Du Japon à Benghazi, au vote de dimanche

le 24 mars 2011

Tout progressiste, au-delà tout humaniste, ne peut qu’être tourmenté, questionné par des événements aux multiples contradictions dont il sent qu’il ne dispose pas pleinement des moyens de contribuer à leur résolution. De la crise mondiale sans fin, du séisme au Japon doublé d’un très grave accident nucléaire, de la poursuite des révolutions arabes aujourd’hui bloquées par des richissimes dictateurs, autocrates mégalomanes, réprimant leur peuple comme en Libye, au Yémen, en Arabie Saoudite et au scénario de guerre en cours en Libye, jusqu’à nos élections cantonales marquées par un grand silence des urnes et une inquiétante montée de l’extrême-droite ; tout pousse à l’inquiétude et parfois même à l’angoisse.

Ces événements qui n’ont pas de lien entre eux bouleversent considérablement notre manière de penser le monde et son avenir. Raison de plus pour que chacune et chacun en devienne plus maître, actrice et acteur en toute connaissance de cause. Plus que jamais, les peuples doivent prendre leur destin en main.

En saluant le courage du peuple japonais, celui extraordinaire des pompiers, des services de sécurité et des travailleurs de la centrale de Fukushima Daiichi, nous adressons nos pensées et nos condoléances à celles et ceux qui ont perdu l’une ou l’un des leurs. La solidarité mondiale est indispensable. Au-delà, de nouvelles réflexions doivent être désormais menées. Le Japon est à 10 000 km, mais il est de l’autre côté de la rue quand un nuage radioactif le traverse, ou que l’eau ou les fraises importées sont contaminées. Vraiment, nous sommes tous concernés d’autant plus que des centrales nucléaires, il y en a sur notre sol ! Au nom de quoi doit-on accepter que certaines, dans le monde, puissent être construites sur des failles sismiques, des zones de possibles tsunamis ou dans des pays ne disposant pas d’un niveau de développement suffisant pour assurer leur sécurité ? La privatisation de telles industries, induisant leur gestion sur les critères court-termistes du profit augmente encore considérablement les risques. Ceci renforce l’idée de faire de l’accès à l’énergie, dans un contexte où la population mondiale va beaucoup grandir, un bien commun public, accessible à chacun, quel que soit l’endroit de la planète où il vit. L’humanité a besoin d’une réflexion et d’une coopération mondiale. Il s’agit, en associant le maximum de scientifiques dont les confrontations publiques éclaireraient les populations, de permettre à ces dernières de dégager les voies de l’autosuffisance et de la diversification des sources de production d’énergie pour un développement durable partagé, dans la sureté la plus grande. En les associant à de nouvelles économies, à la recherche de nouvelles formes d’énergie, tout en incluant l’indispensable paramètre de la nécessaire réduction des gaz à effet de serre, on pourrait défricher des voies nouvelles d’un avenir stable et meilleur. Un tel débat nécessite plus de transparence dans les informations, sur l’état des recherches, sur les avantages et les inconvénients de chacune des sources envisagées, de telle sorte que les citoyens soient en mesure de choisir et de décider en pleine responsabilité. De telles orientations sont d’autant plus difficiles à prendre que dans la crise mondiale et avec la raréfaction en marche des sources fossiles d’énergie, la répercussion de leur coût sur celui des activités humaines peut encore s’amplifier. L’heure n’est donc pas au tous contre tous, mais à la solidarité, à la coopération pour un monde où le maître mot devrait être le partage des informations, des connaissances, des décisions et des pouvoirs, un monde vraiment commun.

Des interrogations de même nature existent au sujet de la Libye. Comment empêcher un tyran d’exterminer ceux qui se révoltent contre lui ? Aucune proposition convaincante autre que celle d’une « zone d’exclusion aérienne », conçue comme un moyen d’empêcher les avions et hélicoptères du dictateur Kadhafi de bombarder la population civile, n’a été avancée. Protéger les populations victimes d’attaques, de fusillades et de massacres, qui appellent au secours, est un devoir. Le contenu de la résolution dite 1973 de l’ONU permet de l’assumer et elle a été présentée comme telle, bien tardivement il est vrai. La Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde ne s’y opposant pas au nom du principe de « protection des populations », tel que prévu dans la charte de l’ONU. Ce concept de « responsabilité de protéger » s’oppose au « devoir d’ingérence ». D’autre part, il était important que la résolution soit adoptée au titre du chapitre VII de la charte des Nations-Unies qui concerne « le maintien de la paix internationale ». Les autres mesures concernaient l’embargo sur les armes et le gel des avoirs de Kadhafi. Mais les choses sont rapidement allées au-delà. Kadhafi a montré sa duplicité en faisant croire à une cessation des combats, avouant par là même qu’il mène une guerre à son peuple. L’ONU qualifie à juste titre ces massacres de « crimes contre l’humanité ». Ceci a conduit une coalition hétéroclite d’États  à déclencher des frappes. Très vite, les tirs n’ont pas eu pour seul objet de bloquer des engins aériens, de réduire des défenses anti-aériennes, ils ont aussi détruit des infrastructures, des bâtiments jouxtant le palais présidentiel manifestement hors du concept de « zone d’exclusion aérienne ».

