À propos de deux ou trois mensonges

le 18 janvier 2020

Le dernier « coup » du premier ministre en dit long sur le mépris du pouvoir envers les citoyens et les organisations syndicales. Après avoir tenu des semaines durant le pays en haleine autour de la nécessité d’un « âge pivot » ou « âge d’équilibre », nouveaux paravents pour masquer le recul de l’âge de départ en retraite, puis après l’avoir inscrit dans le projet de loi, il trouve soudain le temps, un samedi après-midi, d’expédier une lettre aux organisations syndicales. Aussitôt, toute l’armada médiatique se met en branle pour accréditer l’idée qu’il vient d’obtenir un « compromis » avec certains syndicats.

Cet âge dit « pivot » n’est pas retiré du tout. Il figure en toute lettre dans l’article 10 de son projet régressif et se trouve confirmé en toutes lettres dans son fameux courrier. La loi « prévoira que le futur système universel comporte un âge d’équilibre » qui « constituera un des leviers de pilotage collectif du système dans la durée ». Et pour le court terme il demande, comme il l’avait fait au moment des changements des règles de l’assurance chômage, aux « partenaires sociaux » de se mettre d’accord, en trois mois, pour un financement pérenne jusqu’à 2027, date de lancement du nouveau régime. Comme ces derniers se voient interdire d’augmenter les cotisations des employeurs, taxer les revenus financiers, décider de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, il ne leur reste plus qu’à choisir la couleur de la corde avec laquelle ils vont être pendus.  On leur demande de faire rentrer le niveau des pensions et la durée du travail dans les clous du rationnement budgétaire. Soyons clair ! Comme M. Edouard Philippe s’attend au même scénario que pour les discussions sur l’assurance chômage, il prévient que le « gouvernement prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l’équilibre d’ici 2027 et financer les nouvelles mesures. » Rien ne change donc !

La capitalisation, dont M. Macron jurait ses grands dieux qu’elle n’était pas envisageable lors de la campagne présidentielle, est encouragée noir sur blanc dans le projet de loi  : « Le secteur de l’assurance est appelé à se mobiliser, afin que le recours à ces véhicules se généralise et que l’économie française puisse ainsi bénéficier pleinement du dynamisme de l’épargne retraite généré par la loi PACTE. » est-il ainsi stipulé, au grand plaisir des marchés financiers et de leurs relais bancaires et assurantiels qui exigent depuis des années de se goinfrer de l’épargne aujourd’hui socialisée au bénéfice de tous.

Les effets du système par point sur le montant des pensions des travailleurs sont toujours autant camouflés pour la simple raison que le pouvoir ne peut avouer qu’elles vont baisser.

Il conviendrait aussi d’énoncer une autre vérité : dès lors que ceux qui gagnent plus de 10 000€ mensuels ne cotiseront plus comme les autres et qu’ils sont appelés à se tourner vers les fonds d’épargne retraite, qualificatif sympathique pour parler des fonds financiers de pensions, nous ne serons pas dans un système « universel » mais dans la destruction des retraites solidaires. D’ailleurs le projet de loi stipule bien que le système sera branché demain sur le « plan d’épargne retraite européen ».

Le pouvoir déploie, avec quelques complices, une opération politique mêlant enfumage et insupportables tour de passe-passe. Toutes celles et tous ceux qui ont douté de la nécessitée de se mobiliser quelque soit leur profession et leur situation, les jeunes qui vont subir cette régression, doivent maintenant se faire entendre dans l’unité populaire. C’est maintenant que cela se joue. Le retrait de ce projet est indispensable pour jeter les bases d’un vrai débat sur une protection sociale et un système de retraite de notre temps et pour tous, pas pour les puissances financières.

