Le temps presse

le 27 mai 2019

Au terme d’une campagne pour l’élection des députés européens pendant laquelle les véritables enjeux du scrutin ont été passés sous silence, nous assistons à l’amplification du bouleversement du dispositif politique, entamé depuis plus d’une décennie, avec l’affaissement confirmé des deux principales forces politiques qui ont gouverné le pays et l’Union européenne depuis un demi-siècle. L’aspiration grandissante à sauver le climat et la biodiversité s’est manifestée sur tout le continent avec la progression des partis de l’écologie. Mais les bouleversements en cours font souffler le vent mauvais de la réaction chauvine et haineuse tout en amplifiant l’emprise du capital sur les peuples et les sociétés.

Malgré un regain sensible de participation, le taux d’abstention exprime à la fois un rejet de la politique nationale et de l’actuelle construction européenne. Les puissances d’argent en France ont soutenu un scénario fondé sur l’installation d’un duo qui permet de conforter leur serviteur politique au pouvoir, quitte à jeter les mécontents dans les bras de l’extrême droite, tout en affaiblissant les forces de la gauche alternative.

Les premiers à en pâtir sont les millions de nos concitoyens des classes populaires, laissés aux mains d’un duopole appelé à durer si les conditions d’un sursaut ne sont pas créées. Les deux acteurs de cette mauvaise pièce s’entendent comme larrons en foire dans de nombreux pays pour élimer les droits sociaux, consacrer les inégalités, et pousser l’intégration capitaliste des nations et des peuples mis en concurrence, jusqu’à menacer de nouvelles guerres.

Le rejet majoritaire des conséquences de la mondialisation capitaliste pousse partout à la montée du nationalisme d’extrême droite qui, pour l’essentiel, trouve son principal allié au sein du pouvoir nord-américain, contre les intérêts des pays européens et leur souveraineté. Ces forces sont l’expression des tentations nationalistes d’une partie des classes possédantes qui anticipe les mutations du capital et ses nouvelles stratégies pour conserver leur pouvoir exorbitant sur nos vies. Les partis nationalistes qui en sont les outils risquent désormais d’imposer leurs vues au sein même des institutions européennes.

Le moment historique que nous vivons est d’une extrême gravité. L’ensemble des forces qui se réclament de la transformation sociale et écologique essuie une défaite historique, exact miroir aux reflets hideux des succès qu’engrangent les forces nationales-capitalistes sur le continent et au-delà. Au sein du Parlement européen, les écologistes renforcent sérieusement leur présence, mais la gauche d’alternative se trouve très affaiblie.

La réflexion va devoir être menée sans œillère, au regard de notre responsabilité historique face aux périls qui s’amoncellent.  Le total des voix de l’ensemble de la gauche reste très faible. Trop faible. Nombre d’électeurs et électrices potentiels aurait souhaité des listes unitaires face à la politique actuelle, à l’extrême droite, et pour peser pour des textes européens favorables à la justice sociale, écologique et fiscale. Ce qui les a rendues impossibles mérite une analyse approfondie pour enfin être en mesure de mener à l’échelon européen, là où s’organisent les forces d’argent, les ripostes nécessaires pour la défense des services publics, contre les dérégulations et les politiques d’austérité et pour relayer les combats internationalistes.

La poussée de la jeunesse vers l’écologie rend encore plus incontournable cet enjeu majeur pour les décennies à venir. Il doit être pleinement intégré à la critique du capitalisme ravageur et à son dépassement.

Alors que les bouleversements en cours sont d’une intensité rarement constatée, il est urgent de parvenir à unir les millions de citoyens attachés au progrès social et écologique au risque de laisser s’évaporer tout un courant de résistance sociale et politique, avec ses repères, ses capacités d’initiative. Au risque surtout de laisser les défaites politiques d’aujourd’hui se transformer en défaites culturelles et idéologiques pour de longues années voire décennies.

C’est à cette riposte que nos journaux, avec toutes les bonnes volontés qui se manifesteront, vont consacrer leur énergie dans les mois qui viennent.

