse d’un coup politique. Hypothèse renforcée par le pédigrée des factieux dont bon nombre sont membres du parti d’extrême droite et ont été ses candidats à différentes élections, ou, tel le sinistre Piquemal – radié de l’armée pour sa participation à des manifestations anti-migrants –, ont fait la preuve de leur attachement aux thèses et pratiques d’extrême droite.

L’atomisation de la société française et l’affaiblissement des partis et affiliations politiques rend les français bien plus sensibles au climat général, aux propagandes médiatiques, aux mouvements d’humeur. Ce que d’aucuns appellent la « société liquide » dans laquelle les institutions communes sont effacées peu à peu au profit d’individus atomisés, est le parfait vecteur des entreprises de subversion chères à l’extrême droite. Celle-ci pense ne pouvoir remporter la prochaine élection présidentielle que grâce à un « accident », qui lui permettrait de franchir la barre des 50%. Cette affaire indique qu’il va falloir s’attendre à des manœuvres de déstabilisation dans les prochains mois, et à y riposter fermement.

Car, répétons-le, ce terrain « meuble » sur lequel la décomposition politique se poursuit est propice à ce type d’offensives. Celles-ci trouvent d’intrigants et inquiétants relais dans les chaînes d’information en continu. C’est un point majeur et, à ce degré, relativement nouveau qui indique l’importance de la recomposition politique à l’œuvre.

Le danger s’accroît donc fortement. Il progresse notamment par une hystérisation du débat public autour de thèmes liés à l’insécurité. L’insécurité n’est pas un sentiment. C’est un vécu dans de trop nombreux endroits. Elle prend des visages nouveaux : le taux d’homicide baisse considérablement à mesure que s’accroissent les incivilités et les délits.

Notre société rejette l’expression d’une violence qu’elle sécrète pourtant par le chômage de masse, la pauvreté grandissante, la précarité du travail, la destruction des institutions communes et du contrat social, la domination totale du capital et des logiques marchandes.

La menace continue du terrorisme islamique, qui tue désormais des individualités à échéance régulière, accrédite dans les esprits la thèse d’un lien entre insécurité et immigration, évacuant d’une part toute explication sociale – pour empêcher le débat sur les solutions politiques et sociales tout comme la situation des territoires en proie à la délinquance –, et d’autre part toute analyse géopolitique du phénomène terroriste, et donc toute solution de long terme.

La force communiste et les forces de progrès ne peuvent rester inertes face à ce délitement duquel émerge l’éternelle figure du bouc émissaire, ici musulman et immigré. Certes il est nécessaire d’imaginer des dispositifs de prévention dans une coopération entre les élus locaux et la police nationale. Il faut aussi, pour les services de renseignements et de police, sortir de l’austérité et créer les conditions d’une police de proximité.

Mais à mon sens la riposte doit viser haut, en proposant un contrat social de type nouveau : comment faire peuple aujourd’hui, avec les Français tels qu’ils et elles sont, avec leur histoire et leurs identités autrement que par un contrat social dûment discuté le plus largement possible ? Un contrat social est un contrat de nature politique qui unit les membres souverains d’un même territoire. L’opposé total d’une définition ethnique de la nation promue par l’extrême droite et ses relais. Ce combat ne peut être gagné sans une dynamique sociale, sans mettre fin au scandale du chômage qui prive 10 millions de nos concitoyens d’une vie digne, sans redressement industriel et agricole, sans investissements dans la recherche, sans une éducation nationale, gratuite et laïque, rénovée et renforcée, sans services publics forts, démocratisés et universels, sans refaire vivre la laïcité, sans lutte contre le racisme, sans recoudre le lien entre l’humain et son environnement, sans un nouvel âge de la démocratie.

Autant de sujets étouffés par la promotion des thématiques réactionnaires. Ce combat ne pourra être gagné sans luttes contre les logiques capitalistes, sans visée et pratique communiste à vocation unitaire et rassembleuse. C’est cette bataille de nature politique, puisant dans la grande et longue tradition humaniste, socialiste et communiste, que nous devons urgemment mener pour contrer l’offensive réactionnaire qui avance, non plus à pas de loup, mais d’éléphant.

