Quand la souveraineté revient au galop !

le 3 avril 2020

Emmanuel Macron pendant sa visite de l'usine Kolmi-Hopen. Photo Loic VENANCE/AFP

Macron semble s’être découvert une subite passion pour la souveraineté. «Nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne» s’est-il écrié. Diantre ! Au feu le « marché ouvert ou la concurrence est libre ». D’où sortent ils donc ? Le chef auto-proclamé de cette « drôle de guerre » contre un ennemi invisible, comble l’absence tragique de masques, de tests, de lits, de blouses, de respirateurs, bref de toutes les munitions dont il faudrait disposer, par des mots, toujours des mots grandiloquents. Rien que des mots couvrant leurs mensonges : « souveraineté », « indépendance ». Des mots qui tournent le dos à toute sa politique d’intégration forcée du pays à la mondialisation capitaliste, de respect des injonctions des institutions mondiales de la finance qui nous ont laissé si démunis en médicaments, masques, respirateurs et moyens pour faire vivre un système hospitalier performant.

Quelle « indépendance » quand toutes les variantes de libéraux, déguisé en sociaux-libéraux ou en libéraux sociaux jusqu’au macronisme ont depuis plus de 30 ans théorisé la France sans usine, en espérant, avec une tournure d’esprit toute « néocoloniale », que les pays émergents dont la Chine soient assez stupides pour être l’atelier du monde sans un jour réclamer leur part de la valeur ajoutée engageant leur propre développement. Quelle souveraineté européenne quand l’Europe maastrichtienne a érigé la concurrence entre ses travailleurs, ses entreprises, ses pays « libre et non faussée » en dogme absolu avec les conséquences désastreuses que l’on constate aujourd’hui, alors qu’une partie des gouvernements européens tirent dans le dos des autres, jusqu’à voler les masques du voisin… ? Quelle souveraineté quand les productions stratégiques ont toutes été cédées à des agents privés, eux-mêmes soumis au bon vouloir d’actionnaires souvent étrangers qui se fichent comme de leur première chemise de la nation et du peuple travailleur ? Quelle indépendance quand des fleurons comme Alstom ont été livrés aux Etats-Unis ? Quelle indépendance quand les GAFA ont pris la main avec le consentement des pouvoirs politiques et économiques sur l’essentiel des données numériques ? La liste serait longue des abandons de souveraineté.

Aussi, cet empressement à reprendre des thèmes qui lui étaient jusqu’ici étrangers semble avoir une visée toute politicienne pour réinstaller dans le débat public le duel mortifère entre M. Macron et l’extrême droite, entre le « libéral souverainisme » et « souverainisme libéral » dans la perspective des prochaines élections présidentielles.

Car agiter ces concepts sans avancer le moindre élément pour les rendre tangibles ne sert qu’à entretenir le flou sur lequel prospère aussi bien le macronisme que le nationalisme d’extrême droite. Celle-ci n’a jamais daigné expliquer ce qu’elle entendait par souveraineté, si c’est le rejet de ce qui est étranger à la nation. Elle se sert, avec le même opportunisme, de mots chargés de valeur symbolique pour duper son monde. Elle s’est d’ailleurs trouvé un héros en la personne de M. Trump qui promeut, sous la bannière « América’s first » (copier-coller du fameux « les Français d’abord » dont nous rabat les oreilles l’extrême droite), un souverainisme égoïste, reposant sur la toute-puissance d’un capitalisme national auquel tout est permis et accordé et une féroce oppression du travail. Bref, une souveraineté qui repose sur l’exploitation des autres nations et des travailleurs du pays. Nous refusons d’être enfermés dans ce duel sans autre perspective que la guerre, l’aliénation et l’oppression.

La souveraineté nationale n’est qu’un leurre dangereux sans souveraineté populaire. Elle est un mirage sans une toute autre répartition des profits et une fiscalité justement partagée « en fonction de ses moyens » qui mette à contribution le capital, sans un renouveau industriel piloté par la puissance publique. Elle est une coquille vide sans une démocratie vivante et des services publics performants et démocratisés. Elle n’a de sens qu’insérée dans une solidarité internationaliste où chaque nation échange ses biens et services sans espérer dominer l’autre. La souveraineté réclame enfin que les travailleurs puissent enfin accéder au pouvoir de décision qui leur est aujourd’hui refusé. Imaginons une seule seconde que les personnels de santé qui alertent depuis tant d’années, aient eu un pouvoir de décision sur les multiples coupes budgétaires, réorganisations technocratiques et inhumaines des services de santé, s’ils étaient maitres de l’industrie du médicament, si la recherche publique était soutenue. La souveraineté populaire passe par une grande appropriation sociale et citoyenne des moyens de productions. Et, la souveraineté c’est aussi l’indépendance a construire vis-à-vis des puissances financières. On ne peut vanter dans les discours le prolétariat qui se lève pour le bien commun en ce moment sans lui permettre d’accéder au pouvoir. S’il en était ainsi,nous ne serions pas, de toute évidence, dans la situation désastreuse que nous connaissons. Oui, souveraineté populaire ! Voilà une voie que refusent de prendre aussi bien M Macron que Mme Le Pen. Aux forces de progrès de la faire vivre dès maintenant avec audace.

