C’est plus profond qu’il n’y paraît

le 29 novembre 2012

Le décalage entre le spectacle pitoyable offert par les dirigeants du parti sarkozyste et la vie réelle est aussi important que la distance qui sépare la terre de la dernière des comètes de notre univers.

Rendons-nous compte ! On a ré-ouvert cette semaine les distributions d’aide alimentaire à un cortège grandissant de familles de plus en plus démunies ; les journaux régionaux fourmillent de plus en plus d’informations sur des plans de licenciements et des fermetures d’entreprises ; les dirigeants européens veulent réduire les budgets agricoles, ceux des fonds structurels et de cohésion avec des conséquences redoutables pour nos territoires ; la banque mondiale annonce une probabilité de réchauffement climatique de plus de 4 degrés et voilà qu’à l’UMP on ne trouve rien de mieux que de mener une guerre des égos ou pour des places.

Voici une affaire d’une extrême gravité qui, une nouvelle fois, révèle que la magouille et la triche deviennent une constante même dans un pays civilisé comme le nôtre. Elle se produit la semaine même où l’ancien président de la République est convoqué devant les tribunaux.  Il n’y a pas à s’en réjouir ! Tout le système politique français et peut être même le système institutionnel vont être durement affectés. C’est l’éthique, la démocratie, l’engagement politique et citoyen qui prennent un nouveau coup violent, élargissant encore le boulevard de l’antiparlementarisme aux campagnes contre les élus, au populisme simpliste et à l’extrémisme de droite qui grandit au fur et à mesure que fermente le fumier de cette crise de la politique qu’attise la crise sociale et économique.

Ainsi, avec la création du parti d’un ancien ministre de M. Sarkozy, M. Borloo, il y a quelques semaines, la fracturation de la droite se poursuit avec dans les rôles principaux l’ancien premier ministre de M Sarkozy, qui avait quitté M. Chirac et le secrétaire général du parti sarkozyste, qui se veut être le  sosie de l’ancien président de la République, auquel pourtant il n’a pas ménagé ses « coups tordus » dans l’espoir d’être le recours pour 2007. Le Paris des biens pensants s’interroge pour savoir si M. Sarkozy va être le bénéficiaire de cette fracturation. L’ancien monarque hésite. Il sait qu’il aura beaucoup de mal à convaincre qu’il n’est pour rien dans le film catastrophe qui se déroule sous le regard effaré de nos concitoyens. Il sait aussi que la droite a perdu toutes les élections ces dernières années. C’est lui, qui porte la principale responsabilité de l’actuelle crise pour avoir détourné la droite des lisières de certaines valeurs fondamentales de notre République qu’elle avait intégrées dans son identité au  lendemain de la seconde guerre mondiale.  Dans le pays de la Révolution française, du Front populaire et du Conseil national de la résistance, M. Sarkozy a voulu forcer notre pays à se plier aux thèses du bushisme et du tatchérisme, mâtinées de celles de l’extrême-droite.  Il a cru que, côté pile, ses rodomontades publiques contre le capitalisme et la finance, pouvaient masquer, côté face, son implication dans l’intégration capitaliste européenne et dans le capitalisme financier, avec la signature de pactes et de traités avec Mme Merkel. Pour le camoufler, le sarkozysme a utilisé le venin de la division des populations avec des campagnes contre l’état social et les corps intermédiaires. Pour tenter de se dédouaner d’un ultralibéralisme destructeur, il a multiplié les boucs-émissaires, qu’il s’agisse de prétendus assistés, des salariés des services publics, toujours affublés du qualificatif de « privilégiés », des immigrés, des sans-papiers ou encore des jeunes présentés comme responsables de l’insécurité dont ils sont pourtant les premières victimes.

Dans ce contexte, la motion dite « de la droite forte » qui incarnait tout cela en se réclamant ouvertement de Nicolas Sarkozy a recueilli moins d’un tiers des voix dans la consultation des adhérents. C’est beaucoup ! Beaucoup trop ! Mais ce n’est pas une majorité. Et les résultats des votes pour départager le candidat dit de la droite décomplexée qu’était M. Copé et celui qui, dans l’imaginaire français, incarne « autre chose », c’est-à-dire une filiation avec le gaullisme et Philippe Seguin et son opposition au traité de Maastricht montrent une quasi égalité. Les choses sont donc plus complexes et contradictoires que ne le laisse paraître « la fracture politique et morale » déplorée par celui qui, pendant tout un quinquennat, fut le premier ministre de M. Sarkozy.   Ce dernier, dans un milieu qui a le culte du chef et de l’autorité, a pu imposer sa vision d’une main de fer, sans pour autant éteindre les braises des débats et des contradictions qui depuis plusieurs années taraudent la droite française. Le chef a été chassé par le vote des Français et voilà que tout remonte à la surface. Les unités factices éclatant en deux partis se réclamant de la droite prétendument centriste, une UMP en phase de fracturation avancée, sans oublier leur flanc à l’extrême-droite. Le système institutionnel, avec l’élection du Président de la République au suffrage universel a pris une telle importance dans la vie politique qu’elle a  pour effet de faire perdre le sens de la mesure à celles et ceux qui prétendent à la fonction. Sitôt l’une achevée et tous les yeux des prétendants se tournent vers la ou les suivantes, selon leur âge. Dès lors, tous les coups sont permis, y compris de « tuer » ses compagnons de route. Mais il faut rechercher l’origine des tensions actuelles dans les profondeurs du terreau français.

