Une demande de renouveau

le 1 juillet 2020

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 02 juillet – par Patrick Le Hyaric.

Ces élections municipales compteront parmi les plus étranges de l’histoire de la cinquième République. Le deuxième tour, espacé de quinze semaines pour cause d’épidémie mais aussi par choix politique du pouvoir, a connu une abstention  record. Cette participation si faible s’inscrit dans une évolution à l’œuvre pour tous les scrutins depuis plusieurs années. Elle atteint désormais les élections municipales jusqu’ici épargnées.

Certes, la campagne électorale interdite n’a pas été propice au débat démocratique. Mais on aurait tort de penser que le désintérêt des électeurs ne viendrait que de là.  La date choisie a favorisé les maires sortants en campagne contre l’épidémie, et chacun a anticipé la forte abstention en s’évertuant à rassembler son camp, ou plutôt le cœur de celui-ci. Le nombre important de triangulaires a contribué à renforcer cette tendance.

Anticipant un échec annoncé, le parti au pouvoir a multiplié les alliances à droite pendant que le président marginalisait le scrutin en déclarant clairement que les choses importantes viendraient après. On aurait voulu dévaloriser l’élection municipale et les maires élus qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Le président, dont le parti aura été défait comme aucun parti présidentiel depuis le début de la cinquième République, aura tenté par tous les moyens d’amortir la portée du désaveu, pourtant bien réel. D’autant plus que les électrices et les électeurs qui ont tenu à l’exprimer l’ont souvent fait en votant pour des listes de construction citoyenne, rassemblant toutes les couleurs de la gauche et de l’écologie.

Macron a souhaité se débarrasser au plus vite de ce scrutin, considéré comme pure contrainte, pour lancer la dernière phase de son quinquennat, cherchant à faire accepter un capitalisme verdi qui masquerait les régressions sociales, économiques, démocratiques. Pas une semaine ne passe désormais sans l’annonce d’un plan de suppressions de postes – Sanofi, Nokia – ou de la fermeture de site -Borgwarner, Renault, Luxfer, etc. Et c’est par centaines de milliers que des travailleurs iront garnir les rangs des privés d’emploi, au premier rang desquels les jeunes du pays, si un front social et populaire, suffisamment puissant et uni, ne se lève pas.

Les détenteurs de capitaux ont décidé de redoubler de coups contre le monde du travail, au moment même où l’ensemble de la société est poussé par les effets de la crise sanitaire à mener une réflexion sur son sens, son utilité, sa finalité. Ajouté au désastre écologique et climatique, voici les deux mamelles de l’exploitation capitaliste mises en débat par l’état même de la société. On notera d’ailleurs ce paradoxe que les deux forces politiques annoncées à grands cris finalistes du prochain scrutin présidentiel, non seulement n’ont pas réussi à tirer leur épingle du jeu municipal, mais sont également celles qui esquivent ces enjeux fondamentaux. S’il y a une perversité de l’élection présidentielle et plus généralement des institutions, c’est bien celle de bloquer toute perspective de changement, surtout quand elle germe par le bas de la société.

Le succès de l’écologie politique dans les grandes villes en alliance avec les forces de gauche dimanche dernier indique le refus des désastres en cours. Et la belle résistance des listes d’union ancrées bien à gauche et souvent alliés à des écologistes seront des points d’appui solides pour affronter, à l’échelon local comme global,  la tempête sociale.

Aux forces sociales de pousser les contradictions dans les débats qui agitent la société : on ne pourra défendre et développer les services publics dans la santé, l’éducation et partout ailleurs sans assécher les circuits financiers. On ne pourra décider collectivement de la quantité et de la qualité de la production, et donc renverser la funeste tendance climatique, sans briser le pouvoir actionnarial.  Tels sont des enjeux que les municipalités de progrès élues devront porter avec les citoyens pour que les communes soient les fers de lance d’un renouveau démocratique tant attendu par beaucoup, qu’ils aient ou non voté dimanche dernier.

3 commentaires


oumellil Th-Marie 3 juillet 2020 à 23 h 33 min

vous dites bien les vrais enjeux— mais la plupart des gens ne regardent que les images des chaînes TV…qui n’appartiennent aucunes au peuple du travail et de nos vies brisées…dans les commentaires , ils se référent seulement aux infos de nos détracteurs—tout le monde n’a pas internet et les réseaux sociaux…ni la presse écrite et militante !

Il faudrait parler d’avantage des infos nationales uniquement people avant tout et ses news fakeetc……….

bricault-jeanclaude@orange.fr 26 juillet 2020 à 16 h 33 min

vivre l’huma

Fabien ARNOULD 4 juillet 2020 à 12 h 56 min

Il est évident que les coalitions des forces de gauche, citoyennes et écologistes en rupture avec le néolibéralisme ont remporté de belles batailles face aux coalitions LR/Larem, le RN quasi inexistant.

Cette stratégie montre le chemin pour les prochaines élections. Fédérés, on gagne !

La Vème République en vigueur pousse à l’incarnation pour 2022, excite les humeurs égotiques, véritables machines à perdre.
Il est impératif que les forces de gauche, citoyennes et et écologistes travaillent ensemble pour déterminer un programme axé sur des convergences, puis désigner une, un candidat fédérateur portant ce programme.
C’est maintenant que cela s’affine et pas à quelques mois de la présidentielle où les égos sont exacerbés, chacun renvoyant à l’autre la responsabilité de la division.
Pour mobiliser la masse des abstentionnistes, offrons aux citoyens un projet alternatif commun.
L’Humanité peut être un lieu de dialogues et de concrétisations.

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