Patrick Le Hyaric

3 commentaires


Moreau 3 avril 2020 à 14 h 51 min

Article intéressant car il comporte quelques points qui sont un pas vers une gauche du vingt et unième siècle dont l’absence au-delà de l’expérience du front de gauche qui n’aurait pas dû disparaître tant elle annonçait une seconde gauche au communisme universaliste, eurocommunisme universaliste ; la seconde gauche a très mal servi la France et l’Union Européenne en se reniant somme toute comme elle s’est reniée.
Souveraineté populaire française et européenne républicaine ou elle n’est pas universalisme ; et bien par ces mots vous vous rapprochez de la république en marche des Gilets jaunes libres et du changement nécessaire et indispensable auquel elle aspire. Ceci dit il faut la refondation de la gauche communiste pro-européenne, la seule rassembleuse tant que l’exploitation de vieilles idéologies est diviseuse et ruineuse des espérances et des efforts.
Oui monsieur Le Hyaric il est grand temps de le comprendre alors que le vingt et unième siècle est commencé depuis vingt ans, la république universaliste, c’est cette souveraineté populaire française et européenne républicaine qui peut et qui doit associer le meilleur de chaque Homme en réalisant la consigne qui construit la nouvelle république française et européenne, chacun à sa place légitime et il faut associer le meilleur de chaque Homme car les Hommes sont interdépendants.
Elle devrait et elle devra ou il n’y aura jamais de salut de l’Humanité possible, associer libéralisme universalisme qui n’a rien à voire avec les vieilles idéoloqies libérales qu’il faut aussi laisser au passé, et je pense que c’est ce que souhaite la république en marche, socialisme universaliste, et communisme universaliste.
C’est l’émiettement et la non remise en question avec spontanété qui a fait tout ce régime désastreux dont tous les mauvais partis ont été sanctionnés aux grandes élections de 2017. Le Front de gauche pouvait continuer en prenant le nom par exemple, il y a tant de nom possible : la France et l’Europe de Gauche, il fallait la continuité vingt et unième siècle. La population qui commençait à se reconnaître en une seconde gauche populaire française et européenne, certes manquant d’assurance à cause de la crise financière gravissime mais qui était surmontable. Une partie de la droite et une partie du centre droite se sont bien remises en question en devenant la république en marche qui a su conquérir honnêtement et faire ses preuves progressivement, quelles que soient quelques justes critiques. Il reste beaucoup à dire. Les décisions devraient êtres retenues par toutes les forces républicaines universalistes spécifiques de façon à éviter les abus des uns ou des autres comme il y en a eu faisant la crise générale et la jacquerie libre et ses doléances. Vous avez mis bien à mal toute cette confiance qu’une partie de la population a accordé au Front de Gauche mouvement qu’il était possible de mieux nommer pour mieux continuer au lieu de ces divisions fratricides.
A une souveraineté populaire française et européenne républicaine pouvait et devait, peut et doit correspondre une lisibilité populaire authentique. Tout de qui fait défaut à la grande jubilation des archaïsmes politiques extrémistes, c’est de la faute de tous les partis politiques qui ont été sanctionnés avec grande révolte en 2017. Il faut tout le changement nécessaire et indispensable pour une composition politique de la république du vingt et unième siècle ; il ne vous faut pas commencer à le dire, puis vous arrêter, il faut la continuité, et l’arrêt du front de gauche pour n’importe quoi, fut une faute politique de grande violence et cruelle comme elle limite forcément le progrès politique français et européen, et mondial.
C’est toute la gauche qui n’est pas à féliciter dans tout ça. Très triste.

KRIEF NANCY 3 avril 2020 à 15 h 01 min

Très bon papier, mais à la sortie de ce cauchemard, s’il n’y a pas le plus grand rassemblement, comme le fut le Programme Commun, nous ne pourrons pas renverser ces ordures.
Le peuple était derrière le programme commun et c’est ce qui faisait sa force.

chb 7 avril 2020 à 9 h 34 min

Pourquoi le programme commun victorieux s’est-il délité en victoire de la spéculation ? Comment des ministres communistes ont-ils pu accompagner des nationalisations et abandons de souveraineté ? Pourquoi la gauche, un temps majoritaire au parlement européen, a-t-elle laissé prospérer le capitalisme voyou et l’exploitation de peuples ?
Eclairer ces dérives d’un passé encore douloureux aiderait sans doute à rendre à nouveau crédible et souhaitable un futur plus humain.
Nb : parmi d’autres, le PCF de 1945 à 1981 ne craignait pas de prôner la réindustrialisation – en vain – avec les slogans fameux « fabriquons français » « produisons français » « Made in France ! D’accord » : ce thème n’est pas l’apanage d’un repli sur soi frontiste. Sans oublier que c’est aussi notre échec électoral récurrent qui a aidé le F’Haine à gagner des points auprès de la France-d’en-bas.
Du coup, quelles ordures devons-nous renverser d’abord ? Un programme ambitieux et rassembleur est-il possible contre la globalisation destructrice et l’accumulation capitaliste ?

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