12 commentaires


Moreau 27 mai 2019 à 18 h 39 min

Oui le nationalisme internationaliste français est le plus grand sectarisme de tous les sectarismes de la classe politique qui en ignorant l’universel ne fait que perpétrer le régime désastreux. Tous les partis sont sectaire, tous les partis sont des clans, c’est ce que disent beaucoup de gens et certains d’entre eux sont encore dans des partis.
Beaucoup de gens très inquiets pour la suite ne peuvent plus croire en une quelconque alternative de gauche, ils ne peuvent plus supporter le moins pire qui de toute façon détruit moins vite que le pire mais précipite le monde entier à sa perte.
Et donc il ne croient pas en la reconstruction annoncée du parti socialiste et autre parti. Et à mon avis, ils sont dans le vrai en n’y croyant pas. De mon point de vue il est impossible de vraincre le fléau du nationalisme voire du nationalisme internationalisme sans les trois politiques républicaines universalistes : le libéralisme républicain universaliste, le socialisme républicain universaliste, le communisme républicain universaliste. Il y a une très grande menace de transpartisanerie au niveau du parlement européen qui n’a jamais existée auparavant parce que les nationalistes ne faisaient rien en tant qu’eurodéputés alors que maintenant ils faut interférer en votant de façon transpartisane. C’est pourquoi moi aussi je ne crois pas dans les reconstructions annoncées par les uns et les autres : rien ne pouvant désormais réussir pour les populations de l’Union Européenne sans l’universalisme politique républicain qui doit pour la république réelle remplacer les clivages causés aussi depuis trop longtemps par le pouvoir médiatique ennemi de l’universel qui a ainsi remplacé l’universalisme par l’universalisme. Je ne crois pas du tout dans les autres politiques que les trois dont je parle en vain depuis longtemps ; c’est trop facile de charger monsieur Macron alors que le pouvoir médiatique est très responsable de la persistance très violente du nationalisme. Presque la moitié des gens n’ont pas voté, il y a des raisons majeurs à ce phénomène d’abstention élevée.
Que les libéraux, les socialistes, les communistes, qui récoltent de piètres résultats ne s’en plaignent pas, ils n’ont pas pensé leur politique spécifique en républicains universalistes et ils ne se sont pas élevé contre le quatrième pouvoir, le pouvoir médiatique, qui a fait que le duo pour parler vrai et juste, c’est le mouvement nationaliste internationaliste et l’ensemble des autres mouvements ; et nombreux sont les abstentionnistes qui ne veulent pas faire partie de ces sectarismes politicards. Il fallait l’universalisme républicain et la gauche aurait été plus souvent majorité présidentielle, sans l’universalisme républicain, tout ira mal ou très mal, rien de bien n’étant possible. Je pense que Jean Jaurès n’aurait pas laisser empirer , qu’il aurait eu le courage de dire la vérité qui construit l’Homme depuis longtemps.

alain harrison 28 mai 2019 à 1 h 29 min

Bonjour.

Moreau:
«« Je pense que Jean Jaurès n’aurait pas laisser empirer , qu’il aurait eu le courage de dire la vérité qui construit l’Homme depuis longtemps. »»

Pour Jean Jaurès, la révolution socialiste n’est concevable que dans le cadre de la légalité démocratique, c’est-à-dire par une conquête graduelle et légale par le prolétariat des institutions parlementaires et de la puissance de la production.

Qu’est-ce que implique cette déclaration ?

alain harrison 27 mai 2019 à 19 h 01 min

Bonjour.

«« La poussée de la jeunesse vers l’écologie rend encore plus incontournable cet enjeu majeur pour les décennies à venir. Il doit être pleinement intégré à la critique du capitalisme ravageur et à son dépassement. »»

Je reprends un extrait de mon commentaire sur « Contre le tandem Macron-Le Pen : Ian Brossat !»

Face au changement climatique, la finance retarde les choses pour tout simplement l’instrumentalisé et en faire une valeur ajoutée. C’est dans son ADN, comme ils disent.
Avant ils disaient on ne fait pas de politique, seulement des affaires.
Il y a eu une mutation quelque part ?

En considérant la tendance, il est à craindre que la finance va instrumentaliser les verts.
Les verts (et leurs extrémistes) vont sans doute approuver l’Austérité Verte et les promesses techno-financières. Leur slogan: Nous avons les solutions, plus de techno, toujours plus de nano-techno. Donc plus d’extraction et attention les régions qui refuseront notre plan de sauvetage de la planète: les guerres pour la Terre.

Le discours est sans doute prêt, la PUB ad nauseam a de beaux jours, et le mainstream bien rodé.

Une certaine gauche continue à diviser par les faux espoirs entretenus. Mais elle ne le voit toujours pas. Ou, est-ce autre chose: dans les motivations ?

L’UE est le problème structurel.

Jean-Paul Pierot 28 mai 2019 à 7 h 37 min

On mesure combien il est necessaire de defendre « l’humanité « pour nourrir ce débat, cette reflexion sans oeillères pour faire face et resister.

Moreau 28 mai 2019 à 21 h 24 min

Tout est de la faute de tous les partis politiques, il est flagrant que le système démocratique de l’Union Européenne est mauvais : des individus qui sont contre l’Union Européenne n’auraient jamais dû voir leur candidature à l’eurodéputation validée, quand on est contre la construction de l’Union Européenne on ne s’inscrit pas pour entrer dans leur fonctionnement ; les anti-européens n’auraient donc jamais dû pouvoir être candidats ; puis les candidats qui étaient contre pour devenir pour tout en voulant le contraire de l’Union Européenne telle qu’elle devrait être ; puis les candidats en tête de liste élus bien avant que les Citoyens votent voire les résultats faits à l’avance en l’absence même d’un réel travail politique pour la vie de toutes les personnes de la population de l’Union Européenne. Et puis les votes transpartisans qui viennent faire le comble de la transpartisanerie et qui viennent faire les abus de pouvoir. Tout est de la faute de tous les partis politiques : aucun n’a proposé la réglementation des institutions de l’Union Européenne telle qu’elles devraient être écrites pour une république démocratique républicaine universaliste de l’Union Européenne. Avant l’Union Européenne a été menacée de dislocation. Maintenant elle est menacée comme jamais d’abus de pouvoir, les nationalistes de droite, de gauche, et d’ailleurs n’ayant jamais eu leur place légitime dans l’institution parlementaire de la république universaliste de l’Union Européenne en construction. Les populations sont déjà gravement victimes de la mascarade et de l’absence de système démocratique républicain universaliste digne de ce nom. C’est ça que dirait Jean Jaurès.
Ce système politique européen