On entre là dans une autre stratégie que celle qui avait été annoncée. Ce peut être très dangereux et dégénérer en crise mondiale. De plus en plus d’Etats s’en inquiètent à juste titre. Ce n’est pas une force dirigée par l’ONU (de type Forpronu) qui coordonne les actions militaires, mais un général nord-américain. Voilà maintenant que des pays veulent la placer sous l’égide de l’OTAN ? Si tel était le cas, le mandat donné à l’ONU serait clairement et nettement violé. Le monde aurait été trompé. On est déjà depuis dimanche au-delà d’un concept de zone d’exclusion aérienne. On a du mal à concevoir que des frappes touchent le sol libyen, alors qu’à côté, au Yemen, au Barheïn, en Arabie Saoudite, en Syrie, rien n’est fait pour empêcher le pouvoir de tirer sur la foule. La répression s’abat sur les manifestants. Et puis pourquoi ces messieurs Sarkozy, Cameron, Berlusconi, devenus si actifs, n’ont ils jamais défendu l’idée de neutraliser les bombardiers israéliens détruisant Gaza en janvier 2009 ? En étant au-delà du mandat de l’ONU, la coalition qui mène cette guerre prend le risque grave d’escalade, de partition de la Libye, mais aussi d’autres pays arabes alentours, peut-être pour que demain les puissances occidentales se partagent les dépouilles de ces territoires et leurs richesses. Pour empêcher de telles dérives intolérables, mais aussi, inséparablement, pour que le tyran libyen ne poursuive pas sa funeste chasse à l’homme contre ceux qui combattent sa dictature et souhaitent sincèrement la liberté et la démocratie, il faut que les opinions publiques imposent le retour à la seule application de la résolution de l’ONU. Le devoir de protection des populations ne doit pas être le prétexte au déclenchement d’une guerre pour des intérêts politiques, économiques et géostratégiques de domination des puissances impérialistes. Et le choix des dirigeants libyens doit appartenir au seul peuple libyen. Pesons plus fort, partout, pour que le mouvement démocratique des peuples arabes ne soit entamé d’aucune manière.

A l’heure de l’information instantanée, dans un monde mondialisé, tous les humanistes, les progressistes, s’identifient et communient avec les peuples japonais ou tunisiens, égyptiens et libyens comme d’autres qui veulent s’émanciper des jougs de dictateurs, d’autres que la spéculation financière prive d’emploi, de logement, d’énergie ou d’alimentation à en mourir, sous la férule d’un ultra-capitalisme débridé, soutenu par une militarisation renforcée. Raison de plus pour repousser la véritable purge sociale et l’autoritarisme envisagés par le « pacte pour l’Euro ». Cette Union européenne porte en elle de graves dangers : celui de tension nationaliste, celui d’un éclatement aux conséquences inconnues. Celui de la montée de l’extrémisme de droite.

Dans un tel contexte, nous ne pouvons qu’inciter les électrices et les électeurs de gauche à se déplacer massivement dimanche prochain pour renforcer la gauche et pour que l’extrême-droite n’ait aucun élu. Pour une électrice, un électeur de gauche, dimanche, ne pas aller voter reviendrait par défaut à redonner un peu d’air au parti sarkozyste durement sanctionné dimanche dernier et à amplifier encore l’envol de l’extrême-droite de la famille Le Pen. A l’opposé du jeu dangereux et inquiétant de M. Copé, la gauche fera tout dimanche pour dresser une digue anti extrême-droite.

La combinaison du désaveu du parti au pouvoir et du haut niveau d’abstention confère de grandes responsabilités à la gauche. Les citoyens attendent qu’on s’occupe d’eux afin de résoudre les multiples difficultés qui les assaillent jusqu’à boucher leur horizon. Une gestion sociale, démocratique, progressiste des départements par des majorités de gauche peut être un atout pour les protéger. Tout en réalisant un bon score, le Parti socialiste est relativement stable et les progrès de la gauche sont d’abord dus à ceux des candidats du Front de gauche et d’Europe Écologie – Les Verts.

L’ampleur du barrage à dresser contre la famille Le Pen est devenue un enjeu politique d’autant plus décisif que l’UMP, brisant pour la première fois une posture de la droite républicaine, ne demande pas à ses électeurs de voter contre l’extrême-droite. C’est gravissime, au point de diviser le parti au pouvoir ! Après lui avoir pris une partie de ses idées pour les mettre en œuvre, voilà que M. Sarkozy et ses fidèles préparent le terrain à une alliance avec le Front National.
Autant de raisons pour mobiliser dimanche dans le rassemblement le plus large. L’action contre la crise, les réflexions, la tristesse et les angoisses venues du Japon ; la réussite des révolutions arabes ; la liberté pour les libyens et la paix ; le sursaut indispensable pour empêcher la dérive de la France et de l’Europe dans l’extrémisme de droite, appellent à toujours mieux maitriser les conditions de notre avenir commun, du canton à l’ensemble du monde. Dimanche, le rassemblement des progressistes sera une des clés pour ouvrir ces portes.

 

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0 commentaires


Albert 25 mars 2011 à 21 h 45 min

N’y a-t-il pas une fausse naïveté à croire que les puissances impérialistes interviennent en Libye pour défendre les populations contre une dictature qu’ils soutenaient encore il y a quelques semaines ?

Nastorg Claude 31 mars 2011 à 20 h 47 min

Te souviens-tu des sifflets de la fête de l’Huma 2001 quand tu as demandé 1 minute de silence pour le pseudo attentat de New York, et du vote, par les députés PC, dans la foulée, de l’intervention au coté de l’OTAN en Afghanistan? Rien à retenir pour la Libye?

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