Ce césarisme qui nous mène dans le mur

le 24 mars 2021

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 25 mars 2021 – par Patrick Le Hyaric.

Le temps perdu se rattrape-t-il ? Nous voilà plongés dans un « surplace allégé », après que le Premier ministre ait sonné le tocsin sur une situation épidémique qualifiée par lui de catastrophique dans seize départements. Invités à prendre l’air, à continuer de vendre librement leur force de travail, nos concitoyens resteront privés de rencontres, de cinéma, de théâtre et de spectacle vivant. Ils continueront d’être entourés de porteurs de virus en nombre grandissant sans bénéficier des résultats qu’ils sont en droit d’attendre après tant de sacrifices et de contraintes.

Qui peut croire que le niveau de diffusion du variant « anglais » sera ainsi réduit, lui qui a pour caractéristiques d’être plus contagieux, plus mortel, et plus contaminant pour des personnes plus jeunes ? Si « vivre avec le virus » consiste à accuser un perpétuel retard sur sa propagation, cela revient à faire le pari que bien plus de personnes seront contaminées, dont on pense, en haut lieu, qu’elles seraient ainsi immunisées tout en espérant que l’accélération de la vaccination en immunisera beaucoup d’autres.

Celle-ci est pourtant loin d’être acquise du fait des atermoiements coupables de l’Union européenne et de la voracité des laboratoires pharmaceutiques qui livrent les doses au compte-goutte pour maintenir leurs exorbitants profits.

Mais  combien de morts, de Covid longs, de reports d’interventions chirurgicales, de choix douloureux pour les soignants faudra-t-il accepter pour atteindre une immunité collective suffisante ? La Suède s’y était risquée. Elle y a vite renoncé. Or « la troisième voie » inventée par président de la République ressemble comme une sœur jumelle à la stratégie avortée des suédois. Bien plus qu’un aveu d’échec, elle n’est que la prolongation aggravée de son pari mortifère du mois de janvier dernier qui nous a conduit là où nous sommes. Le Conseil scientifique l’avait redouté. Plutôt que de rejeter ses recommandations, le chef de l’Etat serait bien inspiré de reconnaître que les mises en gardes du Conseil n’ont jamais été démenties par les faits.

Au lieu de s’attacher à construire des réponses collectives, avec l’aide du Parlement et des élus locaux, il a fait le choix de servir les exigences des grands groupes économiques et financiers, en profitant à plein des prérogatives que lui offre la cinquième République et son grotesque césarisme. Par la voix du MEDEF, les gestionnaires du grand capital supplient le pouvoir de mettre un terme rapide au « quoi qu’il en coûte ». Les intérêts de ces derniers prenant sans cesse le pas sur l’intérêt général. Que le monarque-président qui décide seul ne soit pas étonné de devoir rendre seul des comptes.

Devant tant d’impérities, la colère gronde. Il convient d’empêcher que le ressentiment abreuve encore plus l’extrême droite, prête à assumer le rôle d’un parti de l’ordre aux teintes fascisantes avec des franges du patronat qui craignent que la situation leur échappe. Une telle issue ne serait que la reconduction aggravée des politiques liberticides et ultra-capitalistes qui président aujourd’hui. Cette périlleuse situation doit interpeller les forces démocratiques et progressistes. Elle appelle à la construction d’une union populaire de type nouveau dont les luttes, en cours et à venir, pourraient être les prémices heureuses.


8 commentaires


Moreau 24 mars 2021 à 8 h 46 min

Sans parler de colère parce que ce mot est violent, il y a beaucoup de souffrance, de révolte humaine, de doléances justes, face a ce qui est abusif et plonge dans une réelle détresse actuellement, plus que l’épidémie.

vultaggio 28 mars 2021 à 9 h 16 min

Très bon édito comme d’habitude!
La colère n’est pas qu’un mot mais une « émotion » tout comme la tristesse, la peur, le dégoût, la surprise et la joie! Ces émotions fondamentales que ressentent tous les êtres humains mais aussi bien d’autres êtres vivants, leur permettent de se défendre et de pouvoir survivre. La joie étant la seule à exprimer le plaisir, la satisfaction, la récompense d’une bonne action ce qui n’est plus le cas depuis plus d’un an avec cette pandémie et la façon dont elle est (mal)traitée par les « puissants »! Alors, la colère est saine en soi, elle prévient d’une certaine façon qu’on nous prend pour ce que nous ne sommes pas. La colère en soi n’est pas violente mais ses conséquences peuvent l’être à moins que la propagande/com ne la divertisse de son objet: le mépris des puissants/possédants/dirigeants lequel « mépris » est considéré par certains comme la septième émotion fondamentale…

Moreau 28 mars 2021 à 10 h 39 min

Emotion est la révolte d’art, violence est la colère, les colères sont des révoltes négatives par leurs excès et par leurs abus, par leurs violences ; il ne faut pas confondre les révoltes chantées dans l’anthologie et la colère certes avec quelques vérités existant dans l’anthologie qui n’a jamais le mot : FIN ; depuis le premier jour de l’Humanité, ce n’est pas la colère qui est saine, il y a eu des guerres au cours de chaque siècle… La culture populaire majeure est saine, les populismes ont toujours eu des conséquences, ont toujours fait des dégâts à la vie des Hommes. Il reste beaucoup à dire. Il faut que les Puissants arrivent à comprendre, mais pour cela il faut partager au quotidien la culture populaire majeure et ne jamais se perdre en populisme. Il ne faut pas s’abonner qu’à l’Humanité qui a quelque mérite d’exister, il faut se cultiver de culture populaire majeure.

Moreau 28 mars 2021 à 11 h 17 min

Tous les populismes sont colériques, la Poésie n’est pas colérique tout en étant bien autrement la meilleure révolution en cours depuis Homère.

Mathilda 28 mars 2021 à 11 h 50 min

Tout est dit et bien dit.

Moreau 28 mars 2021 à 15 h 03 min

Tout ce qu’on peut dire encore de la colère, c’est que n’étant pas révolution intelligente de l’affect et de l’intellect, elle ne parle pas aux gens comme en attestent l’absence d’Union de la Gauche et de réussite électorale et politique au sens littéral. L’animosité n’a rien apporté à la population sinon la crise appelée la crise des Gilets jaunes. Il n’y a toujours pas deux vraies gauches aux valeurs universelles et toujours pas une Union de la Gauche faisant d’elle la vraie opposition pour une vraie autre gouvernance qu’elle soit communiste ou socialiste. Il ne faut pas dire que la Gauche ça va, quand elle manque de résultat au point que nous savons en 2021.

DAVID 28 mars 2021 à 17 h 26 min

Tout confirme depuis un an maintenant que nous allons droit dans le mur et que le pouvoir individuel a fait le choix de jouer avec la vie des gens.La vaccination, laissé aux mains de la finance, est une improvisation totale. L’ARS est aux abonnés absents. Les vaccins sont en nombre très insuffisant,tout comme les centres de vaccinations et souvent trop éloignés des populations. Actuellement des personnes de plus de 85 ans ne peuvent pas avoir de rendez-vous.
Pour remettre de l’ordre face à la désorganisation actuelle, le parlement doit se saisir de cette question et proposer une méthode pour la fabrication, l’acheminement,l’organisation totale de la vaccination. Il est urgent d’arrêter le massacre des innocents.

brcault 28 mars 2021 à 21 h 09 min

vivre le parti communiste

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