chb 29 mai 2019 à 23 h 54 min

Moreau, il aurait fallu réserver aux seuls « pro-européens » le droit de constituer des listes ? ?
Drôle de conception de la démocratie, alors que déjà que la moitié des citoyens français s’est sentie exclue des enjeux du scrutin !
A mon avis, être contre le fonctionnement de l’UE ne signifie pas qu’on est contre l’Europe. Et puisque la prééminence des intérêts du grand capital n’était pas contestée par la plupart des candidats, on savait que le vote allait entériner les privatisations, la concurrence « libre et non faussée, les banksters, la dégradation des services publics, le chômage de masse et la précarisation etc. Je tiens la candidature de l’excellent Ian Brossat pour négligeable dans la perspective des votants, parce que, pour offrir une alternative crédible, le PCF a été trop à la remorque d’un PS favorable aux spéculateurs. Je n’explique pas aussi facilement le raté de LFI, mais je constate que son affichage pro-Gilets jaunes n’a pas enrayé sa chute non plus.
On est donc repartis pour une aggravation du sort des gens, plus d’inégalités, plus de guerres…

Moreau 30 mai 2019 à 12 h 09 min

La classe politique française a été encore rejetée par 52% des Français, et ça se comprend.
Les nationalismes ne sont pas des démocraties réelles, ce sont hélas des dictatures réelles, nationalisme, ça rime avec autoritarisme.
Les nationalismes ne sont pas des véritables conceptions de la démocratie, étant le contraire de l’universalisme, ils ne sont pas démocratie.
Les nationalismes sont incompatibles avec la construction de l’Union Européenne telle qu’elle devrait devenir, ce n’est pas du vingt et unième siècle.
Les pro-européens sont d’authentiques européens.
L’Union Européenne a besoin de l’universalisme, de tout l’universalisme, rien que de l’universalisme, et tout ira très bien alors. Le PCf et d’autres partis dits de gauche sont en voie de disparition parce qu’ils ne sont toujours pas républicains universalistes.
Tout se tient hélas, et c’est vrai que le parlement européen allant bien mal tout peut s’aggraver.

Moreau 30 mai 2019 à 12 h 14 min

Une petite erreur qui ne change rien mais que je corrige : bien comprendre : rejetée par 48% des Français.

chb 31 mai 2019 à 1 h 45 min

 » Démonstration doit être faite de l’incompatibilité d’une politique écologique avec les traités de libre-échange et les guerres commerciales, et des dangers des récupérations par l’extrême droite des thématiques qui lui sont liées.  »
Si le candidat Jadot a bien joué sa partition cette fois, et engrangé un succès (momentané) dans la période médiatiquement favorable jeune-écolo, on doit constater que les verts depuis Con-Bandit ont laissé de côté l’essentiel du social, ont entériné les guerres (et même, côté allemand, il ont appuyé l’OTAN dans ses razzias), et accompagné une mutation de façade du capitalisme avec spéculation sur la taxation du carbone, sur les énergies « propres » et le bio.
Pourvu que la petite feuille qui remplace la faucille et le marteau ne signifie pas une orientation similaire pour le(s débris du) PCF !

JACQUES VIECELI 31 mai 2019 à 7 h 27 min

Evidemment que le temps presse et c’est chaque fois un très grand moment que me procurent les articles de Patrick Le Hyaric. C’est de cette nourriture qu’il faut distribuer au plus grand nombre . Comment faire ? Pour ma part, je vais imprimer la lettre, à chaque parution, et la mettre dans quelques boîtes à lettres de mon voisinage, pour engager le débat dans mon immeuble. Bravo à tout le travail que tu as fourni à ton poste de député européen et à ton abnégation à nous apprendre à toujours mieux conduire les luttes révolutionnaires ! Il est très réconfortant que tu nous signale que tu vas persévérer dans cette magnifique voie (voix). CIAO, CIAO Bello !

CANTONI Jean 3 juin 2019 à 18 h 31 min

Sans patrick le yaric et nos autres deputés non reconduits il va manquer des voix pour combattre les orientations mortifères de le commission . c’est très dommage .merci pour le travail accompli .

alain harrison 4 juin 2019 à 2 h 58 min

M. Le Hyaric n’est plus député ?

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