6 commentaires


riffaut 19 janvier 2020 à 2 h 24 min

participant a toutes les manifs a limoges, je constate la venue de tetes nouvelles en particulier des jeunes qui travaillent ou étudient, c’est tres reconfortant d’autant que l’on sait combien il est difficile de faire grève meme s’il est un droit inscrit dans la constitution. Cela pose aussi la question du pouvoir d’achat et de la vie de famille.
J’ai participé au grand mouvement de 68 qui a debouche sur de tres nombreux acquis dont nous avons été les heureux bénéficiaires et nous ne voulons pas en priver nos enfants petits enfants et arrieres petites enfants. La lutte est difficile mais il faut tenir pour le retrait de ce projet scelerat. Bon courage a toutes et a tous andre

Philippe Duhayon 19 janvier 2020 à 12 h 15 min

Un article clair et court – Merci

Jean-Pierre Luigi 19 janvier 2020 à 15 h 03 min

Je suis à 200% en accord avec tout ce qui est écrit. Cela appelle cependant des remarques : 1° quelle limite à la solidarité des salariés ? Quand on voit des salariés qui se remettent au travail aussitôt que le premier ministre ait accordé des régimes dérogatoires à ces mêmes salariés.
2° quelle crédibilité accordé à un gouvernement qui a été élu avec 20% des voix surtout acquise pour faire barrage au RN ? 3° une inexorable spirale antisociale qui aspire les salariés vers le bas. Ce n’est pas depuis Macron, mais depuis les années 70. Hormis la période du premier septennat Mitterrand, 5ème semaine de congés payés, RTT, semaine des 35 heurs, RMI, augmentation des prestations sociales (allocations familiales, chômage, revalorisation du minimum vieillesse, du SMIC), création de l’IGF, lois Auroux … mais hormis cette parenthèse, pertes inexorables des acquis sociaux, et tout cela dans un cadre constitutionnel, légal et réglementaire. Aujourd’hui nous avons de plus en plus de travailleurs pauvres, devenus esclaves et travaillant pour des salaires de misères. Comment rester sans réaction quand un « richard » dépense 1000€ pour une nuit dans chambre d’hôtel place de la concorde quand une retraitée n’a que la moitié de cette somme pour vivre tout un mois. Alors bien sûr la faute à tous ceux qui se sont succéder à la tête de notre pays, mais aussi la faute à une opposition qui n’a pas sur s’organiser pour y faire front. J’en veux à tous les leaders politiques et syndicaux qui n’ont pas su s’entendre. Quelle différence entre un encarté CGT, FO ou CFDT et UNSA si ce n’est son leader ? Ils ont les mêmes conditions d’emploi de plus en plus misérables, de plus en plus précaires ? J’en veux également aux dirigeants du PC, NPA, Lutte ouvrière, Insoumis, Verts, voire même ceux de la gauche PS … si Macron peut faire ce qu’il fait aujourd’hui, vous en avez la responsabilité, certes partagée, mais vous en avez la responsabilité. Je ne vois plus d’issue. J’ai envie de vous dire « bougez-vous », parlez entre vous ! Exemple concret les municipales à Marseille ! Le ciment des salariés, c’est vous. Si je peux vous aider. Très cordialement.

Triché Michel 19 janvier 2020 à 16 h 13 min

J’interviens non pas pour commenter se que le pouvoir entend nous infliger, car je ne veux pas rentrer dans une discussion, à mon sens inutile, car pour ma part contre ces atteintes portées envers notre conditions de vie seul l’action de l’ensemble des couches sociales de notre pays s’imposent. Seul l’action majoritaire fera entendre raison à ce pouvoir totalitaire.

MILLET Bernard 20 janvier 2020 à 14 h 33 min

Bernard.millet80@sfr.fr MILLET quoi attendre de ces godillots du système Capitaliste et de la finance !! Et notre peuple, quand va t il ouvrir les yeux et constater que ce pouvoir les enfume, bordel !! Mais, pour cela IL FAUT S’INFORMER, DISCUTER AVEC SES COLLÈGUES, PARENTS, AMIS, ALORS, partant, relever la tête et agir, en gardant NOTRE DIGNITÉ, NDD !!!! DEBOUT, SALARIÉS, NE VOUS LAISSEZ PAS FAIRE, ENSEMBLE, NOUS VAINCRONS CES VAURIENS !!!!

ELIZABETH WALTER 4 février 2020 à 16 h 19 min

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