La gravité de la crise sans fin du système capitaliste et de l’actuelle conception de l’Union européenne élargit sans cesse le nombre de celles et ceux qui doutent ou rejettent ce système. Il ne suffit pas d’être élu, encore convient-il, soit de répondre aux attentes des électeurs qui vous ont porté au pouvoir, soit  d’affronter leur  mécontentement et parfois leurs colères. Pour se protéger, le système va désormais jusqu’à demander aux parlements et aux gouvernements d’abdiquer devant la toute puissance de la finance, à l’abri des institutions supranationales et de la Banque centrale européenne. Pour les milieux de la finance qui projettent d’en finir avec l’état social et de déchirer la République, il n’est pas sûr que ces digues suffisent à empêcher les rassemblements populaires. Voilà des tensions, des contradictions qui taraude la société et le monde. Elles poussent forcément à la confrontation au sein même des forces qui n’ont que pour seul objectif de trouver les méthodes et les moyens de sauver le vieux système capitaliste. Ces phénomènes ne sont pas typiquement français. Une analyse sérieuse des conditions de la réélection de M. Obama le montre. Dans un autre registre, le vote en Catalogne dimanche dernier est aussi la conséquence de la crise de la démocratie et du sens commun.

Ces analyses et ces débats sont donc plus lourds et sérieux qu’on ne le dit dans les médias bien en cour, au moment même où, les extrêmes-droites du national capitalisme font leur miel de toutes les crises actuelles, qu’elles soient économiques, sociales, politiques ou morales.

Voilà qui, par contrecoup, pose avec plus d’acuité  des questions qui ne sont pas nouvelles sur le positionnement de la gauche dans son ensemble et du gouvernement en particulier. Celui-ci ne peut s’appuyer, comme il tente de le faire, sur les mauvaises notations de l’agence Moody’s ou sur les pressions du capital international, décrites  noir sur blanc dans un gros dossier paru dans le journal britannique The Economist,  pour tenter de convaincre l’opinion de la nécessité de l’austérité. Pour rassurer les marchés financiers,  le gouvernement a déjà fait beaucoup, qu’il s’agisse de l’adoption  à la hâte du nouveau traité européen, de la loi de programmation  budgétaire, d’un plan de compétitivité qui n’a fait l’objet ni de débats avec les organisations syndicales ni au Parlement, plan dont il est question aujourd’hui d’accélérer la mise en œuvre, conformément aux vœux exprimés publiquement par la présidente du MEDEF et les milieux financiers. Plus on leur en donne, plus ils en redemandent. Ce que la majorité de nos concitoyens attendent  du gouvernement socialiste et écologiste, c’est qu’il contribue à ce que soient apportées des réponses progressistes aux difficultés multiples qu’ils rencontrent, et d’abord à celle qui pollue toute la société : le chômage de masse.

Nous avons la conviction que le pays recèle suffisamment de forces vives dont la mobilisation pourrait utilement faire contrepoids à celle, très présente, des adversaires du changement. Ils sont nombreux celles et ceux qui peuvent se rassembler pour un autre partage des richesses grâce à une augmentation des rémunérations, à l’amélioration de la protection sociale, à une profonde réforme de la fiscalité. La progression du pouvoir d’achat des salaires et pensions est plus efficace pour la relance de l’économie que l’austérité et la rente versées aux actionnaires. Nombreux à préférer voir leur épargne alimenter un crédit public pour l’investissement productif que la spéculation des banques et des compagnies d’assurance. Disant cela, nous avons conscience des obstacles et de la difficulté de la tâche. La droite a laissé un champ de ruines dans bien des domaines. Raison de plus pour faire confiance à celles et ceux qui l’ont chassée en opérant des ruptures de nature à ce que les raisons d’espérer deviennent le moteur de l’intervention populaire. Le Front de gauche est utile pour y contribuer et rassembler toutes les sensibilités de la gauche sur des objectifs transformateurs. Une majorité populaire pourrait aujourd’hui se rassembler autour d’un projet portant  « l’humain d’abord » et un processus démocratique jetant les bases d’un projet post-capitaliste, radicalement neuf dans son contenu et les moyens d’y parvenir si l’on veut qu’il réussisse, parce qu’identifié comme favorable au plus grand nombre et au devenir de la planète.

Un Front de gauche qui doit travailler en permanence à une unité populaire d’un nouveau type, un rassemblement majoritaire actif, durable pour des choix de rupture avec les logiques actuelles afin d’inventer et de défricher les chemins inédits de la transformation sociale et écologique ; de l’émancipation humaine. Le débat doit être relancé.

29/11/2012

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Capra 1 décembre 2012 à 13 h 36 min

Il faut que nous nous rendions à l’évidence, la droite Française est une institution composée de bras d’une pieuvre avide d’injustices sociales, de richesses, de détournements de toutes sortes. Les corps COPE-FILLON-SARKOZY démontrent la monstruosité représentative d’un parti de mafieux sans scrupules, pret à faire alliance avec le requin blanc (FN) pour assouvir leur faim. Ils nous faut les combattre, les anéantir, comme ils l’ont fait avec nous les communistes, et tout autres partisans du Front de Gauche. D.CAPRA

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