Combattre la barbarie (éditorial du lundi 19 oct. 2020)

le 18 octobre 2020

Rassemblement à Paris, place de la République, en hommage à Samuel Patty (18/10/2020) (Photo Luis Reygada).

L’éditorial de L’Humanité du 19 octobre 2020 – par Patrick Le Hyaric.

La douleur est immense et le chagrin sans fond. Les mots manquent quand l’abject devient indescriptible et quand les questions s’accumulent. Elles se résument à quelques mots : qui, comment, pourquoi ? À quoi, surtout, ressemblera la société après cette tragédie augmentée de la puissance du symbole ? On peine à aller plus loin, tétanisés par l’atrocité du crime et la stupidité du mobile.

Samuel Paty était professeur d’histoire et de géographie, deux matières indispensables pour éclairer le monde et s’éclairer soi-même. Le terrorisme islamiste frappe la transmission du savoir. Le forfait est signé : c’est à ces passeurs que s’attaquaient les hordes islamistes au début de la décennie noire en Algérie. Les haines fascisantes rampent et assassinent. Tuer un enseignant, c’est tuer le projet d’ouvrir les enfants au monde, et tuer la possibilité de bâtir le leur dès demain.

Les caricatures de Mahomet font désormais partie de notre histoire. En leur nom et contre la liberté de dessiner et de penser, des assassins fanatiques ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo et cherché à répandre la terreur, en France comme ailleurs. Elles doivent pouvoir être montrées, non pour ce qu’elles expriment, mais comme documents nécessaires à la compréhension des temps présents. Cette mise à distance est la condition absolue d’une société fondée sur la raison.

La loi du talion n’a pas sa place dans une société démocratique régie par l’État de droit. Au « œil pour œil, dent pour dent » et à la vengeance, le progrès humain a substitué la justice et l’art du débat. C’est un acquis à valeur universelle autant qu’un remède contre le lent mais décidé glissement obscurantiste des sociétés.

La transmission du savoir, tâche des plus nobles confiée au corps enseignant, doit être absolument sanctifiée et l’éducation nationale protégée et aidée dans ses missions, dont celle, fondamentale, de forger l’esprit critique et civique des futurs citoyens, quelles que soient leurs croyances ou origines. C’est une évidence qu’il convient de rappeler. Exercer ce métier sous pression fanatique ou dogmatique est inacceptable. Un système d’alerte efficace doit être mis en œuvre pour protéger enseignants et élèves des menaces qu’ils subissent.

Ce professeur a été l’objet d’une violente cabale menée par des associations cultuelles réactionnaires et relayée sur les réseaux sociaux. Démêler et sérier les responsabilités de chacun est absolument nécessaire pour, d’une part, comprendre les ressorts du crime et sanctionner d’éventuelles connivences et, d’autre part, protéger du venin raciste les musulmans de France.

Cet abject assassinat appelle au combat pour renforcer considérablement les fondements d’une République sociale, laïque et démocratique fidèle à ses principes, retrouver dans la société la force du débat civilisé. C’est la condition pour recoudre l’unité de la nation. Cette tâche, ardue mais essentielle, est la condition indépassable d’une sécularisation apaisée et pour surmonter, ensemble et solidairement, cette terrible épreuve.

2 commentaires


Raspiengeas 19 octobre 2020 à 9 h 57 min

Tout à fait d’accord avec votre texte, que je vais partager.

Cependant, je vous affirme que pour les « protéger du venin raciste », les musulmans de France ont besoin eux aussi, et ils le disent, en particulier par l’intermédiaire des plus éminents représentants de leur communauté ( comme les imams de Bordeaux, Lyon et Paris ), que les responsables de la « violente cabale » contre Samuel Paty, ces « associations cultuelles » ne sont « réactionnaires » que parce elles prônent un Islam rétrograde et obscurantiste, refusant à ses adeptes le droit de ne pas croire, de changer de religion, d’être athée, et que, pour ces raisons elles doivent être, CLAIREMENT, désignées, selon l’idéologie politico-religieuse qu’elles veulent imposer, comme des organisations islamistes politiques .
Salut et fraternité. R Raspiengeas.

chb 2 novembre 2020 à 9 h 26 min

Les terroristes, on devrait les virer tous si on ne parvient pas à les écraser ? Saisir l’occasion d’un meurtre odieux pour liquider les islamistes, et tant pis si l’on écrabouille en passant quelques musulmans encore tranquilles ( Allah reconnaîtra les siens ? ) ?
Elle a beau n’être ni républicaine ni humaine, c’est la solution séparatiste (!) et raciste privilégiée par le gouvernement, à la remorque du lepénisme décidément bien utile : la Laïcité devient le faux nez d’un statut privilégié voire exclusif pour la religion (d’état ?) chrétienne, soi-disant consubstantielle à l’Europe. C’est aussi une posture moralisante à deux balles, qui fait passer sous le tapis l’implication de la France dans les massacres impérialistes du XXIème siècle.
Kosovo ! Libye ! Syrie ! Yémen ! Hop, le terrorisme et les dictatures supposées sanguinaires nous offrent le rôle du shérif, au prétexte duquel nos forces militaires et de l’ordre vont tuer tous les vilains. Sans procès, car ils n’en méritent même pas, ces combattants illégaux, ces sous-hommes.
Prendre en compte les magouilles impérialistes conduirait bien sûr à rejeter l’empire US : est-ce prématuré ?

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