Marcel Trillat, homme d’image et d’humanité

le 20 septembre 2020

Notre tristesse est immense. C’est un roc qui nous a brutalement quittés vendredi. En disparaissant, Marcel Trillat laisse orphelin tous les professionnels et militants d’une information libre et pluraliste. A son égard, notre crédit est infini.  Marcel fut une conscience professionnelle rare. Défenseur acharné de l’audiovisuel public, il en fut également une cheville ouvrière.

Entré au Parti communiste à la fin des années 50 pour manifester son refus précoce des guerres coloniales, Marcel Trillat prolongea sa vie durant son engagement, derrière la caméra comme dans les rassemblements politiques. A la direction de l’information d’Antenne deux, il fit valoir une éthique, un regard, un souci du pluralisme. Censure, licenciements, intimidations, toutes les épreuves traversées n’ont fait que renforcer l’abnégation de ce travailleur de l’image.

Marcel fit son entrée dans  un audiovisuel public alors marqué par un fort progressisme puisé dans la tradition ouvrière et les combats de Résistance. C’était l’époque des Stellio Lorenzi et des Marcel Bluwal, autant d’hommes de télévision qui faisaient vivre la mémoire ouvrière, la culture, la visée transformatrice avec une très grande rigueur professionnelle et un haut niveau d’exigence. Journaliste pour « Cinq colonnes à la une », Marcel Trillat y donna à voir, à entendre et à comprendre les combats de la classe ouvrière. C’est naturellement qu’il prit une part active aux évènements de mai 1968.

Quand l’audiovisuel public lui ferma les portes en réaction à son engagement syndical et politique,  Marcel partit à la rencontre des ouvriers sidérurgistes en lutte dans le bassin lorrain et créa avec quelques comparses la radio Lorraine Cœur d’acier, épopée radiophonique et militante unique.

Le climat nouveau instauré par l’arrivée au pouvoir de la gauche et l’entrée au gouvernement de ministres communistes lui donna l’opportunité de réintégrer sa famille professionnelle d’origine. En homme fièrement indépendant, il travailla à faire vivre la mémoire des crimes coloniaux et des luttes anticoloniales, affichant une vigilance de tous les instants contre les idées racistes. Nous nous souvenons également, lors la première guerre du Golfe, de son refus courageux d’endosser la propagande couvrant la démonstration force retrouvée de l’impérialisme états-unien.

Représentant élu des salariés au conseil d’administration de France Télévisions après sa retraite, Marcel s’attacha autant à défendre une profession que le pluralisme des idées, alors et toujours en souffrance grave. Il en acquit autant d’amitiés que d’inimitiés, et une grande estime qui dépassait les clivages partisans. Son travail documentaire valait témoignage de son immense talent.

Marcel était un indéfectible soutien et lecteur de l’Humanité, répondant présent à chaque coup dur, chaque évènement. Au sein de la société des Amis de l’Humanité, il fit valoir son regard, son autorité naturelle. L’émoi suscité par sa disparition au sein de l’audiovisuel public témoigne d’une trace profonde. Souhaitons qu’elle soit tout autant féconde pour faire vivre cette exigence de pluralisme et cet engagement au service de la justice et de l’émancipation.

Patrick Le Hyaric

3 commentaires


Farida Mercier 20 septembre 2020 à 15 h 59 min

Un grand homme de conviction et Humaniste. Un journaliste et documentariste hors pair. Une grande tristesse. Je ne l’oublierai pas et je suis fière d’avoir connu cet homme exceptionnel et professionnel.

Michèle Casteran 27 septembre 2020 à 8 h 08 min

Très bon article pour un gros d monsieur.

Gilbert Bosetti 27 septembre 2020 à 18 h 25 min

Je l’ai perdu de vue en quittant l’école normale de Grenoble pour préparer St Cloud, mais en un
an j’ai eu le temps d’apprécier sa perspicacité et sa sagesse, qualités que détenait aussi Argelès, le leader des militants. Ce qui permettait au socialiste que je fus à l’époque (P.S.U. et non pas SFIO) de dialoguer avec des camarades comme lui et d’encourager une union de la gauche (pas avec Guy Mollet !).
Ce qui m’a ébloui chez Trillat, moi qui n’étais vraiment à l’aise que dans l’écriture, donc avec un temps de retard dans la réflexion, c’était le don d’une parole apaisée mais d’abord spontanée.
Les qualités du journalisme. G.B.

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