Vaccins : pour la vie ou pour les profits

le 25 avril 2021

Je ne veux pas trop m’attarder sur la dernière conférence de presse gouvernementale sur la crise sanitaire et la nouvelle stratégie de déconfinement. Evidemment, tout le monde souhaite sortir de cette situation qui est difficile pour les travailleurs, les familles, la jeunesse et la majorité des petits commerçants et artisans ainsi que pour un nombre non négligeable de petites et moyennes entreprises. Mais on ne peut qu’être étonné que le gouvernement décide, par exemple, d’ouvrir les écoles alors que le taux de contamination journalier y est quasi-identique que celui qui a conduit à les fermer. De même, il est dit que les autotests se feront sous le contrôle de gens compétents… mais de qui s’agit-il exactement ?
Il est également dit que tous les enseignants de plus de 55 ans seront prioritairement vaccinés. A voir, mais ceci ne tient pas compte des réalités puisque dans un département comme la Seine-Saint-Denis – où le virus circule le plus et où le nombre de contaminés y est le plus élevé comparativement au nombre d’habitants – est aussi le département où les enseignants sont généralement les plus jeunes.

En effet, c’est souvent là que les enseignants qui débutent leur carrière sont nommés, tandis que les plus aguerris cherchent à quitter le département. Il serait utile que le rectorat donne des chiffres précis de telle sorte que les maires, tous les élus et les syndicats enseignants puissent agir en conséquence. On attend la réponse du Ministre, qui n’est plus à un mensonge près. Et, tout ceci se fait dans une confondante banalité sous état d’urgence sanitaire, prorogée de trimestre en trimestre.

Par ailleurs, la course aux vaccins, réduite à quelques têtes de pont du Big Pharma, fait de fringants gagnants. Nous vivons ici en direct les effets d’une privatisation de l’industrie pharmaceutique qui se gave sur le dos de la santé et de la vie humaine à partir de ce qui devrait être des produits non marchands, des biens communs. Or, dans le monde capitaliste où la devise est « concurrence libre » et prétendument « non faussée », la course à la plus grande rémunération des propriétaires-actionnaires bat son plein et la cotation boursière fait la loi. Les doutes planant sur le vaccin AstraZeneca auront ralenti la campagne de vaccination mais aussi largement profité à son concurrent Pfizer-BioNtech et, dans une moindre mesure, à Moderna qui ont tous deux mis au point la technique révolutionnaire de l’ARN messager, réputée plus sûre et efficace bien que sensiblement plus coûteuse.

Le géant nord-américain Pfizer associé au laboratoire allemand BioNTech se retrouve ainsi en position de force. Position rendue possible par l’insondable lâcheté des autorités publiques, États comme Union européenne, qui cèdent à tous ses caprices, finançant un jour la recherche privée à fonds perdus et laissant le lendemain s’opérer un rapt sur les systèmes de santé nationaux. En plus de maintenir les tractations dans une indécente opacité au regard des enjeux, universels, de la vaccination.

Ainsi, le 14 avril dernier, l’Humanité révélait (sous la plume de Thomas Lemahieu) les termes des négociations en cours entre l’Union européenne et les laboratoires pharmaceutiques (lire ici). On y apprenait, à la suite d’informations involontairement « fuitées » par les autorités bulgares, que l’Union européenne s’apprête à commander 1.8 milliards de doses à Pfizer, dont 900 millions de commandes déjà engagées. A cette occasion, le piller du Big Pharma entend faire passer le prix de la dose de vaccin de 12€ (loin déjà d’un prétendu « prix coûtant », en réalité estimé à moitié moins) à 19,5€, soit une augmentation de près de 60% ! Mais ce n’est pas tout : ce prix pourrait encore s’envoler dans les prochains mois à plus de 50€ euros/dose pour l’Union européenne.

L’information a ensuite été recoupée par les propos tenus par le PDG de l’entreprise auprès de la banque Barclays: « Une fois que nous serons arrivés à une situation endémique, il y aura une opportunité pour nous », « une opportunité majeure pour notre vaccin, tant du point de vue de la demande que des prix ». De leur côté, Moderna et Johnson&Johnson prévoient d’aller vers une « tarification plus commerciale ». Le PDG de cette dernière précisant devant ses investisseurs que « ce ne sera peut-être pas encore pour cette année, mais d’ici 2022 nous envisageons bien plus le vaccin comme une opportunité commerciale. »

Tout est dit, dans le langage brutal que les capitalistes réservent à l’entre-soi.