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6 commentaires


Nicolas 2 mai 2021 à 19 h 48 min

No

Moreau 3 mai 2021 à 13 h 52 min

Plusieurs des informations que vous communiquez Patrick Le Hyaric, dans cet article du 2 mai 2021 sont vraies et cet article a donc sa place, je pense qu’il est aussi à comprendre avec des articles de marianne.fr qui font ressortir selon moi, que « la tribune » publiée (à tort à mon avis car c’est subversif et dangereux) n’est pas une lettre au sens littéraire, mais un tract-pétition, un acte de propagande et donc illégitime ; il n’y a pas des milliers de lettres rejoignant cet écrit, mais des milliers de signatures, c’est complètement différent, donc c’est inexploitable en démocratie participative. Je pense que c’est très mauvais. L’illégitimité se trouve partagée entre signataires, média, et extrême droite.
Ce que je trouve grave selon ma lecture des informations, c’est qu’il n’y aurait rien à faire en justice, je trouve ça pas normal du tout : une république authentique ne doit pas laisser l’illégitime s’installer.
Du point de vue culturel du niveau de la culture populaire majeure dont la lisibilité est la Poésie ; et comme le savent de nombreuses personnes, les armées doivent être fidèles à tous les fêtes nationales du 14 juillet qui sont une partie de la lisibilité des présidences de la république plus ou moins positives mais qui ont toutes fait des apports. Et je pense que dans les circonstances actuelles, il serait bon de rappeler que le président Chirac qui a été Chef des Armées avait un grade d’officier, moi je ne pense qu’il mérite qu’on lui enlève ses qualités réelles et qu’il faut se souvenir surtout dans des jours comme ceux-ci, qu’un quatorze juillet, un extrémiste tenta de l’assassiner.
Donc tout ça, ce n’est pas selon moi du patriotisme ; tout comme ce n’est pas du patriotisme de tenter de faire disparaître la république pour un « rassemblement national » qui ne sera jamais l’unité du pays car seule la république authentique peut être l’unité du pays.

Moreau 4 mai 2021 à 11 h 05 min

Méchants et Monstres, Monstres et Méchants, sont à l’origine du chaos duquel il est très difficile d’extraire la France et l’Union Européenne. L’extrémisme de droite qui fait des victimes par des fautes graves voire très graves, a des conséquences plus graves en somme que la politique du président Macron, l’extrémisme de droite aggrave à un point cruel, la politique du président Macron qui ne vaut pas rien et qui n’est pas parfaite. C’est un des devoir de tout Citoyen (citoyenne ou citoyen) d’aider les moins instruits, les plus incultes, qui ne sont pas tous les Synonymes de Nuls pour lesquels l’habileté peut les faire passer en perpétrant des injustices graves ou très graves. La Fraternité entre les Hommes sans laquelle il n’y a pas de République réelle, ce n’est pas encore d’exploiter des personnes, de les saquer en nuisant à tous leurs intérêts, de détruite des vies humaines. Il serait grand temps de le dire et de se rassembler pour que ça ne puisse plus avoir autant cours en ce vingt et unième siècle. Les Syndicats doivent s’élargir en s’ouvrant aux Consommateurs mais aussi en même temps qu’aux travailleurs ; à tous les apprentis et à tous les stagiaires en différentes formations.

Moreau 4 mai 2021 à 12 h 09 min

Les socialistes et les communistes du vingt et unième siècle qui se présentent comme vrais, doivent se remettre en question car la Fraternité républicaine est un partage des pouvoirs selon l’éthique de la république authentique, les hiérarchies du privé, les hiérarchies du public, ne doivent pas avoir tous les pouvoirs ; et les Travailleurs sont vains si les Syndicats ne rassemblent pas les Travailleurs, les Consommateurs, les Apprentis et les Stagiaires. Et somme toute, s’ils se hâtaient de s’occuper des gens et de leurs besoins et de leurs intérêts les plus nobles ; nous entrerions dans cette ère tant sollicitée de patronat et d’autogestion qui ainsi vivraient ensemble ; et au diable l’extrême droite qui n’a jamais été l’universel, qui n’a rien de l’universel. indispensable n’est parler que pour ne rien dire de vrai et pour des propagandes : ce qui ne répond pas du tout aux plus graves préoccupations des gens.

Groisne alain 6 mai 2021 à 21 h 54 min

Dis Patrick, es tu au courant qu’il y aura une candidature communiste aux présidentielles, ce que tu n’évoques pas dans ton article. Que Fabien propose un accord à gauche pour les législatives dont tu ne parles pas. Il faut aussi que tu saches que beaucoup de camarades ne veulent plus se faire couillonner comme ils l’ont été par Mitterand, Jospin et Hollande…

alain harrison 14 mai 2021 à 21 h 33 min

La critique ?

Le PRCF s’engage pour 2022.

À force de renoncer (de beaux discours ?) et de la compromission…..

Attendre que l’Allemagne élise la gauche ?

Pour Jean Jaurès, la révolution socialiste n’est concevable que dans le cadre de la légalité démocratique, c’est-à-dire par une conquête graduelle et légale par le prolétariat des institutions parlementaires et de la puissance de la production.

Ce qui signifie ……

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