De Tripoli, Tunis, à… Pantin

le 6 octobre 2011
© Photothèque des Musées de la Ville de Paris - Ph. Ladet

A Pantin, au petit matin du 28 septembre dernier, le feu a brûlé la vie de sept jeunes gens de moins de trente ans réfugiés dans un bâtiment désaffecté. D’autres sont gravement blessés. Ils étaient Tunisiens, Libyens, Égyptiens. Passés par Lampedusa, bravant d’immenses obstacles, ils venaient de leur pays si longtemps privé de liberté, pillé, appauvri, sous la férule de dictateurs corrompus. Ils sont partis de chez eux pour aller « vers la ville lumière », croyant qu’ici les autorités nationales leur tendraient les mains au nom de leur prétendu soutien aux « révoltes arabes », au nom de la fraternité qu’ils peuvent lire en passant devant tous nos édifices publics. Ils n’ont trouvé que les contrôles policiers, l’errance de parc public en squat délabré, sans le minimum indispensable, sans l’eau pour se laver, les toilettes et de quoi manger. Du régime policier et la précarité de Tunis ou de Tripoli, ils sont passés à la précarité et à l’insécurité de Paris.

Ils venaient ici pensant trouver le moyen de rebondir dans leur vie, un meilleur avenir, avec quelquefois l’espoir d’accéder à une formation pour retourner au pays. Rien de tout cela n’est au rendez-vous. Sinon, ce mercredi 28 septembre, le feu qui a dévoré certains d’entre eux dans leur sommeil. Telle est la terrible réalité de « la solidarité à l’égard des peuples arabes en marche vers leur émancipation » affichée, la main sur le cœur, par nos gouvernants, sur toutes les chaînes de télévision ! Ils traitent leurs chiens avec plus d’égards ! Tel est ce monde, avec sa brutalité égoïste. Tels sont nos dirigeants, préoccupés à sauver les banques et un système financier qui mènent le monde à la faillite et les individus à la misère, quand des jeunes venus de Tunis, du Caire et d’ailleurs, brûlent dans le feu de leur indifférence. La Tunisie ou Égypte doivent accueillir depuis des semaines des « immigrés » Libyens sans moyens supplémentaires. Quelle solidarité organise l’Union européenne pour aider la Tunisie à faire face ? Aucune !

La solidarité consisterait à restituer l’argent volé par les dictateurs corrompus aux peuples qui les ont déchus grâce à la force de leur unité et de leur détermination. Elle consisterait à décider d’une sorte de « plan Marshall » pour aider ces pays à se redresser, à se relancer, à offrir un nouvel avenir à leur jeunesse. Pour cela, il conviendrait de mobiliser, dans une coopération mutuellement équilibrée et avantageuse, le secteur bancaire européen, la Banque centrale européenne. De promouvoir un crédit public à bas taux d’intérêt pour des investissements utiles socialement et écologiquement, pour des emplois stables, et le développement de la recherche, de l’éducation, de la culture sur les deux rives de la Méditerranée. Car il faut en finir avec le drame de la misère, à Tunis comme à Pantin.

La coopération internationale, l’impulsion d’un projet mondial de civilisation faisant prédominer les êtres humains et la nature s’impose de plus en plus comme une ambition universelle. Tout le contraire de la volonté de l’Union européenne et des États-Unis de transformer le monde arabe en une zone élargie de libre échange et de mise en concurrence des travailleurs manuels et intellectuels, pour en faire un terrain de la guerre inter-capitaliste afin d’exploiter la main d’œuvre, le climat, les plages, les ressources du sous-sol, les intelligences de ces pays. C’est le grand combat pour l’Humanité qui est engagé par les peuples. Il est vital !

Depuis des mois et des mois, une multitude de jeunes adolescents de quinze à dix-sept ans ; Indiens, Pakistanais, Maliens, Népalais… baptisés en nos contrées si civilisées du vocable « mineurs étrangers isolés » dorment sur des cartons dans les rues, dans les gares, au bord du périphérique, dans des conteneurs, dans quelques halls, ou, parfois, dans des églises ou mosquées. Eux aussi viennent ici, chassés par les implacables chenilles du bulldozer de la misère, après avoir pris tous les risques. Ils rêvaient d’atteindre l’Eldorado. Quelquefois ils trouvent ici la solidarité de citoyens et, fait remarquable, des personnels du tribunal pour enfants de Bobigny qui, sur leurs petits salaires, leur donnent de quoi manger un peu.

Mais le pouvoir égoïste et sa clique, qui ne connaissent rien de la misère et des contraintes de la survie, restent secs, sans cœur. Les moyens nationaux pour leur accueil se réduisent sans cesse et ce sont les collectivités locales, dans cinq ou six départements et notamment en Seine-Saint-Denis, qui sont mises à contribution. Il a fallu que le président du Conseil général se fâche pour qu’enfin un débat s’instaure. Il est de la responsabilité d’un État solidaire de créer les conditions d’un accueil digne de ces jeunes, d’impulser un grand plan de construction de logements sociaux, au lieu de livrer à la promotion immobilière privée des villes qui, comme Pantin, ont depuis longtemps consenti d’importants efforts en ce domaine.

Il faut cesser de diviser les citoyens et d’utiliser les jeunes immigrés pour de funestes opérations politiciennes, qui fleurent la nauséabonde odeur de la bête immonde qui rôde. Au-delà, l’immigration des jeunes mineurs et d’autres augmentera au fur et à mesure que croîtra la crise du capitalisme mondial et sa rapacité qui sème famine, misère, pauvreté, persécutions, guerre, et dérèglements climatiques. L’union des citoyens du monde contre ce système prédateur qui ne sert que quelques rapaces de la finance est à l’ordre du jour. En témoignent les émeutes de la famine, les mouvements arabes, les Indignés d’Europe, comme ces jeunes qui se baptisent « les occupants » de Wall-Street aux États-Unis.

De Tripoli au Caire, de Tunis, de Santiago du Chili, de Porto, d’Athènes, de Damas à… Pantin, c’est le même combat. La même unité populaire nécessaire pour substituer à la mondialisation pour la finance, une mondialisation de la justice, de l’égalité, de la liberté et de la démocratie. L’avenir est à penser ce nouveau monde… commun.

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0 commentaires


TAILLEFER Bernard 6 octobre 2011 à 10 h 46 min

Vraiment, Patrick, je ne sais où tu trouves ton inspiration ! A chaque fois j’ai envie de diffuser largement tes papiers. Pourquoi n’entend on pas de tels accents dans toute la gauche ? Une gauche qui ferait de « l’humain d’abord » une vraie pratique quotidienne. Mais bon, avec le temps on arrivera peut être à faire gagner cette gauche là que tu représentes si bien. Encore merci et bravo. Bernard

Canelle 6 octobre 2011 à 11 h 45 min

Concernant la vie de ces 7 jeunes gens brulés vifs, les commentaires que j’ai pu lire dans les journaux m’ont fait bondir ; comment les gens peuvent-ils être aussi froids, sans coeur, égoïstes et racismes ? Seule leur petite vie quotidienne les intéresse ; j’ai été écoeurée !
Tout cela n’est pas beau du tout.

Merci Patrick de relever ce niveau de caniveau.

Dussaut 6 octobre 2011 à 17 h 55 min

L’Union Européenne !! Celle qui se vante d’être équitable, juste et loyale.
L’UE…mais elle détruit plus qu’elle ne construit !!
Pourquoi l’avoir appelé l’Union Européenne ??
Elle divise, OUI !!
Elle n’anoblie pas les peuples, ELLE LES ASSASSINE.
J’ai honte de faire partis de cette UE.

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