Le PDG de Pfizer se répand en informations non vérifiées et contestées par la communauté scientifique dans l’unique but d’attirer des investisseurs et de faire gonfler l’encours des actions de son groupe. Il faudrait, nous dit-il, un rappel de vaccin annuel pour conjurer la menace virale. L’information est immédiatement traduite en montagnes d’or pour les ogres de la finance qui participent au capital de l’entreprise.

En pleine troisième vague, donc, le PDG de Pfizer s’est entretenu avec ses actionnaires qui comptent parmi la fine fleur de la finance la plus vorace – Morgan Stanley, BlackRock et autres Goldman Sachs. Pfizer a beau avoir engrangé 9.6 milliards de bénéfices l’année dernière, dégagé pour cette année une marge 30% et vu le cours de son partenaire BioNtech s’envoler de 245%, ce n’est pas assez ! Les financeurs entendent en avoir pour leur argent et réclament de l’entreprise qu’elle profite de sa situation monopolistique pour augmenter ses prix. Et pas qu’un peu puisque que les dirigeants de l’entreprise ont évoqué devant leurs actionnaires la possibilité de faire passer le prix de la dose à 130€ (150$) « après la pandémie » ! De quoi faire de juteux profits sur le dos des systèmes de santé publiques, c’est-à-dire des cotisations des travailleurs ou des impôts des contribuables, et qui une fois essorés devront être renfloués par les citoyens. Ceci alors que 450 millions d’euros, soit l’équivalent des investissements en recherche et développement du groupe sur une année, ont été versés par l’Union européenne à Pfizer, sans aucune contrepartie, ni sur le contrôle des prix ni sur l’exigence d’une vaccination mondiale.

Tout se joue sur cette expression « après la pandémie ». En effet, les laboratoires sont aujourd’hui placés sous le regard exigeant des opinions publiques, épuisées par la pandémie et qui risqueraient de se rebiffer face à des manœuvres cupides trop voyantes. C’est donc à eux qu’est laissé le loisir de décréter la « fin de l’épidémie », synonyme de renchérissement colossal des vaccins dont l’injection serait annualisée.

Pendant ce temps, l’initiative Covax – lancée par les Nations unies pour une répartition équitable des doses pour l’ensemble de l’humanité – est laissée à l’abandon, ne bénéficiant que de 40 millions de doses (à comparer au milliard livrées pour l’heure aux États-Unis et à l’Europe).

De fait, les grands laboratoires organisent la pénurie pour faire monter les prix et les profits, refusant de déployer les efforts nécessaires à une production massive par la réquisition des chaînes de production et égalitaire. Une planification publique de la production risquerait en effet de leur faire perdre leur pouvoir de chantage…

Il faut impérativement organiser la résistance la plus massive contre ces entreprises qui rançonnent les États contre les vaccins. Ceci doit commencer par exiger la transparence la plus totale sur les contrats et l’amplification de la mobilisation européenne #NoProfitOnPandemic lancée par des partis politiques (notamment le Parti communiste), des organisations syndicales et des associations du continent. Des initiatives, des combats sur ces enjeux doivent se déployer comme y a appelé Fabien Roussel à la radio et dans des courriers au président de la République.

Il n’y aura pas de salut pour les peuples du monde sans une volonté politique forte visant une nouvelle appropriation sociale, citoyenne, démocratique des entreprises pharmaceutiques, la prise de pouvoir sur la finance avec la mobilisation des travailleurs qui devront bâtir de nouvelles institutions, les moyens alloués à la recherche et leurs orientations, les énormes moyens nécessaires pour les systèmes de santé et particulièrement pour l’hôpital public, la levée de la propriété privée des brevets et la mise à disposition des vaccins, biens publics mondiaux. Cet enjeu que nous avons soulevé depuis des mois devient une bataille mondiale puisque l’Organisation mondiale de la santé, l’ONU, des scientifiques, 300 parlementaires, 175 anciens chef d’État et de gouvernement ainsi que des prix Nobel demandent la levée des brevets sur les vaccins. Il faut en finir avec la consanguinité des milieux financiers et sanitaires, entretenue au péril de nos vies, aujourd’hui et sûrement encore demain.

Pourquoi Pfizer fait exploser le prix de son vaccin (et s’en vante) : lire ici.

Pfizer : un rappel vaccinal pour séduire les actionnaires : lire ici.

L’Europe protège les profits de Pfizer : jusqu’où ira le scandale ? : lire ici.

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Extrait de la Lettre du 25/04/2021


1 commentaire


chb 3 mai 2021 à 7 h 28 min

Du vol pur et simple, dont les institutions de la concurrence « Libre et Non Faussée » sont non seulement complices, mais acteurs.
Et on leur fait confiance pour nous sortir de là ?

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