Après les élections, la curée !

le 6 juin 2019

Emmanuel Macron, en 2016, alors ministre de l'Economie, en visite à l'usine General Electric de Belfort

Les derniers bulletins de vote n’étaient pas encore dépouillés que la direction de General Electric-Alstom avait déjà rédigé le communiqué annonçant un plan massif de suppressions d’emplois sur le site de Belfort qui s’ajoute aux inconnues de la fusion Renault-Fiat, à la situation faite aux travailleurs d’Ascoval, de Ford, de Whirlpool et de Carrefour, Auchan ou Casino. La connivence ténue entre le pouvoir et les forces d’argent est ainsi crûment révélée.

Macron n’avait à l’évidence aucun intérêt à ce que les conséquences de la cession de branche énergie du groupe Alstom au géant nord-américain fassent débat dans le cadre des élections européennes. Et pour cause, il en a été depuis son passage au secrétariat général de l’Elysée puis au ministère des Finances l’un des principaux artisans. Et c’est l’un de ses anciens collaborateurs qui est aujourd’hui à la manœuvre de ce plan social qui se déploie à rebours des promesses faites par… M. Macron lui-même avant qu’il n’accède à la présidence de la République.

Cette pure cession capitalistique sur fond de corruption devait déboucher, selon General Electric,  sur la création de 1000 postes et engager un développement de la filière énergie. Le gouvernement d’alors s’était fait le garant de cette parole donnée. C’est aujourd’hui une saignée aux proportions exactement inverses qui est annoncée, sans compter l’hémorragie en emplois induits, pour un groupe qui aurait pu être le fer de lance d’un projet coopératif à l’échelle européenne dans des secteurs en plein développement, pour les infrastructures gazières, l’entretien ou le démantèlement des centrales nucléaires, ou pour les énergies renouvelables. Voilà un enjeu qui aurait pu et dû alimenter le débat européen sur l’écologie, indissociable de celui sur l’énergie.

Les serments de l’actuel ministre de l’économie sonnent bien creux après les multiples promesses de ses prédécesseurs, une à une trahie sous pression du capital nord-américain et après consentement des élites françaises.

Qui peut dès lors croire que M. Macron reviendra sur ses multiples reniements ? Les résultats du scrutin européen ne laissent pas présager d’ultime revirement sur les dossiers industriels. Le siphonage réussi des voix de droite est un encouragement à accélérer une politique très à droite. Il n’y a donc aucune raison objective pour que M. Macron freine le profilage de la France aux canons de la mondialisation capitaliste. Aucune raison non plus pour que cette politique cesse de s’accompagner d’une restriction des libertés publiques et de nouvelles attaques envers les contre-pouvoirs. Les exemples s’empilent de dérives, entre pressions faites au parquet contre le mouvement des gilets jaunes, convocations de journalistes soucieux d’informer sur les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite embourbée dans une très sale guerre au Yémen ou sur la sordide affaire Benalla.

Le duo formé par M. Macron et l’extrême droite fonctionne donc à merveille pour maltraiter les classes populaires. Aucun obstacle n’est parvenu à empêcher la hausse spectaculaire des tarifs de l’électricité, prélude à une nouvelle augmentation prévue au cœur de l’été. Et la réforme de l’Etat s’annonce particulièrement brutale avec des centaines de milliers de suppressions de postes et en point d’orgue la fin du statut de la Fonction publique.

La tenaille va être dure à ouvrir contre ce nouveau dispositif politique qui vise à enterrer l’alternative sociale, démocratique et écologique. Et la stratégie à géométrie variable de la macronie pour les élections municipales vise ni plus ni moins à faire une rafle sur les villes, ici avec des élus locaux de droite, là avec d’autres qui se réclamaient de la gauche.

Le besoin de construire l’alternative chemine pourtant comme l’ont montré forces et militants lors de la dernière campagne. Elle dort peut-être dans les consciences de millions d’abstentionnistes. Chacune, chacun va avoir un rôle décisif à jouer pour contraindre le gouvernement et les forces qui le soutiennent au recul, tout en préparant l’indispensable unité populaire pour une alternative au service de l’intérêt général. Nous y prendrons notre part.

2 commentaires


GAMA jean-Michel 9 juin 2019 à 15 h 30 min

« …pour un groupe qui aurait pu être le fer de lance d’un projet coopératif à l’échelle européenne dans des secteurs en plein développement, pour les infrastructures gazières, l’entretien ou le démantèlement des centrales nucléaires, ou pour les énergies renouvelables. »
Et pourquoi pas développer de nouvelles centrales électronucléaires en Europe, dans le monde … et en France ?
Savez-vous que le turbo-alternateur « ARABELLE » fabriqué par ALSTOM et fonctionnant depuis près d’un an à la centrale de Tian Shan (Chine) est un record du monde : 1650 MWe sur une seule ligne d’arbre !
Et que la chaudière nucléaire de cet EPR de Tian Shan 1 est aussi un record du monde : 5000 MW th !
Savez-vous que le GIEC a clairement dit que sans le développement de l’électronucléaire, l’humanité n’arrivera pas à maîtriser les conséquences sur l’évolution du climat de ces diverses activités utilisant massivement les combustibles fosilles (charbons, gaz, pétroles,… les « s » ne sont pas une faute de frappe).
Oui ! Il y a des écologistes pour le nucléaire !
Et j’en suis un (depuis les leçons de mon père, professeur de sciences naturelles,… comme on disait dans ma jeunesse).
Un militant communiste, depuis 1967.
Ingénieur des Arts et Manufactures – ECP 1961

alain harrison 18 juin 2019 à 21 h 58 min

Bonjour M. Gama.

Pouvez élaborez un peu plus sur le GIEC par rapport à l’électronucléaire.

Il paraît que la fusion sera « opérationnelle » aux alentours de 2022 ?

Je crois que l’occident est arrivé au stade d’un changement radical sur le plan socio-économique et sur le plan du mode du pouvoir politique.

L’ensemble du monde dépend définitivement du paradigme économique actuel que même la Chine à adopter. Ce qui a des conséquances sur le genre de politiques appliqué.

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